DHEEPAN PEUT MIEUX FAIRE

« Dheepan » le nouveau film de Jacques Audiard en compétition était très attendu pendant ce Festival de Cannes. Un film social, parlant d’immigration, de violence… qui me laisse un sentiment mitigé, me donnant envie de dodeliner de la tête à la manière des Sri-Lankais de l’histoire.

L’histoire de cette « pseudo famille » sri-lankaise constituée de force pour immigrer en France et se retrouver à vivre et travailler au cœur d’une petite cité devenue zone de « non-droit », où la police est totalement absente, est en effet jolie et intéressante. Les rapports entre cet homme et cette femme, ce faux couple, cherchant à s’intégrer, à survivre et plus simplement vivre ensemble sont touchants, et frappants d’authenticité. Leur fille de 9 ans, qui ne l’est pas en réalité, elle aussi doit apprendre à les connaître, les apprivoiser… et tous trois prisonniers de leur langue, marqués d’une culture autre, et surtout d’un passé de guerre et de souffrance sont face à un défi, celui de reconstruire une vie dans une autre forme de violence urbaine.

On avance avec eux dans leur intimité, leurs combats et l’émotion est au rendez-vous. C’est précisément là la réussite du travail d’Audiard dans ce projet. Mais il me semble que le décor de cette cité qui ressemble à l’univers de la série Gomorra « made in France » prend hélas le dessus et devient rapidement caricaturale, en particulier quand tout dérape… Enfin, sans en dévoiler plus, le final qui nous est proposé m’a déçu, emprisonnant une imagination qui aurait pu là trouver à prolonger l’histoire.

En résumé, si tout ne me semble pas parfaitement maitrisé, « Dheepan » reste une belle histoire qui fait sens, en particulier dans la période actuelle où les questions d’immigration font la une régulière des quotidiens. L’accueil des festivalier était d’ailleurs plutôt très positif et une présence dans le palmarès final ne serait pas une grande surprise. Mais…

LIBRE D’HUMOUR

Comment ne pas être horrifié par cet attentat innommable, perpétré hier 7 janvier 2015, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris ? Si une idéologie extremiste haineuse porte l’action de ces terroristes jusqu’à l’impensable, il y a aussi plus globalement cette question de la liberté artistique et de la place de l’humour comme cible visée. 

J’ai pu constater dans certaines réactions depuis hier midi (je ne parle pas là de celles de fous-furieux légitimant ces actes odieux), que tout en exprimant leurs réprobations, apparaissent aussi certains relents exprimants leurs soucis avec des dessins passés de ces artistes qui les auraient offensés dans leurs convictions, leurs engagements. Il n’y a pas je crois, deux poids, deux mesures dans cette question. Pas non plus, me semble-t-il (j’exprime là en effet une pensée personnelle), de limites à la liberté artistique et à celle de l’humour… tant que ceux-là ne deviennent pas un support contestable à l’incitation à la haine, à l’exclusion et à la violence.

Notre belle langue française nous permet de jouer avec les mots et pouvoir ainsi faire se répondre ou se confondre les mots amour et humour. Ce dernier justement trouverait ses racines dans celui de humeur avec l’aide de nos voisins britanniques. L’humeur, du latin humor (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. Pour nous conduire à l’entendre donc comme un trait de caractère de la personnalité… J’aime alors me rappeler cette vérité fondamentale biblique qui dit que Dieu est amour et la faire se métamorphoser avec celle qui dirait que Dieu est humour. N’y voyez-là aucun blasphème (enfin, vous en avez le droit après tout…) mais ma lecture des textes fondateurs de ma foi chrétienne me conduisent à l’entendre aussi ainsi. Humour du Père, du Fils et de l’Esprit dans leurs actes, leurs paroles, leurs silences… un humour pas toujours compris, pas souvent accepté (voilà là encore un trait caractéristique de l’humour… et de l’amour)… mais pourtant présent ou induit. Volontairement, je n’entrerai pas là dans un exposé précis de textes (ce n’est pas l’objet de cet écrit). Des articles existent déjà sur le sujet et je me réserve la possibilité d’en faire un plus détaillé, peut-être, dans l’avenir. Même quand l’humour égratigne, interpelle, remet en question et peut me secouer… il joue alors aussi un rôle aimant et équilibrant dont notre société humaine à besoin éternellement.

L’autre aspect du sujet touche à la liberté artistique que je ne cesserai de défendre. Ceux qui me connaissent, m’entendent ou me lisent le savent déjà ! J Un chapitre tout entier de mon livre « Malléable, pour tout recommencer », intitulé Développer son potentiel créatif, évoque ces emprisonnements qui se mettent souvent en place pour délimiter l’œuvre de l’artiste. Et nos concepts religieux, tellement souvent loins de la foi, viennent s’engouffrer avec force dans ces ornières dangereuses.

Mon Dieu est celui de la grâce et de la liberté. Qu’il m’appelle à vivre selon certains principes auxquels je choisi d’adhérer est une chose mais, pour autant, il ne me donne pas le droit d’imposer à mon prochain ce qu’il peut ou ne peut pas faire. Il m’encourage à être témoin de sa grâce, à être indicateur du chemin qu’Il est lui-même pour ma vie, à encourager, à relever, à aimer… et comme aimer sans laisser l’autre libre ?

C’est en paraphrases que je conclurai ces lignes… paraphrase d’un slogan publicitaire et paraphrase d’un texte du Nouveau Testament :

L’humour & la liberté… ça fait du bien là où ça fait mal !

Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien de plus qu’un métal qui résonne ou qu’une cymbale bruyante. Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n’ai pas d’humour, cela ne me sert à rien. L’humour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. L’humour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’humour ne disparaît jamais.  (Adapté avec amour du texte d’1 Corinthiens 13.1-8)

EXPLOSION FAMILIALE

Alors qu’une loi sur la famille se discute à l’Assemblée Nationale, le Festival de Cannes se penche aussi sur le sujet. Il faut dire que les relations familiales sont souvent le point de départ de nombreuses intrigues. Deux films qui viennent d’être présentés évoquent donc des situations assez dramatiques, de relations parents-enfants.

Tout d’abord c’est dans le contexte extrêmement particulier d’Hollywood que David Cronenberg situe l’action de Maps to the Stars. On est là dans du Cronenberg pur jus, où humour cinglant et violence glacante se cotoient comme un tableau aux couleurs éclatantes, plein de personnages totalement burlesques ou sortes d’icones du cliché : l’ex-actrice viellissante et aigrie, le « Justin Bieber » tête à claques, l’ignoble père kiné-gourou belle gueule, la fille rejetée-brulée-tarée virtuelle star d’un film gore de série B, et bien sur le beau gosse chauffeur de limousine (joué par Robert Pattinson qui passe, pour la petite histoire, de l’arrière à l’avant en l’espace d’un film de Cronenberg, de Cosmopolis à Maps to the stars).

Sur une histoire d’inceste entre frère et sœur, on découvre un monde où la violence frappe de toute part… violence des mots, des comportements, des actes… perfidie, hypocrisie, folie… avec un zest d’amour, parfois étrange tout de même. La famille éclate, s’écharpe, se détruit à la vitesse d’une étoile filante.

Avec Dohee-Ya (Une fille à ma porte) premier film de la réalisatrice coréenne July Jung, c’est l’extrème violence qu’inflige un père à Dohee, sa fille, qui sous tend l’intrigue où Youg-nam, une jeune policière de Séoul, transférée dans un petit village côtier, va tenter d’intervenir pour la protéger. Elle découvrira alors les différentes facettes de la personnalité de l’enfant et verra aussi son passé et ses failles ressurgir. Là encore, c’est une famille en déliquescence qui nous est présentée. On se confronte à l’alcoolisme, la violence, les rumeurs, et les conséquences psychologiques que tout cela peut engendrer. Les deux personnages féminins de l’histoire sont magnifiques d’authenticité et brillent sur l’écran. On regrettera peut-être la prestation de l’acteur jouant le rôle du père alcoolique, qui sur-joue allègrement… mais cela correspond sans doute à certains critères culturels qui le veulent.

 

Une famille en souffrance, qui explose de toute part… mais quelques lumières qui continuent à briller de temps à autres qui permettent tout de même d’espérer. La preuve, le dernier film des frères Dardenne, Un jour une nuit, mais je vous en parlerai dans mon prochain article qui lui sera entièrement consacré.