TOUT EST POSSIBLE À CELUI QUI CROIT

Croire, espérer contre toute espérance, avancer par la foi… telles sont les teneurs profondes de deux films qui sortent ce mercredi 10 mai sur les écrans français. Deux magnifiques longs métrages sur un même thème, avec des questions semblables et un certain nombre de points communs, de réalisateurs sud-américains de surcroit (chilien et mexicain) mais nous conduisant dans deux univers cinématographiques aux antipodes l’un de l’autre. J’ai aimé et je vous dis pourquoi…

Commençons avec Le Christ aveugle, sélectionné cette année à la Mostra de Venise, en compétition officielle. Premier film du réalisateur chilien Christopher Murray, Le Christ aveugle nous conduit à suivre le chemin caillouteux de Michael, jeune mécanicien. Ce jeune trentenaire est convaincu d’avoir eu une révélation divine, lorsqu’enfant il s’est fait planter des clous dans la main, par son plus proche ami, pour suivre les traces du Christ et ainsi le rencontrer. Lorsqu’il apprend l’accident de cet ami d’enfance, il entame un pèlerinage pieds nus pour aller à son chevet accomplir un miracle. Sa démarche interpelle la population exploitée des entreprises minières du désert chilien, les laissés pour compte, qui voient en lui un prophète. Cet homme est peut-être en mesure de les soulager de leurs souffrances…

C’est à la foi que ce film s’intéresse avant tout car Michael n’est pas dans une posture quelconque, il vit et surtout réagit simplement et naturellement au rythme de ce que ses convictions spirituelles impulsent en lui. Quand il entend que cet ami qu’il a perdu de vue depuis bien longtemps est blessé, il ne réfléchit pas mais quitte tout et, contre l’avis de son père, se met en marche. Tout est possible à celui qui croit et alors, à cause de sa foi, il va accomplir le miracle, tout naturellement. Dans cette attitude étonnante pourtant aucun égo surdimensionné, aucune paranoïa mais au contraire une forme de naïveté, de pulsion bienveillante… et quand sur sa route il croise une expression spirituelle s’appuyant sur une statue et des discours de prêcheurs, il réagit, là encore non pour prendre un pouvoir quelconque, mais pour interpeller sur le sens profond de la foi et du croire qui ne seraient ailleurs qu’à l’intérieur de chacun, au plus profond de l’humain.

Christopher Murray, tout en nous conduisant avec lenteur, intériorité et dans une esthétique assez sublime sur les pas de Michael et sur ses confrontations entre foi et réalités, entre bienveillance et rejet, entre solitude et amour partagé, entre souffrance et plénitude apaisée, nous révèle une œuvre d’une grande humanité. Humanité habitée d’ailleurs davantage par le silence de Dieu qui ouvre à une foi qui s’incarne et se joue finalement dans d’autres miracles que ceux que nous voulons parfois. Des miracles du quotidien, ceux qui se jouent dans la rencontre, les regards, dans des gestes d’amour marqués du sceau de la grâce.

 

Et donc, ce même 10 mai, sur les écrans français sort Little boy du mexicain Alejandro Monteverde. Un film qui revendique clairement faire partie du mouvement des « Faith Based Movies » (Films basés sur la Foi), mouvement qui a pris naissance aux Etats-Unis avec la sortie en 2004 du film de Mel Gibson, La Passion du Christ et qui depuis ne cesse de se développer. Mais Little Boy évite intelligemment l’écueil religieux en présentant un équilibre adroit dans son propos entre la thématique religieuse et des éléments profanes, en utilisant le ton qu’il faut pour ne jamais avoir l’air de donner une leçon de morale mais bien plus une leçon d’amour. Et c’est l’un des éléments de ressemblance avec Le Christ aveugle bien que, cinématographiquement, Alejandro nous conduise plutôt dans le sillage de Spielberg ou Wes Anderson que dans un film d’auteur sud américain.

Little boy, c’est l’histoire d’un petit garçon comme le titre l’indique mais aussi en référence au nom de code de la bombe A qui fut larguée sur Hiroshima au Japon le 6 août 1945. L’histoire se déroule précisément pendant la seconde guerre mondiale, dans un petit village de pêcheurs aux Etats-Unis. Alors que son père part au combat, Pepper, petit bonhomme de huit ans, reste inconsolable. Avec sa grande naïveté mais surtout beaucoup d’amour, il sera prêt à tout pour le faire revenir… quitte à déplacer des montagnes !

Little boy est un petit bijou de fraicheur qui ne manque assurément ni de sel, ni de lumière. D’un point de vue réalisation, photographie, acteurs, on est face à un très joli film bien ficelé et doté d’un casting plutôt haut de gamme avec notamment la grande Émily Watson, Michael Rapaport, Tom Wilkinson, Ben Chaplin ou le japonais Cary-Hiroyuki Tagawa pas forcément connu du grand public mais pourtant largement confirmé avec 55 films ou séries à son actif dont plusieurs blockbusters américains. Et puis il y a le héro, haut comme trois pommes, mais vraiment impressionnant, je parle du jeune Jakob Salvati, qui malgré son âge en est déjà̀ à son 6ème rôle ! C’est d’ailleurs une vraie différence avec le film de Christopher Murray qui, à part pour jouer son personnage principal, n’utilisera que des amateurs, des gens des villages dans lesquels il tourna. Ce qui n’enlève rien à la qualité, au contraire presque… amplifiant parfois le réalisme des images tellement important dans son propos.

Mais Little boy c’est quand même surtout une quantité de thématiques abordées qui font de lui un film idéal pour discuter. Dans le dossier pédagogique que propose SAJE, le distributeur français, et dans lequel j’ai participé activement, je relevais (et ce n’est absolument pas exhaustif) pas moins de cinq grands axes et dont certains se déclinent encore davantage : La naïveté de l’enfance, la relation père-fils (toute particulière dans l’histoire), l’impact de la parabole (point par ailleurs commun avec Le Christ aveugle), tout ce qui touche aux questions de racisme, stigmatisation, peur de l’autre et par opposition l’amour des ennemis, enfin bien sûr la foi avec son sens profond et ses limites.

Croire, vaille que vaille… car Il y a une sorte de folie qui accompagne la foi de cet enfant et tout le cheminement qui se produit aussi progressivement chez les habitants du village. Des évènements qui semblent corroborer qu’il se passe quelque chose… là où personne ne pouvait l’imaginer. Mais comme le dit Hébreux 11.1 « Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité́ de ce que l’on ne voit pas ». Alors, méthode Coué – coïncidences – hasard – miracle ? Qu’en penser ? Comment faire la différence ? Ces questions sont bel et bien là et ouvrent encore plus loin car, quoiqu’il en soit, une chose est bien certaine : Cette foi naïve et pourtant absolue déplace bel et bien des montagnes, mais comme pour Le Christ aveugle, parfois là où on ne l’imaginait pas.

Pour votre curiosité personnelle, ou plus pratiquement en vue d’animer un débat avec ce dernier film, je vous conseille de télécharger le dossier pédagogique de Little Boy

 

 

  

 

SELMA, POUR SE METTRE EN MARCHE !

Étonnamment, aucun biopic sur Martin Luther King n’avait été jusqu’alors réalisé au cinéma. C’est maintenant chose faite, avec l’heureuse initiative de la jeune cinéaste Ava DuVernay,  issue du cinéma indépendant, qui avec SELMA, nous plonge au cœur du combat mené par ce pasteur baptiste pour garantir le droit de vote à tous citoyens américains. Le film sort sur les écrans français le 11 mars, après avoir reçu l’oscar de la meilleure chanson originale.

L’histoire se déroule au début de 1965. Une grande partie des Afro-Américains ne peuvent toujours pas voter. Martin Luther King demande au président Lyndon B. Johnson d’abroger la loi, mais sans succès. Pour le convaincre de changer le cours de l’histoire, il organise trois marches pacifiques dans les rues de Selma dans l’Alabama. La situation s’envenime et tourne au chaos, alors que les blessés se multiplient et que les scènes de violence ébranlent les communautés blanches et noires. Porté par ses discours de tolérance, son dévouement envers sa famille et sa foi inébranlable, Martin Luther King tente de rallier partisans et adversaires à sa cause non violente.

Autant le dire tout de suite, on ne ressort pas totalement indemne de ces 128 minutes de grand cinéma. Et nul besoin d’attendre très longtemps pour se retrouver interpelé au plus profond de soi, bouleversé par ce récit magnifique mais terriblement dur à la fois.

Il y a sans doute beaucoup de raisons à cela. Évidemment l’histoire en elle-même en tout premier lieu, mais aussi une réussite technique et artistique indéniable (au point où le prestigieux site américain Rotten Tomatoes qui recense les avis de critiques professionnels attribue une note parfaite à Selma et ce, avec plus de 80 commentaires au total). On a là déjà donc des ingrédients consistants… mais peut-être que ce qui accentue et donne tant de force à ce film se situe encore ailleurs. Dans ce parti pris de la réalisatrice Ava DuVernay de se fixer non sur la vie ou une longue période de l’histoire de MLK (ce qui est généralement le cas pour grand nombre de biopics traditionnellement, de plus quand il s’agit du premier) mais sur un événement marquant, les marches de Selma. Toute l’action est concentrée. Concentrée sur quelques jours simplement, concentrée également sur les personnages, privilégiant la proximité avec les acteurs au travers de gros plans (alternant de temps en temps avec quelques plans larges qui soudainement prennent encore plus d’importance), filmant au plus près des corps, des visages, des regards, positionnant l’humain au centre du déroulement des événements, grâce aussi à une grande qualité photographique.

Si le docteur King est inévitablement au cœur de l’histoire, Ava DuVernay nous offre de la vivre au travers également des personnages qui l’accompagnent, qui donnent sens au récit, d’un côté comme de l’autre si l’on peut dire. Et tout cela, sans surenchère émotionnelle, juste le nécessaire, avec un ton juste et un jeu remarquable des acteurs qui ont parfaitement compris la psychologie des différents protagonistes. Que ce soit l’acteur très en vue actuellement à Hollywood, David Oyelowo, s’immergeant étonnamment dans le rôle de Martin Luther King, ou, pour n’en citer que quelques-uns, Tim Roth dans la peau du cynique gouverneur Georges Wallace, la magnifique Carmen Ejogo jouant l’épouse de MLK Coretta Scott King, ou encore, dans la peau d’un président Johnson embarrassé et très politicien le talentueux Tom Wilkinson.

J’évoquais la chanson de Mahalia, plus qu’un simple moment spécifique, c’est l’ensemble de la bande son qui est aussi porteuse d’émotion et de force. Musiques instrumentales, chansons et, comme un hymne final rendant le message encore plus actuel, ce Glory de John Legend et Common, qui conclut le générique, déclenche un frissonnement bien agréable et offre l’oscar de la meilleure chanson originale. Enfin, une autre jolie trouvaille repérée dans l’excellent travail de la réalisatrice. Si le pasteur King reste connu comme un homme de parole, avec en particulier ses célèbres discours ou citations qui foisonnent encore sur internet, Ava DuVernay a su aussi donner une grande et belle place aux silences, telles les pauses qui viennent s’inscrire aussi au cœur des Psaumes…. Silences qui donnent au verbe encore plus d’impact et de réalisme, et apportant ainsi une touche de plus à l’extrême humanité présente tout au long du scénario. Cette humanité qui se manifeste sur la globalité de l’être humain : corps, âme et esprit.

Tout y est !

L’aspect physique touchant au corps dans la violence des coups, dans les regards, les visages, les poignées de mains…

L’émotion, les sentiments avec doute, joie, colère, haine, manipulation, amour, relations familiales…

Et enfin spiritualité ! Cet aspect aurait pu passer à la trappe d’une production ne voulant pas insister sur le côté pastoral de King, sur les racines profondes qui le mirent en marche, qui fondèrent ses choix, sur cette Parole de Dieu qui ancrait ses discours et ses actes avec puissance.

Et bien, non ! Cette part du héros est totalement présente, sans excès là encore, mais de façon juste et nécessaire. Cette spiritualité se trouve dans les mots même de MLK, mais aussi souvent dans ceux de ses compagnons d’œuvre qui parfois utilisent la foi et la Parole avec tant de beauté pour le remettre en marche… « regarde les oiseaux du ciel… »… ou cette voix de Mahalia Jackson qui devient celle du Seigneur et résonne au téléphone au cœur d’une nuit de doute… ou celle encore de ce prêtre blanc qui, avant de subir la violence des coups et mourir, s’interroge sur un choix de King (lorsqu’il traverse l’Edmund Pettus Bridge en tête de la dernière marche et décide, alors que les policiers s’écartent cette fois-ci, de s’agenouiller, prier et rebrousser chemin à la surprise générale) et y voit l’insertion soudaine de Dieu comme au cœur parfois de l’une de ses prédications…

SELMA, un film militant et historique qui parle de marches mais qui surtout peut encore nous mettre en marche. Une histoire d’une urgente nécessité dans notre contexte actuel d’intolérance et de violence, pour rappeler des fondements nécessaires à la vie, à l’homme et à la société, au travers de ses discours de lutte, de refus d’abdiquer et de baisser les bras et dans l’évocation de cette résistance pacifique et spirituelle qui peut faire tomber les plus grands murs de séparation et de haine.


Paroles et traduction de Glory

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

 

Hands to the Heavens, no man, no weapon

Les mains au ciel, aucun homme, aucune arme

Formed against, yes glory is destined

Forgés à l’encontre d’autrui, oui la gloire est promise

Every day women and men become legends

Chaque jour des femmes et des hommes deviennent des légendes

Sins that go against our skin become blessings

Les péchés à l’encontre de notre peau deviennent des bénédictions

The movement is a rhythm to us

Le mouvement est un rythme pour nous

Freedom is like religion to us

La liberté est comme une religion pour nous

Justice is juxtaposition in us

La justice est une juxtaposition en nous

Justice for all just ain’t specific enough

Justice pour tous n’est pas assez spécifique

One son died, his spirit is revisitin’ us

Un fils est mort, son esprit revient nous voir

Truant livin’ livin’ in us, resistance is us

L’absenteïste vit, vit en nous, le résistance est en nous

That’s why Rosa sat on the bus (1)

Voilà pourquoi Rosa s’est assisse dans le bus

That’s why we walk through Ferguson with our hands up (2)

Voilà pourquoi nous marchons sur Ferguson les poings levés

When it go down we woman and man up

Lorsque ça s’envenime, nous femme et homme nous montons au créneau

They say, « Stay down » and we stand up

Ils disent « Restez à vos places » et nous nous levons

Shots, we on the ground, the camera panned up

Tirs, nous sommes à terre, la caméra tourne

King pointed to the mountain top and we ran up

Le roi s’établit au sommet et nous nous élançons

 

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

Glory

Gloire

 

Now the war is not over

Maintenant la guerre n’est pas finie

Victory isn’t won

La victoire n’est pas gagnée

And we’ll fight on to the finish

Et nous nous battrons jusqu’à la ligne d’arrivée

Then when it’s all done

Puis quand tout sera fini

We’ll cry glory, oh glory (x2)

Nous crierons gloire, oh gloire

 

Selma’s now for every man, woman and child

Selma maintenant pour chaque homme, femme et enfant

Even Jesus got his crown in front of a crowd

Même Jésus a sa couronne devant une foule

They marched with the torch, we gon’ run with it now

Ils ont marché avec la torche, nous allons courir avec elle dorénavant

Never look back, we done gone hundreds of miles

Ne jamais regarder en arrière, nous avons fait et passé des centaines de miles

From dark roads he rose, to become a hero

Des rues sombres il s’est élevé, pour devenir un héros

Facin’ the league of justice, his power was the people

Face à la ligue de la justice, son pouvoir était le peuple

Enemy is lethal, a king became regal

L’ennemi est mortel, un roi est devenu majestueux

Saw the face of Jim Crow under a bald eagle (3)

Nous avons vu le visage de Jim Crow, sous l’aigle à tête blanche

The biggest weapon is to stay peaceful

La plus grande arme est de rester pacifique

We sing, our music is the cuts that we bleed through

Nous chantons, notre musique est la coupure par laquelle nous saignons

Somewhere in the dream we had an epiphany

Quelque part dans le rêve que nous avions une épiphanie

Now we right the wrongs in history

Maintenant, nous redressons les torts de l’histoire

No one can win the war individually

Personne ne peut gagner la guerre individuellement

It takes the wisdom of the elders and young people’s energy

Il faut la sagesse des anciens et l’énergie des jeunes

Welcome to the story we call victory

Bienvenue dans l’histoire que nous appelons Victoire

Comin’ of the Lord, my eyes have seen the glory

L’avènement du Seigneur, mes yeux ont vu la gloire

 

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

Glory

Gloire

 

When the war is done, when it’s all said and done

Lorsque la guerre est finie, quand tout est dit et fait

We’ll cry glory, oh glory

Nous crierons gloire, oh gloire