Une vie cachée pour aimer passionnément

Prix du Jury œcuménique lors du dernier Festival de Cannes, le nouveau film de Terrence Malick, Une vie cachée, sort ce mercredi 11 décembre sur les écrans français. Véritable chef d’œuvre d’humanité et de spiritualité, le film est une ode déchirante à la foi, au travers de l’histoire (vraie) de l’autrichien Franz Jägerstätter.

 

Inspiré de faits réels. Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

Si, étonnement cette année, le palmarès du « grand » jury Cannois n’a pas retenu ce dernier Malick, son film a eu le bonheur d’être malgré tout primé par le Jury œcuménique, nous rappelant ainsi l’année 2014 avec Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Son choix s’est en effet porté sur ce film somptueux mettant en scène la vie ordinaire et véridique d’un objecteur de conscience autrichien qui loin de vouloir être un héros le devient cependant à son corps défendant. Enrôlé́ en mars 1943, il refuse de prêter le serment d’obéissance indéfectible à Hitler, requis de tout soldat de la Wehrmacht, il est emprisonné, battu, jugé et finalement exécuté le 9 août de la même année. Par ce choix, le Jury œcuménique met en valeur un “héros ordinaire”, à la manière dont le théologien américain Ralph Waldo Emerson parlait de “Sublime ordinaire” pour évoquer la façon que Dieu a de se manifester dans les choses les plus simples de l’existence alors même qu’il s’agit comme ici des circonstances extraordinaires de la guerre. Dans son argumentation, le président du Jury œcuménique relève que Terrence Malick ne livre pas un film à thèse, assénant une vérité́ incontestable. Ses héros, Franz et Fani, ne sont pas des blocs de certitudes mais de chair et de sang. Faisant simplement ce qu’ils pensent être juste, sans jamais en vouloir à ceux qui les tiennent en leur pouvoir, ils atteignent la liberté malgré les barreaux, les coups, les menaces et la haine sans jamais se laisser atteindre par la haine en retour.

Remise du prix du Jury œcuménique au Festival de Cannes 2019

Quand l’agriculteur autrichien Franz Jägerstätter (August Diehl) regarde vers le ciel et demande à Dieu de lui montrer un signe, de le guider, comment lui répond-t-il ? Par le grondement d’un orage au sommet des Alpes autour de sa bucolique ville natale de St Radegund ; le bruit du vent caressant les champs de blé autour du village ; la voix de sa merveilleuse femme Fani (Valerie Pachner) et de leurs trois petites filles.  Mais, une fois que la Seconde Guerre mondiale a éclaté et l’a plongé dans un monde sombre fait de prisons militaires, de tribunaux judiciaires, et d’un dictateur tout puissant… c’est le bruit de membres et de corps brisés qui résonnent sur les planchers ; l’écho des sirènes des raids aériens ; le terrible bruit des coups de feu.  Dans une œuvre imprégnée par la question de la foi, la proximité mais aussi l’éloignement de l’humanité vis-à-vis de Dieu n’ont jamais été aussi pressants que dans Une vie cachée.

Terrence Malick retrouve ici pour l’image, Jörg Widmer, directeur de la photographie déjà de Tree of life. Et ce sont alors de nombreux grands angles qui construisent ce film mais avec, cette fois-ci, un retour à une construction narrative linéaire et traditionnelle, tout en étendant son impulsion à donner autant de poids à la faune et aux bruits ambiants qu’aux préoccupations humaines. Avec une durée de 173 minutes, c’est l’œuvre la plus longue de Malick à ce jour, mais paradoxalement celle qui est sans doute la plus accessible à un large public.

Chrétien pacifiste et profondément sincère et engagé dans sa foi, l’aversion de cet homme pour une guerre qu’il considère injuste est si profonde qu’il ne peut se résoudre à jurer fidélité à Hitler et à l’Allemagne nazie à laquelle l’Autriche avait été annexée récemment. Et dans un village reculé où vivent une poignée de familles d’agriculteurs, de boulangers et de forgerons, ce n’est qu’une question de temps avant que le sentiment résolument anti-guerre et le refus de cet homme de rejoindre ses compagnons de front soient interprétés comme une trahison, un coup dans le dos aux nombreuses familles dont les fils ont déjà été envoyés au front, et ne reviendront peut-être jamais, porté en plus par un sentiment nationaliste grandissant.« Qu’est-il arrivé à notre pays ? » s’interroge Franz et, en se réfugiant dans l’étreinte de son épouse Fani, d’ajouter « Les gens ne reconnaissent-ils pas le mal quand ils le voient ? ». Et, jusqu’au bout, à grands frais personnels, Fani soutient son mari, tandis que certains cherchent à épargner sa vie au détriment de son âme, comme Bruno Ganz, dans le rôle du juge du tribunal militaire, qui confronte Franz quelques minutes avant la sentence finale. « Ais-je le droit de ne pas faire ce qui est juste ? » répond le détenu en retour.

Une vie cachée devient une invocation, l’appel déchirant d’un homme qui lutte pour préserver son humanité intacte alors que le monde autour de lui plonge plus profondément dans le mal et, pire encore, regarde le mal s’épanouir, s’étendre et se normaliser, sans bouger et sans être dérangé. Prière qui se tourne inlassablement vers Dieu… prière que fait aussi Fani avec une sincérité bouleversante, même quand les doutes s’immiscent…

L’État et l’Église sont également sourds aux inquiétudes de Franz, et également complices du crime. Car même lorsqu’il se tourne vers le clergé pour obtenir de l’aide, consultant notamment un évêque au sujet de sa décision de refuser de se joindre aux troupes si les autorités militaires le lui demandent, la réponse est un rappel terrifiant du devoir unique de se soumettre aux autorités. Pour sa part, Franz affirme : « Si Dieu nous donne le libre arbitre, nous sommes responsables de ce que nous faisons » et, tout aussi important, de « ce que nous ne faisons pas ».

La Seconde Guerre mondiale est un mal bien présent mais qui reste presque invisible. Il n’y a pas de champs de bataille, seulement ceux de blé… pas d’horreurs dans les camps de concentration, pas de raids dramatiques à minuit. Mais ne vous y trompez pas, Une vie cachée est bel et bien un film de guerre. Mais ici, le combat qui fait rage est un combat interne, entre un chrétien et sa conscience. C’est une bataille qui se déroule d’abord à l’intérieur et autrement à l’extérieur, entre Franz et la foule qu’il affronte : les villageois qui ostracisent progressivement toute sa famille, et les soldats qui l’incarcèrent dès qu’il se présente à la caserne après son enrôlement, et qu’il refuse de prononcer le serment, se lançant dans un enfer asphyxiant de torture et d’isolement. Regardant le fermier se diriger volontairement et sans relâche vers son destin tragique, montrant l’autre joue aux hommes qui l’humilient, le rabaissent et le torturent, Franz devient clairement une figure Christique. Alors qu’Une vie cachée entre dans sa dernière heure, la prison, le tribunal… le sentiment étrange et bouleversant s’installe pour le spectateur d’être témoin de la Passion selon Malick.

Enfin, l’histoire de Franz Jägerstätter nous interpelle aussi sur le risque d’une humanité qui aurait perdu la capacité à entendre parler le divin. « Un jour, je peindrai un vrai Christ », raconte Franz dans une scène de jeunesse où il discute avec un homme travaillant sur les fresques de l’église de Radegund, se plaignant de son incapacité à dépeindre la souffrance de Jésus au lieu des icônes plus tranquilles et pacifiques que les ecclésiastiques locaux recherchent. C’est peut-être un résumé subtil pour un film qui réussit judicieusement à être critique des institutions religieuses, tout en célébrant la foi comme quelque chose qui transcende, quelque chose de mystérieux à chérir, à laisser vivre au cœur de l’homme et à voir. Car Malick fait une vraie distinction critique entre la foi et la religion, soulignant l’échec de cette dernière – une institution humaine aussi faillible et corruptible que tout individu.

Ici, c’est le destin de l’âme d’un homme qui est en jeu, et près de trois heures d’écran ne semblent pas du tout excessives quand il s’agit de capturer le sacrifice de Franz, ostracisé, emprisonné, et finalement exécuté pour ses convictions.

Et si le titre du film fait référence à une citation de la romancière George Elliot, quelle judicieuse idée de nous la retranscrire en image finale afin de mieux nous donner d’en comprendre le sens profond : « Si les choses ne vont pas aussi mal pour vous et pour moi qu’elles eussent pu aller, remercions-en pour une grande part ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes que personne ne visite plus ».

Une vie cachée est vraiment une œuvre immense qui élève l’âme et qui touche au cœur comme un souffle de vie et d’espérance bienfaisant.

 

UNE VIE CACHÉE… OU LA PASSION SELON MALICK

« Une vie cachée », le nouveau long métrage de Terrence Malick, présenté dans la Compétition du Festival de Cannes est un chef d’œuvre d’une dimension, ou plutôt d’une puissance, spirituelle et cinématographique rare. Une ode déchirante à la foi, au travers de l’histoire (vraie) de l’autrichien Franz Jägerstätter.

Synopsis : Inspiré de faits réels. Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

Quand l’agriculteur autrichien Franz Jägerstätter (August Diehl) regarde vers le ciel et demande à Dieu de lui montrer un signe, de le guider, comment lui répond-t-il ? Par le grondement d’un orage au sommet des Alpes autour de sa bucolique ville natale de St Radegund ; le bruit du vent caressant les champs de blé autour du village ; la voix de sa merveilleuse femme Fani (Valerie Pachner qui mériterait le prix d’interprétation féminine…) et de leurs trois petites filles.  Mais, une fois que la Seconde Guerre mondiale a éclaté et l’a plongé dans un monde sombre fait de prisons militaires, de tribunaux judiciaires, et d’un dictateur tout puissant… c’est le bruit de membres et de corps brisés qui résonnent sur les planchers ; l’écho des sirènes des raids aériens ; le terrible bruit des coups de feu.  Dans une œuvre imprégnée par la question de la foi, la proximité mais aussi l’éloignement de l’humanité vis-à-vis de Dieu n’ont jamais été aussi pressants que dans Une vie cachée, ce récit historique sur un homme qui a refusé de prêter allégeance à Hitler, et qui a payé le prix ultime pour son défi.

Terrence Malick retrouve ici pour l’image, Jörg Widmer, directeur de la photographie déjà de Tree of life. Et ce sont ainsi de superbes grands angles qui construisent ce film mais avec un retour à une construction narrative linéaire et traditionnelle pour Malick par rapport à ses quatre dernières œuvres, tout en étendant son impulsion à donner autant de poids à la faune et aux bruits ambiants qu’aux préoccupations humaines. Avec une durée de 173 minutes, c’est l’œuvre la plus longue de Malick à ce jour, mais paradoxalement celle qui est sans doute la plus accessible à un large public.

Chrétien pacifiste et profondément sincère et engagé dans sa foi, l’aversion de cet homme pour une guerre qu’il considère injuste est si profonde qu’il ne peut se résoudre à jurer fidélité à Hitler et à l’Allemagne nazie à laquelle l’Autriche avait été annexée récemment. Et dans un village reculé où vivent une poignée de familles d’agriculteurs, de boulangers et de forgerons, ce n’est qu’une question de temps avant que le sentiment résolument anti-guerre et le refus de cet homme de rejoindre ses compagnons de front soient interprétés comme une trahison, un coup dans le dos aux nombreuses familles dont les fils ont déjà été envoyés au front, et ne reviendront peut-être jamais, porté en plus par un sentiment nationaliste grandissant.

« Qu’est-il arrivé à notre pays ? » s’interroge Franz et, en se réfugiant dans l’étreinte de son épouse Fani d’ajouter : « Les gens ne reconnaissent-ils pas le mal quand ils le voient ? ». Et jusqu’au bout, et à grands frais personnels, Fani soutient son mari, tandis que certains cherchent à épargner sa vie au détriment de son âme, comme Bruno Ganz, dans le rôle du juge du tribunal militaire, qui confronte Franz quelques minutes avant la sentence finale. « Ai-je le droit de ne pas faire ce qui est juste ? » répond le détenu en retour.

Une vie cachéedevient une invocation, l’appel déchirant d’un homme qui lutte pour préserver son humanité intacte alors que le monde autour de lui plonge plus profondément dans le mal et, pire encore, regarde le mal s’épanouir, s’étendre et se normaliser, sans bouger et sans être dérangé. Prière qui se tourne inlassablement vers Dieu… prière que fait aussi Fani avec une sincérité bouleversante, même quand les doutes s’immiscent…

L’État et l’Église sont également sourds aux inquiétudes de Franz, et également complices du crime. Car même lorsqu’il se tourne vers le clergé pour obtenir de l’aide, consultant notamment un évêque au sujet de sa décision de refuser de se joindre aux troupes si les autorités militaires le lui demandent, la réponse est un rappel terrifiant du devoir unique de se soumettre aux autorités. Pour sa part, Franz affirme :« Si Dieu nous donne le libre arbitre, nous sommes responsables de ce que nous faisons » et, tout aussi important, de « ce que nous ne faisons pas ».

La Seconde Guerre mondiale est un mal bien présent mais qui reste presque invisible. Il n’y a pas de champs de bataille, seulement ceux de blé… pas d’horreurs dans les camps de concentration, pas de raids dramatiques à minuit. Mais ne vous y trompez pas : C’est un film de guerre ; mais le combat qui fait rage ici est un combat interne, entre un chrétien et sa conscience. C’est une bataille qui se déroule donc à l’intérieur mais aussi autrement à l’extérieur, entre Franz et la foule qu’il affronte : les villageois qui ostracisent progressivement toute sa famille, et les soldats qui l’incarcèrent dès qu’il se présente à la caserne après son enrôlement, et qu’il refuse de prononcer le serment, se lançant dans un enfer asphyxiant de torture et d’isolement en prison. Regardant le fermier se diriger volontairement et sans relâche vers son destin tragique, montrant l’autre joue aux hommes qui l’humilient, le rabaissent et le torturent, Franz devient clairement une figure Christique. Alors qu’Une vie cachée entre dans sa dernière heure, la prison, le tribunal… le sentiment s’installe pour le spectateur d’être témoin de la Passion selon Malick.

L’histoire de Franz Jägerstätter nous interpelle aussi sur le risque d’une humanité qui a perdu la capacité à entendre parler le divin. « Un jour, je peindrai un vrai Christ », raconte Franz dans une scène de jeunesse, ou il discute avec un homme travaillant sur les fresques de l’église de Radegund, se plaignant de son incapacité à dépeindre la souffrance de Jésus au lieu des icônes plus tranquilles et pacifiques que les ecclésiastiques locaux recherchent. C’est peut-être un résumé subtil pour un film qui réussit judicieusement à être critique des institutions religieuses, tout en célébrant la foi comme quelque chose qui transcende, quelque chose de mystérieux à chérir, à laisser vivre au cœur de l’homme et à voir. Car Malick fait une vraie distinction critique entre la foi et la religion, soulignant l’échec de cette dernière – une institution humaine aussi faillible et corruptible que tout individu.

Ici, c’est le destin de l’âme d’un homme qui est en jeu, et près de trois heures d’écran ne semblent pas du tout excessives quand il s’agit de capturer le sacrifice de Franz, ostracisé, emprisonné, et finalement exécuté pour ses convictions. Et si le titre du film fait référence à une citation de la romancière George Elliot, quelle judicieuse idée de nous la retranscrire en image finale : « Si les choses ne vont pas aussi mal pour vous et pour moi qu’elles eussent pu aller, remercions-en pour une grande part ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes que personne ne visite plus. »

Une vie cachée est vraiment une œuvre immense qui élève l’âme et qui touche au cœur comme un souffle de vie et d’espérance bienfaisant. Merci monsieur Malick !

THE REVENANT : UNE ODYSSÉE SAUVAGE ET EXTATIQUE

Si, il y a moins d’un an, le réalisateur Alejandro González Inárritu m’avait scotché avec un « Birdman » resplendissant, que dire alors aujourd’hui avec sa dernière création « The Revenant » ?… Attention : chef d’œuvre à dimension spirituelle !

Ce film est une libre adaptation du roman du même nom de l’écrivain Michael Punke, qui se centre sur l’histoire vraie, au début du 19e siècle, de Hugh Glass, éclaireur d’un groupe de trappeurs traqués par des Indiens. Il fait une très mauvaise rencontre qui va le laisser pour mort. Trahi par l’un de ses coéquipiers, Glass va, agonisant, s’accrocher aux seuls fils qui le maintiennent en vie, son amour pour sa femme et son enfant, et sa vengeance pour pouvoir entreprendre un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de celui qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

On peut être légitimement perplexe face à une surabondance outrancière d’éloges et de publicité lors de la sortie d’un blockbuster américain. À quelle sauce va-t-on encore être mangé ? Avec The Revenant, cet à-priori n’a tenu que quelques secondes, pour s’évaporer telle l’haleine froide du trappeur venant embuer la caméra, tant l’immersion dans l’aventure est rapide est puissante. Extrême, brutal et pourtant immensément beau… ces qualificatifs me semblent à la fois évidents et pourtant insuffisants. Inárritu nous plonge en effet au cœur d’une odyssée sauvage, une sorte d’expérience inouïe où tous les sens sont bouleversés, où le spectateur est pris aux tripes du début à la fin.

Pas de réels répits en fait, même si de longs moments de quiétude apparente nous sont offerts, mais chaque scène, chaque plan est d’une beauté picturale unique à couper le souffle. Cette dualité entre bestialité, combat, souffrance, hostilité d’un côté et perfection, calme, immensité d’une nature éblouissante de l’autre est un fondement de cette histoire. Même la tranquillité devient inquiétante finalement. Le tout magnifié techniquement par une exceptionnelle photographie, signée Emmanuel Lubezki , le chef-operateur à qui l’on doit notamment Birdman et Gravity, qui a fait le choix osé mais remarquable dans le contexte de l’histoire de ne recourir qu’à la lumière naturelle pour travailler. Cette traversée de l’enfer que vit Hugh Glass dans un décor de rêve se transforme au fil du temps en un regard sur la solitude, ainsi que sur l’endurance physique et psychologique de l’Homme. « Bats-toi jusqu’à ton dernier souffle… » « Respire, respire… » Ces mots émergent de la dévastation et deviennent un hymne à la vie.

Alejandro González Inárritu y ajoute cependant une puissante force spirituelle, venue transcender le motif de la vengeance et de l’amour. Sur sa route, dans son combat qu’il soit d’ailleurs intérieur ou extérieur, le divin s’immisce fait de rêves, de souvenirs, de rencontres. Il le ressuscite, le porte, l’apaise, le transforme… Et Inárritu semble s’en délecter en jouant avec la caméra et incorporant des plans allégoriques faits de grand angle, de contre plongée, à la Terrence Malick, pour amplifier la dimension spirituelle. En utilisant d’ailleurs le verbe ressusciter je pointe sans doute là une réelle thématique de The revenant. L’homme qui reprend vie, quittant la tombe qu’on lui a creusée, en s’enveloppant ensuite dans la peau et le corps de la bête morte et dépecée puis renaissant à nouveau. L’homme qui guérit de ses blessures en rêvant aux ruines d’une église où l’image d’un Christ crucifié rappelle les blessures de la Passion si ressemblantes à celles qui marquent son corps.

Enfin, impossible de ne pas évoquer les performances d’acteurs, et en particulier celle de Leonard DiCaprio et Tom Hardy. Pour DiCaprio tout spécialement, ici tellement loin de l’image hollywoodienne, beau gosse, lisse et souriant qui lui colle parfois à sa peau, et saisissant dans la force de son visage, de son regard et de ses silences. Il se prête ainsi parfaitement au choix du réalisateur de coller au plus prêt de l’action. On perçoit aisément alors toute sa colère, sa rage, sa tristesse, sa souffrance.

C’est vide et plein à la fois que je ressors finalement de cette séance, avec une profonde envie d’y retourner, de renouveler l’expérience cinématographique offerte. Et vous y inviter vous aussi, en ne manquant toutefois pas de mettre en garde les âmes les plus sensibles, l’interdiction au moins de 12 ans l’indiquant clairement (- de 17 non accompagnés même aux États-Unis).