DU ZAPPING À LA RENCONTRE

À l’occasion des conférences de Carême 2018 diffusées sur France Culture, le pasteur Laurent Schlumberger a proposé un travail autour de la question de la mobilité, maître-mot de notre monde globalisé comme l’exprime l’auteur en ouverture de ses interventions. Les Éditions Olivetan prolonge ces moments de radio en publiant le texte, agrémenté de quelques ajustements minimaux, mais privilégiant les tournures orales liées au mode de transmission initiale. Au final, un livre d’une centaine de pages, qui se lit extrêmement facilement et en tout temps qui offre une belle analyse et ouvre à une réflexion pertinente et universelle.

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Nous sommes, et nous devons être, de plus en plus mobiles dans l’espace, le temps, les cultures et jusque dans nos modes de vie et nos représentations. Les mobilités marquent toujours plus profondément nos vies personnelles et collectives. Porteuses de promesses, elles suscitent aussi des détresses : précarité, épuisement, perte de repère et de sens… La Bible nous parle en chacune de ses pages de déplacements de toutes natures. Elle est une invitation permanente à sortir de soi et à se mettre en route. Plus encore, elle présente un Dieu qui, contrairement aux images que nous nous faisons de lui, est toujours en mouvement, toujours à notre recherche, toujours désireux de nous rencontrer. Tel est son seul mobile. Et si la Bible nous aidait à passer du zapping anxiogène à la vraie rencontre, salutaire ?

Il y a une vraie progression intelligente et logique dans le processus d’avancement que propose ici Laurent Schlumberger. Car si la mobilité est le cœur du sujet, elle se retrouve aussi dans le mode d’écriture de l’auteur. Nous sommes comme accompagnés avec bienveillance, pris par la main dans la réflexion, parfois légèrement bousculés… pour nous conduire finalement vers un objectif existentiel fondamental qui peut se résumer à cette question : « Vivre, pour qui ? » conduisant elle-même à considérer la rencontre comme une finalité joyeuse et nécessaire.

Il est aussi intéressant de noter que dans son approche de la mobilité, Laurent Schlumberger ne se contente pas d’évoquer le changement de lieu. Une déclinaison s’opère sur le même principe dans toutes les sphères de l’humain dessinant un large spectre des aspects de nos mobilités. Dans l’espace bien évidement, mais aussi dans le temps, dans la culture et plus globalement dans l’existence avec, à chaque fois, un impact réel sur notre façon de vivre et notre manière de regarder l’autre. Une sensation d’accélération peut nous apparaitre dans notre époque présente mais Laurent Schlumberger jongle avec les périodes de l’histoire, montrant ainsi que ces enjeux dépassent largement cette contemporanéité qui nous marque forcément davantage. Il puise d’ailleurs abondamment dans l’histoire biblique des exemples et des enseignements marquants sur la nature même de Dieu et sur ce que cela peut impliquer pour nous.

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Enfin, si ces conférences ont été réfléchies dans cette période de Carême, comme un chemin vers Pâques, un cheminement tranquille offrant la possibilité d’une transformation, d’une métamorphose, nous orientant aussi vers l’invitation à la rencontre, la lecture de ce livre peut aussi s’adapter à merveille à la période estivale, me semble-t-il. Moments souvent marqués par une forme de rupture, notamment dans nos plannings surchargés, ouvrant ainsi la porte à une autre forme de mobilité personnelle qu’elle soit intérieure ou pleinement vécue dans le voyage et le changement simple de paradigme du quotidien.

« Du zapping à la rencontre »

Mobilités contemporaines et mobile de Dieu

Laurent Schlumberger – Éditions Olivetan

EVERYBODY KNOWS… BUT

Après avoir, en 2013, offert le prix d’interprétation féminine à Bérénice Béjo avec son film  » Le passé « et en 2016, de retour en compétition, décroché le Prix du Scénario pour « Le Client », le réalisateur iranien revient sur la Croisette et se voir attribué déjà l’ouverture du 71ème Festival de Cannes. Premier film en compétition, le nouveau Asghar Farhadi « Everybody Knows », ou plutôt « Todos lo Saben » son titre original, s’offre un casting de rêve avec notamment le couple star et glamour Penelope Cruz et Javier Bardem.

Laura (Penelope Cruz), qui a épousé un Argentin (Ricardo Darin) et s’est installée de l’autre côté de l’Atlantique, revient en Espagne avec ses deux enfants dans son village natal, pour participer au mariage de sa sœur. La joie des retrouvailles avec sa famille et l’ambiance de la fête sont rapidement ternies par un évènement angoissant : la fille aînée de Laura est kidnappée à la faveur d’une coupure d’électricité et ses ravisseurs réclament une rançon de 300.000 euros. Alors que son mari est resté en Argentine, Laura se tourne vers Paco (Javier Bardem), son ancien amoureux devenu propriétaire d’une belle exploitation viticole qui suscite les jalousies de sa famille. Paco va prendre l’affaire très à cœur, trop pour certains…

L’un des mérites de Todos lo Saben est de démontrer sans doute que, suivant la façon de regarder un film, l’appréciation peut être très différente. En effet si, en l’occurrence, l’aspect policier, suspense est ce qui retient l’attention, je dois avouer alors qu’une certaine déception peut être alors hélas au rendez-vous. On a sans doute connu Farhadi un brun plus subtil car son intrigue peut paraître quelque peu cousue de fil blanc. Quelques ficelles mélodramatiques assez artificielles et convenues n’apportent guère. Et cette dimension policière de son récit finit par laisser passer quelques grosses invraisemblances.

Mais c’est justement parce que Farhadi ne réalise pas là véritablement un film d’enquête. L’intérêt est bien ailleurs et c’est avec d’autres lunettes qu’il faut se plonger dans l’histoire.  Celles qui nous permettent d’explorer avec lui la dimension beaucoup plus psychologique d’un drame familial et sociétal et d’observer des personnages filmés de près afin de dévoiler leur intimité, leur complexité, leur fragilité. Le cinéaste les approche avec bienveillance et véritable tendresse, sans les juger, et finalement sans les condamner.

Parmi les thématiques qui alors apparaissent, trois plus particulièrement m’ont interpellé :

– Une fois encore avec Farhadi la dimension du secret, et plus spécifiquement de ceux qui atteignent la cellule familiale comme un cancer qui ronge et détruit, est au cœur de son scénario. Un secret qui ici semble d’ailleurs aussi se communiquer et prendre des formes différentes mais toujours avec des conséquences terribles

– J’ai beaucoup apprécié aussi la question de l’appartenance qui ici est abordée de double manières. L’appartenance de la terre, du vignoble… (je resterai sommaire pour ne pas spoiler quoi que ce soit) mais aussi naturellement l’appartenance de l’être, de l’enfant. Qu’est ce qui nous donne droit ? Et puis-je vraiment perdre ce qui m’appartient ?

– Et avec tout cela, pour permettre d’ailleurs à ces deux thèmes de trouver sens, vient se greffer la notion du temps… ce temps qui passe inexorablement et qui peut à la fois permettre l’heureuse transformation, tel celui qui donne au jus de raisin de devenir vin, ou qui permet à un dépendance de se vaincre (un temps qui peut être alors aussi utilisé par Dieu comme un miracle s’y l’on se réfère à Alejandro, le mari de Laura). Mais qui peut devenir dangereux, risqué à la manière de cette horloge au verre brisé dans le clocher là ou la jeune Irène s’amuse et pourrait se blesser tandis que les oiseaux eux y trouvent un passage vers la liberté.

Enfin, comment ne pas souligner l’autre grande réussite de ce film avec le choix des acteurs. Les deux rôles principaux bien entendu, écrits pour le couple phare du cinéma espagnol et hollywoodien : Penelope Cruz et Javier Bardem, mais globalement l’ensemble du casting qui apporte un éclat remarquable et une vraie chaleur, au risque, quand même, de devenir parfois un tantinet exubérant.

En conclusion, Todos lo Saben n’est pour moi pas le meilleur film du réalisateur iranien, mais il est tout de même plein de qualités avec cette possibilité de l’aborder autrement, en se fixant sur ce qui n’est pas forcément le plus visible mais qui est, sans nul doute, le plus intéressant.

 

 

VILLENEUVE, ÇA CLAQUE !

Sans aucun doute, « Premier Contact » de Denis Villeneuve restera l’un des grands films de cette année. Le réalisateur canadien ouvre là une nouvelle page à la SF en mêlant avec un immense talent à une histoire d’OVNI et d‘Aliens une approche philosophique, presque spirituelle et, en tout cas, profondément humaine.

Lorsque 12 mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Pendant le défilement du générique final, ma première impression est le sentiment d’avoir pris une vraie claque qui ne fait, je vous rassure, pas souffrir mais au contraire réveille et même laisse un sentiment de bien-être profond. Ce genre d’émotion que l’on peut ressentir face à une « beauté » pure et touchante. Oui il y a du beau dans ce que nous livre là le canadien Denis Villeneuve avec cette histoire qui pourtant, sur le papier, ressemble plus à un blockbuster hollywoodien blindé de ficelles bien habituelles qu’à une œuvre artistique esthétique et réfléchie. Des mots qui peuvent sembler forts mais qui correspondent étonnamment au résultat final. Car si Villeneuve traite un sujet de SF assez banal, avec cette histoire d’invasion extraterrestre où le mystère plane sur les intentions profondes des visiteurs, il sait nous emmener bien plus loin, avec subtilité, et nous conduire à réfléchir sur le sens de la vie, du langage, de la communication et surtout du temps.

Il serait évidemment désobligeant d’en dire trop sur le déroulement du scénario et risquer de dévoiler ce qui doit se découvrir précisément en son temps. Donc je ne m’aventurerai que très peu dans une analyse plus approfondie. Juste, peut-être, souligner là qu’une intéressante réflexion spirituelle pourrait prolonger la séance pour se pencher sur la notion d’omniscience du divin, en reprenant plusieurs éléments et dialogues de « Premier Contact ». Mais enfin, plus généralement, j’aimerai exprimer mon admiration pour la façon dont le langage prend ici corps et sens. Un esthétisme des courbes et de l’image apparaît brillamment chez ces troublants heptapodes, pourtant eux même loin des critères de beauté traditionnels, lanceurs d’une sorte d’encre qui devient calligraphie vivante, telle une danse des mots, des formes. La langue qui, comme l’évoque le physicien Ian Donnelly à la linguiste Louise Banks, quand on s’en pénètre pleinement, a cette capacité troublante soi-disant de changer notre façon de voir le monde, jusqu’à rêver au travers d’elle… rêve ou réalité ?… comme ces signes tout en rondeur qui se dessinent mais aussi s’évaporent…

La photo est léchée avec une évidente influence Malickienne dans une sorte de poésie visuelle métaphorique qui, si elle agacera ou troublera la compréhension d’un certain nombre de spectateurs (comme celui qui, sur le rang derrière moi, avait le bizarre sentiment d’avoir été arnaqué et de ne pas avoir compris grand chose ?!), a pour ma part augmenté mon plaisir déjà pleinement acquis. Mais la musique, de son côté, n’est pas en reste non plus et devient même un écrin, voir une seconde peau à l’œuvre de Villeneuve, composée par son fidèle acolyte, l’islandais Johann Johannsson. La BO presque intégralement électronique (à quelques notes de piano près) apporte un climat dès les premières images et jusqu’aux tout derniers mots du générique. Elle se fond même jusque dans les grognements des aliens devenant ainsi une sorte d’autre langage à découvrir, à interpréter. Interpréter est d’ailleurs un défi constant, avec ses risques d’erreurs, de confusions… de « kangourous… qui ne savent pas ».

Allez, arrêtons-nous là. Car mieux encore que toute autre chose, aller voir « Premier contact » est ce que je ne peux que vous encourager à faire très vite… oui très vite vraiment, car le temps passe… ou est passé… qu’en savons-nous ?

 

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LE TEMPS QUI PASSE ET QUI ÉBLOUIT

Ça y est ! Le frisson qui véritablement au moment du générique de fin d’un film vous fait ressentir un immense bonheur est arrivé. Il y avait déjà eu un premier coup de cœur avec Mia Madre et plusieurs vraiment bons moments, mais, ce matin, un film fait vraiment la différence.

 

À 8h30, projection presse du nouveau long métrage de Paolo Sorrentino « Youth », avec une pléiade d’acteurs merveilleux : Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda… et un certain Diego Maradona en guest star. Deux heures de plaisir immense, tant par l’histoire, l’acting, les dialogues, l’esthétique, la musique… et tous les petits détails ou clins d’œil comme Sorrentino sait si bien le faire.

« Youth » nous fait voyager en Suisse, à l’intérieur d’un bel hôtel au pied des Alpes où Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. L’occasion aussi alors de repenser le passé jusqu’aux premiers fantasmes amoureux d’enfance et d’assumer un présent pas toujours facile à accepter, d’une prostate qui fait des siennes, aux demandes de la reine d’Angleterre ou d’une maison d’édition française ou encore un refus d’une star de cinéma.

« Youth » est un film émouvant sur le temps qui passe. C’est évidemment le thème principal porté avec brio tout particulièrement par Michael Caine et Harvey Keitel. « Accepter la vieillesse tant physique qu’intellectuelle »… thème particulièrement difficile et plutôt peu amusant. Et pourtant, et c’est là tout le talent de Sorrentino,  il l’aborde sans lourdeur mais au contraire, à l’inverse, avec une légèreté exceptionnelle, plein d’humour, de second degré, et surtout des dialogues tout à fait extraordinaires. Sorrentino est aussi magnifique dans son usage de la caméra, du cadrage, dans sa façon de filmer les visages, les regards et de nous donner la possibilité d’observer des tas de petits détails venant apporter de la saveur supplémentaire au déroulement de l’histoire.

Les personnages secondaires sont aussi autant d’éléments de plus pour sans jamais donner l’impression de trop : Une miss univers qui n’est pas pourtant pas dénuée d’intelligence et de répartie, un moine bouddhiste qui se fait attendre pour s’élever dans les airs, un apprenti violoniste gaucher, une jeune cinéphile qui n’est pas friand que de films de robots, une masseuse qui s’éclate sur Wii-dance et qui préfère toucher que parler, un alpiniste barbu est quelque peu solaire qui tombe amoureux de la belle… et la liste s’allonge et s’allonge encore mais juste pour donner sens et faire du bien.

Mais Sorrentino ne s’arrête pas là et présente, en bonus, un grand nombre d’ingrédients pour séduire, non seulement un large public, mais aussi la fratrie Coen qui préside le Jury du Festival. Décalages humoristiques comme un jonglage vertigineux de Maradona avec une balle de tennis ou du rappel de la « main de Dieu » gauche évidemment… esthétisme de scènes surréalistes comme celle où Fred se rappelle les gestes du chef d’orchestre dans une symphonie champêtre où les vaches, les cloches et les oiseaux forment l’orchestre, ou comme celle que l’on pourrait qualifier de ‘mémoire du cinéma’ façon Fellini dans « Huit et demi »… jusqu’à une allusion discrète mais claire au Festival de Cannes…

Vous l’aurez compris, « Youth » est pour moi une réussite quasi-parfaite, une leçon de cinéma qui en fait à la fois un vrai film de divertissement grand public mais aussi un film qui fait réfléchir, plein d’humanité et de profondeur d’âme qui touche, émeut et donne du bonheur et des frissons. Alors quel sera le palmarès ? En tout cas, je mise un billet sur la présence de « Youth » en bonne place… réponse dimanche ! Mais quoiqu’il en soit, « Youth » sera le film à ne pas manquer lors de sa sortie annoncée au mois de septembre, si vous aimez le grand et beau cinéma.

LE TEMPS D’AIMER

Mon Dieu, que le temps passe vite devant un film si bouleversant.

1963, en Angleterre, Stephen Hawking, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde.  Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps. Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique.

Ce biopic inspiré de l’autobiographie – Voyage à l’infini, ma vie avec Stephen –, écrite par sa femme, Jane Hawking est un film d’une immense humanité. Évidemment, l’histoire racontée à elle seule est un trésor d’ingrédients pour émouvoir mais aussi faire réfléchir sur la nature humaine comme sur la nature divine. De l’infiniment grand de l’univers et du temps qui nous dépasse, nous subjugue, nous donne le vertige jusqu’à l’infiniment petit de l’être humain et de ce qui le compose, le fait vivre mais peut aussi le détruire ou du moins l’emprisonner… tout est là au cœur de ce récit magnifié par la puissance de l’amour, de l’espérance et d’une certaine foi. Alors le réalisateur James Marsh fait un choix osé mais qui en devient sa force et sa réussite, celui de ne pas surenchérir, de « fabriquer » des situations ou des héros pour magnifier les choses ou au contraire les noircir… il laisse simplement défiler l’histoire, les personnages… ces vies pas tout à fait comme les autres !

Et justement ce sont les personnages qui en ressortent avec un dimension assez extraordinaire à mon goût. Les acteurs deviennent ainsi remarquables. Eddie Redmayne comme Felicity Jones sont d’une justesse et d’une beauté saisissantes (j’utilise ce terme de beauté avec la force qu’il peut avoir dans cette histoire où la maladie détruit l’enveloppe extérieur mais fait imerger dans le même temps une grâce incroyable). Cette force du jeu des acteurs devient peut-être plus flagrante encore, non pas dans les dialogues, mais au contraire dans les silences, les regards, les attitudes. Et l’on comprend d’autant mieux les cinq nominations récentes aux oscars dont celles pour les meilleurs acteurs masculins et féminins (et celle aussi pour le meilleur film).

Et puis, avec ce récit, ce sont aussi des questions fondamentales qui se posent : Enjeux scientifiques passionnants mais aussi constament remis en question face à une stabilité relative de la foi et la croyance en un Dieu créateur (toujours dans une démarche qui touche à l’esthétisme, sans jugement, ni parti pris). Interrogations sur le sens de la vie, sur une forme de « folie » qui conduit, par exemple, une intelligence comme celle de Stephen à se retrouver emprisonné dans une enveloppe charnelle qui le bride et se désagrège, sur la capacité incroyable de l’amour mais aussi sur la réalité de la complexité de l’accompagnement du handicap. Et l’on pourrait encore en trouver de nombreuses autres tant le film est riche et susceptible dans sa force émotionnelle et le sujet abordé de nous donner à scruter plus loin… Alors n’hésitez-pas !