« Daniel Darc, Pieces of my life » Portrait d’un dandy punk désespéré qui découvrit la grâce divine

« Daniel Darc, Pieces of My Life », sorti au cinéma ce mercredi 24 juillet 2019, est une plongée dans la vie et l’univers de Daniel Darc. Chanteur de Taxi Girl, groupe culte des années 1980, il allait devenir un personnage emblématique de la scène rock française. Les années 1990 passent et sa trace se perd… Il faudra attendre 2004 et le miraculeux retour avec « Crèvecoeur » pour qu’il retrouve le succès, jamais démenti, jusqu’à sa disparition prématurée, le 28 février 2013. À travers des images inédites et intimes filmées pendant 25 ans, ce film témoigne de sa façon de vivre, avec ses moments de fulgurances et d’excès, ses solitudes, ses errances et ses abîmes, ceux qui abîment méchamment, et qui soudent. Une œuvre forte, d’une intimité extrême, à la fois troublante, hypnotique et passionnante où finalement la grâce l’emporte et ouvre un chemin d’espérance.

Synopsis : Héros punk au sein de Taxi Girl, chanteur solo torturé en proie à l’autodestruction, Daniel Darc demeure encore un mystère, six ans après sa disparition. « Les seuls êtres qui m’intéressent sont les fous, ceux qui brûlent comme des candélabres romains. » Cette phrase de Jack Kerouac colle à la peau et à l’œuvre du chanteur et hante ce film-collage qui explore avec grâce et sensibilité les galaxies Darc, toujours extrêmes, chez lui, comme toutes choses.

Les proches et les amis de Daniel Darc avaient rendu un émouvant et fervent dernier hommage au musicien le jeudi 14 mars 2013 lors d’une cérémonie d’obsèques au temple protestant de l’Oratoire du Louvre. D’origine juive, l’ancien chanteur de Taxi Girldécédé le 28 février 2013 à l’âge de 53 ans, avait fait une expérience de conversion au Christ au travers du protestantisme et une profonde ferveur imprégnait ses albums depuis son retour dans les années 2000. Des textes spirituels que le chanteur conservait constamment sur lui ou dans sa Bible, dont « Les Béatitudes », extraites de l’Évangile selon Matthieu, ont été lu pendant la cérémonie. Le pasteur, comme ses proches, ont évoqué avec émotion un artiste attachant, simple et entier, un « homme paradoxal, qui avait connu l’enfer et aspirait à l’éternité ».

Mais, c’est bien avant tout cela que le film-documentaire Daniel Darc,Pieces of my lifenous entraine…

« Moi aussi j’ai changé… La voie que j’ai choisie c’est pas la voie la plus rapide et la plus facile… Je crois en Dieu, je crois en Christ. C’est Difficile ! Mais y’a un truc, c’est qu’j’écris des paroles qui sont vraiment belles. » C’est avec cette belle confession que s’ouvre ce film réalisé par deux compagnons de route de Darc à partir du début des années 90, soit le début de la traversée du désert pour le chanteur. Marc Dufaud et Thierry Villeneuve ont rassemblé des archives inédites qui exhument les grâces et les sublimes accès de mélancolie de l’artiste. Daniel, à différents âges, se confie, parle, chante, sourit, et la caméra le prend tel qu’il est, souvent face caméra, sans fard, sans pudeur, mais toujours avec l’once, paradoxale pour le personnage, d’une certaine obsession de l’apparence à l’image. Il est là dans son humeur du moment, se livrant simplement par des mots parfois tranchants, par son regard perçant, profond et ce magnifique sourire à la fois moqueur et triste.

On découvre donc un Daniel qui regarde son histoire avec lucidité, décalage et humour. C’est ainsi qu’il évoque Taxi Girl en disant : « On n’a jamais été un groupe punk ! J’aurai aimé mais on ressemblait plus à Duran Duran qu’à Sex Pistol. » Et en même temps, il ajoute : « Le vrai punk est new-yorkais… mais moi j’ai appris en 73 que j’étais punk. Mais j’suis né punk. ». Surtout pas de tabou ici, cela ne lui ressemble absolument pas ! Alors il parle du jour où il s’ouvre les veines sur la scène du Palace avec Taxi Girl en première partie des Talking Heads et explique en souriant que c’était « un simple coup de fun », éclaboussant ainsi de sang un public trop paisible à son goût. La mort de Pierre Wolfsohn, membre du groupe, lui font parler de baise, d’héroïne, d’hépatite…Quand il évoque Mirwais, il se laisse aller avec « On était des mômes ! On a vécu le rock. J’étais un junky ! Je me foutais de tout… ». On le revoit aussi chez Ardisson, interviewé à propos de sa grand-mère et citant Arletty « mon cœur est français mais mon cul est international » en enchaînant quand même sur son désir de pouvoir encore avoir une femme et faire un enfant… même s’il peut faire peur, comme il dit. Ou enfin, à propos de son album Crèvecœur, « Forcément ça se passe autour des choses qui m’obsèdent : c’est à dire Dieu et la difficulté majuscule de vivre, d’avoir envie de vivre, qui sont complètement contradictoires avec la foi en Dieu, relève-t-il. Et puis des histoires d’amour foireuses, parce que j’en vécu beaucoup ».

Alors, question cinéma, on se réjouit vraiment de ce choix des réalisateurs de ne pas s’être enfermés dans un ordre purement chronologique et d’avoir opté pour une approche plus thématique de la vie du chanteur. Le fil conducteur du film, ce sont notamment les témoignages de deux proches, son fidèle guitariste et compagnon Georges Betzounis et l’auteur-compositeur Frédéric Lo a qui l’on doit le bouleversant et miraculeux album Crèvecœur et, plus globalement, la résurrection artistique de Daniel Darc. Une porte s’ouvre nous donnant de pénétrer dans son intimité, mais jamais de façon voyeuriste, à travers certains thèmes, comme, par exemple, les objets personnels de Daniel. Se dévoile ainsi un portrait intime fait d’ombres et de lumières au plus près de ce que fut ce dandy punk désespéré qui découvrit la grâce divine.

Darc se confie, se révèle, répond aux questions de son camarade qui le filme en gros plan. Tout est là, dans ces images : la révolte, la provocation, la solitude, la passion du rock’n roll, et bien évidemment Dieu ! Comment ne pas être touché par ce témoignage, autour des albums Crèvecœur et Amour suprême, sur sa foi en Jésus, sa rédemption… et ce sublime psaume 23 interprété avec une émotion extrême lors du Festival des Vieilles Charrues. Alors finalement, « Quand je mourrai J’Irai Au Paradis C’est en enfer que J’ai passé ma vie » sont bien plus qu’un simple texte de l’une de ses chansons mais c’est le récit de sa vie à voir sur grand écran.

Daniel Darc, Pieces of My Life, un film bouleversant qui sonne comme un véritable chant d’amour.

 

Commentaire de mon amie Garance Hayat, auteur de théâtre, conceptrice-rédactrice en publicité, ainsi que critique pour la presse écrite. Depuis 1987, elle anime sur Fréquence Protestante des émissions consacrées à l’’actualité culturelle. Cinéma(s) et Atmosphère(s) lui permettent de faire découvrir et partager de l’’intérieur l’’univers de ceux qui font cette actualité.

Pierre Wolfsohn était un copain et à l’époque de Taxi Girl, j’ai croisé souvent Daniel Darc. Quand en 81, Pierre est mort, Taxi Girl a continué puis chacun a pris la tangente mais ma route a parfois recroisé celle du chanteur.

Quand Daniel, phénix du groupe, décide de poursuivre sa ‘’carrière’’ en solo, il ne sait sûrement pas encore toutes les splendeurs qu’il va écrire, ni en qui il trouvera foi pour poursuivre le chemin. Il disparaissait de nos vies puis réapparaissait tout aussi brutalement. Il traversera intensément toutes les épreuves qui vont jalonner son existence pendant plusieurs décennies. A chaque fois, nous étions quelques-uns à penser qu’il ne se relèverait pas…

J’ai trouvé Marc Dufaudun brin trop fan, trop admiratif (Daniel l’appelait ‘’Le sosie’’) mais son documentaire relève de la prouesse quand on sait à quel point il avait du mal avec lui-même et son image. Le réalisateur capte tout : le ras le bol, les lueurs d’espoir, les confidences, le désespoir et c’est émouvant aux larmes de voir l’artiste aussi démuni, englouti par le mal-être. Naufragé de sa propre vie.

Dufaud signe un portrait passionnant, montrant un Daniel Darc dans toute son absolue complexité. Ceux qui ne le connaissent pas découvriront l’immense poète qu’il fut. Les autres souriront d’émotion en voyant cette tête brulée, ce mauvais garçon rescapé s’en remettant à Dieu et dont la fin fut peut-être (enfin) le début de l’apaisement.