TIMBUKTU… DÉNONCER L’HORREUR AVEC POÉSIE

Le Festival de Cannes est l’occasion de découvrir chaque année un certain nombre de films issus de pays et traditions peu présents habituellement dans nos cinémas. Pourtant, en 2007, Abderrahmane Sissako, cinéaste franco-mauritanien, membre du jury présidé cette année là par Stephen Frears profitait de cette tribune pour fustiger la faible présence du cinéma africain dans le circuit festivalier. Cette année, honneur lui ait rendu avec Timbuktu, son deuxième long métrage, présenté dans la compétition officielle. 

Timbuktu, c’est le récit d’une ville du Nord Mali qui tombe sous le joug des extrémistes religieux. Non loin de là, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. La musique ne doit plus être entendue, les rires, les cigarettes et même le football sont désormais interdits… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Premier choc émotionnel dès cette première journée de festival ! Abderrahmane Sissako frappe très fort en effet, avec un film plein d’émotion, de poésie, de couleurs et paysages sublimes pour dénoncer pourtant avec force la brutalité et la perversité d’un intégrisme religieux odieux. Et c’est justement ce qui fait tout le charme de ce long métrage qui marque les esprits.

Là où le sang coule, là où les pierres tuent, là où la liberté est séquestrée, là où les coup de feu génèrent la peur avant même de conduire peut-être à la mort, là où les mots ne peuvent plus dire l’horreur… alors la poésie des gestes où l’invisible devient visible (quelle beauté ce match de football filmé au cœur de l’histoire… mais où le ballon n’existe plus mais se rêve, s’imagine simplement…), la poésie des images qui apportent lumière et bien-être (quelles soient celles de cette famille ensemble sous la tente, ou celles des couleurs de cette femme et de son coq ouvrant au sourire du spectateur), la poésie d’une voix de femme qui chante malgré tout sur son lit avant d’hurler sous les coups de fouet… alors cette poésie nous vient droit au cœur et devient plus forte que tout !

Si Cannes est là pour nous faire souvent rêver, il est bon de pouvoir aussi y être interpellé, sans tomber pour autant dans des clichés qui auraient pu tout gâcher !

PHILOMENA… PHÉNOMÈNE CINÉ

Décidément ce début d’année 2014 me donne de vivre et partager de magnifiques moments de cinéma. Hier, c’était une heure trente

de bonheur avec Philomena, le nouveau film du britannique Stephen Frears, qui nous entraine à la quête d’une vie et, par ce biais,

soulève de nombreuses questions fondamentales mêlant humanité et spiritualité. 

 

Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver. Cinquante ans plus tard, elle brise le silence en avouant cette histoire à sa fille qui décide de contacter Martin Sixmith, journaliste désabusé. Ce dernier la persuade alors de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

 

Le sujet, inspiré d’une histoire vraie qui a défrayé la chronique outre-Manche, est grave. Mais Stephen Frears ne tombe ni dans la réquisition pure et dure d’une église catholique irlandaise porteuse d’une histoire ténébreuse, ni dans un excès de sentimentalisme qui aurait pu apparaître facilement. Justesse et finesse d’une réalisation parfaitement maitrisée ! Avec l’aide de Steve Coogan (acteur, scénariste et humoriste), Stephen Frears réussi brillamment en effet à mixer drôlerie et émotion et nous captive du début à la fin. 

 

Un film, pour moi, touche à une certaine perfection en étant à la fois beau visuellement (et musicalement), en présentant un jeu d’acteurs remarquable (Judi Dench entre autre vraiment exceptionnelle dans le rôle de Philomena), en jouant son rôle de divertissement par un humour savamment dosé (so british !), et en nous donnant à réfléchir. Car oui on ne peut sortir de la salle obscure sans avoir l’impression que des lampes se soient allumées en nous après avoir vu Philomena. Que de sujets d’ailleurs porteurs de cette histoire (presque trop peut-être) ! Ce que je retiendrai avant tout est ce questionnement sur la foi véritable, le sens du péché et la puissance du pardon. Mais il y a aussi la question des secrets, de la gestion de son passé… 

 Je ne m’étalerai pas d’avantage pour vous laisser découvrir tout simplement, pour vous laisser vous immerger dans cette histoire bouleversante qui m’a profondément touché et fait du bien.