UN REGARD CRITIQUE ET BIENVEILLANT SUR LE CULTE TV HILLSONG

Si ArtSpi’in est un blog personnel, il peut devenir, comme c’est le cas avec cet article, un support d’écriture pour la plume de certain(e)s ami(e)s inspiré(e)s. Cet article est signé par Joan Charras-Sancho et vient en écho à mon Billet d’humeur joyeuse et confiante suite au culte télévisé sur France 2, dans le cadre de Présence Protestante, le dimanche 25/06/17 à Hillsong Paris.

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La diversité de la FPF est sa richesse mais aussi son atout en ces temps de clivages sur tout et n’importe quoi. Les cultes diffusés le dimanche matin sur la chaîne publique donnent à voir cette diversité et c’est avec bienveillance et amusement que je propose ce regard critique venant d’une théologienne luthéro-réformée à tendance charismato-inclusive. L’idée étant de relever, ce qui, au court du visionnage, a retenu l’attention de la liturgiste que je suis. Ces détails, parlants, ont leur importance théologique et je serais ravie que ce petit exercice donne envie à d’autres de s’y essayer – et de mieux le réussir que moi !

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Une ambiance particulière

Un culte Hillsong, c’est une ambiance particulière, probablement aux antipodes des cultes austères, minéraux, intellectuels de certaines assemblées luthériennes et réformées de grande dissémination. Là, cette ambiance est tamisée, avec des éclairages qui font un peu penser à une salle de concert tout en créant une tierce ambiance qui déplace : ni salle de concert, ni culte classique…un culte Hillsong veut donner envie d’aller plus loin, dès les premiers instants.

Une façon de s’adresser à la communauté

Le phrasé légèrement émotif des orateurs, qu’ils passent à la télé en direct ou pas (ils sont tous filmés et passent toujours sur le net, ça ne change rien) met aussi dos à dos Billy Graham et ses collègues plein d’assurance et une forme de présence pastorale « empruntée ». Là, on a un jeune chrétien qui tremble et se réjouit, tout à la fois, de servir Dieu. Il est ému, il l’assume et ça se voit. A la longue, c’est un peu agaçant, d’ailleurs. Comme tout phrasé, ça se travaille et on peut éviter le ton « Neuilly-Passy ». Sauf si on veut restreindre sa cible à celles et ceux qui sont un peu riches, un peu hypes, un peu dans le vent. Mais je n’ose croire cela.

Dans le fond, Hillsong, ce sont des pros de la communication, il suffit de les écouter : « Eglise », c’est une façon peu commune de s’adresser à une assemblée. Mais en même temps, c’est court, c’est clair et c’est fédérateur : que tu sois là, sur place, derrière ton poste ou en train de regarder ça sur ton téléphone, tu es Eglise. C’est inspirant. Et ça sort de l’aspect binaire « chères sœurs, chers frères ». Je note.

Une autre image de l’Eglise

Le conducteur de louange est noir, les femmes sont de suite présentes à l’écran. D’ailleurs, plus tard, une femme pasteure – enfin, heu, une femme de pasteur , bref, les deux !–donnera le message. Hillsong est une Eglise qui attire les jeunes, qui aime la diversité des origines, qui prend autant soin des hommes que des femmes (ils font des week-ends géniaux pour les sœurs, dans de grandes capitales européennes ! J’attends toujours que l’UEPAL le fasse…) Cet amour des gens jeunes et cools se traduit même dans les cantiques : « à jamais jeunes en ton amour », dit l’un d’entre eux. Ca me rappelle le cantique que les missionnaires luthériens ont enseigné aux camerounais « blanc, blanc comme neige ». On chante aussi nos fantasmes, c’est bien humain. Le tout étant de le remarquer…D’ailleurs à la fin, on est encouragé à servir Dieu dans notre génération. J’aimerais savoir si ça s’adresse à toutes les générations, mêmes les personnes du 3ème et du 4ème âge, qui forment probablement le gros du public de ce format de culte !

Des rythmes plus ou moins biens gérés

Le grand atout d’Hillsong, c’est qu’ils sont rôdés à l’audio-visuel. On peut même dire qu’ils ont tout à nous apprendre, nous vieilles Eglises. Du coup, ils gèrent très bien, avec les lumières, les cantiques, les fonds musicaux, les intonations de voix et les mimiques des orateurs, les transitions (rapides et efficaces) entre temps d’exaltation et temps d’adoration. Leur recherche d’adoration les conduit cependant à l’écueil de la répétition (je vais à Taizé plusieurs fois par an, je connais bien cet écueil !) notamment en ce qui concerne « Ce nom est victorieux », une phrase d’un cantique. Il faut réaliser que les paroles étant assez pauvres, et ce afin d’être comprises de toutes et de tous, le fait de les répéter n’apporte rien à partir d’un certain moment. A moins qu’on ne veuille une ambiance de transe mais j’en doute dans le cadre d’un culte FPF en direct sur une chaîne publique.

Des idées de génie

Hillsong a bien des choses à nous enseigner. Le fait de préparer les sujets de prière à l’avance et de les mettre sur le vidéo-projecteur, c’est pratiquement à préconiser pour tous les cultes télévisés. Le fait de n’avoir aucun déplacement liturgique, pour ce format, c’est aussi beaucoup plus lisible. On garde un point focus, on reste concentré. Un témoignage de jeune converti, si on ne peut pas le généraliser (il faudrait déjà en avoir pour le faire !) est audacieux, notamment sous cet angle-là : dans sa vie quotidienne, à bidouiller sur l’ordinateur. Le fait de le laisser dire les choses, avec ses mots, sans filtre, rend son témoignage proche et intelligible. Extraits : « J’étais perdu comme tous les jeunes de mon âge ; ce week-end Hillsong pour jeunes, c’était un concert, vraiment cool ». Ce langage accessible doit nous interpeller, nous, vieilles Eglises.

Une vieille ficelle

La grande surprise, pour moi, ça a été la valorisation, via le témoignage du jeune (c’est très astucieux, bravo !) « perdu mais geek mais cool » de l’appel à la conversion. Je pense directement aux bancs de repentance de l’Armée du Salut, à la convention pentecôtiste à laquelle j’ai un jour assisté il y a 15 ans, bref, je suis rassurée de voir que les pentecôtistes ont aussi leurs vieux leviers rituels et liturgiques auxquels ils tiennent.

Un message qui se veut puissant

La femme-pasteure/femme de pasteur est elle aussi une professionnelle du « semi-free speech ». Debout, à l’aise, elle regarde bien l’assemblée et ne s’aide pas de notes pour parler. Hillsong veut se profiler comme une Eglise complémentariste où les couples pastoraux exercent leurs dons ensemble. Le leader, c’est l’homme mais il n’est rien sans sa femme. Un jour j’étais à un culte Hillsong-Paris et le pasteur a même précisé qu’il aimait grave sa femme et qu’il la trouvait canon ! J’avoue qu’en tant que femme de pasteur luthéro-réformé, j’ai été un peu jalouse. Chez nous, ça ne risque pas d’arriver. Bon, en même temps, ça fait presque 70 ans qu’on a des femmes pasteures. De plus en plus, d’ailleurs.

Revenons au message. Bien qu’à l’aise, l’oratrice parle de façon un peu pincé, un peu tendue. Elle annonce d’ailleurs dès le départ que son message va être fort. Dans ma tradition, on appelle ça de l’orgueil mais je veux bien croire que c’est une question de lunette ecclésiale. Je crois que chez eux c’est juste une constatation : on lit la Bible, on prêche dessus, ça va être fort. Pourquoi pas. Là où je tique, c’est quand elle utilise le témoignage d’une tierce personne pour faire sa démonstration. Déjà, les sujets de prière mis en public, c’est déconcertant pour moi mais j’en vois l’avantage. Là, je pense qu’il vaut mieux rester sur ce que ce passage de la Bible signifie dans MA vie, ce qu’il éclaire, ce qu’il remue, ce qu’il déplace. Trop de témoignages tue le témoignage.

Un catéchisme caché

Chez nous (les vieilles Eglises qui ont des orgues etc), on fait le catéchisme. Cette formule évolue et on est loin du temps de Luther où les jeunes devaient pouvoir répondre à n’importe quelle question pointue du catéchisme. Exemple : « Quel est le Sacrement de l’autel? Il est le vrai corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, sous le pain et le vin, pour nous chrétiens, à manger et à boire, institué par le Christ lui-même. » Maintenant, en Suisse, on propose des catéchismes-péniche, en France on mutualise les forces et on fait même des mannequin-challenge. Bref, ça m’a bien surpris que la pasteure fasse répéter des paroles de repentance à l’assemblée. J’ai eu le sentiment d’un retour au catéchisme de Luther saupoudré d’une bande-son émotionnelle. Si ça se trouve, Luther aurait kifé ! (Je parle jeune moi aussi).

Blague à part, ce qui ne va vraiment plus pour moi, c’est quand, à la fin de ce moment, disons, fidèle à la tradition luthérienne, la pasteur s’exclame : « Waouh super ! Amen. » Les pasteurs n’ont pas à valider les élans de foi des fidèles car cela les pose dans un posture de coach, au mieux, de censeur, au pire. Un pasteur exhorte, enseigne, prie avec ses fidèles et se repent tout comme eux car il est autant pécheur et gracié qu’eux. C’est important qu’on en rediscute, théologiquement, de ce point, je pense.

Une belle emphase sur la prière

Ce qui m’a le plus séduit, dans ce culte, c’est le temps de prière à la fin. On peut dire que chez Hillsong, ils aiment prier et ça se sent. D’abord, ils pensent à remercier pasteure Karine (j’apprécie qu’ils l’appellent pasteure, d’ailleurs). Puis ils demandent qu’on garde une partie de leur équipe dans leur prière, ils s’en vont dans l’Océan Indien. C’est aussi ça, Hillsong : des équipes pros d’évangélisation, une grosse capacité à lever des fonds en cas de catastrophes, un fort esprit de service. Concernant la prière finale, celle qui demande la grâce (j’imagine que c’est la bénédiction), j’ai apprécié le décalage entre cette demande et le fait de brandir une Bible à 1,50€. Hillsong, sa force, c’est de créer des décalages qui parlent à celles et ceux qui ne comprennent rien à nos vieux mots et nos vieux rituels. Les observer, c’est apprendre.

Je termine en disant que je suis vraiment contente qu’Hillsong soit dans la Fédération Protestante de France. Une jeune Eglise, sûre d’elle, qui maîtrise les outils de communication, qui sait jouer sur plusieurs registres de langage sans rien renier de ses traditions et qui fait confiance aux jeunes, ça ne peut être qu’une belle source d’inspiration pour nous. Ou mieux, si jamais Hillsong venait à considérer que nos Eglises, malgré nos vieux rituels et nos pasteurs plus friands de théologie que de bancs de repentance, ont réussi à s’adapter à 500 ans d’histoire… ce sera éventuellement le temps d’un beau Réveil, l’alliance rêvée de l’orgue et de la batterie, du banc et de l’éclairage soigné, du stand-up et des processions d’entrée, des jeunes et des vieux, des prières sur vidéo-projecteur et des prédications en chaire.

Ah non, pardon, ça c’est le Royaume. Merci à la FPF de le faire avancer.

Joan Charras-Sancho, née en 1980, a soutenu, en septembre 2015, sa thèse de doctorat sous la direction de la professeure Elisabeth Parmentier : « Pratiques liturgiques d’Eglises luthériennes et réformées en France et analyses théologiques de ces pratiques ». Chercheuse-associée à l’Université de Strasbourg et à l’Institut Léman de Théologie Pratique, elle est aussi membre de la Société Internationale de Théologie Pratique et du comité de rédaction de Vie&Liturgie. Membre de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, elle participe activement au service de la Dynamique Culte au sein duquel elle organise des formations ponctuelles et met en place des projets innovants, comme une Expo-Culte.

 

BILLET D’HUMEUR JOYEUSE ET CONFIANTE

Ce dimanche 25 juin 2017 à 10h, l’émission dominicale « Présence Protestante » nous conduisait à la découverte d’un culte de l’Église Hillsong Paris, condensé en moins de 30 min (coup de chapeau d’ailleurs à la production et réalisation et en particulier à Marie Orcel et Christophe Zimmerlin). Le Théâtre Bobino devient en effet Temple protestant chaque dimanche pour de longues heures puisque plusieurs cultes y sont célébrés par cette Église.

Présence Protestante propose, en plus de documentaires et émissions de plateau, une fois par mois, un culte, en direct ou différé, correspondant à la diversité d’expression et d’ecclésiologie de la Fédération Protestante de France. Déjà le mois dernier, le service proposé se déroulait à Toulouse dans une expression fédérative mélangeant avec intelligence les formes et les genres. Mais avec ce culte de cette communauté typique d’une expression contemporaine évangélique très en vogue actuellement, le curseur a sans doute été poussé un peu plus loin… et cela éveille en moi un sentiment de joie et de confiance en l’avenir.

Si le protestantisme est connu pour sa diversité, nous tombons hélas souvent dans la caricature facile mettant d’un côté les historiques et de l’autre les modernes, les évangéliques venant s’opposer à une tradition luthéro-réformée… au sein de chaque tradition d’autres oppositions… libéralisme face à une certaine orthodoxie, charismatiques vs évangéliques plus « classiques »… et arrêtons-nous là car sinon la déclinaison pourrait être longue. Caricatures donc mais hélas aussi parfois véritables disputes devenant luttes intestines avec une violence verbale ou scripturale désastreuse. Mais ce matin et malgré tout ça, je suis dans la joie et confiant…

Je me souviens d’un slogan utilisé lors d’un rassemblement des Protestants de l’Ouest de la France, il y a une quinzaine d’années à La Rochelle : « Notre diversité est notre richesse ! » Ce matin, elle éclatait une fois de plus sur les écrans de ma télévision et j’étais heureux et confiant…

Ô oui, il y a encore du chemin à faire… et j’imagine bien les réactions épidermiques de certains en visionnant cette demi-heure, appuyant leurs réactions sur tels ou tels autres aspects que je ne voudrai volontairement préciser là… attitudes finalement similaires aux semblables réactions d’autres quand le culte nous invite à entrer dans un temple où la forme et le fond sont fondamentalement différents. Personnellement et de par mes fonctions et divers engagements, j’ai appris à prendre plaisir de l’état où je me trouve… enfin surtout des moments partagés dans telle ou telle autre communauté, à aimer échanger avec des collègues de traditions très différentes… et tout ça même bien au-delà du seul protestantisme (!). Alors oui, bien évidemment, je me sens plus à l’aise ici que là, plus en adéquation théologique avec cette approche qu’avec l’autre, mais en même temps c’est souvent de ceux dont je suis le plus éloigné (en apparence) que j’apprend le plus et élargis alors l’espace de ma tente (Rassurez-vous mes piquets sont bien plantés). Comme le rappelle justement les parole de Jésus-Christ, en ouverture du verset de l’Évangile du Jour (Matthieu 10.26) et dans sa traduction tirée de Parole de Vie : « N’ayez pas peur des gens ! ». Oui la peur nous éloigne, nous fige, nous fait perdre la joie et nous ronge notre espérance… Et moi, précisément ce matin, à l’inverse, je veux choisir la joie et la confiance !

SILENCE DÉRANGEANT MAIS BIENFAISANT

SILENCE ! L’immense Martin Scorcese vient fièrement nous présenter son nouveau film… peut-être l’un des principaux de sa carrière cinématographique, plus simplement l’œuvre de sa vie, mijotée depuis près de trente ans. Respect et coup de chapeau pour un œuvre belle, riche, tortueuse et profondément inspirante.

Longue fresque historique de 2 h 39, Silence est adapté du roman éponyme de l’écrivain catholique japonais Shusaku Endo. Il décrit le déchirement de deux missionnaires jésuites, pris de doute dans leur foi devant le « silence de Dieu » face au martyre infligé aux convertis japonais par les Shoguns, gouverneurs militaires. Nous sommes dans le Japon du XVIIe siècle où le christianisme a été déclaré illégale suite à une évangélisation massive de l’Église catholique. Envoyés dans le Pays du soleil levant, sur les traces de leur mentor, le père Ferreira qui n’a plus donné trace de vie et dont certaines rumeurs évoquent l’apostasie, ces deux missionnaires vont devoir vivre dans la clandestinité auprès de ces « chrétiens cachés ». Tout au long de leur terrible voyage, leur foi va être soumise aux pires épreuves.

Silence peut être vu comme une sorte de voyage contemplatif à travers les méandres de la foi. Tout en nous proposant un film de grande beauté (photo, son, réalisation…) au scénario épique, Scorcese ne cherche pourtant pas à nous « épater » par une méga-production commerciale et tape-à-l’œil. Tout au contraire il nous propulse dans une lenteur mélancolique nécessaire et adéquate au climat qui s’installe au fil des minutes et du cheminement tortueux de ces hommes. Il privilégie la sobriété, le dépouillement qui sied tant aux missionnaires qu’à la situation précaire des chrétiens persécutés qui cherchent à les protéger. Il nous confronte au chaos d’une réalité qui devient un électrochoc, mais qui paradoxalement ne se vit pas dans la brièveté mais dans la longueur… fracassant progressivement des certitudes, des convictions… et, pour le spectateur, ouvre à la réflexion et à l’émotion.

Derrière cette histoire un questionnement de fond éclate avec magnificence : Faut-il accepter de se soumettre (et, peut-être éventuellement, continuer de croire en secret), ou bien faire face aux tortures en gardant sa croyance intacte jusqu’à la mort… ou pire, jusqu’à provoquer la mort de ceux qui nous entourent et que nous aimons ? Un questionnement spirituel d’une puissance implacable, mais qui devient aussi un véritable dilemme éthique qui peut dérouter, voir mettre aussi mal à l’aise dans l’observation que nous en faisons, assis confortablement dans le fauteuil de la salle ténébreuse où la lumière est là sur l’écran mais pour raconter cette histoire faite de douleurs, de passions et parfois de choix qui nous heurtent. Pour Scorcese, le vrai sujet à ses yeux, c’est l’essence de la foi. Et par « foi », il entend également la façon dont nous vivons nos vies, quelles sont nos valeurs. Le scénario de Silence conduit à questionner les fondements de la religion, parlant du doute et de son importance dans la quête de spiritualité, parlant aussi de la foi, de la manière dont chacun l’appréhende et la vit, tout en faisant face au silence divin malgré les prières et les tourments endurés au nom de Dieu.

Silence nous ramène au XVIIe siècle mais on peut pourtant y voir une vraie dimension contemporaine. Pour Scorcese justement, les changements dans le monde d’aujourd’hui nous amènent nécessairement à nous questionner sur le spirituel qui est une partie intrinsèque de nous en tant qu’êtres humains et de notre humanité profonde. L’histoire de ces missionnaires ouvre un dialogue. Elle montre à quel point la spiritualité est une partie intégrante de l’homme. Une des grandes forces du travail de Scorsese se situe aussi, sans doute, dans le fait qu’il n’en fait pas un film « religieux » mais purement universel. Il pourra parler, en y regardant de plus près, à toutes les époques, à toutes les religions, et à tous les athéismes. Pas non plus de « dictature de conscience » grâce à la complexité des personnages, et en particulier celui interprété brillamment par Andrew Garfield. Complexité (sans rien dévoiler) qui va et vient mais se prolonge jusqu’à la dernière minute. Un non manichéisme du protagoniste principal qui devient finalement l’intérêt premier de Silence.

Alors oui, Silence reste une œuvre quelque peu difficile d’accès tant par sa forme que par ses thématiques. Elle demande donc au spectateur de se concentrer et de plonger sans à priori mais confiant qu’une opportunité de réflexion intime s’offre à lui. Accepter que le Silence commence peut-être là en soi comme une nécessité bienfaisante dans un monde si bruyant et dans un intérieur qui l’est tout autant si souvent…

Pour aller plus loin dans la réflexion, SAJE DISTRIBUTION vous offre un dossier pédagogique d’accompagnement à télécharger ICI

 

 

CE QU’ « EMMANUEL » NOUS DIT AUJOURD’HUI

L’actualité, avec son lot de tensions et souffrances constantes, provoque chez bon nombre d’entre nous une certaine sensation de fatigue, de ras-le-bol et l’impression que rien ne tourne bien rond. En tant que chrétiens, nous pouvons nous rassurer en nous rappelant que « Dieu est toujours sur son trône ». Mais en voyant le monde sombrer dans un profond chagrin, nous pouvons nous questionner : « Dieu fait-il un break ? » ou encore « Dieu est-il vraiment au contrôle ? ».

Noël nous rappelle alors que Dieu s’est incarné. Il est venu jusqu’à nous. Emmanuel… Dieu est avec nous et pour nous !

Le prophète Esaïe a manifesté son espoir en Dieu, certain qu’il délivrerait son peuple dans une période de profondes turbulences. Alors que les royaumes du nord et du sud combattaient amèrement, les laissant dans le même temps vulnérables aux attaques ennemies et la ruine ainsi certaine, Dieu leur a promis un Sauveur : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici que la jeune fille est enceinte, Elle enfantera un fils Et lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Esaïe 7.14)

Aujourd’hui, nos communautés et le monde plus généralement font encore face à des combats horribles et à des divisions amères. Les images des réfugiés syriens se sauvant d’un génocide nous inondent et provoquent peine et sentiment d’impuissance. Les attentats dévastateurs et inhumains se multiplient. Une crainte globale quand à l’avenir se développe. Un repliement sur soi, à titre individuel ou étatique s’installe… Et, plus simplement, nombreux sont ceux qui se sentent accablés dans leurs propres vies personnelles. Comme au temps d’Esaïe, nous attendons donc un mouvement de Dieu.

Et Noël est là ! Il nous rappelle l’espoir d’Israël dans la venue d’un Messie pour sauver, pardonner et reconstruire. Et résonne ainsi au fond de notre cœur ces autres paroles du prophète : « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Pour ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. » (Esaïe 9 : 1)

Ce Noël peut nous interpeller aujourd’hui sur la nécessité d’entrer dans la présence de Dieu pour faire face à la réalité de nos vies et du monde, aussi laid puisse-t-il paraître. L’Esprit souffle afin de nous conduire à abandonner notre confusion, nos ressentiments, notre colère, nos craintes et inquiétudes… Dieu recherche la profondeur de notre cœur pour que nous tournions nos visages vers la lumière éternelle. Oui… notre monde a désespérément besoin d’Emmanuel !

Bien que nous nous débattions au milieu de circonstances douloureuses, d’échecs personnels et d’événements traumatiques du monde, Emmanuel est venu. Et nous ne devons pas perdre espoir. Même dans les plus grandes souffrances… maladies chroniques, dépendances, décès d’un bien-aimé, chômage, tensions financières… Dieu est là ! La Bible nous le rappelle : « Sois sans crainte, Car je t’ai racheté, Je t’ai appelé par ton nom : Tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, Je serai avec toi, Et les fleuves, Ils ne te submergeront pas ; Si tu marches dans le feu, Tu ne brûleras pas, Et la flamme ne te consumera pas. Car je suis l’Éternel, ton Dieu, Le Saint d’Israël, ton sauveur. » (Esaïe 43.1-3) Dieu est avec ceux qui sont dans la guerre, la souffrance, les génocides, la famine, les migrations et chaque autre horreur connues de nos frères et sœurs en humanité. Et nous pouvons être sûrs que Dieu s’oppose à ceux qui commettent le mal.

Plus nous connaissons Jésus, plus nous nous rendons compte que nos vies sont entremêlées avec celles de ceux qui sont autour de nous. Comme l’a écrit l’auteur et théologien américain Frederick Buechner : « La compassion est parfois l’ultime possibilité pour ressentir ce qui se passe dans la peau de l’autre. Comprendre qu’il ne peut jamais vraiment y avoir quelque paix et joie pour moi tant qu’il n’y en a pas finalement pour l’autre aussi. » En regardant les situations désespérées d’autrui comme au-travers des yeux de Jésus nous sommes conduits alors dans les profondeurs de la réalité de notre être : Resterons-nous alors empêtrés dans des « Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ? » ou en sortirons-nous, en nous positionnant dans la sécurité qu’il nous offre, en demandant : « Qu’est-ce que Seigneur, tu m’appelles à faire ? »

Emmanuel nous appelle à aimer Dieu et nos voisins de notre plus grande force. Vivre par la foi signifie que nous devons progresser dans des actes courageux de compassion. Face aux diverses échéances politiques, je crois qu’il est plus important que jamais d’entendre le besoin d’être Église. Mettre de côté les divergences politiques et théologiques. Se positionner sérieusement dans nos vies de prière, notre ministère et dans l’engagement auprès des veuves, des orphelins, des immigrés, des réfugiés et de chaque personne marginalisée dans nos nations. À propos de la crise des réfugiés Syriens, Rich Stearns, président de World Vision, écrit : « Nous ne devons jamais perdre notre capacité à nous sentir outragé quand des êtres humains sont tellement durement abattus, et nous devons alors savoir transformer cet outrage en action. » Il nous invite à prier, donner et élever nos voix pour ceux qui subissent la guerre, particulièrement ces familles qui fuient Alep en Syrie.

Le bébé né d’une vierge dans une étable, il y a quelques 2.000 ans, garantit que Dieu est pour nous, pas contre nous. Dieu voit. Dieu prend soin… Emmanuel est venu pour nous racheter ainsi que notre monde brisé de toutes parts. Et nous pouvons être assurément certain qu’il est aux commandes de tout ce qui est présent et tout ce qui est à venir.

 

Inspiré d’un article de Amy R. Buckley (auteur, oratrice et activiste américaine) paru dans Relevant Magazine

JE SUIS TON PÈRE !

Mercredi 20 avril sort sur les écrans « Le fils de Joseph », le nouveau Eugène Green dans la tradition de son approche cinématographique unique en son genre. Comme le titre le sous entend, c’est la paternité qui est au cœur de l’histoire, en y mêlant humour, gravité et spiritualité.

Vincent, un adolescent de quinze ans, a été élevé avec amour par sa mère, Marie. Celle-ci a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet violent de vengeance, mais, alors qu’il renonce à cet acte, sa rencontre avec Joseph, le frère d’Oscar, un homme un peu marginal, va changer sa vie, ainsi que celle de sa mère.

Revenons tout d’abord sur le cinéma d’Eugène Green que j’évoquais dans le chapeau de cet article. Un réalisateur qui vient du théâtre baroque et dont il a gardé, entre autre, une approche du dialogue particulière où toutes les liaisons sont effectuées sans exception, ne laissant ainsi place à aucune muette. Un phrasé donc très étonnant, déroutant même quand on n’y est pas habitué mais qui, en même temps, donne un vrai style, provoque une écoute différente et, parfois même, déclenche le sourire. Il y a donc le son mais aussi le visuel qui est unique chez Eugène Green. La façon d’utiliser la caméra lui est également propre, choisissant de la placer généralement en face à face avec l’acteur qui parle. Le spectateur se positionne ainsi dans les yeux de l’acteur à qui l’on s’adresse. Il entre avec intensité dans le dialogue concrètement et n’est pas simple observateur. Enfin, le jeu des acteurs est aussi marqué de l’empreinte du réalisateur. Peu d’émotions dans le verbiage. Une certaine neutralité l’emporte pour donner paradoxalement plus de force aux mots et laisser faire… « Le fils de Joseph » ne fait pas exception à la règle Green et c’est tant mieux.

Eugène Green dans le rôle d’un réceptionniste, face à Vincent

Qui est mon père ? Se demande Vincent. C’est l’histoire de sa vie… une absence, des non-dits malgré l’amour et l’attention de sa mère. Et comme face à tout secret, il y a un jour la découverte avec ses conséquences. Un père que l’on ne veut pas, que l’on n’aurait peut-être finalement préféré ne pas connaître… mais qui sans le vouloir va offrir au fils un autre père. Derrière les faits, une interrogation sur ce qui établit la paternité, sur ce qui nous permet d’être famille et de construire un avenir.

Eugène Green nous livre alors une métaphore remarquable pour appuyer le questionnement de Vincent, s’appuyant sur plusieurs scènes bibliques. Cinq tableaux pourraient-on dire, où chapitres partant de l’Ancien Testament pour finir avec la famille de Jésus. C’est la reproduction photographique du tableau du Caravage qui décore sa chambre qui sera le point de départ : « Le sacrifice d’Abraham ».

Puis passage par « le veau d’or ». Argumentaire satyrique et caricatural extrêmement efficace et drôle pour découvrir le père biologique englué dans l’univers de l’édition où l’argent serait roi, mais aussi où l’hypocrisie, l’amour de soi et l’apparence règnent en maître.

« Le Sacrifice d’Isaac » permet d’avancer dans l’histoire alors que Vincent met à exécution son plan qui consiste à sacrifier son père dans une sorte de renversement du récit originel. Son bras est aussi retenu donnant ainsi une sentence de grâce sur le géniteur.

Vincent rencontrera alors Joseph dans la quatrième partie intitulée « le charpentier ». Ce Joseph qui deviendra père adoptif au travers de la rencontre, de l’expérience, des sentiments conduisant à une relation filiale non fondée sur le sang.

Et si vous avez fait attention au pitch du film, la mère de Vincent s’appelle justement Marie. Alors comment ne devaient-ils pas se rencontrer ? Joseph, Marie… et Vincent qui deviennent famille mais qui, également, sont conduit à fuir. S’échapper de la capitale pour une aventure en Normandie pleine de péripéties burlesques mais comme toujours symboliques et constructives. Un épisode qui ne pouvait s’appeler autrement que « la fuite en Egypte ».

 

Un vrai coup de foudre personnel que ce fils de Joseph. Un film différent qui apporte de la fraicheur tout en abordant avec beaucoup de profondeur des thématiques existentielles essentielles. Osez le dépaysement, dépassez les préjugés… et découvrez un autre cinéma vraiment intéressant.