Soulmates… je t’aime, moi non plus

À découvrir sur Amazon Prime Video, Soulmates, une mini-série anthologique – c’est-à-dire que chaque épisode contient une fiction avec sa propre intrigue – dont l’action se déroule 15 ans plus tard, écrite par William Bridges (Black Mirror, Stranger Things) et Brett Goldstein (Ted Lasso). Le facteur commun aux  six histoires réparties sur autant d’épisodes : une entreprise qui utilise le balayage génétique pour trouver les personnes qui ont le plus de points communs et ainsi définir qui sera votre âme-sœur.

La technologie a pris une place prépondérante dans notre quotidien et un test permet de déterminer qui est votre âme sœur. Chaque épisode dresse le portrait d’une personne en quête de l’amour et les conséquences dans sa vie d’un tel test.

Dans chaque épisode de cette anthologie, d’une durée moyenne de 45 minutes, nous rencontrons des personnages qui s’interrogent sur leur vie face au test. Que feriez-vous si vous pouviez savoir avec certitude qui est l’amour de votre vie ? En gros, si vous en aviez la possibilité, le feriez-vous ? Y a-t-il véritablement quelqu’un de destiné pour chaque individu ? S’ils sont déjà en couple, y a-t-il alors quelqu’un d’autre qui leur conviendrait mieux ?

À ces premières questions viendront naturellement s’ajouter de nombreuses problématiques toutes différentes les unes des autres, permettant à Soulmates de diversifier sa proposition tant en terme de styles que dans le fond. Au-delà du fait que la série entière est abordée à partir du drame, chaque épisode se distingue ainsi par l’apport d’autres ingrédients tels que le thriller psychologique, la comédie ou l’action. Apparaissent toutes sortes de dilemmes existentiels de la relation sentimentale : le coût de la recherche du véritable amour, la monogamie ou le poly-amours, le manque de désir après des années, la projection du partenaire de vie absolument idéal et bien sûr l’identité sexuelle. Il y a beaucoup de rebondissements – certains sont tour à tour effrayants, tristes, drôles, étranges ou dérangeants – mais l’ensemble ressemble à une forme d’extrapolation naturelle (bien qu’assez accélérée) d’hypothèses intrigantes. C’est en fait une nouvelle façon d’explorer un vieux sujet qui nous est proposée là. Une plongée au cœur des relations amoureuses et la façon dont nous recherchons un partenaire de vie. Peu importe qu’il s’agisse d’un célibataire d’une vingtaine d’années, d’un couple sédentaire avec des enfants, d’un homme divorcé d’une cinquantaine d’années qui a perdu foi en l’amour ou, pourquoi pas, un psychopathe qui vous réserve de drôles de surprises. Le test implique pour tous un saut dans le vide : votre amour idéal peut vivre dans un autre pays, être du même sexe que vous, avoir déjà des enfants, être un partenaire stable ou, plus fort encore, ne plus être de ce monde. Et il y a donc une variété de permutations offertes.

On se rend assez vite compte que les âmes soeurs semblent surtout pencher en faveur des interactions naturelles par rapport à celles dictées par la technologie, et cela pourrait nous rassurer. Mais il est également clair que ces relations, ou du moins la promesse potentielle d’une connexion éternelle, sont l’occasion de voir certaines choses se dévoiler sur soi-même. Et il en va sans doute de même chez les téléspectateurs. 

La force de la distribution et l’intérêt des récits contribuent à atténuer le fait que nous passons très peu de temps finalement avec ces personnes. N’importe laquelle de ces histoires pourrait soutenir une série entière, mais le choix ici est fait de rester à l’essentiel et nous laisser éventuellement imaginer le reste. On retrouve très clairement les options scénaristiques de Black Mirror en la matière (et dans plusieurs autres aspects d’ailleurs). Mais grâce aux excellentes performances (d’une distribution essentiellement britannique) de Sarah Snook, Kingsley Ben-Adir, David Costabile, Sonya Cassidy, Charlie Heaton, Malin Akerman, Bill Skarsgård ou Betsy Brandt, il est facile de s’investir immédiatement dans chaque nouvelle histoire – même si parfois abandonner la précédente est frustrante.

L’intrigue du premier épisode – intitulé « Turning Point » – se démarque des autres car il explique le fonctionnement de la société Soul Connex et raconte son impact sur la vie de Nikki et Franklin qui forment à priori une famille idéale. Ils commencent à remarquer que plusieurs couples de leur entourage font l’expérience de « l’âme soeur » pour améliorer ou perfectionner leur relation actuelle. Bien qu’ils semblent avoir une relation amoureuse épanouie, la monotonie et l’usure des années de mariage, plus la tentation de chercher le partenaire parfait, ébranlent les fondements du lien. C’est là que tout commence… Il est important pour moi de rester assez silencieux sur les détails des histoires qui suivent ; le chemin parcouru par les personnages (et les rebondissements, bien sûr) valent la surprise. Comme dans toute série d’anthologie, votre accroche personnelle variera en fonction des épisodes qui toucheront une corde plus ou moins sensible, mais tous proposent finalement des considérations assez intéressantes sur la nature de l’amour – ou peut-être, s’il en est, sur sa « science ».