En Thérapie… la TV sur le divan

Ce jeudi 4 février, la télévision s’est mise en mode analyse, chaque semaine sur la chaîne Arte, par bouquets de 5 épisodes de 30 minutes, après avoir initié le processus déjà depuis une semaine sur son site internet. En Thérapie, c’est l’adaptation française, dont tout le monde parle, d’une série au succès mondial par le duo Toledano/Nakache. Après le In Treatment américain et l’adaptation de quinze autres pays, les deux cinéastes français reprennent les codes de la série israélienne BeTipul, nous faisant pénétrer dans le secret de rendez-vous entre un psy et ses patients marqués par les attentats du 13 Novembre. Une petite pépite qui nous conduit à regarder la télévision autrement.

Paris, automne 2015. Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) reçoit chaque semaine dans son cabinet à deux pas de la place de la République, une chirurgienne en plein désarroi amoureux (Mélanie Thierry), un couple en crise (Clémence Poésy et Pio Marmaï), une ado aux tendances suicidaires (Céleste Brunnquell) et un agent de la BRI traumatisé par son intervention au Bataclan (Reda Kateb). A l’écoute de ces vies bouleversées, le séisme émotionnel qui se déclenche en lui est sans précédent. Pour tenter d’y échapper, il renoue avec son ancienne analyste, Esther (Carole Bouquet), avec qui il avait coupé les ponts depuis près de 12 ans

En 2017, l’un de mes coups de foudre cinématographique était The Place (ou Café Roma), un film italien réalisé par Paolo Genovese, adaptation de la série TV américaine The Booth at the End. Une immersion au cœur de la vie de plusieurs personnages par l’unique prisme du récit, du dialogue entre ces gens et un étonnant personnage qui les recevaient individuellement à la table d’un café. En Thérapie nous ramène à cette manière d’opérer qui peut vite, sur le papier, sembler rébarbative. Mais ça, c’est juste sur le papier… car ici, comme pour The Place, le rendu est magistral et même addictif. 35 épisodes de 26 minutes où l’on a, à chaque générique de fin, l’unique envie de regarder le prochain épisode.

Alors quelques éléments de compréhension. Épaulés par une équipe de réalisateurs, Olivier Nakache et Eric Toledano ont eu la bonne idée dans cette adaptation française, de situer les événements dans la suite immédiate des attentats du Bataclan. C’est donc l’impact de ce drame qui se tapit quelque part derrière chaque histoire, chaque personnage, patients comme thérapeute. Et alors que les divers traumatismes, fêlures, angoisses se révèlent le spectateur accompagne également le médecin dans ces questionnements au cœur d’un le duo de réalisateurs expliquait que « la période que nous vivons où les paroles d’experts se succèdent, où beaucoup de gens parlent mais peu écoutent » est une période où ils ont eu envie de « remettre l’écoute et le silence en avant dans un monde bruyant ». Et c’est exactement ce qui se produit. On s’arrête, on s’installe, on se cale devant sa télé, et on entre dans ces histoires individuelles et collectives à la fois. Car En thérapie ne nous fait pas seulement devenir une petite souris mateuse dans un cabinet de psy, mais elle vient sonder les séquelles d’une communauté de femmes et d’hommes, et elle rejoint chacune et chacun avec subtilité et émotion.

Pour y arriver, et tout particulièrement à cause des codes minimalistes choisis, huis clos, l’usage du champ-contrechamp, cette façon de se cantonner quasi exclusivement aux face-à-face, l’importance du jeu d’acteur est alors primordiale. Et là, vrai coup de chapeau à l’ensemble du casting. Alors j’aimerai plus spécifiquement mettre en avant les remarquables prestations de Reda Kateb qui une fois de plus assure une prestation rigoureuse et percutante, également Mélanie Thierry, magnifique dans son rôle plein de nuances et de séduction et surtout la remarquable Céleste Brunnquell qui, après avoir crevé l’écran dans Les Éblouis, nous touche en plein cœur à nouveau. Et puis, forcément, pour lier l’ensemble, donner du sens à tout ça, il fallait un grand thérapeute. Et c’est Frédéric Pierrot qui apporte tout son talent et sa présence pour faire vivre ce personnage et apporter force et caractère à son rôle qui se joue fondamentalement dans la dimension de l’écoute.

C’est d’ailleurs avec la qualité de cette valeur révélée que j’aimerai conclure. Car En Thérapie est une série à dimension empathique qui se construit dans l’importance de la relation, de l’attention portée à l’autre, du sens de la rencontre. Et , mon Dieu, que c’est bon de le rappeler et de valoriser ces notions qui nous font être humains.

 

IL ÉTAIT UNE FOIS GODLESS

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Steven Soderbergh et Scott Frank se retrouvent 20 ans après leur film « Hors d’atteinte » afin de créer le premier western original de la plateforme américaine Netflix sous la forme d’une mini-série flamboyante de sept épisodes mêlant habilement l’ADN du genre à des thématiques contemporaines.

Godless, c’est l’histoire d’une petite bourgade du Nouveau-Mexique, appelée LaBelle, fondée par des pionniers, où l’on ne trouve… que des femmes ! Les hommes sont morts à la mine, quelques mois plus tôt. Tous les hommes, ou presque. Ne restent plus en ville que le Shérif et son très jeune adjoint. Alors en cette fin de XIXe siècle, dans cette région encore indomptée de l’Amérique, les filles de LaBelle se retrouvent livrées à elles-mêmes, obligées de prendre leur indépendance et de s’émanciper. Ce que certaines acceptent naturellement, et d’autres moins. Mais tout va être remis en question par l’arrivée impromptue d’un cavalier grièvement blessé, en pleine nuit, aux abords du ranch d’Alice Fletcher. Roy Goode est un hors-la-loi. L’un des hommes de main du terrible Frank Griffin et de sa bande. C’est même le chouchou, le petit protégé du boss. Or, Roy a décidé d’arrêter la vie de Desperado. Il s’est fait la malle, avec le butin du dernier braquage. Fou de rage, Griffin met alors l’Ouest à feu et à sang pour le retrouver. Une traque impitoyable, qui va inexorablement le mener à LaBelle…

Comme je l’évoquais en introduction, la grande force de cette série est de nous proposer là d’abord un vrai western épique avec tous les éléments incontournables (Chevauchées, paysages façonnés dans une immensité sauvage, musique country, fusillades, bagarres, rodéo, saloon, prostituées… oui il y en a souvent aussi dans les westerns, et puis des personnages typiques et divers – un hors la loi au grand cœur, une jolie fermière brut de décoffrage mais surtout aussi très fine gâchette, quelques indiens indispensables mais parfois drôles également, un chef de bande totalement psychopathe, un shérif amoureux à la psychologie un peu compliquée… et j’en passe !)…

Tout ça donc, très classique finalement, mais avec beaucoup plus encore. Je m’explique… Steven Soderbergh et Scott Frank nous livre une série extrêmement moderne et soigné avec un dimension esthétique remarquable. Le scénario tout d’abord permet à Godless de s’attaquer à un problème contemporain avec la place des femmes dans la société. Se pose la question de la nécessité de s’adapter, plus ou moins facilement, et surtout de gagner leur indépendance contre les « règles » établies. Se développe aussi tranquillement tout au long des épisodes de nombreuses thématiques comme évidemment la vengeance, les jugements à l’emporte-pièce qui enferment et détruisent, le racisme. On y parle de souffrances psychologiques mais aussi d’art, d’amour, de bienveillance. On y trouve en somme une vraie analyse sociologique de l’Amérique sauvage. Et puis on peut se poser aussi pour entrer dans une forme de contemplation grâce à une photo vraiment remarquable, avec des prises de vues léchées et du temps donné juste pour ça, amplifié par la somptueuse musique de Carlos Rafael Rivera. Et encore une fois tout ça avec un western âpre, brutal et sans concession au genre.

Coup de chapeau bien sûr à la réalisation hors-pair de Soderbergh et Franck qui balancent avec virtuosité dans leur approche filmique entre Sam Peckinpah, Terrence Mallick, jusqu’à rejoindre dans un final explosif, infernal et en même temps éblouissant, l’immense Tarantino. Un vrai régal qui n’aurait malgré tout pas la même saveur sans ce casting prestigieux offrant dans la même série Jack O’connell, l’exceptionnel Jeff Daniels, les magnifiques Michelle Dockery et Christiane Seidel, mais aussi Scott McNairy, Thomas Brodie Sangster et l’excellente Merritt Wever.

Bon et puis pour finir, même si cette mini-série est construite comme une saison unique, on peut imaginer, rêver que le succès rencontré pourrait finalement malgré tout donner des envies de reviens-y qui ne me déplairait aucunement… Mais cela, c’est une autre histoire !