EN QUÊTE D’UNE FAMILLE

Six mois après la dernier Festival de Cannes, la comédie dramatique de l’égyptien Abu Bakr Shawky, Yomeddine, arrive en salles. Cette histoire d’un lépreux avait su toucher les émotions et faire du bien… même si, finalement, aucun prix ne récompensa cette jolie œuvre.

 

Après la mort de sa femme, Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, décide de quitter sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné quand il était jeune enfant. Commence alors pour lui, une longue route parsemée de rencontres, d’embuches, de toutes sortes de situations joyeuses ou difficiles, où il ne sera pas seul mais devra se confronter aux choses enfouies au plus profond de lui, en quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité… 

Si les premières minutes m’avaient laissé un peu perplexe, très vite les doutes furent chassés et je me suis retrouvé embarqué dans cette histoire d’une grande beauté. Une beauté qui ne se joue pas ici dans l’apparence, dans le visible… Une beauté qui se découvre dans l’épaisseur des personnages, derrière les blessures physiques, derrière les détritus qui peuvent devenir une montagne, derrière des histoires pétries de souffrance et d’accidents de la vie. C’est au plus profond de l’âme que se dévoile la force de Beshay, ce petit bonhomme attendrissant, d’Obama son jeune compagnon, et de quelques autres éclopés rencontrés par hasard.

Abu Bakr Shawkya su trouver la justesse en touchant les cœurs mais sans tomber dans le pathos. Il filme sans complaisance, et propose là une sorte de road trip initiatique. Je dis « une sorte » car n’imaginez pas le road trip à l’américaine… ici pas de voiture emblématique mais une charrette tirée par un âne qui laissera place à toutes sortes d’autre engins sur des chemins rudes et secs. Un road trip, donc, émouvant et surtout engagé, porté par un extraordinaire acteur non-professionnel, qui au passage, notons-le, est un véritable ancien lépreux. On ressent chez A.B. Shawky ce soin de défendre les exclus. Plusieurs scènes sont marquantes à cet égard, avec même une restitution d’une certaine « cour des miracles », là où vivent ces gens situés sur la marge, oubliés physiquement et rejetés socialement, mais auxquels le cinéaste redonne une vraie dignité que d’autre ont voulu leur ôter.

Mais n’imaginait pas non plus un film glauque ou ayant tendance à prendre en otage le spectateur. Yomeddine est un film intègre qui a choisi de se dérouler sur le ton de la comédie, qui a choisi ce que j’appellerai la gaieté sincère comme marque de fabrique. C’est ainsi qu’il peut nous rejoindre tous et devenir un pur divertissement familial fait de personnages sympathiques, d’images colorées et lumineuses au rythme d’une musique très agréable en nous interpellant sur le sens profond du bonheur.

Un film qui fait du bien disais-je, qui montre encore que le cinéma peut parfois se permettre de toucher, de faire réfléchir, de jouer ainsi l’un de ses rôles primordiaux à l’égard du spectateur, sans grands moyens, sans stars patentées, et même avec quelques faiblesses cinématographiques, mais surtout avec grâce, sourire et délicatesse.

YOMEDDINE… EN QUÊTE DES SIENS

Quand l’histoire d’un lépreux vient toucher les émotions et faire du bien… c’est ce qui s’est produit en ce début de Festival de Cannes avec le premier film de l’égyptien Abu Bakr Shawky, Yomeddine.

Après la mort de sa femme, Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, décide de quitter sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné quand il était jeune enfant. Commence alors pour lui, une longue route parsemée de rencontres, d’embuches, de toutes sortes de situations joyeuses ou difficiles, où il ne sera pas seul mais devra se confronter aux choses enfouies au plus profond de lui, en quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité…

 

Si les premières minutes m’ont laissé un peu perplexe quant à ce que je pourrai apprécier de ce film, très vite les doutes furent chassés et je me suis retrouvé embarqué dans cette histoire d’une grande beauté. Mais ici la beauté n’est jamais apparente… elle se découvre dans l’épaisseur des personnages, derrière les blessures physiques, derrière les détritus qui peuvent devenir une montagne, derrière des histoires pétries de souffrance et d’accidents de la vie. C’est au plus profond de l’âme que se dévoilera la force de ce petit bonhomme, d’Obama son jeune compagnon, et de quelques autres éclopés rencontrés par hasard.

 

Abu Bakr Shawky a su trouver la justesse en touchant les cœurs mais sans tomber dans le pathos. Il filme sans complaisance, et propose là une sorte de road trip initiatique. Je dis « une sorte » car n’imaginais pas le road trip à l’américaine… ici pas de voiture emblématique mais une charrette tirée par un âne qui laissera place à toutes sortes d’autre engins sur des chemins rudes et secs.

Un film qui fait du bien disais-je, qui montre encore que le cinéma peut parfois se permettre de vous toucher, vous faire réfléchir, jouer ainsi l’un de ses rôles primordiaux à l’égard du spectateur, sans grands moyens, sans stars patentées, et même avec quelques faiblesses cinématographiques. Alors, un grand merci M. Frémaux d’avoir osé faire ce choix au détriment naturellement d’un grand nom du cinéma et de nous avoir offert cet instant de grâce qui pourrait tout à fait toucher un Jury où les valeurs humaines sont de mise.

 

 

SOUVIENS-TOI HEMINGWAY…

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L’Échappée belle, c’est le nom du film, mais aussi le nom, du moins une certaine traduction, donné à un vieux camping-car (The leisure seeker en VO). Pour une fois, l’adaptation française a bien choisi le titre car il résume l’histoire et surtout nous indique une qualité indéniable à cette histoire : la beauté !

 

Les années ont passé, mais l’amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l’hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West afin de visiter la maison d’Hemingway. Ils découvrent alors une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions.

Tout est beau dans l’Échappée belle même ce qui est triste, parfois sale ou considéré habituellement comme plutôt moche. Et ce qui est naturellement beau s’amplifie encore alors. Oui, il y a vraiment du génie chez le réalisateur italien Paolo Virzì, souvent critiqué mais là plus que parfait… génie d’avoir notamment choisi pour ce road movie pas comme les autres, de choisir de rassembler (27 ans après Bethune : The Making of a Hero) deux monstres du cinéma, Helen Mirren et Donald Sutherland, pour les unir pour le meilleur même au cœur du pire. Virzì offre à son couple de séniors une véritable autoroute pour performer… il les observe avec patience et tendresse, il expose leurs failles, souligne leurs angoisses et exalte avec éclat leur humanité.

 

Génie aussi de traiter de sujets graves et difficiles avec une immense délicatesse, ce qu’il faut d’humour et surtout une tant de justesse, sans chercher à édulcorer ou au contraire à y mêler un excès de pathos ennuyeux et malvenu. Il est question ici bien-sûr de vieillesse où la maladie vient apporter son lot de complications. Surtout en particulier quand il s’agit d’accompagner un mari souffrant d’Alzheimer tout en étant soi-même silencieusement malade… la question de la mémoire, des souvenirs et de leur gestion vient s’ajouter dans ce joli scénario inspiré très fortement de la nouvelle éponyme (en version originale) de Michael Zadoorian. Et puis, au cœur de l’histoire de ce couple, de cette famille, l’amour bien évidemment, mais un amour qui est passé aussi par les tracas de la vie, par les vagues et tempêtes du quotidien. Un amour qui à tout moment peut exploser et se perdre ou bien alors résister et vaincre contre tout… même la mort ?!… (On pourrait ici d’ailleurs en profiter pour regarder à nouveau le regard d’Haneke avec son film Amour qui aborde des sujets similaires… autrement… mais lui aussi avec tant de qualités.)

 

Helen Mirren et Donald Sutherland sont aussi bien évidemment la clé de la réussite dans cette Échappée belle. Que dire… peut-être rien de plus… Enfin, si ! C’est qu’ils ne sont pas seuls en scène. Car les différents personnages tout autour d’eux sont comme les détails d’un joli tableau qui permettent au sujet principal de rayonner. Les enfants, la voisine, les bons et les méchants rencontrés sur la route… je pense par exemple à cette serveuse noire écoutant John parler d’Hemingway (comme toujours) et lui sortant soudainement, quand la mémoire défaille à nouveau, qu’il s’agit du Vieil homme et la mer, ajoutant qu’elle avait fait son mémoire sur le sujet… ou bien encore l’attitude et les regards de ces 2 personnes de la maison de retraite qui accueille le couple en crise. Il faut peut-être aussi préciser qu’un certain nombre de scènes sont de purs joyaux d’émotions… mais n’en disons pas trop pour vous laisser le bonheur de les découvrir.

Car… le bonheur est au ciné… cours y vite !

 

POUR ALLER VOIR LA MER

Je crois que les titres à rallonge de films ont la fâcheuse tendance à m’attirer. Fâcheuse ? Pas forcément… La preuve avec La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, la nouvelle réalisation de l’excellent Joann Sfar, qui délicieusement m’a emporté dans un road-movie entre réel et irréel, entre folie et mystère au grès d’une sublime Ford Thunderbird des années 70.

Seconde adaptation cinématographique du roman policier éponyme de Sébastien Japrisot,  La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, version Joann Sfar, nous permet de partir donc sur la route en compagnie de Dany, une rousse d’une extrême sensualité, qui vient d’ « emprunter » la voiture de son patron sur un coup de tête pour aller vers le Sud voir la mer pour la première fois. Volontairement, je préfère garder le mystère sur l’histoire pour vous laisser, vous aussi, vous prendre au jeu des questionnements et interprétations (si vous n’avez pas lu le roman de Japrisot). Car l’une des forces de cette histoire se trouve précisément là, dans l’absence de certitudes. Décrypter le vrai du faux, le conscient de l’inconscient, la part de folie de celle du réel…

Joann Sfar est un artiste. Il crée au gré de ses humeurs grâce au dessin, à l’écriture, par le biais d’une caméra ou d’un instrument de musique. Il collectionne même déjà deux Césars avec ses deux premiers films (Gainsbourg, vie héroïque et Le chat du rabbin). Et on ressent avec force cette exigence artistique dans la façon même de nous livrer cette histoire. Un profond sens de l’esthétique se dégage. Tout est magnifiquement équilibré et articulé : réalisation – photo – musique – rythme du montage… Tout en étant dans une histoire entre thriller et romantisme déstabilisant, l’ensemble peut aussi se vivre comme un long clip vidéo où la musique et l’image ne font presque plus qu’un, l’un portant l’autre et vice-versa.

Et puis il y a la dame… Freya Mayor dans le rôle de Dany, une jeune actrice écossaise de 22 ans encore peu connue du public français, si ce n’est par quelques ados qui l’auront sans doute découverte dans deux saisons de la série Skins. Freya est tout simplement éblouissante. Elle pétille, trouble, se fait tantôt fragile tantôt forte et attire irrésistiblement tant par sa plastique que par sa gestuelle et son regard… et colle ainsi à merveille au personnage de Dany. Freya donc, élément de force du film mais sans nul doute plus généralement la galerie de personnages qui émaille l’histoire. Qu’ils soient sur le devant (comme Benjamin Biolay dans le rôle du patron ténébreux, Stacy Martin qui campe la meilleure amie et épouse du patron ou le séducteur italien en la personne d’ Elio Germano) ou qu’ils soient juste de passage, voir même encore immobiles… chacun est là en place et juste pour amplifier l’atmosphère mystérieuse en envoutante.

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (je ne me lasserai pas de dire le titre) est donc l’un des films à ne pas rater cet été… et encore plus si vous aussi vous n’avez jamais vu la mer.