HUIT FEMMES, UN VILLAGE ET LE SOLEIL !

Un documentaire d’une grande bienveillance et de tendresse d’où l’on sort le cœur paisible est à partir d’aujourd’hui sur les écrans de cinéma. Au programme, Jericó, un village au cœur des Andes, en Colombie mais surtout huit femmes de ce village filmées dans leur intimité et avec une immense délicatesse. Jericó, le vol infini des jours, un film de Catalina Mesa qui fleure bon l’espérance !

À Jericó, petit village en Colombie, des femmes d’âges et de conditions sociales différentes évoquent les joies et les peines de leur existence, tour à tour frondeuses, nostalgiques, pudiques et impudiques. Leurs histoires se dévoilent l’une après l’autre, ainsi que leur espace intérieur, leur humour et leur sagesse. Un feu d’artifices de paroles, de musique et d’humanité.

Immersion donc, d’une certaine façon à la « Strip Tease » (le magazine tv), mais avec une vraie touche artistique et un travail soigné de documentaire, dans la vie de huit femmes colombiennes de Jericó, village des ancêtres du père de la réalisatrice, village où a vécu aussi sa très aimée grand-tante, Ruth Mesa.

Les murailles qui tombent ici sont celles de ce qui nous sépare de ses femmes, car en quelques secondes à peine, le spectateur se retrouve au cœur de leurs histoires, de leurs doutes, questionnements, espérances, joies et peines… et de leurs croyances.

Car on croit beaucoup à Jericó !

Une ferveur mystique imprègne plusieurs d’entre-elles. Simples superstitions sans doute parfois mais vraie foi également souvent… à leurs façons. Le documentaire ne pose aucun regard jugeant ou complaisant… la caméra de Catalina Mesa observe et nous offre des moments riches et touchants. À Jerico, on progresse à pas lents guidé par des choses simples de la vie, au rythme de la nature, marqué par des rires d’enfants ou la conversation avec son voisin au détour d’une rue.

Car à Jericó, on parle aussi beaucoup… on échange, on discute, on n’est pas toujours d’accord et on peut même aller jusqu’à se fâcher avec Dieu et ses « saints ».

Ainsi, au cœur de ce documentaire, c’est la parole de femmes qui jaillit avec éclat. Parole qui n’est pas assez souvent écoutée, porteuse pourtant d’une véritable conscience de la mémoire. Catalina Mesa explique qu’elle voulait montrer le quotidien de ces femmes, et surtout le fait qu’il est habité de joie, de musique, d’humour. De leurs peines aussi, elles ne sont pas occultées. « Ces femmes sont les dépositaires de la mémoire de ces lieux, donc autant de la douleur que de l’humour, de la tendresse que de la dureté du travail, des épreuves de la vie. Mais il est vrai qu’il n’y a pas de victimisation. Lorsque l’une d’elles raconte la disparition de son fils enlevé par un groupe armé, elle le fait en jouant aux cartes, comme “en passant”, alors que son émotion demeure toujours aussi forte. »

Et à Jericó, c’est aussi la vie en couleurs et en poésie…

Et tout cela rayonne dans ses images et dans sa magnifique BO joyeuse et, elle aussi, colorée. Catalina l’explique d’ailleurs très bien dans une interview : « le film commence avec ce poème d’Oliva Sosa : « Este mi noble Jericó es bonito, enclavado en el sol de la montaña, el monte azul rozando el infinito y el infinito entrando en la cabana » (« Ma noble Jericó est belle, nichée au soleil de la montagne, la montagne bleue écrase l’infini et l’infini entre dans la chaumière »). Dans la poésie de Jericó, que j’ai beaucoup lus, il y a plein de poèmes comme ça. Cette rencontre entre le ciel et la terre, c’est très spirituel, ça vient de la religion aussi, mais même en dehors de la religion, dans la poésie on retrouve cette sorte d’élan de Jericó qui rencontre le ciel. C’est comme ça que c’est dit dans la poésie. La poésie de Jericó, c’est un peu comme une boîte de macarons, on en mange un tout petit peu et c’est délicieux, mais après on ne peut plus s’arrêter et on est… gavés. Parce que c’est une poésie romantique du début du siècle… Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup d’appels à l’infini, ou à la transcendance. C’est pour ça que le film commence avec le ciel, et le soleil est omniprésent. J’ai essayé de faire figurer cette rencontre avec la lumière à travers la maison, ce moment où cet infini rencontre le morceau plus petit de la fenêtre. »

Alors, un conseil pour conclure… Scrutez bien la programmation des salles proches de chez-vous… et faites-vous du bien en allant voir Jericó, le vol infini des jours !

 

                    

EN QUÊTE DE PREUVES

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Accepter naïvement et simplement la conversion au christianisme de son épouse quand on est journaliste d’investigation et athée convaincu… le défi peut s’avérer trop difficile à relever. C’est le point de départ du témoignage de Lee Strobel raconté dans le best-seller « The Case for Christ » sorti en 1998 que le réalisateur américain Jon Gunn vient d’adapter au cinéma, exposant là les questionnements possibles sur les preuves de la Résurrection du Christ. En salle le mercredi 28 février.

Lee Strobel, journaliste d’investigation au Chicago Tribune et athée revendiqué, est confronté à la soudaine conversion de son épouse au christianisme. Afin de sauver son couple, il se donne l’ambition de prouver que Jésus n’est jamais ressuscité… Commence alors une enquête menée par un homme intelligent et déterminé à prouver le mensonge sur lequel une partie de l’humanité se fonde depuis deux mille ans pour nourrir sa foi. Comment réfuter les preuves de la Résurrection ? Lee se met à rencontrer des pointures de différentes spécialités, médecin, psychanalyste, pasteur, théologien, dans tout le pays, pourvu d’obtenir des réponses cartésiennes à ses interrogations. Les faits valent mieux qu’une possible illumination de la foi selon lui, basée sur un épisode pour le moins suspicieux rapporté dans la Bible par des témoins faillibles.

Je l’avoue… C’est toujours avec certaines précautions d’usage que je vais découvrir une nouvelle production cinématographique d’un studio chrétien américain. Le passé m’a tellement souvent déçu, voir énervé avec des réalisations et scénarios qui souvent n’atteignent pas le niveau d’un téléfilm M6 de début d’après-midi avec leurs lots de caricatures en tout genre qui prouvent quand même une fois de plus que le ridicule ne tue pas malgré tout… Mais ne m’avouant pas facilement vaincu d’avance, c’est donc dans cette disposition plutôt critique que je me suis laissé convaincre d’aller voir, dans une projection privée et bien confortable, le nouveau film qu’allait distribuer SAJE Distribution dans les semaines à venir… Un film chrétien pas comme les autres, m’a-t-il été dit, inspiré du best-seller « The Case for Christ » sorti en 1998, que l’américain Jon Gunn s’inspirant du témoignage du journaliste Lee Strobel, venait de réaliser exposant ainsi la question des preuves de la Résurrection du Christ au cinéma.

Et finalement, pas déçu du tout, bien au contraire. On ressort de ce film avec plusieurs sentiments en tête. Tout d’abord celui d’avoir passé un bon moment grâce notamment à un travail cinématographique soigné à tous égards mais aussi avec des questionnements bien portés à l’écran autour de la foi bien sûr, mais naturellement du doute aussi, avec toutes sortes d’autres aspects de la vie quotidienne qui trouvent place dans l’histoire… la vie de couple, le travail, le pardon, les blessures du passé, les faux semblants, la trahison…

L’une des grandes réussites, il me semble, se situe justement dans le fait que si, comme son titre l’indique, la figure du Christ est bien au cœur du scénario au travers de cette enquête autour de la Résurrection, Jon Gunn a su intégrer d’autres entrées et ne pas se focaliser uniquement sur l’aspect religieux (ce que la bande annonce occulte hélas complètement d’ailleurs). Une enquête parallèle est menée par le journaliste nous conduisant dans les méandres des affaires policières américaines avec manipulations et erreurs judicaires… remises en question, crédibilité… tout ça au cœur de la rédaction du Chicago Tribune et dans les années 80. On retrouve certaines ambiances bien sympas à la Spotlight ou autres films du genre, avec une photo vintage extrêmement bien adaptée et quelques dialogues savoureux pas dénués d’humour et de sens du décalage. Il y a bien sûr aussi les questions personnelles qui se greffent, crise de couple, relations aux parents et au père en particulier… Alors tout ça apporte du crédit au scénario tant cinématographiquement qu’humainement car la foi, cette recherche d’une certaine Vérité ne peut se faire dans l’isolement du monde et de la vie…  La question de Dieu vient forcément influer sur toutes les dimensions de l’existence de celui qui se la pose.

Et puis donc il y a toute cette enquête autour de la Résurrection. “Le seul chemin vers la vérité ce sont les faits. Les faits sont notre plus grande arme contre la superstition, contre l’ignorance et contre la tyrannie” affirme le journaliste d’investigation tout au début du film. Une enquête menée naturellement à charge contre ce qui vient malmener cette vie bien construite de cet homme très sympathique convaincu d’athéisme (on comprendra d’ailleurs progressivement que cette posture a aussi des explications, des raisons propres… et cela aussi est intéressant). Et là, le réalisateur Jon Gunn frappe fort sans tomber précisément dans toutes les caricatures possibles et faciles. Les choses s’enchainent bien avec un rythme qui accroche le spectateur sans le lâcher et se permettant même, notamment avec le montage et la BO, de flirter avec le genre visuel de certains thriller religieux genre « DaVinci Code » ou « Anges et démons ». L’émotion n’est pas mise au placard non plus mais trouve une juste place sans exacerbation facile et pernicieuse. Et le tout, il faut le souligner aussi, est porté par des prestations de très bon niveau de l’ensemble des acteurs.

« Jésus, l’enquête » sortira en salles françaises à la fin de ce mois de février, précisément le 28. Le scénario est signé par Brian Bird et la photographie du film assurée par Brian Shanley. Les principaux acteurs sont Mike Vogel, Erika Christensen aux côtés desquels nous trouvons notamment aussi Faye Dunaway, Frankie Faison et Robert Forster.

On pourra enfin souligner pour ceux qui pourraient être intéressés que SAJE Distribution propose gratuitement sur son site internet un dossier pédagogique qui pourra aider à animer une projection avec des adolescents ou des adultes, autours des questions de la foi confrontée à la science et de la vérité et des faits, vis à vis de la Résurrection du Christ.

SILENCE DÉRANGEANT MAIS BIENFAISANT

SILENCE ! L’immense Martin Scorcese vient fièrement nous présenter son nouveau film… peut-être l’un des principaux de sa carrière cinématographique, plus simplement l’œuvre de sa vie, mijotée depuis près de trente ans. Respect et coup de chapeau pour un œuvre belle, riche, tortueuse et profondément inspirante.

Longue fresque historique de 2 h 39, Silence est adapté du roman éponyme de l’écrivain catholique japonais Shusaku Endo. Il décrit le déchirement de deux missionnaires jésuites, pris de doute dans leur foi devant le « silence de Dieu » face au martyre infligé aux convertis japonais par les Shoguns, gouverneurs militaires. Nous sommes dans le Japon du XVIIe siècle où le christianisme a été déclaré illégale suite à une évangélisation massive de l’Église catholique. Envoyés dans le Pays du soleil levant, sur les traces de leur mentor, le père Ferreira qui n’a plus donné trace de vie et dont certaines rumeurs évoquent l’apostasie, ces deux missionnaires vont devoir vivre dans la clandestinité auprès de ces « chrétiens cachés ». Tout au long de leur terrible voyage, leur foi va être soumise aux pires épreuves.

Silence peut être vu comme une sorte de voyage contemplatif à travers les méandres de la foi. Tout en nous proposant un film de grande beauté (photo, son, réalisation…) au scénario épique, Scorcese ne cherche pourtant pas à nous « épater » par une méga-production commerciale et tape-à-l’œil. Tout au contraire il nous propulse dans une lenteur mélancolique nécessaire et adéquate au climat qui s’installe au fil des minutes et du cheminement tortueux de ces hommes. Il privilégie la sobriété, le dépouillement qui sied tant aux missionnaires qu’à la situation précaire des chrétiens persécutés qui cherchent à les protéger. Il nous confronte au chaos d’une réalité qui devient un électrochoc, mais qui paradoxalement ne se vit pas dans la brièveté mais dans la longueur… fracassant progressivement des certitudes, des convictions… et, pour le spectateur, ouvre à la réflexion et à l’émotion.

Derrière cette histoire un questionnement de fond éclate avec magnificence : Faut-il accepter de se soumettre (et, peut-être éventuellement, continuer de croire en secret), ou bien faire face aux tortures en gardant sa croyance intacte jusqu’à la mort… ou pire, jusqu’à provoquer la mort de ceux qui nous entourent et que nous aimons ? Un questionnement spirituel d’une puissance implacable, mais qui devient aussi un véritable dilemme éthique qui peut dérouter, voir mettre aussi mal à l’aise dans l’observation que nous en faisons, assis confortablement dans le fauteuil de la salle ténébreuse où la lumière est là sur l’écran mais pour raconter cette histoire faite de douleurs, de passions et parfois de choix qui nous heurtent. Pour Scorcese, le vrai sujet à ses yeux, c’est l’essence de la foi. Et par « foi », il entend également la façon dont nous vivons nos vies, quelles sont nos valeurs. Le scénario de Silence conduit à questionner les fondements de la religion, parlant du doute et de son importance dans la quête de spiritualité, parlant aussi de la foi, de la manière dont chacun l’appréhende et la vit, tout en faisant face au silence divin malgré les prières et les tourments endurés au nom de Dieu.

Silence nous ramène au XVIIe siècle mais on peut pourtant y voir une vraie dimension contemporaine. Pour Scorcese justement, les changements dans le monde d’aujourd’hui nous amènent nécessairement à nous questionner sur le spirituel qui est une partie intrinsèque de nous en tant qu’êtres humains et de notre humanité profonde. L’histoire de ces missionnaires ouvre un dialogue. Elle montre à quel point la spiritualité est une partie intégrante de l’homme. Une des grandes forces du travail de Scorsese se situe aussi, sans doute, dans le fait qu’il n’en fait pas un film « religieux » mais purement universel. Il pourra parler, en y regardant de plus près, à toutes les époques, à toutes les religions, et à tous les athéismes. Pas non plus de « dictature de conscience » grâce à la complexité des personnages, et en particulier celui interprété brillamment par Andrew Garfield. Complexité (sans rien dévoiler) qui va et vient mais se prolonge jusqu’à la dernière minute. Un non manichéisme du protagoniste principal qui devient finalement l’intérêt premier de Silence.

Alors oui, Silence reste une œuvre quelque peu difficile d’accès tant par sa forme que par ses thématiques. Elle demande donc au spectateur de se concentrer et de plonger sans à priori mais confiant qu’une opportunité de réflexion intime s’offre à lui. Accepter que le Silence commence peut-être là en soi comme une nécessité bienfaisante dans un monde si bruyant et dans un intérieur qui l’est tout autant si souvent…

Pour aller plus loin dans la réflexion, SAJE DISTRIBUTION vous offre un dossier pédagogique d’accompagnement à télécharger ICI

 

 

LES CONFESSIONS

Le thème de la confession semble actuellement intéresser le cinéma, preuve en est avec deux films qui sortent à quelques semaines d’intervalle. Ce mercredi elle devient plurielle pour le nouveau film de Roberto Andò avec le brillant Toni Servillo qui fait face à Daniel Auteuil, pour revenir au singulier le 8 mars dans un film de Nicolas Boukhrief, avec notamment Romain Duris et Marine Vacth dans les rôles principaux. Mais concentrons nous aujourd’hui sur le premier qui, au travers de ce sacrement dans la religion catholique ou orthodoxe, aborde différentes thématiques comme la culpabilité, le silence et le pouvoir.

Daniel Roché (Daniel Auteuil), Directeur du FMI, organise un sommet du G8 avec les différents ministres de l’économie dans un hôtel en Allemagne. Ils s’apprêtent à adopter secrètement une mesure qui aura des conséquences dramatiques pour certains pays. Parallèlement, Daniel Roché invite une célèbre écrivaine (Connie Nielsen), une rock star (Yohan Huldenberg) et un moine (Toni Servillo) pour fêter son anniversaire. Le week-end tourne au tragique lorsque le directeur du FMI est retrouvé mort dans sa chambre. On découvre vite qu’il s’est livré à des confessions avant de mourir. Un terrible climat de doute, de suspicion et de peur s’installe alors…

C’est avec lenteur et retenue que nous suivons ce moine interprété avec brio par un Toni Servillo qui confirme là encore, s’il en est besoin, un immense talent. Un moine qui n’est à priori pas à sa place au milieu de ce nid de vipères qui jouent avec l’avenir du monde, qui se payent les pauvres dans le secret et qui finalement sont pétries d’une paranoïa très égocentrique. Un moine qui n’est pas à sa place non plus dans cet univers de luxe qui l’accueille. Un moine qui a fait vœu de silence et que l’on veut néanmoins faire parler coute que coute… Les confessions jouent avec ces paradoxes, avec ces oppositions qui amènent notamment ce personnage totalement décalé dans ce tableau très malsain à prendre le premier rôle mais sans entrer dans le jeu de ce que l’on voudrait lui faire interpréter. Il reste lui-même, livre parfois quelques mots mais comme des perles de grand prix et avance à son rythme même quand les événements voudraient le faire accélérer et entrer dans la danse…

 

Concernant ces paradoxes, le réalisateur Roberto Andò explique très bien comment le sens du secret est au cœur de son film et manifeste en lui même certaines oppositions : « Le secret et son gardien sont les éléments clés du pouvoir. Un pouvoir qui s’isole et qui ne communique pas est nécessairement métaphysique et cela malgré lui. De ce fait, il existe deux idées du secret : celle indescriptible et arbitraire du pouvoir économique et celle qui, à travers le secret, défend le droit à une défense humaine de la liberté personnelle, d’un espace dans lequel chacun peut être libre des autres : l’espace de la conscience. En ce sens, la confession est une institution de l’Eglise très précieuse, parce quelle protège la dignité de la personne, son inviolabilité. En dépit de cela, le christianisme est une des religions qui ne s’appuie pas sur le secret. Jésus dit : « J’ai parlé clairement au monde, je n’ai jamais parlé caché mais toujours en public, au meilleur des gens ». Une grande leçon. »

À l’image de ces paroles, Roberto Andò maîtrise parfaitement son film pour en faire un réquisitoire sévère contre une certaine oligarchie mondiale. Mais à l’image de notre homme d’église, héro silencieux poétique et énigmatique, il le fait avec sophistication et subtilité (même si certains clichés n’ont pas été évités… sans doute volontairement pour amplifier l’effet farce de ce G8 détestable).

Pour ne pas gâcher le petit côté « thriller » aussi présent dans Les confessions, je n’en dirai pas plus sur le déroulement et la finalité. Et je préfère terminer avec ces mots de Toni Servillo expliquant pourquoi il a « immédiatement adoré » ce rôle de moine : « C’est un film qui donne encore une chance au bien, dans un monde confus, désorienté. Il met en valeur des sentiments que nous attribuons habituellement à la religion comme la pitié, la disponibilité, l’écoute, la compassion, des valeurs que le monde laïc a complètement oubliées et que nous devrions remettre au centre ».

Les confessions n’est évidemment pas pour moi le chef d’œuvre de l’année mais ce film nous offre un bon moment de cinéma, agréable et intelligent.

 

OBSCURANTISMES

Si j’ai choisi de mettre au pluriel le titre de cet article, c’est que ce mercredi 23 novembre 2016 sont sortis en même temps deux films très différents sur ce sujet, hélas, toujours d’actualité. D’un côté, « La chute des hommes » de Cheyenne-Marie Carron fait de radicalisation djihadiste, et de l’autre « Le disciple » du cinéaste russe Kirill Serebrennikov qui évoque un fondamentalisme orthodoxe au pays de Poutine.

Après « L’Apôtre » qui évoquait la conversion d’un jeune musulman au catholicisme et « Patries » traitant du racisme anti-Blancs en banlieue parisienne, Cheyenne-Marie Carron, continue d’aborder des sujets d’actualité sensibles loin des grands studios et des subventions possibles, pleinement indépendante et autoproduite. Le résultat, c’est cette histoire qui raconte l’enlèvement par un groupe djihadiste d’une jeune française partie pour un voyage d’étude dans un pays du Moyen-Orient qui n’est pas cité. D’ailleurs l’intérêt n’est pas là, ni dans la réalité des lieux où est tourné le film. Comme je vous le disais, Cheyenne-Marie réalise avec des moyens plus que minimes et elle privilégie ainsi une approche artistique tranchée faite d’évocations franches, d’un minimalisme laissant place au sens et aux émotions.

La grande et belle idée de « La chute des hommes » se situe sans doute dans le choix de travailler en un seul film ce qui est devenu l’un des grands classiques de bons nombres de séries en vogue : raconter une même histoire du point de vue de plusieurs protagonistes, trois en l’occurrence ici. Tout d’abord Lucie, la jolie et naïve étudiante qui vit d’amour et de frais parfums, qui se retrouve plongée dans l’enfer de cet enlèvement et d’une folie meurtrière. Puis c’est avec Younes, chauffeur de Taxi sans le sou qui deviendra malheureusement le « livreur » de l’offrande blondinette aux ravisseurs islamistes, que se comprennent autrement les tragiques évènements. Pour finir, enfin (le film dure 2h20 quand même), avec Abou, l’un de ces djihadistes ravisseurs, lui aussi originaire de France, comme Lucie, et avec lui une dernière compréhension de ce récit troublant et effrayant d’obscurantisme, qui conduit à cette Chute.

Un sujet actuel, difficile mais auquel Cheyenne-Marie apporte une vraie démarche artistique, humaine et chrétienne. Loin des grosses productions qui peuvent certainement nous détendre, « La chute des hommes » est néanmoins un film à voir pour réfléchir et être interpellé. Une démarche pleinement assumée par la réalisatrice tout juste quadra qui confie dans une interview : « Je m’efforce de traiter des sujets qui nous concernent avec honnêteté, vérité, humanité. Je suis un metteur en scène catholique, je regarde le monde avec un regard de chrétienne. J’estime qu’il n’y a pas de sujets réservés ou, au contraire, interdits aux chrétiens. Le monde nous est ouvert. » Et justement, à propos de sa foi chrétienne, il est à noté ce verset de l’Évangile de Jean au chapitre 3, verset 8 qui accompagne l’affiche et l’introduction du film : « Le vent souffle où il veut ». Les raisons de ce choix, Cheyenne-Marie me les a confiées avec ces mots : « Le vent souffle où il veut signifie pour moi, au travers de cette « Chute des Hommes », que la grâce touche qui Elle veut, et il la désire. Mon jeune Djihadiste, verra son destin changé, il renoncera au combat armé, car il entend dans son cœur et son âme, la présence de la Sainte Vierge. Il récite d’ailleurs à la fin le « je vous salue Marie », après avoir été sauvé, et ayant gagné une seconde chance. Lucie, elle, n’aura pas cette chance. Elle sera tuée. »

Des versets bibliques, il y en a à la pelle et même jusqu’à une certaine overdose dans l’autre film du jour « Le disciple ». Overdose est peut-être d’ailleurs le mot qui convient pour exprimer le ressenti qu’impose le personnage principal Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique outrancière où seuls les versets bibliques (pris bien sûr littéralement et hors contexte) dictent ses choix et ses positionnements face aux autres, son école, la société et même sa mère… mais le conduisant aussi paradoxalement dans les bras de nombreux péchés comme la haine, l’orgueil ou plus encore, le meurtre.

« Le disciple » a été présenté à Cannes 2016 dans la sélection Un Certain Regard et il a obtenu le Prix François Chalais, « récompensant un film qui traduit au mieux la réalité de notre monde ». Il est l’adaptation d’une pièce de théâtre intitulée « Martyr », du dramaturge allemand Marius von Mayenburg (pièce que j’avais eu le plaisir de voir et de critiquer artspiin.com/martyr/). Le film finalement, tout en gardant la même base d’histoire, propose une approche très différente, moins artistique et contemporaine mais sans doute plus réaliste et agressive. L’obscurantisme religieux de l’adolescent est omniprésent et même à force agaçant (le mot est faible). Il prêche une morale extrême, absurde et violente. Et à cet excès voulu vient s’ajouter une certaine hypocrisie et complaisance de la communauté adulte… mère, système éducatif, prêtre. Seule contre tous, finalement, Elena, une professeure de biologie et psychologue va avoir le courage de s’opposer à lui, cherchant à lui faire comprendre sa folie, mais elle sera empêchée d’exercer pleinement son métier.

Il faut reconnaître que « Le disciple » est un film fort bien réussi et très adroit avec de magnifiques plans-séquence notamment et une belle restitution de l’ambiance sociétale d’une certaine Russie. Car si la religion est clairement visée, c’est aussi toute une toute une critique socio-politique qui l’accompagne. Tragédie d’un peuple russe agonisant entre les changements de régimes politiques et de croyances, conduisant à des pertes de repères et de cadres pouvant produire ce genre de mécanismes fanatiques divers. Kirill Serebrennikov nous démontre là qu’un illuminé se réclamant d’une idéologie totalitaire, quelle qu’elle soit, peut devenir un véritable détonateur agissant sur la société. Une parabole tristement universelle mais un appel aussi sans doute à réfléchir à nos convictions et notre foi pour ne pas tomber dans ce genre de comportements qui parfois pourtant peuvent se cacher subtilement aussi chez nous.