« LA TÊTE HAUTE » POUR MONTER LES MARCHES

Cette 68ème édition du Festival de Cannes a choisi de changer les habitudes en proposant en ouverture un film français social, loin des superproductions à paillettes. « La Tête haute » d’Emmanuelle Bercot, qui sort aujourd’hui également sur les écrans français, nous fait donc entrer dans la quinzaine de façon plutôt directe et en tout cas, pas dans la dentelle.

C’est dans le bureau d’une juge pour enfants, jouée par Catherine Deneuve, que tout commence assez brutalement, dans un face à face choc avec une jeune mère de famille qui « pête les plombs » devant le regard muet de son bambin de 6 ans, le jeune héro de l’histoire, Malory (Rod Paradot). On suivra son parcours sur plus de 10 ans fait de ruptures, de violences, et de tentative d’accompagnement par la juge, mais aussi par un éducateur cherchant inlassablement à le sauver de lui-même.

Ma première envie est de souligner le magnifique travail d’acteurs de façon assez large mais en particulier du trio évoqué précédemment : Catherine Deneuve bien sûr, le jeune Rod Paradot, que le nouveau président Pierre Lescure nous avait annoncé en conférence de presse pré-festival comme bouleversant et un Benoît Magimel d’une justesse et d’une vérité étonnante.

« La Tête haute » est un film d’aujourd’hui qui colle à une réalité sociale, celle de disfonctionnements familiaux, sociaux pouvant se manifester… de violences physiques, verbales, psychologiques… et des difficultés d’un système éducatif et de justice face à des mineurs touchés de plein fouet par une certaine cruauté de la vie. Une phrase devient alors l’essence de l’argumentation de la réalisatrice : « L’éducation est un droit fondamental. Il doit être assuré par la famille et, si elle n’y parvient pas, il revient à la société de l’assumer. » Pour Malory, cette prise en main de la justice et des structures sociales qui suivra ne sera pas aisée et cousue de fil blanc. Et le spectateur se retrouve lui aussi poussé, comme à certains moments la juge ou l’éducateur, à baisser les bras et à avoir envie de lui « rentrer dedans » ou plus simplement de laisser ce jeune chien enragé se dévorer lui-même.

Mais ce film prône que rien n’est joué d’avance dans la vie, qu’un déterminisme social ne saurait forcément l’emporter. Encore faut-il évidemment arriver à saisir la main tendue, accepter la foi que d’autres peuvent avoir en nous, sortir de ses prisons intérieures souvent bien plus résistantes que les barreaux physiques de plusieurs centres par lesquels passera Malory. Autodestruction, décadence mais aussi restauration et résilience sont ainsi les maitres-mots de cette très belle histoire qui prend vie sur les écrans en ce mercredi 13 mai 2015. Un film qu’il fera bon voir et avec lequel on pourra réfléchir et même utiliser pour travailler sur soi-même et sur le sens de la vie, de l’engagement et de la famille.

UN JURY PAS COMME LES AUTRES

À l’occasion de ce 68ème Festival de Cannes qui ouvrira ses portes ce mercredi 13 mai 2015, le 42ème Jury œcuménique cannois officiera pour remettre une nouvelle fois des prix à plusieurs films répondant à ses critères artistiques, humains et évangéliques, dans la sélection officielle. 

Étonnant sans doute, pour beaucoup de festivaliers, de découvrir p. 39 du Catalogue officiel du Festival de Cannes, la présentation d’un Jury œcuménique aux côtés du Jury FISPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) et du prix François Chalais. Des chrétiens à Cannes pour remettre des récompenses ? Sans doute une sélection parallèle dont on ne parle pas, qui présenterait des films à caractères religieux ?… Mais, non, à y regarder de plus près, c’est bel et bien des films de la sélection officielle et de la sélection « Un certain regard » qui sont concernés. Et ce n’est pas une nouveauté farfelue, non plus, qu’aurait introduit le nouveau président Pierre Lescure, puisque cette présence date de 1974. Un sacré bout de chemin parcouru déjà et de grands films récompensés, parfois même avec un certain discernement étonnant comme l’année dernière avec le prix attribué à Timbuktu (seule récompense cannoise avec le prix F. Chalais) annonciateur de nombreuses autres récompenses pour ce film, dont ces fameux sept Césars en février 2015.

Alors s’il ne s’agit pas de films à caractère religieux, quelles sont donc les spécificités recherchées par ce Jury pour dégager de la sélection plusieurs longs métrages ?

C’est en fait une combinaison de plusieurs aspects qui sont recherchés :

– de la qualité artistique ben évidemment en premier lieu,

– des valeurs humaines trouvant écho dans l’Évangile telles que par exemple la justice, la dignité, la paix, la réconciliation,

– une capacité à déclencher la réflexion, l’échange, le partage… à donner au spectateur la possibilité de réfléchir ou d’être interpellé,

– de montrer une grande ouverture aux diversités culturelles, sociales ou religieuses.

Finalement, pour reprendre une citation du réalisateur américain Jonathan Demme (Oscar du meilleur réalisateur an 1992 pour « Le Silence des Agneaux »), récompenser des films qui répondent à ces trois fonctions vitales : Primo : divertir. Secundo : faire réfléchir grâce à une fiction qui ne privilégie pas seulement le divertissement. Tertio : être un miroir de l’existence.

Ce sont donc encore six jurés internationaux, venus de France, Canada, Italie et Royaume-Uni, et désignés à part égale par les deux associations organisatrices de ce Jury œcuménique, SIGNIS du côté catholique et Interfilm pour les protestants, qui visionneront à l’occasion de ce 68ème festival de Cannes une quarantaine de films. Son palmarès sera annoncé le samedi 23 mai à 17h dans un salon du Palais des Festivals, à l’occasion d’une cérémonie officielle en compagnie du Jury FIPRESCI.

En parallèle du travail des jurés, il faut aussi noter un certain nombres d’événements proposés par les deux associations SIGNIS et Interfilm, tout au long du festival : Un stand du Jury œcuménique au Marché international du film, plusieurs présentations officielles et cérémonies (sur le stand, dans une rue cannoise, à l’hôtel de ville…), une montée de marches officielle, une célébration œcuménique dans une église de la ville, un culte et une messe « spécial Festival », des mini-conférences sur le stand, l’animation d’un site internet pendant toute la durée du festival (www.juryoecumenique.org) et l’accueil de nombreux invités dont, cette année, le Secrétaire Général de la Fédération Protestante de France Georges Michel qui apportera la prédication le dimanche matin au Temple de l’EPU de Cannes.