VILLENEUVE, ÇA CLAQUE !

Sans aucun doute, « Premier Contact » de Denis Villeneuve restera l’un des grands films de cette année. Le réalisateur canadien ouvre là une nouvelle page à la SF en mêlant avec un immense talent à une histoire d’OVNI et d‘Aliens une approche philosophique, presque spirituelle et, en tout cas, profondément humaine.

Lorsque 12 mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Pendant le défilement du générique final, ma première impression est le sentiment d’avoir pris une vraie claque qui ne fait, je vous rassure, pas souffrir mais au contraire réveille et même laisse un sentiment de bien-être profond. Ce genre d’émotion que l’on peut ressentir face à une « beauté » pure et touchante. Oui il y a du beau dans ce que nous livre là le canadien Denis Villeneuve avec cette histoire qui pourtant, sur le papier, ressemble plus à un blockbuster hollywoodien blindé de ficelles bien habituelles qu’à une œuvre artistique esthétique et réfléchie. Des mots qui peuvent sembler forts mais qui correspondent étonnamment au résultat final. Car si Villeneuve traite un sujet de SF assez banal, avec cette histoire d’invasion extraterrestre où le mystère plane sur les intentions profondes des visiteurs, il sait nous emmener bien plus loin, avec subtilité, et nous conduire à réfléchir sur le sens de la vie, du langage, de la communication et surtout du temps.

Il serait évidemment désobligeant d’en dire trop sur le déroulement du scénario et risquer de dévoiler ce qui doit se découvrir précisément en son temps. Donc je ne m’aventurerai que très peu dans une analyse plus approfondie. Juste, peut-être, souligner là qu’une intéressante réflexion spirituelle pourrait prolonger la séance pour se pencher sur la notion d’omniscience du divin, en reprenant plusieurs éléments et dialogues de « Premier Contact ». Mais enfin, plus généralement, j’aimerai exprimer mon admiration pour la façon dont le langage prend ici corps et sens. Un esthétisme des courbes et de l’image apparaît brillamment chez ces troublants heptapodes, pourtant eux même loin des critères de beauté traditionnels, lanceurs d’une sorte d’encre qui devient calligraphie vivante, telle une danse des mots, des formes. La langue qui, comme l’évoque le physicien Ian Donnelly à la linguiste Louise Banks, quand on s’en pénètre pleinement, a cette capacité troublante soi-disant de changer notre façon de voir le monde, jusqu’à rêver au travers d’elle… rêve ou réalité ?… comme ces signes tout en rondeur qui se dessinent mais aussi s’évaporent…

La photo est léchée avec une évidente influence Malickienne dans une sorte de poésie visuelle métaphorique qui, si elle agacera ou troublera la compréhension d’un certain nombre de spectateurs (comme celui qui, sur le rang derrière moi, avait le bizarre sentiment d’avoir été arnaqué et de ne pas avoir compris grand chose ?!), a pour ma part augmenté mon plaisir déjà pleinement acquis. Mais la musique, de son côté, n’est pas en reste non plus et devient même un écrin, voir une seconde peau à l’œuvre de Villeneuve, composée par son fidèle acolyte, l’islandais Johann Johannsson. La BO presque intégralement électronique (à quelques notes de piano près) apporte un climat dès les premières images et jusqu’aux tout derniers mots du générique. Elle se fond même jusque dans les grognements des aliens devenant ainsi une sorte d’autre langage à découvrir, à interpréter. Interpréter est d’ailleurs un défi constant, avec ses risques d’erreurs, de confusions… de « kangourous… qui ne savent pas ».

Allez, arrêtons-nous là. Car mieux encore que toute autre chose, aller voir « Premier contact » est ce que je ne peux que vous encourager à faire très vite… oui très vite vraiment, car le temps passe… ou est passé… qu’en savons-nous ?

 

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CÉSAR, LUCY… MÊME COMBAT ?

Avoir vu à deux jours d’intervalle l’épisode 2 de la nouvelle saga La planète des singes : l’affrontement et le retour de Besson derrière la caméra avec Lucy me permet de vous proposer une mise en perspective de ces films. Loin de moi l’idée de partir dans une envolée philosophique mais juste d’observer quelques points communs, propositions de réflexion et sensations personnelles après avoir expérimenté ces deux moments bien agréables assis dans mon fauteuil confortable au CGR de Fontaine le Comte.

C’est d’ailleurs sans doute sur ce point précisément que commence cette mise en perspective. Voilà deux films véritablement divertissants. Au cœur d’un été où les infos du monde ne sont pas des plus rafraichissantes, pouvoir mettre en parenthèse quelques instants tout cela, se laisser porter simplement par les images, la musique, une histoire… tout en se permettant le luxe de réfléchir un peu quand même si on le veut… ça fait du bien ! Luc Besson d’ailleurs le rappelait dans une interview de son imposante promo : « Pour moi, le cinéma, c’est avant tout du divertissement ! » Alors oui, bien entendu, Besson une fois de plus a commencé et va continuer à se faire laminer par les critiques en tout genre et autres savants et philosophes du septième art, mais qu’importe après tout, il n’en a pas grand chose à faire à vrai dire.

Au cœur de ces deux histoires, il y a bien sûr la question de l’évolution. Comment l’être humain avance, progresse ou se détruit lui-même ? Une leçon très forte de ce deuxième opus de la Planète des singes nous laisse à penser que finalement, même en repartant à zéro, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les singes s’humanisant ne feront hélas pas mieux. La violence, l’attrait du pouvoir, la manipulation, le mensonge, la trahison sont toujours bel et bien présents et entrent inlassablement en opposition avec des restes d’amour, de fraternité, de pardon. L’affrontement finalement n’est pas forcément là où on pense, en tout cas pas juste entre hommes et singes mais en interne dans chacun des camps également. Alors une espérance active demeure, qui passe par la transmission familiale, par le rôle de la communauté, par la mémoire et la capacité à faire confiance malgré tout. Elle laisse envisager une issue favorable possible mais toujours en tension malgré tout jusque, même, dans le dernier regard de César.

Avec Lucy, cette évolution de l’être humain (qui là s’expérimente à partir d’un projet sombre de drogue de synthèse et de plus de façon accidentelle) déclenche d’avantage de sourires. Luc Besson n’y va pas dans la demi-mesure, c’est le moins que l’on puisse dire. Au travers de cette Lucy contemporaine, c’est un véritable voyage dans le temps qui nous est même un instant proposé… jusqu’ à un face à face avec la Lucy préhistorique ! On a même le droit à une réécriture de la Création d’Adam de Léonard De Vinci où Adam prend les traits de Morgan Freeman et Dieu ceux d’une Scarlett Johanssométamorphosée en Imac version 50.0 ! Et oui, quand je vous dis que la subtilité n’est pas forcément son point fort (mais une fois encore, l’objectif n’est pas là… et tout ça est plutôt drôle et bien fait !). La progression de l’humanité passerait par une capacité à utiliser d’avantage les capacités qui nous sont offertes dès le commencement. Dépasser ces fameux 10% de notre cerveau utilisés… Alors, oui, impressionnant tout ça. Perception, intelligence, rapidité, pouvoir. Je crois que rien est oublié. Et la magnifique Scarlett, déjà copieusement gâtée par la nature et par la mise en image de Besson, devient une superwoman qui ferait pâlir l’égérie féminine de DC Comics. Mais dans le même temps, tout cela est bien inquiétant quand même et pose la question de l’intérêt véritable d’une telle évolution (même sans aller jusqu’à ce qui nous est proposé au final).

Et si, finalement, la conclusion de ces deux regards cinématographiques devenait, au delà de l’importance de se détendre un peu, une invitation à réinvestir déjà nos relations humaines, nos capacités actuelles. Ni chercher à repartir à zéro, ni se projeter dans un décuplement de nos capacités (car sans doute « l’humanité n’est pas encore prête à ça » comme le souligne le magnifique Morgan Freeman), mais déjà se préoccuper de l’aujourd’hui et de notre réalité. Travailler sur nos points forts, combattre tous les extrémismes qui tendraient à prendre le pouvoir ou les pouvoirs par ruse ou manipulation façon Koba ou par instinct mafieux comme ce chef de gang de narcotrafiquants coréens… tant de boulot déjà à faire !

Notre qualité d’être humain (ou de singe) est même alors en jeu… comme le soulignera magnifiquement César à Koba : « Singe tue pas singe… mais tu n’es pas un singe ! »

Hum, hum… qui aurait cru que l’on pouvait autant réfléchir après avoir vu ces deux blockbusters ?

 

QUAND LE PROPHÈTE INTERPELLE CANNES

Il y a parfois des moments rares à vivre au Festival de Cannes. Ce soir, ce fut le cas, avec une soirée spéciale présentant en avant première mondiale des portions d’un film d’animation en cours de réalisation… L’adaptation d’un livre pas comme les autres : LE PROPHÈTE.

Le Prophète est un livre du poète libanais Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage. L’amour, le mariage, les enfants, le travail, la joie, la souffrance, la prière, le plaisir, la mort sont ainsi quelques uns des sujets abordés de façon poétique, philosophique et spirituelle.

Quel magnifique matériel donc mais également aussi, naturellement, quel défi pour envisager de mettre en images un tel texte. Salma Hayek s’est jetée dans l’aventure et le choix de le faire sous forme de film d’animation s’est alors imposé. Elle a su s’entourer de quelques uns des maitres en la matière qui ont, eux aussi, été séduit par cette aventure si particulière. Roger Allers (Les rebelles de la forêt), les frères Brizzi (Astérix et la surprise de César), Joann Sfar (Le chat du rabbin), John C. Gratz (Oscarisée en 93 pour Mona Lisa descending a Staircas), Tomm Moore (Brenda et le secret de Kells) Nina Paley (Sita chante le blues), Bill Plymton (Les amants électriques), Michel Socha (Laska) en sont quelques uns, chacun participant dans son style, avec sa couleur propre pour livrer au final un long métrage à la fois uni mais aussi monté un peu comme un film à sketchs (chaque chapitre étant illustré par un artiste et le tout s’unissant au travers d’une seule histoire et dans un style unique).

 

  

 

 

 

 

 

Si, nous n’avons eu l’occasion de ne voir que quelques uns des ces chapitres et des extraits de l’histoire centrale… on est déjà conscient d’être là face à une petite pépite à venir. Un films à part, collant à un ouvrage unique, et conçu avec une constante recherche d’élégance, de beauté et d’émotions.

 

   

 

 

 

 

 

La cerise sur le gâteau fut bien sur en plus de vivre ces moments en compagnie des artistes eux mêmes… les illustrateurs, Gabriel Yared (qui signe magistralement une partie de la Bande originale) et surtout Salma Hayek en personne comme maitresse de cérémonie. A ceux-là ajoutez quelques stars invitées comme Gérard Depardieu et Julie Gayet (pour deux instants de lecture du Prophète), Mika (en tant qu’artiste libanais), Zoé Saldana (amie de Salma) et de nombreuses personnalités tel le ministre de la culture du Liban… et vous avez là les éléments d’une soirée très spéciale au cœur de ce Festival 2014.

Un étonnant moment à Cannes hier soir… à la fois par l’originalité du concept même de ce genre de soirée (présentant un film en cours de réalisation et y mêlant des interventions artistiques et des explications techniques), que par les sujets mêmes abordés où Dieu et la spiritualité sont toujours là présents. Personnellement… des moments comme ceux-là, j’en redemande !