Les envoutés au risque de l’amour passionnel

Les envoutés, c’est le nouveau film de Pascal Bonitzer, librement adapté d’une nouvelle de Henry James, Les Amis des amis. Transposée dans la France contemporaine, entre paris et les Pyrénées, l’histoire met en scène une journaliste intriguée par un phénomène surnaturel : certaines personnes voient leurs proches apparaitre au moment de leur mort.

Pour le “récit du mois”, Coline, pigiste pour un magazine féminin, est envoyée au fin fond des Pyrénées interviewer Simon, un artiste un peu sauvage qui aurait vu lui apparaître le fantôme de sa mère à l’instant de la mort de celle-ci… Interview qu’elle est d’autant plus curieuse de faire que sa voisine la belle Azar prétend, elle, avoir vu le fantôme de son père ! Simon, au cours de la nuit de leur rencontre, tente de séduire Coline, qui lui résiste mais tombe amoureuse…

Alors soyons clair : N’allez surtout pas voir Les envoutés juste pour vous faire peur, en cherchant un bon film d’anticipation. Car les revenants ne sont finalement ici qu’un gentil prétexte pour aller autre part, et pénétrer dans l’inconscient et ses turpitudes. Les Envoutés est en fait surtout un magnifique film d’amour construit à l’antithèse d’une comédie romantique, opposé au feelgood movie traditionnel, et visant à questionner la jalousie comme chemin possible et dangereux vers le délire obsessionnel. Mais mieux vaut ne pas en dire trop et divulgacher bêtement… pour plutôt vous laisser découvrir librement les méandres de cette passion sentimentale et d’une certaine hystérie amoureuse.

Les envoutés c’est aussi et surtout un film d’acteurs avec des interprétations admirables de Sara Giraudeau et de Nicolas Duvauchelle, épaulés adroitement par Anabel Lopez, Nicolas Maury, Iliana Lolic et Josiane Balasko. La présence intense sans exhibitionnisme mais tout en élégance et puissance émotionnelle des deux comédiens apporte une vraie tension charnelle et psychologique.

Une femme livrée corps et âme à l’obsession et à la hantise laissant planer le mystère tout au long de l’histoire, sans que l’on puisse pleinement décider de ce qui s’est réellement passé, où comme le dit Pascal Bonizer : « Là où plus rien n’est certain, où la réalité vacille. » Un scénario volontairement cousu d’ambiguïtés, une ambiance toujours flottante et pleine de sensualité et un duo d’acteurs fascinant. Des ingrédients parfaits pour passer 1h40 bien agréable qui, vous le verrez, se prolongeront après dans une réflexion personnelle indispensable.