NEBRASKA

Imaginez un membre âgé de votre famille vous annoncer qu’il vient de gagner le gros lot à la loterie de son catalogue de VPC favori, et qu’il part donc chercher son lot de l’autre côté du pays. Voilà le pitch de Nebraska, le dernier film d’Alexander Payne, présenté et vu pour moi à Cannes le 23 mai 2013. Et je dois vous avouer, ce fut mon véritable coup de cœur de ce dernier festival. Voici donc le moment, à l’occasion de sa sortie en salles, de vous en dire quelques mots.

Voici l’argument du film : Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain… Sa famille, inquiète de ce qu’elle perçoit comme le début d’une démence sénile, envisage de le placer en maison de retraite, mais un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville en déclin du Nebraska. C’est là que le père est né. Épaulé par son fils, le vieil homme retrace les souvenirs de son enfance.

Je dois vous avouer que, lors des première minutes du film, je suis resté un peu dubitatif… en attente. Je n’avais rien lu sur le film, et je venais donc tout frais, sans à priori quelconque. Et tout commence donc avec la découverte de ce personnage joué par Bruce Dern. Une « gueule »… un papi désagréable et paraissant tout proche d’un début de sénilité. Le temps risquait d’être un peu long pour moi… ça arrive parfois dans les festivals. Mais que nenni  !  Bien au contraire… avec lui commence alors un vrai voyage. Bien réel sur la route en direction du Nebraska, mais aussi, de façon subtile et plein de tendresse, dans la vie de ce personnage, son histoire et dans celle d’une relation père-fils ayant fortement besoin d’être restaurée. Sur cette route en Noir et Blanc, d’autres personnages sont croisés, des histoires du passé remontent à la surface, des ressentiments apparaissent, des choses se règlent, des noeuds se dénouent… la vie passe.

Si le point de départ de l’histoire semble assez peu porteur et si un risque d’approche larmoyante, voire pathos existe forcément avec ce genre de scénario, Alexander Payne ne tombe pas dans le panneau. Il manie avec justesse les astuces du scénario. Il choisit l’élégance du N&B et offre une photo remarquable. Et par-dessus tout, à la tendresse des personnages il y ajoute une bonne dose d’humour du début à la fin, et même dans les moments les plus improbables de l’histoire. L’ensemble forme alors un délicieux objet cinématographique qui ne se tarira pas au fil des années et qui risque même de se bonifier comme un bon vin, j’ose prendre le pari !

Et puis comment ne pas évoquer aussi tout ce qui se joue humainement tout au long de ce road movie, qui devient petit à petit une vraie parabole pour aujourd’hui. J’évoquais la restauration d’une relation père-fils malmenée jusqu’à ce jour. C’est manifestement l’un des grands thèmes de ce film. Et c’est en étant en route ensemble que Woody Grant et son fils cadet vont enfin apprendre à se connaitre et peut-être même à se comprendre. Les apparences sont en effet souvent trompeuses mais le vernis s’est parfois tellement incrusté sur plusieurs couches que ce qui est en-dessous a bien du mal à réapparaitre… surtout si, en plus, les autres autours en rajoutent en vous figeant dans des stéréotypes dégradants… Et puis, faut-il encore profiter des occasions qui se présentent à nous, ces portes qui s’ouvrent soudainement nous permettant de changer l’histoire, c’est ce que David Grant saura faire… seul contre tous les autres et peut-être même contre lui-même. Et enfin, même s’il ne figure pas au générique, il y a aussi un autre « acteur » immuablement présent tout au long de ce récit. C’est le temps… ce temps qui s’écoule inexorablement et qui nous conduit, nous pousse à faire des choix et à subir ou traverser les conséquences qui en découlent. On parle parfois de « feel-good movie »., de façon un peu péjorative… Nebraska aura été pour moi un « feel-very-good movie »… et ça c’est drôlement bien, et ça vaut tout les gros lots du monde !

Un (vieux) père (un peu fêlé)  avait deux fils (et une femme peu engageante). Un jour il voulut prendre la route (vers le Nebraska, coute que coute)… et son fils cadet fit ce chemin avec lui…

PHILOMENA… PHÉNOMÈNE CINÉ

Décidément ce début d’année 2014 me donne de vivre et partager de magnifiques moments de cinéma. Hier, c’était une heure trente

de bonheur avec Philomena, le nouveau film du britannique Stephen Frears, qui nous entraine à la quête d’une vie et, par ce biais,

soulève de nombreuses questions fondamentales mêlant humanité et spiritualité. 

 

Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver. Cinquante ans plus tard, elle brise le silence en avouant cette histoire à sa fille qui décide de contacter Martin Sixmith, journaliste désabusé. Ce dernier la persuade alors de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

 

Le sujet, inspiré d’une histoire vraie qui a défrayé la chronique outre-Manche, est grave. Mais Stephen Frears ne tombe ni dans la réquisition pure et dure d’une église catholique irlandaise porteuse d’une histoire ténébreuse, ni dans un excès de sentimentalisme qui aurait pu apparaître facilement. Justesse et finesse d’une réalisation parfaitement maitrisée ! Avec l’aide de Steve Coogan (acteur, scénariste et humoriste), Stephen Frears réussi brillamment en effet à mixer drôlerie et émotion et nous captive du début à la fin. 

 

Un film, pour moi, touche à une certaine perfection en étant à la fois beau visuellement (et musicalement), en présentant un jeu d’acteurs remarquable (Judi Dench entre autre vraiment exceptionnelle dans le rôle de Philomena), en jouant son rôle de divertissement par un humour savamment dosé (so british !), et en nous donnant à réfléchir. Car oui on ne peut sortir de la salle obscure sans avoir l’impression que des lampes se soient allumées en nous après avoir vu Philomena. Que de sujets d’ailleurs porteurs de cette histoire (presque trop peut-être) ! Ce que je retiendrai avant tout est ce questionnement sur la foi véritable, le sens du péché et la puissance du pardon. Mais il y a aussi la question des secrets, de la gestion de son passé… 

 Je ne m’étalerai pas d’avantage pour vous laisser découvrir tout simplement, pour vous laisser vous immerger dans cette histoire bouleversante qui m’a profondément touché et fait du bien.