DES NOBELS QUI NOUS INTERPELLENT

Blog ArtSpi'in rubrique société 10-2018

Le prix Nobel de la paix attribué doublement au pasteur et gynécoloque congolais Denis Mukwege et à une Yézidie, ex-esclave sexuelle de Daech, Nadia Murad a marqué les esprits. Il faut dire, qu’en plus, certaines rumeurs circulaient laissant entendre des noms possibles pour le prix qui pouvaient laissent extrêmement dubitatif. Avec Denis Mukwege et Nadia Murad, le signe est fort, récompensant deux personnes très impliquées dans la lutte contre les violences faites aux femmes en temps de guerre.

 

Je ne suis pas de ceux qui connaissent personnellement le docteur Mukwege… pas de selfie avec lui (pour le moment J). Mais, en suivant son parcours grâce à plusieurs articles, reportages et surtout le très beau film réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman « L’homme qui répare les femmes », j’ai pu me laisser toucher, interpeller, par son engagement déterminé pour ne pas se débiner de l’enfer qui l’entoure dans l’est de la République Démocratique du Congo. D’y rester, malgré l’éloignement avec les siens, malgré le danger, malgré tout. Là-bas, c’est la guerre entre pays voisins, guerre civile, guerre ethnique. Depuis la fin des années 1990, il a vu crier les armes et tomber les hommes dans cette zone dantesque où les batailles, selon son propre aveu, se passaient sur le corps des femmes. Son objectif, porté par une foi en Jésus-Christ inébranlable : Briser la mécanique du viol, qu’il considère comme « une stratégie de guerre bon marché », et réparer les victimes, ces (morts) vivants.

À ses côtés dans l’attribution du prix Nobel, Nadia Murad, née en 1993 à Kocho, village dans le nord-ouest du Kurdistan irakien, au pied des monts Sinjar. Au printemps 2014, Mossoul, à 130 kilomètres de son village, tombe entre les mains de Daech. Le 3 août de la même année, les pick-up de l’État Islamique pénètrent dans son village. Commence alors un chemin vers l’horreur absolue pour elle et les autres filles… « À un moment, le viol s’est mis à occuper toute ma vie. Cela devient votre quotidien. Vous ne savez pas qui sera le prochain à ouvrir la porte, vous savez seulement que ça arrivera et que ça sera peut-être encore pire le lendemain… » raconte-t-elle. Elle parviendra un jour pourtant à s’enfuir, à Mossoul, comme par « miracle »… Elle, qui avait tant voulu mourir, s’accroche à la vie. Et vivre, c’est fuir. Dans cette ville inconnue, le verrou reste ouvert à la sortie d’un des hommes « de passage »… elle aperçoit une maison qui lui rappelle celles de son village. Elle frappe à la porte. « Que la paix soit dans ton cœur », lui répond l’homme. Il s’appelle Hisham. Il la cachera chez une de ses filles et cela marquera le début de son retour à la vie et d’un nouveau combat. Aujourd’hui, Nadia considère en effet que « Mon histoire […] est l’arme la plus efficace dont je dispose pour lutter contre le terrorisme, et j’ai bien l’intention de m’en servir. »

En cette année 2018 marquée aussi par le souvenir du pasteur Martin Luther King, assassiné il y a 50 ans le 4 août à Memphis, ces histoires, ces parcours de vie prennent sans doute une résonnance particulière. Encore plus, en ce 14 octobre, puisqu’il y a 54 ans précisément aujourd’hui, le révérend King recevait lui-aussi le Nobel de la paix. « Nous avons besoin de nouveaux MLK » entend-on souvent. Mais peut-être les avons-nous autour de nous sans nous en rendre compte… et ils sont plus nombreux qu’on ne le pense. Mais, ces « héros » marqués par le courage, des valeurs humaines, la soif de vivre, et souvent bien sûr par la foi, nous disent aussi que nous pouvons TOUS l’être, le devenir à notre niveau, en fonction de nos capacités, dans nos zones d’influence petites ou grandes, qu’importe… Chacun de nos sourires, chaque main tendue, chaque geste d’amour, chaque parole bienfaisante, chaque engagement pour notre prochain participe à la manifestation de la Bonne Nouvelle dans notre monde.  Plutôt qu’attendre que ne vienne un nouveau Messie… levons-nous et aimons ! Si nous avons peut-être su écrire #JESUISCHARLIE #JESUISPARIS en réaction émotionnelle et touchée par l’abjecte mal… peut-être aussi pourrions-nous, à plus forte raison encore, nous dire et surtout vivre (plus que l’écrire simplement) #JESUISMLK #JESUISMUKWEGE #JESUISMURAD #JESUISENFANTDEDIEU. Et c’est un défi jour après jour qui s’offre à nous.

En ce dimanche 14 octobre 2018, où beaucoup de communautés chrétiennes parleront de justice généreuse au-travers d’un « Culte Michée » (Michée est un mouvement mondial de chrétiens qui demandent à leurs gouvernements de tenir la promesse de diminuer l’extrême pauvreté) et en perspective du 17 octobre, journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, je conclurai ce billet en rappelant ce qui est sans doute à mes yeux l’un des versets les plus simples et les plus engageants, mais aussi une vraie clé de l’existence offerte à l’humain par la Bible… et Dieu lui-même :

« Le Seigneur te fait savoir ce qui est bien. Voici ce qu’il demande à tout être humain : faire ce qui est juste, aimer agir avec bonté et marcher avec son Dieu dans la simplicité. » 

Michée 6.8

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UN JURY PAS COMME LES AUTRES

À l’occasion de ce 68ème Festival de Cannes qui ouvrira ses portes ce mercredi 13 mai 2015, le 42ème Jury œcuménique cannois officiera pour remettre une nouvelle fois des prix à plusieurs films répondant à ses critères artistiques, humains et évangéliques, dans la sélection officielle. 

Étonnant sans doute, pour beaucoup de festivaliers, de découvrir p. 39 du Catalogue officiel du Festival de Cannes, la présentation d’un Jury œcuménique aux côtés du Jury FISPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) et du prix François Chalais. Des chrétiens à Cannes pour remettre des récompenses ? Sans doute une sélection parallèle dont on ne parle pas, qui présenterait des films à caractères religieux ?… Mais, non, à y regarder de plus près, c’est bel et bien des films de la sélection officielle et de la sélection « Un certain regard » qui sont concernés. Et ce n’est pas une nouveauté farfelue, non plus, qu’aurait introduit le nouveau président Pierre Lescure, puisque cette présence date de 1974. Un sacré bout de chemin parcouru déjà et de grands films récompensés, parfois même avec un certain discernement étonnant comme l’année dernière avec le prix attribué à Timbuktu (seule récompense cannoise avec le prix F. Chalais) annonciateur de nombreuses autres récompenses pour ce film, dont ces fameux sept Césars en février 2015.

Alors s’il ne s’agit pas de films à caractère religieux, quelles sont donc les spécificités recherchées par ce Jury pour dégager de la sélection plusieurs longs métrages ?

C’est en fait une combinaison de plusieurs aspects qui sont recherchés :

– de la qualité artistique ben évidemment en premier lieu,

– des valeurs humaines trouvant écho dans l’Évangile telles que par exemple la justice, la dignité, la paix, la réconciliation,

– une capacité à déclencher la réflexion, l’échange, le partage… à donner au spectateur la possibilité de réfléchir ou d’être interpellé,

– de montrer une grande ouverture aux diversités culturelles, sociales ou religieuses.

Finalement, pour reprendre une citation du réalisateur américain Jonathan Demme (Oscar du meilleur réalisateur an 1992 pour « Le Silence des Agneaux »), récompenser des films qui répondent à ces trois fonctions vitales : Primo : divertir. Secundo : faire réfléchir grâce à une fiction qui ne privilégie pas seulement le divertissement. Tertio : être un miroir de l’existence.

Ce sont donc encore six jurés internationaux, venus de France, Canada, Italie et Royaume-Uni, et désignés à part égale par les deux associations organisatrices de ce Jury œcuménique, SIGNIS du côté catholique et Interfilm pour les protestants, qui visionneront à l’occasion de ce 68ème festival de Cannes une quarantaine de films. Son palmarès sera annoncé le samedi 23 mai à 17h dans un salon du Palais des Festivals, à l’occasion d’une cérémonie officielle en compagnie du Jury FIPRESCI.

En parallèle du travail des jurés, il faut aussi noter un certain nombres d’événements proposés par les deux associations SIGNIS et Interfilm, tout au long du festival : Un stand du Jury œcuménique au Marché international du film, plusieurs présentations officielles et cérémonies (sur le stand, dans une rue cannoise, à l’hôtel de ville…), une montée de marches officielle, une célébration œcuménique dans une église de la ville, un culte et une messe « spécial Festival », des mini-conférences sur le stand, l’animation d’un site internet pendant toute la durée du festival (www.juryoecumenique.org) et l’accueil de nombreux invités dont, cette année, le Secrétaire Général de la Fédération Protestante de France Georges Michel qui apportera la prédication le dimanche matin au Temple de l’EPU de Cannes.