Tu mourras à 20 ans… choisir la vie !

Audace, poésie et profonde réflexion existentielle sur la foi, les traditions, la destinée, la vie et la mort avec Tu mourras à 20 ans, qui sort ce mercredi 12 février. Premier long-métrage du soudanais Amjad Abu Alala d’une grande maîtrise technique et artistique qui lui a valu un Lion du futur (meilleur premier film) à la Mostra de Venise, cette fable initiatique nous plonge au cœur d’une malédiction où tout avenir est exclu… une thématique qui ressemble vite à une métaphore puissante bien plus large que la simple histoire racontée, comme un hymne à la liberté.

Soudan, province d’Aljazira, de nos jours. Peu après la naissance de Muzamil, le chef religieux du village prédit qu’il mourra à 20 ans. Le père de Muzamil ne peut pas supporter cette malédiction et quitte le foyer. Sakina élève alors seule son fils, le couvant de toutes ses attentions. Un jour, Muzamil a 19 ans…

Qu’est-ce que cela fait d’être vivant, mais en même temps mort de l’intérieur ? Comment peut-on vivre tout en anticipant la mort, respirer tout en sachant à chaque seconde que la mort est au coin de la rue ? Tu mourras à 20 ans d’Amjad Abu Alala aborde la question du poids de la croyance. C’est un regard sur la foi, ou plutôt sur son dilemme, dans une région particulièrement marquée pour sa dévotion aveugle à tout ce qui est spirituel. La foi nous rend-elle, en quelque sorte, plus vivants et plus attentifs à ce qui nous entoure ? Ou bien nous tire-t-elle en arrière lorsque, au nom de la piété ou de la tradition, nous perdons notre sens de l’aventure, notre volonté d’explorer la vie et l’amour pour donner la priorité aux opinions de la société qui nous entoure, à l’approbation des parents et que nous succombons à la pression de nos pairs ?

Ce sont là quelques-unes des questions très difficiles, et tout aussi complexes, qu’Abou Alala explore dans son premier long métrage. Tout en partageant certaines similitudes thématiques avec un autre premier film arabe remarquable (Le Miracle du saint inconnu d’Alaa Eddine Aljem, dont la première mondiale a eu lieu lors du dernier festival de Cannes dans la Semaine de la Critique), Tu mourras à 20 ans est une œuvre plus dense et plus complexe, filmée avec une photographie lumineuse, une bande-son obsédante et une approche étonnamment poétique qui la rend à la fois extrêmement réfléchie et pleine de fraîcheur candide, même si quelques scènes sont sans doute légèrement trop longues.

Une mère, Sakina (magnifiquement jouée dans une performance presque muette par l’actrice Islam Mubarak), se rend à un rituel religieux dans l’espoir de recevoir la bénédiction d’une des figures religieuses du village pour son fils nouveau-né. Lorsqu’un incident se produit sur place, on pense que le garçon est associé à une malédiction qui ne le fera vivre que jusqu’à l’âge de 20 ans. Incapables de se débarrasser de la malédiction, malgré leur extrême dévotion, la mère et le fils partagent une vie qui s’apparente davantage à la mort puisqu’ils comptent les jours jusqu’à ce que Muzamil atteigne l’âge de 20 ans, et quitte donc ce monde. En anticipant la mort pendant ces années, ils se transforment en morts-vivants dont la maison ressemble à une tombe et dont les cœurs ne font que fonctionner automatiquement. Au fond d’eux-mêmes, ils sont partis depuis longtemps, sans aucune volonté de vivre, sans aucun espoir en vue.

Ce qui rend le film d’autant plus unique et certainement stimulant pour tous ceux qui refusent l’abnégation comme mode d’existence, c’est ce choix de prendre un protagoniste délibérément passif et le placer dans diverses situations qui cimentent encore plus sa réticence à changer un destin qui lui est imposé. Ainsi, lorsque le changement se produit vers la troisième partie du film, dans un final vraiment magnifique, on comprend qu’Abu Alala n’est pas intéressé par un cadre narratif conventionnel où un personnage est soudainement éclairé pour changer de chemin, ni par une catharsis dramatique qui change sa vie. En représentant une soumission extrême à la religion, au destin et aux superstitions, le réalisateur met le spectateur au défi de se connecter avec un tel personnage passif. Pour certains, cela peut être frustrant. Mais la réalité est ainsi et sans doute bien pire encore avec tant de personnes complètement enfermées dans une vie qu’ils n’ont pas choisie, façonnées par des destins scellés. C’est d’ailleurs ce qu’explique Abu Alala : « Le film montre comment une forte croyance peut affecter la vie des gens – et la façon dont cette foi peut être instrumentalisée politiquement. Le gouvernement soudanais d’Omar el-Béchir a utilisé l’Islam pour faire taire le peuple – quand quelqu’un dit « C’est la parole de Dieu », plus personne ne peut parler… Mon film est une invitation à être libre. Rien ni personne ne peut vous dire : voici votre destin, il est écrit quelque part. C’est à vous de décider ce que sera votre vie. »

Pour Muzamil, son réveil arrive tard mais il est d’autant plus crédible qu’il sort enfin de cette prison invisible de superstitions et de croyances imposées. La scène finale, qui hante par sa beauté, sa musique et sa cinématographie, dit tant de choses sur l’état du Soudan en ce moment, d’autant plus que le pays se réveille d’une règle islamique qui a dépouillé des millions de personnes de leur bien le plus important : la vie. Ce n’est pas la pauvreté ni le manque de moyens qui ont fait mourir des millions de Soudanais de l’intérieur, affirme Abu Alala, mais c’est le manque d’action, l’absence de remise en cause du statu quo, l’incapacité ou la réticence de celui-ci à remettre en cause les notions établies et les figures autoritaires de la religion et du pouvoir très respectées. Et la course finale de Muzamil dans le film est une métaphore du geste du peuple soudanais en ce moment-même. Alors nous pouvons en rester, bien sûr, à cette explication et ce contexte politique et religieux du Soudan et de quelques autres pays plus ou moins identiques, mais la force de Tu mourras à 20 ans est aussi, par une lecture plus large encore, de pouvoir interpeller chacun sur son existence, sur son rapport à sa propre vie et à sa relation aux autres.

Un premier long métrage complexe, étonnant et sophistiqué d’Amjad Abu Alala qui est une réalisation majeure pour le cinéma soudanais mais qui sait aussi utiliser un langage universel. Un premier long métrage plein d’assurance qui ressemble déjà à un accomplissement.

 

ET JE CHOISIS DE VIVRE

Ce film documentaire, sorti sur les écrans français ce mercredi 22 mai, raconte le parcours tout à fait émouvant d’une mère après la mort de son fils.

Synopsis : Quand on perd son père ou sa mère on est orpheline, quand on perd son conjoint on est veuve mais quand on perd son enfant, il n’y a plus de mots. À tout juste 30 ans, Amande perd son enfant. Pour se reconstruire, elle entreprend alors un parcours initiatique dans la Drôme, accompagnée de son ami réalisateur, Nans Thomassey. Ensemble, et sous l’œil de la caméra, ils partent à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont, comme Amande, vécu la perte d’un enfant. De cette quête de sens naît Et je choisis de vivre, un film sur le deuil, à la fois sensible, émouvant et rempli d’espoir.

Après le décès de Gaspard, c’est comme un immense vide qui s’ouvre devant Amande, sa mère. Un vide que rien ne semble pouvoir combler. « Quand on perd son père ou sa mère on est orpheline, quand on perd son conjoint on est veuve. Mais quand on perd son enfant, il n’y a plus de mots ». Pour se libérer du désespoir qui les submerge, Amande et Guillaume, son compagnon, s’engagent dans une marche initiatique. Aussitôt, une chaîne d’amitié et de partage se forge avec ceux qui ont éprouvé la même indicible douleur. Pour Amande, naît alors une idée de film qui pourrait être vu par le plus grand nombre afin d’apporter des clés et des témoignages porteurs d’espoir. Elle en parle à son ami d’enfance Nans Thomassey (réalisateur de « Nus et Culottés », une série sur France 5) qui commence alors à écrire un scénario, enthousiasmé par l’idée. Puisque le deuil est un long cheminement, Amande s’embarquera pour une randonnée de plusieurs jours dans les montagnes de la Drôme, où elle vit, et rencontrera à chacune de ses étapes d’autres parents qui ont traversé cette épreuve et sont arrivés à se reconstruire. Une étonnante addition d’expériences singulières, de témoignages vécus, comme autant de sources d’inspiration, de tuteurs de résilience envisageables.

Une opération de financement participatif est organisée qui devient un véritable succès : elle est la 2ème plus grosse levée de fonds en ligne pour un film après celle du film Demain… (plus de 2 000 donateurs). C’est le jeune réalisateur Damien Boyer, qui a déjà réalisé plusieurs documentaires pour la télévision mais aussi participé au prochain film de Yann Arthus-Bertrand, qui prend alors les rênes du projet aux côtés de Nans.

Le résultat est tout à fait unique. Un film sur le deuil d’un enfant, d’une rare sensibilité, extrêmement émouvant mais aussi rempli d’espoir. Et je choisis de vivre n’est pas un film réservé à ceux qui ont connus de près ou de loin cette épreuve mais il s’adresse à tous, tant la force du récit et des images devient universelle et prenant au fond des tripes. Mais, Et je choisis de vivre n’est pas non plus fait de pathos et n’est surtout pas un film triste, déprimant. C’est, à l’inverse, un hymne à la vie, un film qui booste, qui sent bon l’espérance.

Et enfin, il y a aussi les images et la musique qui sont une partie intégrante du message véhiculé par le film. Tourné dans les monts de la Drôme, avec le support très souvent d’un drone, le film nous transporte littéralement et devient parabolique en soutien à ce que parfois Amande, Nans et les différentes personnes rencontrées sur le chemin se disent, ou encore aux silences, aux regards, aux sourires, aux larmes… Pour la bande son, coup de chapeau au talentueux Gregory Tanielian qui a su trouver les sons, les ambiances, les mélodies pour apporter un élément de plus, indispensable, pour faire de Et je choisis de vivreun film pas tout à fait comme les autres.

Pour aller plus loin : https://etjechoisisdevivre.com

 

 

MORT DE RIRE ET DE POÉSIE

Coup de génie intentionnel et artistique du studio Folimage, en collaboration avec l’Agence du court-métrage et Bref, en sortant ce mercredi 31 octobre, à l’occasion de la Toussaint, un exceptionnel programme de six courts-métrages d’animation qui ose avec brio évoquer la mort, l’absence, le deuil et la tristesse. Si « Ta mort en short(s) » est recommandé à partir de 11 ans, la limite d’âge n’est pas précisée et tous sont les bienvenus ! Nous sommes (hélas) tous concernés.

Aborder donc l’un des sujets les plus embarrassants qui soit pour des adultes, cette fameuse question de la mort, si taboue dans nos sociétés occidentales… Choisir d’en parler prioritairement aux grands enfants et ados (mais encore une fois, à tous ceux qui y sont prêts), avec délicatesse et en se permettant d’y mêler humour ou décalage… C’est bel et bien la mission que s’est fixée Folimage avec ces grands « petits films », et en un peu moins d’une heure de projection, en misant sur une vraie diversité d’approches et de designs. Le pari du studio semble être aussi, et avec raison à mon sens, de considérer que les enfants sont en capacité de prendre une certaine distance et d’user de dérision, même face à un sujet grave comme celui-là et que ces films peuvent permettre d’ouvrir à une réflexion, un échange afin notamment de « dédramatiser le drame ». Pour ce faire, en plus du programme, un livret pédagogique est disponible, en téléchargement ici, proposant des pistes de discussion avec le public.

 

Dans cette diversité évoquée de styles et de graphismes, je relèverai évidemment le court qui ouvre le bal… le génialissime Pépé le morse, auréolé du César du meilleur film d’animation 2018 en court-métrage, réalisé par Lucrèce Andreae. Le récit d’une famille divisée qui, sur une plage, vient rendre un dernier hommage au grand-père autour de sa silhouette dessinée par des monticules de mégots, résultats d’innombrables heures passées à bronzer. Une confrontation d’angoisses profondes qui conduira finalement à une communion où chacun pourra laisser jaillir à l’unisson leurs fontaines de larmes, le tout dans une simplicité du trait qui joue un rôle capital dans la restitution du récit.

 

Parlons aussi d’une autre petite pépite aux antipodes de Pépé le morseMon papi s’est caché d’Anne Huynh, aux couleurs et mouvements impressionnistes de pastels gras tout en épaisseur, évoque les souvenir d’un enfant au cœur d’un jardin foisonnant. Il se rappelle là de son grand-père qui lui apprenait les gestes du jardinier. Un récit habilement construit comme une partie de cache-cache, en faisant la part belle aux couleurs de la nature, et riche de métaphores.

 

 

 

 

 

 

 

Dans Ta mort en short(s) on retrouve une adaptation de La petite marchande d’allumettes, une touchante histoire de Mamie pour évoquer tristement mais adroitement la transmission brisée, le lien manquant, ou encore un conte mexicain surprenant, Los Dias de los muertos, sans doute le plus joyeux des six courts métrages, avec des personnages aux couleurs chaudes et porté par de la chanson et des guitares. Mais dernière mention pour l’étonnante farce pleine d’humour noir, Chronique de la poisse, qui collecte des fables cruelles où un homme à tête de poisson fait des bulles qui s’accrochent aux gens qu’ils croisent, leur portant malchance, au point de leur coûter la vie, tel un virus mortel… et gratuit !

 

En résumé,Ta mort en short(s), est un hymne à la transmission, aux souvenirs et à toutes les richesses que nous laissent ceux qui partent. Et si les yeux se régalent… le cœur est aussi largement touché !

TROIS VISAGES

Ce dimanche cannois commençait, pour la presse, avec la projection du nouveau film de l’iranien Jafar Panahi « Trois visages ». Le réalisateur hélas absent du Festival car, toujours et encore, assigné à résidence.

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale. 

Absent mais auréolé de reconnaissance et de prix… Caméra d’or à Cannes pour Le Ballon blanc (1995), Lion d’or à Venise pour Le Cercle (2000), prix Un certain regard à Cannes pour Sang et or (2003), Ours d’argent à Berlin pour Hors Jeu (2006), Ours d’or pour Taxi Téhéran (2015)… Une capacité rare chez lui, et avec des moyens limités voire minimalistes, de filmer les maux de la société iranienne, de jouer avec les différents niveaux de lecture d’un film, tout en utilisant l’humour et une forme d’insolence libérée et malicieuse.

Avec Trois visages, le cinéaste se mets une fois encore en scène et là, dans son propre rôle, conférant ainsi à cette fiction une certaine dimension documentaire, amplifiée par cette figuration de la claustration du metteur en scène, qui navigue depuis ses quatre derniers films entre appartement et voiture. Pour Trois visages, c’est la voiture qui devient le fil conducteur mais utilisée ici pour un voyage dans les régions turcophones et montagneuses du Nord-Ouest iranien.

Une histoire comme une quête de vérité assez loufoque et tragique à la fois… tragique non dans la façon de nous transmettre les choses mais, bien évidemment, dans la situation décrite de cette situation répressive de ce village où faire des études devient un déshonneur, où des actrices deviennent diabolisées par leurs compatriotes et où des superstitions anciennes restent ancrées et vivantes comme celle d’un avenir qui se joue dans le lieu où sera enterré un prépuce…

À noter la place omniprésente de la mort comme le visage premier de l’histoire et ce combat d’une jeune fille qui voudrait, coûte que coûte, vivre sa vie en jouant la mort dans une société tristement passionnée justement par la mort au point, par exemple, pour une vieille dame de tester la tombe dans laquelle elle sera prochainement enterrée…

Si techniquement, Jafar Panahi fait évidemment dans la sobriété, il n’en demeure pas moins que le résultat est là aussi réussi. Quel bonheur, par exemple, que cette sublime scène dans la nuit ou dans le lointain ces femmes dansent à l’intérieur de la maison de la saltimbanque d’une époque révolue… et tout cela vu comme des ombres chinoises au travers d’une fenêtre éclairée. 

Simplicité, beauté, bienveillance, sourires… et de l’émotion avec ces Trois visages qui montrent que le minimalisme peut faire mouche et devenir grand.

SOUVIENS-TOI HEMINGWAY…

Retrouvez la version vidéo sur ma chaîne youtube : ICI

L’Échappée belle, c’est le nom du film, mais aussi le nom, du moins une certaine traduction, donné à un vieux camping-car (The leisure seeker en VO). Pour une fois, l’adaptation française a bien choisi le titre car il résume l’histoire et surtout nous indique une qualité indéniable à cette histoire : la beauté !

 

Les années ont passé, mais l’amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l’hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West afin de visiter la maison d’Hemingway. Ils découvrent alors une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions.

Tout est beau dans l’Échappée belle même ce qui est triste, parfois sale ou considéré habituellement comme plutôt moche. Et ce qui est naturellement beau s’amplifie encore alors. Oui, il y a vraiment du génie chez le réalisateur italien Paolo Virzì, souvent critiqué mais là plus que parfait… génie d’avoir notamment choisi pour ce road movie pas comme les autres, de choisir de rassembler (27 ans après Bethune : The Making of a Hero) deux monstres du cinéma, Helen Mirren et Donald Sutherland, pour les unir pour le meilleur même au cœur du pire. Virzì offre à son couple de séniors une véritable autoroute pour performer… il les observe avec patience et tendresse, il expose leurs failles, souligne leurs angoisses et exalte avec éclat leur humanité.

 

Génie aussi de traiter de sujets graves et difficiles avec une immense délicatesse, ce qu’il faut d’humour et surtout une tant de justesse, sans chercher à édulcorer ou au contraire à y mêler un excès de pathos ennuyeux et malvenu. Il est question ici bien-sûr de vieillesse où la maladie vient apporter son lot de complications. Surtout en particulier quand il s’agit d’accompagner un mari souffrant d’Alzheimer tout en étant soi-même silencieusement malade… la question de la mémoire, des souvenirs et de leur gestion vient s’ajouter dans ce joli scénario inspiré très fortement de la nouvelle éponyme (en version originale) de Michael Zadoorian. Et puis, au cœur de l’histoire de ce couple, de cette famille, l’amour bien évidemment, mais un amour qui est passé aussi par les tracas de la vie, par les vagues et tempêtes du quotidien. Un amour qui à tout moment peut exploser et se perdre ou bien alors résister et vaincre contre tout… même la mort ?!… (On pourrait ici d’ailleurs en profiter pour regarder à nouveau le regard d’Haneke avec son film Amour qui aborde des sujets similaires… autrement… mais lui aussi avec tant de qualités.)

 

Helen Mirren et Donald Sutherland sont aussi bien évidemment la clé de la réussite dans cette Échappée belle. Que dire… peut-être rien de plus… Enfin, si ! C’est qu’ils ne sont pas seuls en scène. Car les différents personnages tout autour d’eux sont comme les détails d’un joli tableau qui permettent au sujet principal de rayonner. Les enfants, la voisine, les bons et les méchants rencontrés sur la route… je pense par exemple à cette serveuse noire écoutant John parler d’Hemingway (comme toujours) et lui sortant soudainement, quand la mémoire défaille à nouveau, qu’il s’agit du Vieil homme et la mer, ajoutant qu’elle avait fait son mémoire sur le sujet… ou bien encore l’attitude et les regards de ces 2 personnes de la maison de retraite qui accueille le couple en crise. Il faut peut-être aussi préciser qu’un certain nombre de scènes sont de purs joyaux d’émotions… mais n’en disons pas trop pour vous laisser le bonheur de les découvrir.

Car… le bonheur est au ciné… cours y vite !