THE ALARM… PLUS FORT QUE LA MORT !

Depuis leur formation en 1977 dans la ville galloise de Rhyl (sous le nom curieux de The Toilets qui deviendra judicieusement en 1981 The Alarm en hommage à leurs « grands frères » U2), The Alarm a vendu six millions d’albums et a réussi à enregistrer 17 singles dans le Top 50 au Royaume-Uni. On retiendra entre autres The Stand, Sixty-Eight Guns, Unsafe Building ou Where Were You Hiding When The Storm Broke. 2018 marque leur grand retour avec la sortie de Equals, un grand album pêchu et combatif qui fait un bien fou.

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En 1991, Mike Peters, Dave Sharp, Eddie MacDonald et Nigel Twist, les membres d’origine, décident de se séparer pour permettre notamment à Mike et Dave de se lancer dans une carrière solo. Re-formation progressive du groupe en 1999, où un projet intitulé The Poppy Fields Bond leur a permis de publier cinq CDs en autant de mois en 2003, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais Mike Peters devra traverser un certain nombre de fortes épreuves dans sa vie. Ayant guéri d’un cancer de la lymphe en 1996, une forme rare de leucémie lui a été diagnostiquée en 2005 et, après une première guérison, il fait une rechute en 2015. Pour ajouter à une situation déjà bien difficile, son épouse Jules, qui joue du piano et fait des chœurs pour le groupe, a ensuite été diagnostiqué d’un cancer du sein peu de temps après. Le groupe cesse alors toute activité pendant leurs traitements. Heureusement, ils sont maintenant en rémission et retrouvent ensemble The Alarm avec ce dernier album Equals, premier album depuis Direct Action en 2010 qui sent le combat, la lutte pour la vie, et la foi en Dieu.

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Avec Two Rivers, premier titre de l’album, on retrouve immédiatement le grain et la passion dans la voix de Mike Peters. Une rythmique percutante comme The Alarm sait si bien le faire, une mélodie riche et l’apport de synthés plus pop même si l’essentiel tourne au son des guitares.

Puis Beautiful arrive dans le plus pur style du groupe. Et dans la mise en perspective de l’histoire personnelle de Mike, cette chanson devient un hymne au courage et à la vie en parlant de résilience, de gratitude coute que coute : “Tout ce que j’avais est parti… mais tout est magnifique ce soir”. Et ce combat pour la vie revient immédiatement derrière avec Coming Backwards où la voix de Billy Duffy de The Cult vient rejoindre celle de Mike avec brio. Puis Transatlantic qui commence en douceur avec une partie très mélodique et une voix plus douce, un piano et toujours une rythmique grandiloquente pour finalement se diriger vers un refrain explosif.

Et les titres s’enchainent, 11 au total, avec par exemple Peace Now qui fait référence à Another Brick in the Wall des Floyd et où l’harmonica se régale façon nostalgique de Sixty-Eight Guns. Une puissante chanson pacifiste interprétée à la Bono… « Pas de guitare dans la machine de guerre, mon ampli va noyer votre discours.Vous appelez aux armes, je ne vais pas acquiescer. Je frappe sur ma batterie au nom de la paix « . Et puis des sons électros s’ajoutent sur plusieurs titres sans faire perdre l’essence rock’n roll du son de The Alarm. Comme dans Thirteen Dead Reindeer avec un gimmick fait d’une boucle synthés rappelant certaines utilisations de Supertramp.

Mention spéciale au 9ème morceau, Cenotaph, qui contient elle-aussi une boucle électronique d’arrière-plan qui ajoute vraiment à cette chanson empreinte de sensualité avec des guitares croustillantes. Mais c’est surtout le texte qui interpelle, qui touche et où Mike confesse avec intensité et émotion : « J’espère et je prie le Dieu d’amour qui est à mes côtés… J’ai de la morphine pour la douleur et une croix blanche pour la tombe, en attendant que le Dieu de paix me sauve… Je me prépare pour la fin et le temps qu’il reste. J’ai fait mon testament. Par le sang, je reviendrai… Je marche avec le Dieu de la grâce à mes côtés… Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre. »

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Enfin l’album se termine en apothéose avecTomorrow, résumant parfaitement bien l’ensemble de l’album : détermination positive et triomphe de l’esprit indomptable du groupe face aux difficultés de la vie ! Whaou…

Maintient cette pensée
Ne la laisse pas filer
Mets de côté toute l’énergie négative
Reste vrai, reste fort
Quoi que tu penses être aujourd’hui
Tu peux l’être demain

N’abandonne pas le combat
Ne pas tout donner
Ne pas reculer
Vivre pour un autre jour
Reste libre, reste en vie !

Garde cette pensée
Il est temps de la libérer
Libérer tout ce qui est énergie positive

 

SOUVIENS-TOI HEMINGWAY…

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L’Échappée belle, c’est le nom du film, mais aussi le nom, du moins une certaine traduction, donné à un vieux camping-car (The leisure seeker en VO). Pour une fois, l’adaptation française a bien choisi le titre car il résume l’histoire et surtout nous indique une qualité indéniable à cette histoire : la beauté !

 

Les années ont passé, mais l’amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l’hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West afin de visiter la maison d’Hemingway. Ils découvrent alors une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions.

Tout est beau dans l’Échappée belle même ce qui est triste, parfois sale ou considéré habituellement comme plutôt moche. Et ce qui est naturellement beau s’amplifie encore alors. Oui, il y a vraiment du génie chez le réalisateur italien Paolo Virzì, souvent critiqué mais là plus que parfait… génie d’avoir notamment choisi pour ce road movie pas comme les autres, de choisir de rassembler (27 ans après Bethune : The Making of a Hero) deux monstres du cinéma, Helen Mirren et Donald Sutherland, pour les unir pour le meilleur même au cœur du pire. Virzì offre à son couple de séniors une véritable autoroute pour performer… il les observe avec patience et tendresse, il expose leurs failles, souligne leurs angoisses et exalte avec éclat leur humanité.

 

Génie aussi de traiter de sujets graves et difficiles avec une immense délicatesse, ce qu’il faut d’humour et surtout une tant de justesse, sans chercher à édulcorer ou au contraire à y mêler un excès de pathos ennuyeux et malvenu. Il est question ici bien-sûr de vieillesse où la maladie vient apporter son lot de complications. Surtout en particulier quand il s’agit d’accompagner un mari souffrant d’Alzheimer tout en étant soi-même silencieusement malade… la question de la mémoire, des souvenirs et de leur gestion vient s’ajouter dans ce joli scénario inspiré très fortement de la nouvelle éponyme (en version originale) de Michael Zadoorian. Et puis, au cœur de l’histoire de ce couple, de cette famille, l’amour bien évidemment, mais un amour qui est passé aussi par les tracas de la vie, par les vagues et tempêtes du quotidien. Un amour qui à tout moment peut exploser et se perdre ou bien alors résister et vaincre contre tout… même la mort ?!… (On pourrait ici d’ailleurs en profiter pour regarder à nouveau le regard d’Haneke avec son film Amour qui aborde des sujets similaires… autrement… mais lui aussi avec tant de qualités.)

 

Helen Mirren et Donald Sutherland sont aussi bien évidemment la clé de la réussite dans cette Échappée belle. Que dire… peut-être rien de plus… Enfin, si ! C’est qu’ils ne sont pas seuls en scène. Car les différents personnages tout autour d’eux sont comme les détails d’un joli tableau qui permettent au sujet principal de rayonner. Les enfants, la voisine, les bons et les méchants rencontrés sur la route… je pense par exemple à cette serveuse noire écoutant John parler d’Hemingway (comme toujours) et lui sortant soudainement, quand la mémoire défaille à nouveau, qu’il s’agit du Vieil homme et la mer, ajoutant qu’elle avait fait son mémoire sur le sujet… ou bien encore l’attitude et les regards de ces 2 personnes de la maison de retraite qui accueille le couple en crise. Il faut peut-être aussi préciser qu’un certain nombre de scènes sont de purs joyaux d’émotions… mais n’en disons pas trop pour vous laisser le bonheur de les découvrir.

Car… le bonheur est au ciné… cours y vite !

 

CHRONIC ÇA FAIT TROP MAL

Durant le Festival de Cannes, parfois on rit, mais parfois aussi on est pris aux trippes et ce sont de émotions difficiles qui se manifestent quand le sujet d’un film et la façon de l’aborder vous transpercent le cœur. Ce fut précisément le cas ce matin avec Michel Franco qui nous présentait sa dernière réalisation « Chronic » avec Tim Roth dans le rôle principal.

« Chronic » raconte l’histoire d’un infirmier qui accompagne à domicile des personnes en phase terminale. C’est le mystère qui l’emporte dans un premier temps où la compréhension du personnage ambiguë joué par Tim Roth se fait progressivement. On avance lentement… au rythme de la souffrance, de l’atrocité de la maladie qui ronge ses patients. On comprend son parcours, ses raisons, ses fêlures et le pourquoi de son engagement.

Michel Franco choisit de nous plonger dans l’horreur de la maladie et de la mort de façon très directe. Images qui dérangent… sans pudeur… un mal qui fait mal aussi au spectateur qui ne s’y attend sans doute pas autant. Tim Roth reste assez neutre dans son jeu. Attitude volontaire pour ne pas interférer semble-t-il avec l’histoire elle-même.

Au final le sentiment est mitigé. Celui de voir une histoire émouvante en étant confronté à ce que nous devons tous affronter un jour ou l’autre, mais de façon trop forcée, où je peux me sentir comme pris en otage d’images et de faits que je n’ai pas choisis. Et puis le comble revient sans nul doute à l’étonnante fin qui ne fonctionne pas et en rajoute une couche supplémentaire qui, honnêtement, n’était pas nécessaire. Dommage…