ILS HURLENT AVEC LES LOUPS

Hurler avec les loups… Cette expression que vous connaissez sans doute, je l’ai utilisée récemment dans un tweet. C’était dans la soirée du 13 octobre dernier lorsque Bob Dylan a été honoré par le prix Nobel de littérature. Dès que l’info a été donnée, une meute d’enragés de bien pensants ont commencé à déverser leurs sarcasmes, leur fiel et autre gentillesses du genre, tant sur Dylan d’ailleurs que sur les membres de l’Académie.

Pour une surprise, oui, c’en fut une ÉNORME même, et aussi pour moi d’ailleurs. Aucun bookmaker, même les plus avisés ou les plus farfelus, n’auraient misé un copek sur monsieur Robert Allen Zimmerman, né le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota… auteur-compositeur-interprète, musicien, peintre, poète… l’une des figures majeures de la musique populaire… voilà… Bob Dylan, whatelse ?

Donc sérieusement, il est clair que cette récompense a totalement étonné le monde littéraire, les journalistes et autres communicants. C’est normal. MAIS, et c’est là où je veux en venir, quel irrespect de s’acharner alors de la sorte. D’abord parce que, pour une fois, on a osé sortir des sentiers battus. Il y a une vraie démarche extrêmement forte. Donner ce prix à un artiste populaire, chanteur de surcroit, est un vrai symbole. Ensuite parce que le Nobel, on ne l’a pas donné à Matt Pokora (désolé Matt) ou au scribouillard d’une des téléréalités de NRJ12. C’est Dylan ! Alors, j’imagine que beaucoup des loups qui ont hurlé et même qui hurlent encore (oui parfois ça dure ce genre de maladie), ces gens là n’ont pas du écouter ou lire beaucoup de ses textes.  Je ne vais pas faire la liste des plus belles chansons de l’artiste parce qu’en fait, j’aimerai aller un peu plus loin sur le sujet.

Revenons donc à ce jour d’annonce du Nobel. À peine l’info transmise, quelques figures bien pensantes, ont commencé à réagir, en se défendant bien sûr d’aimer Dylan chanteur (faudrait pas croire). C’est vrai que pour certains, je les imagine bien en train d’écouter Jokerman ou I want you en train d’écrire leurs papiers, non mais…

Alors quelques élites réagissent et derrière… la meute arrive… et on hurle avec les loups, parce que c’est bien de le faire, parce que c’est bien de faire comme tout le monde, de repérer d’où vient le vent et d’aller dans le même sens. Cette pratique est on ne peut plus classique. Elle se décline dans bien des domaines. Moi qui suis bien présent sur les réseaux sociaux, je peux vous garantir que l’on a trouvé là une plateforme on ne plus propice pour cela. C’est effrayant ! 

Il faut savoir que ça marche par secteur, catégorie. Tout est finalement assez bien organisé. En fonction des sujets, le feu prend dans tel milieu et se répand méchamment (oui, là, j’ai pas pu dire gentiment). Vous prenez une question éthique par exemple. Vous l’abordez sous un angle « bien favorable » et vous pouvez être certain que ça va hurler à mort dans des milieux que nous connaissons bien. Non parce que cela a du sens, mais juste parce qu’on fait comme tout le monde et que ça semble une évidence de le faire, sans même vérifier l’info, essayer de comprendre les tensions qui peuvent exister, les nuances à émettre, etc. Je réalise qu’en disant cela que je risque de devenir, peut-être, le Dylan de Phare FM… je prends des risques là. 

D’ailleurs ce genre de posture on la retrouve aussi parfois avec l’utilisation des textes bibliques et même pire encore, parfois juste avec un verset qu’on sort comme ça sans même considérer le contexte, ou considérer d’autres points de vue tout autant bibliques. Et tout ça ÉVIDEMMENT avec une assurance et une arrogance complètement hallucinantes.

Prenons un autre exemple : J’ai eu le bonheur personnellement de connaître et même participer à l’aventure des débuts du rock dans les milieux protestants en France, avec le groupe Image devenu Nouvelle Adresse, puis Label 7, entre autre (mais il y avait déjà eu avant des pionniers encore plus précoces). Et bien soudain un père Canadien, dans le milieu des années 80, sort toute une théorie autours des messages subliminaux soit disant présents dans ce genre de musique (les quinquas et + s’en souviendront surement) et alors, sans tweeter ni facebook pourtant, le rock était devenu l’instrument du diable ! Le même rock qui aujourd’hui est le support à la louange de la plupart des Églises évangéliques (notamment mais pas que). Et quand je dis le même rock, celui d’aujourd’hui est bien plus énergique que celui que nous faisions à l’époque. No comment…

Comme dirait Dylan, les temps changent… enfin dans certains domaines, mais de fâcheuses habitudes hélas demeurent. Et n’oublions pas, enfin, que nager à contre courant peut parfois être salutaire, alors que les moutons d’un certain Panurge ont fini noyé, sans même savoir nager. 

 

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

Mon « Grain2poivre » du jeudi 13 octobre, pour le « Positif Morning » de Phare FM, dont vous pouvez retrouver le podcast en fin d’article.

Sympathy for the devil, un titre qui fait référence explicitement au tube des Stones, qui par ailleurs vont sortir début décembre un nouvel album de blues. Une chanson très intéressante à analyser si on se penche un peu sur le texte. Lucifer qui se dévoile et élargit son champs d’action en évoquant des fais divers d’hier et d’aujourd’hui… et qui nous propose de le traiter avec courtoisie, compassion et bon goût. Voilà, tout est dit ! Quel bon sujet de bac philo ou même excellent support pour une prédication en église ou/et avec des jeunes… et des moins jeunes d’ailleurs, vu l’âge du morceau et, parce que finalement on est tous concernés. Mais ça y est, je m’égare… Ce n’est pas le sujet du jour. Enfin, pas totalement…

Une forme donc de sympathie qui peut naitre pour le diable, ou pour le mal plus symboliquement. C’est un constat que je refaisais encore tout dernièrement. L’actualité récente, en effet, a été marquée par ce terrible ouragan qui a ravagé toute une région du globe et Haïti en particulier, vues les conditions de vie déjà tellement précaires sur cette île, déjà tellement secouée depuis un certain temps. Et comme toujours, dans ces cas là, ce sont les pauvres qui trinquent d’abord, n’ayant pas les moyens « solides » de résister. Et le peu que l’on a… on le perd… et surtout on perd aussi la vie.

Pour l’anecdote, un ami m’envoyait, en début de semaine, une photo satellite de l’ouragan prise par la NASA et tout ça ressemble horriblement à un visage diabolique. Bon, quoi qu’il en soit, le résultat de son passage, c’est l’horreur ! Et bien l’horreur absolue s’appelle Matthew !

Matthew, un prénom plutôt sympathique pourtant. Et c’est même le nom d’un évangéliste bien connu qui a donné son nom à une portion de la Bible, comme quoi… Pour information, la première tempête tropicale à avoir été baptisée l’a été en Australie, au début du 20 siècle, par un météorologue qui l’a affublée du nom d’un politicien qu’il n’aimait pas. Il y avait une certaine logique. Mais il n’y avait alors aucune règle spécifique édictée. Je ne referai pas l’historique de tout ça… pas le temps… mais en tout cas aujourd’hui c’est la pratique, très organisée d’ailleurs, consistant à leur donner un prénom. Pour la petite histoire, jusqu’en 1979, seuls des prénoms féminins étaient choisis ce qui a copieusement agacé les ligues de féministes aux Etats-Unis… et donc maintenant on alterne entre masculin et féminin. On garde ainsi tristement en mémoire Flora, Gilbert, Hugo, Andrew, Katrina, Rita et désormais Matthew.

Tout ça nous révèle un peu plus que l’homme a une grande facilité à rendre plutôt sympathique ce qui ne devrait JAMAIS l’être. Un prénom, ça rend les choses moins dures… en apparence. Mais c’est un constat qui peut se faire un peu partout dans notre société. La télévision ou le cinéma rendent aussi les méchants souvent très cools. Moi j’ai aimé Dexter, le tueur en série, je l’avoue… Et si on commençait à parler de cette question en la mettant en lien avec la politique, mon Grain de poivre n’en finirait plus. 

Plus sérieusement, combien avons nous besoin de savoir prendre un peu de recul avec ces fâcheux fonctionnement, qui, reconnaissons-le, ont un vrai côté pervers… et puis surtout raison garder. C’est peut être avec ces « petites choses » du quotidien qu’une habitude bien plus dangereuse naît dans nos raisonnement et notre façon de vivre. Une sorte d’accoutumance toute doucereuse comme la grenouille bien vivante que l’on met à cuire dans une eau fraiche et que  l’on chauffe doucement. Et je ne me ferai pas le juge de cela car je suis le premier aussi à me faire pigeonner bien souvent.

Donc finalement… no sympathy for the devil.

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