Aux oubliés…

À 82 ans, Ken Loach conserve tout son talent pour réaliser des drames déchirants, compassionnels et très actuels, déterminé à révéler les abus, les exploitations et les humiliations qui sévissent sur le marché du travail britannique contemporain pour ceux qui luttent pour survivre… Sorry we missed you, qui sort ce mercredi 23 octobre, est un autre film de Loach sur des gens simples qui essaient de faire de leur mieux pour s’en sortir, mais qui sont vaincus par un système oppressant et souvent dépourvu de la moindre humanité.

Synopsis : Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

C’est un sentiment d’inquiétude et un climat sombre qui s’installent dès la première scène. On le comprend très vite, Ken Loach continue avec son dernier film de mettre l’accent sur la déshumanisation systématique de ceux qui luttent pour survivre dans le broyeur du capitalisme. Le film suit Ricky (Kris Hitchen), un battant qui malgré les galères n’a jamais été au chômage.  C’est un Mancunien, supporter de United, vivant à Newcastle.  Son épouse Abby (Debbie Honeywood) a un contrat d’aide à domicile pour des personnes âgées ou handicapées. Ricky et Abby ont deux enfants, un garçon quelque peu rebelle de 15 ans (Rhys Stone) qui exprime son angoisse envers la société à travers ses graffitis, et une petite fille de 11 ans (Katie Proctor), intelligente et précoce, mais terriblement traumatisée par ce qui arrive à sa famille. C’est une famille à la base très unie, mais profondément endettés. Pour continuer à travailler, Ricky accepte un job de chauffeur de fourgonnette pour des livraisons de colis. Sombre mais nécessaire plaisir du scénariste dans la scène d’embauche, l’utilisation d’un langage extrêmement manipulateur de l’employeur. Il travaille « avec » eux, pas « pour » eux. Il ne touche pas de salaire, mais perçoit des honoraires. Il est son propre patron – mais il n’a aucun droit et aucun contrôle sur ses heures. Puis d’ajouter que son scanner à main est l’objet le plus précieux de sa vie !… Il permet aux clients de suivre leurs colis mais surtout à ses patrons de garder un œil sur lui… Ricky est l’un de ces personnages que l’on retrouve dans de nombreux films de Loach : simple, bienveillant, résilient et immédiatement sympathique.

Sorry We Missed You nous ramène au même Newcastle moderne de Moi, Daniel Blake. C’est le même monde mais avec une histoire différente. Il y a aussi quelques aspects spécifiques qui montrent que les films dialoguent entre eux avec, notamment, une scène clé dans laquelle un personnage principal est poussé à un point de rupture déshumanisant en public. Ce qui est différent, c’est sans doute le détail avec lequel Loach et ses collaborateurs examinent les effets du travail et de la société sur la famille nucléaire. La tragédie du film est qu’aucune quantité d’amour et de bonne volonté ne peuvent nous sauver quand les cartes sont si horriblement empilées contre nous. Le cinéaste se fixe ainsi sur ce monde du travail qui écrase le couple de l’histoire et les pousse toujours plus vers la rupture. Il nous montre à quel point les choses sont précaires pour une telle famille. Il suffit de très peu pour les pousser vers la crise. Abby doit vendre sa voiture pour que Ricky puisse payer la caution de sa camionnette. Cela implique qu’elle devra faire les visites à ses patients en autobus – et qu’elle aura donc moins de temps à passer avec son fils adolescent, qui a des problèmes à l’école. Le mari et la femme finissent par travailler 14 heures par jour, six jours par semaine. À mesure qu’ils deviennent de plus en plus fatigués, ils prennent de mauvaises décisions…  L’harmonie familiale commence à s’effilocher. Son patron, Moloney, qui aime se vanter d’être le « saint patron des salauds », n’a aucune empathie si l’un des conducteurs est confronté à une difficulté quel qu’elle soit.  Tout ce qui compte, c’est d’atteindre les objectifs ! Dans ces sombres conditions, un accident et un peu de malchance suffisent… et la spirale destructrice est amorcée.

Dans toute la filmographie de Loach, la question de la dignité et de son rapport avec l’exploitation institutionnelle est une sorte de battement de tambour continu. Bien que Sorry We Missed You s’articule autour des traumatismes professionnels de Ricky et de la tentative désespérée d’Abbie de maintenir la famille sur la bonne voie, c’est peut-être la profonde empathie de Loach pour ses enfants en difficulté qui laisse la marque la plus indélébile. Nés dans un système qu’ils savent travailler contre eux, ils ont encore moins de pouvoir que leurs parents pour faire une différence. Bien que la détresse de Seb et de Liza se manifeste de différentes manières, Loach ne les juge jamais et ne les condamne jamais. Ce sont plutôt d’autres victimes dans une société au bord de l’effondrement, des dommages collatéraux dans un monde qui tourne très, très mal.

Comme dans les grands films néoréalistes italiens, Loach fait passer les problèmes quotidiens de ses personnages pour des drames épiques. Sorry We Missed You capture ainsi brillamment l’aliénation et l’angoisse existentielle que ressentent ses personnages principaux. Ils ne peuvent finalement rien faire pour simplement s’aider eux-mêmes. Plus ils se battent pour changer leur situation, plus cette situation s’aggrave. Le sujet est peut-être sinistre, mais le récit est tout à fait captivant. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’être touchés par les efforts héroïques de Ricky pour acheminer les colis à leurs destinataires. L’explication vient sans doute du fait que Ken Loach est fabuleusement délicat et perspicace dans sa façon de décrire les relations familiales. Il y a ici des moments fugaces d’humour et de lyrisme, des disputes inévitables mais des moments intenses de tendresse simple et tellement riche à la fois. Le réalisateur britannique a cette immense qualité d’aimer ses personnages. Il se soucie profondément d’eux et fait en sorte que le public le suive dans cette démarche. Ce qu’il ne fera pas cependant, mais avec raison, c’est de bâcler le final avec une « happy end » à la sauce hollywoodienne pour soulager les spectateurs. C’est donc le réalisme qui l’emporte… jusqu’à sa conclusion logique, terminant le film d’une manière à la fois ingénieuse et dévastatrice. Mais je n’en dirai pas plus.

Enfin, il y a tout simplement ce titre, Sorry We Missed You (désolé, nous vous avons manqué). Il s’agit bien sûr de ce message pseudo-amical que les entreprises de livraison de colis laissent sur le pas de la porte quand vous n’étiez (soi-disant) pas présent. Mais ici l’expression va évidemment bien plus loin, comme une excuse attendue depuis longtemps à toute une classe démographique si souvent négligée, ignorée et avalée par un système visant à les dévaluer. Un Ken Loach qui regarde sur le côté, vers les petites-gens, les oubliés, avec cette même question qu’il pose depuis plus de 50 ans : la vie doit-elle vraiment ressembler à ça ?

Sorry We Missed You est donc encore un grand Ken Loach ! Un film maîtrisé, puissant et pétri d’humanité.

 

SORRY WE MISSED YOU

Ken Loach a peut-être remporté la Palme d’or à Cannes pour « Le vent se lève » (2006) et « Moi, Daniel Blake » (2016), mais il n’est pas à l’abri d’une troisième avec son nouveau long métrage. Le réalisateur de 82 ans conserve tout son talent pour réaliser des drames déchirants et très actuels qui exposent les aspects les plus sinistres de la société britannique contemporaine. « Sorry we missed you » est un autre film de Loach sur des gens simples qui essaient de faire de leur mieux pour s’en sortir, mais qui sont vaincus par un système oppressant et souvent dépourvu de la moindre humanité…

Synopsis : Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

L’équipe du film – © Daniel Beguin

« Ça ne va pas bien se terminer », ressassait Adam Driver dans The Dead Don’t Die, le Jim Jarmusch qui a ouvert le Festival mardi dernier. Et c’est ce même sentiment qui s’installe dès la première scène de Sorry We Missed You de Ken Loach.

Ricky (Kris Hitchen) est un battant qui malgré les galères n’a jamais été au chômage.  C’est un Mancunien, supporter de United, vivant à Newcastle.  Son épouse Abby (Debbie Honeywood) a un contrat d’aide à domicile pour des personnes âgées ou handicapées. Ricky et Abby ont deux enfants, un garçon quelque peu rebelle de 15 ans (Rhys Stone) qui exprime son angoisse envers la société à travers ses graffitis, et une petite fille de 11 ans (Katie Proctor), intelligente et précoce, mais terriblement traumatisée par ce qui arrive à sa famille. C’est une famille à la base très unie, mais profondément endettés. Pour continuer à travailler, Ricky accepte un job de chauffeur de fourgonnette pour des livraisons de colis. Sombre mais nécessaire plaisir du scénariste, dans la scène d’embauche, de détailler le langage déformé et manipulateur qu’utilise son employeur. Il travaille « avec » eux, pas « pour » eux. Il ne touche pas de salaire, mais perçoit des honoraires. Il est son propre patron – mais il n’a aucun droit et aucun contrôle sur ses heures. Puis d’ajouter que son scanner à main est l’objet le plus précieux de sa vie !… Il permet aux clients de suivre leurs colis mais surtout à ses patrons de garder un œil sur lui…

Ricky est l’un de ces personnages que l’on retrouve dans de nombreux films de Loach : simple, bienveillant, résilient et immédiatement sympathique. 

Sorry We Missed You nous montre à quel point les choses sont précaires pour une telle famille. Il suffit de très peu pour les pousser vers la crise. Abby doit vendre sa voiture pour que Ricky puisse payer la caution de sa camionnette. Cela implique qu’elle devra faire les visite à ses patients en autobus – et qu’elle aura donc moins de temps à passer avec son fils adolescent, qui a des problèmes à l’école. Le mari et la femme finissent par travailler 14 heures par jour, six jours par semaine. À mesure qu’ils deviennent de plus en plus fatigués, ils prennent de mauvaises décisions…  L’harmonie familiale commence à s’effilocher. Son patron, Moloney, qui aime se vanter d’être le « saint patron des salauds », n’a aucune empathie si l’un des conducteurs est confronté à une difficulté quel qu’elle soit.  Tout ce qui compte, c’est d’atteindre les objectifs ! Dans ces sombres conditions, un accident et un peu de malchance suffisent… et la spirale destructrice est amorcée.

Comme dans les grands films néoréalistes italiens, Loach fait passer les problèmes quotidiens de ses personnages pour des drames épiques. Sorry We Missed You capture ainsi brillamment l’aliénation et l’angoisse existentielle que ressentent ses personnages principaux. Ils ne peuvent finalement rien faire pour simplement s’aider eux-mêmes. Plus ils se battent pour changer leur situation, plus cette situation s’aggrave. Le sujet est peut-être sinistre, mais le récit est tout à fait captivant. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’être touchés par les efforts héroïques de Ricky pour acheminer les colis à leurs destinataires. S’il traîne ne serait-ce qu’un instant, le « pistolet » émettra un bip pour lui rappeler que l’échéance approche. Sans compter que les clients ne montrent souvent aucune sympathie pour les chauffeurs et n’essaient même pas de penser aux conditions dans lesquelles ils travaillent. Tout ce qu’ils veulent, ce sont leurs paquets !

Et puis, Ken Loach est fabuleusement délicat et perspicace dans sa façon de décrire les relations familiales. Il y a ici des moments fugaces d’humour et de lyrisme, des disputes inévitables mais des moments intenses de tendresse simple et tellement riche à la fois. Le réalisateur britannique se soucie profondément de ses personnages et fait en sorte que le public le suive dans cette démarche. Ce qu’il ne fera pas, cependant (mais avec raison à mon goût), c’est de bâcler le final avec une « happy end » à la sauce hollywoodienne pour soulager les spectateurs. C’est donc le réalisme qui l’emporte… jusqu’à sa conclusion logique, terminant le film d’une manière à la fois ingénieuse et dévastatrice. Mais je n’en dirai pas plus…

Sorry We Missed You est un grand Ken Loach ! Un film maîtrisé, puissant et pétri d’humanisté.

MOI, DANIEL BLAKE OU LE CRI DE COLERE DE KEN LOACH

Après Jimmy’s Hall, le maître britannique Ken Loach revient à ce qu’il fait de mieux : dénoncer la misère sociale et ce qui la provoque. Ici l’inefficacité volontaire de l’administration que le réalisateur voit comme une arme politique.

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Rachel, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Rachel vont tenter de s’entraider.

Moi, Daniel Blake a secoué la croisette lors du dernier Festival de Cannes. Il en est même revenu couronné de la palme d’or, mais aussi d’une mention donnée par le Jury œcuménique. Ken Loach devait prendre sa retraite, au lieu de ça il continue en travaillant sur ce qui lui colle à la peau. Il y a véritablement du génie chez lui dans sa capacité à être juste en parlant de sujets difficiles. Il ne tombe pas dans le pathos, la caricature mais sait décrire avec finesse les situations et, plus encore, l’humain. Oui, car ce qui ressort une fois de plus avec éclat de tout ça est l’amour de Ken Loach pour l’être humain, pour l’homme, le citoyen comme le rappelle avec une puissance incroyable le final de Moi, Daniel Blake.

Cette histoire, qui se déroule à Newcastle, commence de façon assez classique pour le réalisateur, nous laissant découvrir un personnage typique de son univers, à l’accent du nord bien prononcé (comment ne pas vous encourager à voir le film en VO ST à défaut de passer à côté d’un environnement spécifique des personnages de Loach). On entre dans sa réalité, dans le cercle infernal qui est en train de se mettre en place socialement suite à une crise cardiaque qui l’oblige à ne plus travailler pour un temps. Face à la folie de l’administration, l’entraide et l’amitié vont surgir, se mêler, se donner et se rendre. Les personnages sont extrêmement attachants du plus jeune au plus âgé et on ne voit pas le temps passer. Plusieurs scènes en particulier nous clouent au fauteuil. Le silence dans la salle est palpable et nous fait entendre quelques reniflements pour chercher à contenir les larmes qui viennent facilement. À noter la qualité du scénario signé Paul Laverty, toujours fidèle au poste aux côtés de Loach, qui est d’une efficacité redoutable même dans les moments les plus évidents.

Au final donc, c’est un film magistral qui nous est offert où la beauté artistique se dévoile autrement, sous la forme d’un cri de colère contre une société où, pour paraphraser une formule biblique, à celui qui n’a pas on ôte encore pourtant ce qu’il a. Un constat qui n’est pas nouveau mais, comme le rappelle le cinéaste britannique, qu’on ne doit jamais admettre comme immuable.  Plus encore, une réalité qui ne doit jamais nous conduire à être blasé. Alors au moins juste pour ces deux raisons, Moi, Daniel Blake est le film à ne pas manquer cette semaine.

LUI, KEN LOACH… POUR LE MEILLEUR

Un uppercut d’humanité vient d’être donné sur la croisette. Le maître britannique Ken Loach revient, après Jimmy’s Hall, à ce qu’il fait de mieux : dénoncer la misère sociale et, en particulier, ce qui la provoque. Ici, l’inefficacité volontaire de l’administration, que le réalisateur voit comme une arme politique.

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Rachel, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Rachel vont tenter de s’entraider.

Secoués, émus… les synonymes pourraient s’ajouter les uns aux autres pour décrire l’état dans lequel Moi, Daniel Blake nous laisse quand le générique de fin commence à défiler. Ken Loach vient, une fois de plus, marquer le Festival de Cannes de son empreinte et s’annonce comme un lauréat potentiel à la palme d’or et (ou) à d’autres récompenses. Il y a véritablement du génie chez lui dans sa capacité à être juste en parlant de sujets difficiles. Il ne tombe pas dans le pathos, la caricature mais sait décrire avec finesse les situations et, plus encore, l’humain. Oui, car ce qui ressort une fois de plus avec éclat de tout ça est l’amour de Ken Loach pour l’être humain, pour l’homme, le citoyen comme le rappelle avec une puissance incroyable le final de Moi, Daniel Blake.

Cette histoire, qui se déroule à Newcastle, commence de façon assez classique pour le réalisateur, nous laissant découvrir un personnage typique de son univers, à l’accent du nord bien prononcé. On entre dans sa réalité, dans le cercle infernal qui est en train de se mettre en place socialement suite à une crise cardiaque qui l’oblige à ne plus travailler pour un temps. Face à la folie de l’administration, l’entraide et l’amitié vont surgir, se mêler, se donner et se rendre. Les personnages sont extrêmement attachants du plus jeune au plus âgé et on ne voit pas le temps passer. Plusieurs scènes en particulier nous clouent au fauteuil. Le silence dans la salle est palpable et nous fait entendre quelques reniflements pour chercher à contenir les larmes qui viennent facilement. Le scénario de Paul Laverty,  toujours fidèle au poste au côté de Loach, est d’une efficacité redoutable, même dans les moments les plus évidents.  

L’année dernière, La loi du Marché avait ému Cannes et offert à Vincent Lindon le prix d’interprétation. Le niveau monte d’un cran avec Moi, Daniel Blake et j’ose espérer que le palmarès, dans dix jours, l’honorera comme il se doit… même si nous ne sommes encore qu’au premier jour véritable de compétition.

 

UN AUTRE REGARD SUR LE FESTIVAL DE CANNES

Du 11 au 22 mai, le monde de la culture tournera ses regards vers le sud de la France, et plus précisément Cannes et son 69ème festival du cinéma. Depuis 1974, SIGNIS & INTERFILM, deux associations respectivement catholique et protestante, y organisent le  Jury œcuménique, comme dans de nombreux festivals du monde entier, tels que Berlin, Locarno, Montréal, Karlovy Vary, Mannheim, Fribourg…

Invité par le Festival, comme le Jury officiel et celui de la Presse, le Jury œcuménique remettra un prix à un film de la compétition officielle, le samedi 21 mai à 17h, dans le magnifique salon des ambassadeurs du Palais des festivals. D’autres récompenses, sous forme de mentions pourront être aussi données à des films de la compétition officielle, comme aussi de l’excellente sélection « Un certain regard ».

Chaque année, les six jurés internationaux sont renouvelés et choisis en fonction de leurs compétences en matière de cinéma mais aussi de leur appartenance à l’une des Églises chrétiennes et leur ouverture au dialogue interreligieux. Le 43ème Jury œcuménique aura la particularité d’être exceptionnellement très féminin, avec un seul homme au milieu de cinq femmes, ce qui ne manquera pas, sans nul doute, d’apporter un caractère singulier et agréable aux choix qui seront faits. Sa présidence est confiée à la française Cindy Mollaret, qui sera entourée de sa compatriote Nicole Vercueil, et venant du Canada Karin Achtelstetter, des États-Unis Gabriella Lettini, des Philippines Teresa Tunay, et de Côte d’Ivoire, l’homme en question, Ernest Kouakou.

Le Jury œcuménique n’est pas tout à fait comme les autres jurys. Il propose naturellement un regard particulier sur les films. Il distingue des œuvres de qualité artistique qui sont des témoignages sur ce que le cinéma peut révéler de la profondeur de l’homme et de la complexité du monde. Les valeurs de l’Évangile, la dimension spirituelle de notre existence sont des facteurs qui interviennent dans ses critères. Un bel équilibre recherché entre art et sens, maîtrise technique et attention particulière aux questions qui relèvent de la responsabilité chrétienne dans la société contemporaine.

Et puis, le Jury œcuménique à Cannes, c’est aussi toute une organisation, des bénévoles et de nombreux événements autours de son action. Un stand sur le marché international du film dans le Palais des festivals, un site internet « bouillonnant » tout au long des jours de festival, différents moments officiels (rencontre à l’hôtel de ville, dans des événements organisés par des pavillons internationaux, avec la presse, les autorités civiles…) plusieurs célébrations religieuses (messe, culte, célébration œcuménique), une montée des marches officielle avec de nombreux invités, une grosse équipe de cinéphiles qui écrit des fiches sur les films présentés dans le festival. Beaucoup de vitalité et d’enthousiasme qui donnent aussi un caractère particulièrement sympathique à cette organisation.

Enfin, comment ne pas évoquer également cette 69ème édition du Festival. Une sélection qui s’annonce d’ailleurs très intéressante pour le Jury œcuménique avec des thématiques fortes dans de nombreux films et des réalisateurs ayant l’habitude de traiter des sujets de société répondant aisément aux questionnements énoncés précédemment : Asghar Farhadi, les frères Dardenne, Xavier Dolan, Ken Loach, Jim Jarmush, Jeff Nichols, Sean Penn… pour n’en citer que quelques-uns. Également un jury officiel hyper compétent et chic, qui sera mené par le grand Georges Miller, avec autour de lui  Arnaud Desplechin, Kirsten Dunst, Valeria Golino, Mads Mikkelsen, George Miller, László Nemes, Vanessa Paradis, Katayoon Shahabi, et Donald Sutherland.

Une quinzaine cannoise qui s’annonce donc sous les meilleurs auspices et pendant laquelle je vous invite à me suivre sur ce blog avec des articles journaliers.