DUNKERQUE… I WILL SURVIVE

Quoi de mieux qu’une plage pour un film qui sort en plein mois de juillet… mais cette plage-là est d’un tout autre calibre. On s’en échappe ou on y crève ! Dunkerque, c’est pas le club Med chez Christopher Nolan, mais l’occasion pour lui d’utiliser cette histoire d’évacuation des troupes britanniques et françaises piégées par l’ennemi afin de travailler sur ses thèmes fétiches et aboutir à une œuvre magistrale.

 

La jetée, une semaine

La mer, un jour

Le ciel, une heure

Après une introduction qui nous plante le décor d’un combat où l’ennemi est invisible mais tout-puissant et des soldats qui sont pris comme des rats cherchant à s’échapper pour survivre, Christopher Nolan nous fait entrer véritablement dans le film avec ces trois positionnements géographiques et temporels. Dans ces trois décors se jouent alors de multiples histoires qui se font écho, qui se croisent, qui s’entremêlent tout en ne se déroulant pas dans la même échelle de temps. Dis ainsi, on pourrait s’inquiéter qu’une certaine complexité apparaisse mais c’est au contraire un élément de force qui apporte un rythme étonnant et qui ajoute à l’histoire en amplifiant cette thématique de la survie qui éclate extraordinairement tout au long du récit.

Christopher Nolan touche au génie dans sa réalisation et ses choix scénaristiques. Pour faire un film de guerre (du moins racontant un épisode d’un guerre), il choisit de ne pas parler du conflit mais de suivre des itinéraires… qui vont d’ailleurs en sens contraires pour une même alternative : s’enfuir et vivre. Alors il y a ceux bien sûr qui veulent quitter la plage par tous les moyens possibles et mais aussi d’autres qui veulent la rejoindre pour les aider ou les transporter. Et qui dit guerre induit aussi camps adverses, et là aussi il y a cet ennemi qui est forcément présent. Présent mais pourtant toujours invisible. Les Allemands n’existent que par leurs balles, par leurs avions mais sans même apercevoir leurs pilotes et donc par une présence quasi fantomatique, tels des rôdeurs dont les ombres entourent la plage. Et le spectateur se retrouve au cœur de l’histoire, lui aussi dans cette impression d’être chassé, de suffoquer que l’eau monte ou que le cockpit de l’avion ne s’ouvre plus… Il vit la fuite comme les soldats et les civils ont pu la vivre et la ressentir. Et dans la survit, c’est le silence qui l’emporte. Les mots sont en trop, superflus, voir perturbants… Alors le film est justement avare de parole. Et Nolan privilégie un regard, un visage, une émotion, une action.

Et puis il y a Hans Zimmer, le Maestro (et habitué du tandem avec Nolan) qui nous livre sans doute l’une de ses plus belles partitions, élément fondamental de Dunkerque. À la fois porteur comme la chape d’une maison en construction, la BO est aussi là l’élément qui relie les unités de temps et les histoires. Une partition quasi unique qui ne semble n’avoir ni commencement, ni fin… mais qui est là et accompagne la douceur, la tension, la joie, la vie, l’espérance ou la mort.

1h47 ! Dans cette indication de durée qui correspond précisément à la longueur de Dunkerque, se joue aussi l’une des réussites de Christopher Nolan. Il ne fait pas trop et terriblement efficace. Juste ce qu’il faut pour développer et couper quand il le faut, filer droit et virevolter au dernier moment comme le fait d’ailleurs un Spitfire dans les airs pour échapper au chasseur ennemi ou le little ship britannique dans la ligne de mire du Stuka allemand. Pas de superflus, de bons sentiments, de larmes ou de rires qui n’ont pas leurs places dans cette histoire. C’est à l’économie que Nolan travaille question émotions, du moins économie visible car on est loin d’être en manque, mais c’est à l’intérieur que tout se passe, au fond des tripes des acteurs… comme dans celles des spectateurs.

 

 

La femme au tableau… parce qu’elle le vaut bien

Raconter un récit historique, qui de plus passe par huit années de combats juridiques entre une vieille femme et un état, n’assurait pas forcément de livrer un grand film… Le pari fut pourtant relevé et gagné par le le réalisateur anglais Simon Curtis, avec le film La femme au tableau (Woman in gold), après avoir précisément vu un documentaire de la BBC sur cette histoire peu banale.

Cette histoire, c’est celle de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d’origine viennoise, et de son jeune avocat, Randol Schoenberg, et surtout de leur long et insensé combat pour récupérer cinq tableaux de Gustav Klimt volés par les nazis à sa famille et légués après la guerre à l’Etat autrichien dans des conditions testamentaires troubles. Au cœur de cette histoire, en particulier, le célèbre portrait d’Adele Bloch-Bauer (sa tante) également appelé La dame en or comme l’évoque l’ouverture du film avec ses feuilles d’or utilisées par l’artiste pour peindre cette œuvre.

La femme au tableau est pour moi en tout point magnifique et plein d’équilibre, comme une toile parfaitement réalisée. Un film évidement d’une immense sensibilité qui ne tombe jamais dans le larmoyant trop facile. Un film utile d’un point de vue du récit historique, qui s’avère toujours être d’actualité par différentes affaires récentes et toujours en cours. Un film qui permet de redire intelligement l’horreur d’une période sombre de l’histoire et de la souffrance subit par tant de familles. Un film beau aussi tout simplement tant par l’image et le son (Martin Phipps et Hans Zimmer à la BO !) que par les personnages portés par un casting remarquable.

Sur ce dernier point mentionné, il est clair que Simon Curtis a su s’entourer d’une équipe de comédiens chevronnés collant parfaitement aux différents rôles. Bien sûr les deux principaux protagonistes tout d’abord, Hellen Mirren dans le rôle de Maria qui illumine par ses postures et surtout son regard, et Ryan Reynolds à ses côtés jouant ce jeune avocat avec une parfaite maitrise et juste l’émotion nécessaire quand il le faut. Mais les seconds rôles eux aussi donnent une intensité à toute l’histoire, tant dans l’aujourd’hui du récit que dans le passé raconté. Charles Dance, Justus von Dohnány, Tatiana Maslany, Katie Holmes, Daniel Brühl, Frances Fisher, Alan Corduner… un casting international impressionnant qui s’avère être une vraie richesse permanente pendant l‘1h50 que dure le film, comme les feuilles d’or sur la toile de Klimt.

  

La femme au tableau raconte donc une histoire précise, mais il permet aussi d’aller plus loin en amenant chacun à réfléchir au passé, aux racines qui forgent en partie ce que nous sommes. La question du choix est aussi très pregnante dans diverses situations : choisir de partir quite à vivre le sentiment d’abandon, choisir de se battre et pourquoi, choisir de croire en des valeurs ou préférer le confort et la tranquilité proposés. Et enfin, c’est l’importance de l’art qui est rappelée à la fois comme témoignage d’une histoire mais aussi comme accompagnateur de la vie, expression de liberté et initiateur d’émotions indispensables à l’existence humaine.

Si le jeune avocat est d’abord sceptique par ce qui lui est proposé, il saura se laisser convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux États-Unis. Saurez-vous, vous aussi vous laisser séduire par ce film en or ?…