For All Mankind… aux armes !

Alors que notre héros national, Thomas Pesquet, s’est envolé une fois de plus, un peu plus près des étoiles… nos regards peuvent l’accompagner autrement en partant découvrir la saison 2 de For All Mankind sur Apple TV+, une série qui faisait partie du lancement initial de la plateforme en novembre 2019 en se permettant vraiment tout, et en le faisant extrêmement bien.

Ils sont là, au premier plan, dans la bannière de cette nouvelle saison aux couleurs néon qui flotte en haut de la page d’accueil de la plateforme TV d’Apple : Des fusils blancs dans les mains d’un quatuor d’astronautes américains bondissant sur la surface lunaire dans des combinaisons spatiales blanches… comme la lune. Si vous pensiez vous être endormi pendant cette partie de votre cours d’histoire du XXème siècle, ne vous inquiétez pas. Malgré la création récente de la Space Force, dans l’histoire relativement courte des vols spatiaux habités, les armes n’ont jamais fait partie de l’équation. La surenchère technologique, oui. La fierté nationale, bien sûr. Les découvertes scientifiques, absolument. Mais des armes ? Non. Mais il en est autrement dans ligne temporelle de For All Mankind, (retrouvez ma critique de la s1) la série uchronique de science-fiction méticuleusement élaborée par Ronald D. Moore, Matt Wolpert et Ben Nedivi, qui renverse la course à l’espace en imaginant que ce sont les Soviétiques qui ont posé le premier homme sur la lune, et qui élabore la suite à partir de cet événement.

La présence de femmes et d’une afro-américaine ont servi, dans l’exceptionnelle première saison de la série, a soulignée l’ampleur des progrès sociaux qui auraient pu être réalisés si l’orgueil capitaliste de l’Amérique avait été suffisamment blessé par une seule victoire soviétique pour nécessiter le déplacement de la ligne de but de la course à l’espace. Avec cette suite tout aussi brillante, le récit fait un bond en avant jusqu’en 1983. Ce qui était à l’origine une base lunaire de la NASA de la taille d’un mini studio new-yorkais typique s’est transformé en un énorme complexe capable d’accueillir des dizaines d’astronautes à la fois, et le programme spatial s’est plus étroitement lié à l’armée américaine sous l’administration Reagan. Car oui, Ronald Reagan devient aussi président dans cette histoire alternative, mais [respirez profondément] : Le Prince Charles épouse Camilla Parker Bowles, sportivement pas de ‘Miracle sur glace’, John Lennon est toujours vivant et Roman Polanski est arrêté à la frontière…). Mais l’Amérique reste l’Amérique même quand l’uchronie se permet d’imaginer autrement, et l’une des tensions rampantes de cette saison, dans laquelle la guerre froide atteint des sommets, est le développement et le déploiement d’armes sur la lune – de l’armement d’astronautes formés par l’armée à l’équipement des navettes spatiales avec des missiles.

La vision d’astronautes armés sautillant sur la surface lunaire ressemble à quelque chose qui sortirait du rêve fiévreux d’un enfant de 12 ans sous l’effet d’une boisson gazeuse, et on pardonnera à For All Mankind de se laisser parfois aller à un soupçon de ridicule. Mais la série ne perd pas de vue la pente glissante qu’implique une présence militaire sur la lune. À un moment crucial où les Américains et les Soviétiques se disputent une forteresse lunaire riche en lithium, les astronautes armés se mettent à fredonner « Ride of the Valkyries » – une allusion non dissimulée à Apocalypse Now, et par là-même à la guerre du Vietnam et aux cycles de violence inutiles. Une façon de nous rappeler la capacité inégalée de l’Amérique à se risquer à faire échouer le monde lorsque la possibilité d’un conflit armé est dans l’air et que porter des flingues devient un enjeu constitutionnel.

Ce qui ne veut pas pour autant dire que For All Mankind fait le saut facile et violent vers une « Troisième Guerre mondiale sur la lune » cette saison, comme les bandes-annonces et le matériel promotionnel pourraient le suggérer. Au lieu de cela, la plupart des manœuvres politiques entre les Américains et les Soviétiques se déroulent sur Terre, avec les programmes spatiaux respectifs naviguant dans des bourbiers bureaucratiques et des problèmes de travail. Et tout cela est finalement beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît. Et comme toute bonne série, et dans l’élan de la première saison, For All Mankind s’assure que les téléspectateurs sont tout aussi investis émotionnellement dans ce qui se passe au sol, grâce à un intérêt majeur pour les histoires individuelles premières et secondaires et un casting remarquable. Elle continue d’exceller dans l’équilibre entre son ensemble tentaculaire de personnages, tous mus par un éventail vertigineux de motivations, et les exigences texturales précises d’une pièce historique (ou pseudo-historique pour être exact). Une autre force de For All Mankind se situe dans sa capacité à travailler l’art de l’épisode, ce qui hélas a tendance à se raréfier avec la technologie du streaming qui permet d’enchainer sans attendre. Les scénaristes traitent chaque morceau non pas comme de simples actes dans une pièce en cours de streaming, mais plutôt comme des perles uniques, enfilées ensemble pour former un collier superbe dans son ensemble.

Mais permettez-moi de revenir sur la question des armes qui est, malgré tout, au cœur de cette deuxième saison. Si les armes de toutes sortes ont longtemps été un pilier de la science-fiction spatiale (il suffit de regarder Battlestar Galacticade Ronald D. Moore, par exemple), elles n’ont jamais fait partie de notre propre réalité spatiale. Paradoxalement, le fait qu’elles ne fassent pas partie de notre ligne temporelle semble tellement ancré dans le projet des humains dans l’espace que le simple fait de poser ici la question introduit un degré surprenant de tension narrative. En effet, si nous savons à quoi ressemblait le programme spatial américain du XXe siècle (pas d’armes à feu) et si nous imaginons à quoi peut ressembler tous les programmes spatiaux fictifs du futur (beaucoup d’armes à feu), le fait est que nous n’avons pas passé beaucoup de temps à nous demander à quoi pourrait ressembler la transition d’une réalité à l’autre. En présentant à la NASA, dans cette saison, un ultimatum du type « des armes ou rien », For All Mankind nous donne l’occasion de le faire, en nous permettant de voir, au fur et à mesure des épisodes, à quoi cette lutte pourrait ressembler non seulement pour les bureaucrates au sommet de la NASA et du ministère de la Défense, mais aussi pour les astronautes qui sont appelés à porter les premiers fusils sur la lune, et pour les pilotes d’essai (y compris la Sally Ride jouée par Ellen Wroe) qui sont pris au dépourvu par la décision du Président de forcer leur partie du programme à prendre un virage à droite aussi brusque. Nous voyons la désillusion s’installer, alors que chacun d’entre eux réalise que le rêve d’un projet où l’humanité pourrait travailler ensemble dans l’espace, en tant que communauté mondiale, vers une vision partagée de la paix et des possibilités, est en phase terminale.

Cela ne veut pas dire que la prochaine saison de For All Mankind fait fi de l’espérance, cependant. Les endroits où elle emmène ses personnages tout au long de la saison – et les endroits où, à leur tour, elle emmène l’Amérique et le monde – en regorgent très clairement. Alors, si comme moi vous vous retrouvez à chanter avec l’équipe de Jamestown sur « Three Little Birds » de Bob Marley alors qu’ils sont debout, épaule contre épaule, pour regarder le lever du soleil après deux longues semaines d’obscurité dans le premier épisode, n’hésitez surtout pas… laissez-vous aller. Comme le reste de la saison nous le rappellera, même si nous finissons par avoir des armes sur la lune, l’espace comme notre humanité reste vaste et pleine d’espérance quand on est prêt à franchir parfois le pas de la désobéissance face à ce qui nous ferait adorer ce qui ne doit pas l’être, marcher à contre-courant et même donner sa vie par amour. Tiens, tiens… n’y aurait-il pas là quelques références bibliques possibles dans cette uchronie spatiale finalement ?!

 

For all mankind… et si ?!

Entrez dans un récit captivant avec For All Mankind, la nouvelle série imaginée par Ronald D. Moore, le scénariste et producteur de Star Trek, Battlestar Galactica, Roswell ou Outlander, diffusée actuellement sur Apple TV+. Imaginez un monde dans lequel la course mondiale à l’Espace n’a jamais pris fin et où le programme spatial est resté la pièce maîtresse culturelle des espoirs et des rêves de l’Amérique.

Imaginez un monde dans lequel la course à l’espace n’aurait jamais pris fin. Le programme spatial de la NASA est resté au cœur de la culture américaine et au plus proche des espoirs et des rêves de tout un chacun. Les astronautes de la NASA, véritables héros et rock-stars de leur époque, doivent gérer la pression qui pèsent sur leurs épaules, tout en gérant la vie de leurs familles.

L’histoire alternative est un élément classique du genre de la science-fiction, mais elle est rarement traitée en profondeur. Avec For All Mankind, Ronald D. Moore a choisi une idée extrêmement intéressante pour sa série d’exploration spatiale. Le point de départ est simple, c’est ce que l’on appelle une Uchronie, un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification du passé : Et si les Russes arrivaient sur la lune quelques semaines avant les Américains ? Été 1969 : Le monde entier assiste devant la télévision à un événement incroyable. Un homme s’apprête à marcher sur la Lune ! Mais… ses premiers mots seront en russe. Pas de « petit pas pour l’homme… ». C’est bien l’Union Soviétique, qui a remporté la course à l’Espace, ce qui n’est pas du tout du goût de Nixon alors au pouvoir. L’Amérique s’apprêtait pourtant à faire décoller Apollo 11, mais il est déjà trop tard. Alors, au lieu d’abdiquer et reconnaitre la défaite, le président américain va décider de mettre le paquet sur la conquête spatiale. Il décide de booster le budget de la NASA et lui ordonne de nouvelles missions, plus ambitieuses que jamais et où les femmes auront aussi leurs places.

Quiconque s’intéresse ne serait-ce qu’un peu à la question connaît les détails de base du programme Apollo, et la plupart d’entre nous connaissent aussi cette communauté d’astronautes, d’ingénieurs, de techniciens et de leurs familles qui s’est créée autour de l’audacieux projet de la NASA. Les films et séries sur cette période sont d’ailleurs nombreux, et l’on connait pas mal de personnages historiques comme Neil Armstrong, John Glenn, Buzz Aldrin ou le Dr Wernher von Braun. Ils sont là aussi présents dans For All Mankind mais s’ajoutent aussi de nouveaux personnages fictifs qui auraient pu facilement faire partie du programme original. Et c’est là déjà une grande réussite du programme : savoir jongler admirablement entre une peinture historique superbement dessinée et une pure fiction, qui s’amuse à réinventer le passé. L’ambiance de cette fin des années 60 est recréée avec tant de qualités que la série rivalise avec les meilleures productions qui se déroulent dans cette période si particulière et passionnante de la guerre froide. Pour les fans de tout ce qui est vintage, c’est un vrai délice – l’attention portée aux détails est quasi parfaite.

Les performances des comédiennes et comédiens, en particulier celle de Joel Kinnaman dans le rôle de l’astronaute Edward Baldwin, sont également remarquables. Car, autre réussite du projet, ce sont les aspects humains qui alimentent cette histoire, plutôt que les seuls « feux d’artifice » du programme spatial lui-même. La série garde ainsi les pieds sur Terre, même en apesanteur, ou même sur notre bon vieux satellite naturel. Les relations humaines et les caractères des uns et des autres rythment chacun des dix épisodes de cette première saison. C’est aussi alors la possibilité d’évoquer en substance pas mal de thématiques sociales, comme la place des femmes dans la société ou les jugements éthiques, politique et raciaux, tout en restant dans un flou entre la réalité historique et la fiction.

En choisissant de présenter l’histoire en mixant dystopie et utopie, le téléspectateur se retrouve nécessairement sorti de sa zone de confort et Moore nous rappelle que nous sommes bien au pays des « et si ? ». Le scénario est serré et inflexible en ce qui concerne les attitudes et les préjugés de l’époque. Une grande partie du drame se concentre sur des choses telles que le programme des astronautes et le contrôle de la mission. Avec les Russes en tête dans la course à l’espace, nous nous retrouvons avec une horloge qui fait tic-tac tout au long des épisodes ; l’URSS gagne une guerre culturelle en termes de développement de l’humanité, et les Américains doivent s’atteler à la tâche. Comme il s’agit d’exploration spatiale, l’objectif change constamment, ce qui signifie que des risques passionnants sont pris tout au long de la saison. Et puis, lorsqu’elle décolle encore plus près des étoiles, For All Mankind nous éblouit avec des séquences, notamment autour de la Lune, qui sont tout à fait spectaculaires, donnant un souffle épique à ce très bon scénario.

Enfin, dernière remarque, cette façon d’opérer possède ce merveilleux avantage de pouvoir nous surprendre à tout moment puisque rien n’est écrit, et tout est imaginable. On ne peut jamais savoir comment les choses vont tourner et le suspense est 100% garanti.

Tel un cocktail fait d’optimisme pour nous donner envie, de courage et de surprises pour être captivante et de beaucoup de fantastique pour inspirer nos rêves, For All Mankind a vraiment tout ce qu’il faut. Et nous ne pouvons qu’espérer que la série continuera dans cette même veine, car la deuxième saison a déjà été commandée par Apple TV+ qui réalise là, au début de sa propre histoire, un coup de maître.