LA PRIÈRE POUR SURVIVRE

Retrouvez la version vidéo sur ma chaîne Youtube 

Méliès. Pasolini, Cavalier et maintenant Cédric Kahn…  Il n’est pas besoin d’être croyant pour approcher la foi derrière une caméra, pour coucher sur pellicule ce qui touche à l’expérience spirituelle, à l’invisible… La prière raconte un miracle, celui d’une conversion étonnante et émouvante mais avec la distance nécessaire pour laisser au spectateur sa liberté de croyant ou d’athée.

Thomas a 22 ans. Il est héroïnomane et cherche à échapper à son addiction. Pour sortir de sa dépendance, il rejoint une communauté catholique isolée dans la montagne et tenue par d’anciens drogués qui se soignent notamment par la prière. Il va y découvrir l’amitié, la règle, le travail, l’amour et la foi…

Cédric Kahn signe ici un film de très belle facture avec une grande délicatesse tant technique que scénaristique et avec également beaucoup de respect dans son approche de la religion. Cette histoire n’est pas pour autant sage ou plutôt mièvre mais choisi d’affronter la difficile réalité d’une sortie de dépendance avec ses manifestations physiques et psychologiques. Elle ne fait pas non plus l’impasse sur les échecs et les souffrances. Cédric Kahn parle de tout ça mais sans excès et se fixe davantage sur, ce que j’appellerai, les facteurs de transformation. Car dans tout cheminement, comme celui de Thomas, il y a des événements, des rencontres, des circonstances particulières qui sont des clés à la transformation, à la conversion pourrait-on ajouter en la circonstance. Ils seront là, par exemple, repérés dans la relation avec Sibylle, dans la remise en question énergique de sœur Myriam, dans la présence et les mots de Pierre, devant la mort d’un compagnon, dans un face à face avec la poudre blanche ou seul dans la montagne confronté à la douleur. Tous ces facteurs de transformations deviennent donc des instants clés du parcours de Thomas et peuvent nous renvoyer aux nôtres. Ils sont des moments précieux de ce film qui lui donnent une vraie puissance émotionnelle.

Justement, on appréciera le talent de Cédric Kahn pour filmer aussi justement les détails du récit, donnant une quasi dimension de documentaire immersif à son œuvre. Je pense ici aux gestes simples du travail, aux pratiques spirituelles dont celles de la prière, à ce moment délicieux de témoignages pluriels lors de la fête d’été mais aussi aux moments de détente avec chants et guitare entre jeunes cabossés cherchant à se reconstruire.

Si le film s’appelle La prière, il est clair que la spiritualité est au cœur de ce récit initiatique que l’on pourra sans peine identifier comme une forme de parabole. Il sera ici question de foi, de miracle, de vocation, de cette hésitation légitime entre plusieurs trajectoires possibles. Il est particulièrement intéressant d’avoir ce récit venant non d’un chrétien militant mais de quelqu’un qui se définit lui-même comme agnostique et qui travaille le sujet donc dans une approche neutre mais respectueuse, considérant, pour reprendre un extrait d’interview, que « si on y pense, tout est question de foi dans la vie, l’amour, la passion, l’engagement ». On notera aussi qu’ici, même si la dimension spirituelle est un outil précisément actif dans la « guérison » de ces jeunes, la conversion ne va pas de soi… elle est possible, elle est offerte mais elle ne s’impose pas… comme dans la vie. En s’installant dans cette communauté chrétienne, La prière devient également un plaidoyer pour l’importance essentielle des règles et des cadres dans la construction individuelle, tant pour soi donc que vis-à-vis de la relation aux autres, de la construction d’une communauté. Une façon de vivre qui l’emporte sur une soi-disante idée de liberté de se camer, de maltraiter les autres, de les exploiter. Enfin, si ici la communauté est catholique avec une théologie propre à cette confession pour accompagner le travail avec ces jeunes, on pourra penser plus largement aux nombreuses œuvres chrétiennes diverses, et protestantes notamment, qui s’impliquent dans ce combat pour la vie et l’amour du prochain.

Mais un bon film est aussi fait de bons acteurs et Cédric Kahn révèle ici plusieurs jeunes comédiens vraiment excellents avec en première ligne Anthony Bajon, dans le rôle de Thomas, qui a largement mérité son prix d’interprétation à la Berlinale. À ses côtés, c’est en fait le collectif qui l’emporte. Une sorte de justesse générale qui permet d’ailleurs de donner force et sens à la communauté formée par ces jeunes. Et puis, encore un peu plus à côté, la très jolie Louise Grinberg, sorte de souffle rafraichissant en la personne de Sibylle, ou bien la courte mais énergique apparition de la grande Hanna Schygulla dans le rôle de Sœur Myriam.

Pour terminer, certains pourront sans doute reprocher une sorte de facilité dans la conversion de Thomas, mais c’est aussi ça la foi finalement. Elle se manifeste parfois brusquement sans logique humaine, avec une capacité à nous dérouter… et elle ne s’explique pas. C’est peut-être ça aussi la réussite de La prière avec, en cerise le gâteau, une fin ouverte que je ne vous spoilerai pas mais qui me convient tout à fait personnellement.

 

 

TOUT EST POSSIBLE À CELUI QUI CROIT

Croire, espérer contre toute espérance, avancer par la foi… telles sont les teneurs profondes de deux films qui sortent ce mercredi 10 mai sur les écrans français. Deux magnifiques longs métrages sur un même thème, avec des questions semblables et un certain nombre de points communs, de réalisateurs sud-américains de surcroit (chilien et mexicain) mais nous conduisant dans deux univers cinématographiques aux antipodes l’un de l’autre. J’ai aimé et je vous dis pourquoi…

Commençons avec Le Christ aveugle, sélectionné cette année à la Mostra de Venise, en compétition officielle. Premier film du réalisateur chilien Christopher Murray, Le Christ aveugle nous conduit à suivre le chemin caillouteux de Michael, jeune mécanicien. Ce jeune trentenaire est convaincu d’avoir eu une révélation divine, lorsqu’enfant il s’est fait planter des clous dans la main, par son plus proche ami, pour suivre les traces du Christ et ainsi le rencontrer. Lorsqu’il apprend l’accident de cet ami d’enfance, il entame un pèlerinage pieds nus pour aller à son chevet accomplir un miracle. Sa démarche interpelle la population exploitée des entreprises minières du désert chilien, les laissés pour compte, qui voient en lui un prophète. Cet homme est peut-être en mesure de les soulager de leurs souffrances…

C’est à la foi que ce film s’intéresse avant tout car Michael n’est pas dans une posture quelconque, il vit et surtout réagit simplement et naturellement au rythme de ce que ses convictions spirituelles impulsent en lui. Quand il entend que cet ami qu’il a perdu de vue depuis bien longtemps est blessé, il ne réfléchit pas mais quitte tout et, contre l’avis de son père, se met en marche. Tout est possible à celui qui croit et alors, à cause de sa foi, il va accomplir le miracle, tout naturellement. Dans cette attitude étonnante pourtant aucun égo surdimensionné, aucune paranoïa mais au contraire une forme de naïveté, de pulsion bienveillante… et quand sur sa route il croise une expression spirituelle s’appuyant sur une statue et des discours de prêcheurs, il réagit, là encore non pour prendre un pouvoir quelconque, mais pour interpeller sur le sens profond de la foi et du croire qui ne seraient ailleurs qu’à l’intérieur de chacun, au plus profond de l’humain.

Christopher Murray, tout en nous conduisant avec lenteur, intériorité et dans une esthétique assez sublime sur les pas de Michael et sur ses confrontations entre foi et réalités, entre bienveillance et rejet, entre solitude et amour partagé, entre souffrance et plénitude apaisée, nous révèle une œuvre d’une grande humanité. Humanité habitée d’ailleurs davantage par le silence de Dieu qui ouvre à une foi qui s’incarne et se joue finalement dans d’autres miracles que ceux que nous voulons parfois. Des miracles du quotidien, ceux qui se jouent dans la rencontre, les regards, dans des gestes d’amour marqués du sceau de la grâce.

 

Et donc, ce même 10 mai, sur les écrans français sort Little boy du mexicain Alejandro Monteverde. Un film qui revendique clairement faire partie du mouvement des « Faith Based Movies » (Films basés sur la Foi), mouvement qui a pris naissance aux Etats-Unis avec la sortie en 2004 du film de Mel Gibson, La Passion du Christ et qui depuis ne cesse de se développer. Mais Little Boy évite intelligemment l’écueil religieux en présentant un équilibre adroit dans son propos entre la thématique religieuse et des éléments profanes, en utilisant le ton qu’il faut pour ne jamais avoir l’air de donner une leçon de morale mais bien plus une leçon d’amour. Et c’est l’un des éléments de ressemblance avec Le Christ aveugle bien que, cinématographiquement, Alejandro nous conduise plutôt dans le sillage de Spielberg ou Wes Anderson que dans un film d’auteur sud américain.

Little boy, c’est l’histoire d’un petit garçon comme le titre l’indique mais aussi en référence au nom de code de la bombe A qui fut larguée sur Hiroshima au Japon le 6 août 1945. L’histoire se déroule précisément pendant la seconde guerre mondiale, dans un petit village de pêcheurs aux Etats-Unis. Alors que son père part au combat, Pepper, petit bonhomme de huit ans, reste inconsolable. Avec sa grande naïveté mais surtout beaucoup d’amour, il sera prêt à tout pour le faire revenir… quitte à déplacer des montagnes !

Little boy est un petit bijou de fraicheur qui ne manque assurément ni de sel, ni de lumière. D’un point de vue réalisation, photographie, acteurs, on est face à un très joli film bien ficelé et doté d’un casting plutôt haut de gamme avec notamment la grande Émily Watson, Michael Rapaport, Tom Wilkinson, Ben Chaplin ou le japonais Cary-Hiroyuki Tagawa pas forcément connu du grand public mais pourtant largement confirmé avec 55 films ou séries à son actif dont plusieurs blockbusters américains. Et puis il y a le héro, haut comme trois pommes, mais vraiment impressionnant, je parle du jeune Jakob Salvati, qui malgré son âge en est déjà̀ à son 6ème rôle ! C’est d’ailleurs une vraie différence avec le film de Christopher Murray qui, à part pour jouer son personnage principal, n’utilisera que des amateurs, des gens des villages dans lesquels il tourna. Ce qui n’enlève rien à la qualité, au contraire presque… amplifiant parfois le réalisme des images tellement important dans son propos.

Mais Little boy c’est quand même surtout une quantité de thématiques abordées qui font de lui un film idéal pour discuter. Dans le dossier pédagogique que propose SAJE, le distributeur français, et dans lequel j’ai participé activement, je relevais (et ce n’est absolument pas exhaustif) pas moins de cinq grands axes et dont certains se déclinent encore davantage : La naïveté de l’enfance, la relation père-fils (toute particulière dans l’histoire), l’impact de la parabole (point par ailleurs commun avec Le Christ aveugle), tout ce qui touche aux questions de racisme, stigmatisation, peur de l’autre et par opposition l’amour des ennemis, enfin bien sûr la foi avec son sens profond et ses limites.

Croire, vaille que vaille… car Il y a une sorte de folie qui accompagne la foi de cet enfant et tout le cheminement qui se produit aussi progressivement chez les habitants du village. Des évènements qui semblent corroborer qu’il se passe quelque chose… là où personne ne pouvait l’imaginer. Mais comme le dit Hébreux 11.1 « Mettre sa foi en Dieu, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité́ de ce que l’on ne voit pas ». Alors, méthode Coué – coïncidences – hasard – miracle ? Qu’en penser ? Comment faire la différence ? Ces questions sont bel et bien là et ouvrent encore plus loin car, quoiqu’il en soit, une chose est bien certaine : Cette foi naïve et pourtant absolue déplace bel et bien des montagnes, mais comme pour Le Christ aveugle, parfois là où on ne l’imaginait pas.

Pour votre curiosité personnelle, ou plus pratiquement en vue d’animer un débat avec ce dernier film, je vous conseille de télécharger le dossier pédagogique de Little Boy

 

 

  

 

SILENCE DÉRANGEANT MAIS BIENFAISANT

SILENCE ! L’immense Martin Scorcese vient fièrement nous présenter son nouveau film… peut-être l’un des principaux de sa carrière cinématographique, plus simplement l’œuvre de sa vie, mijotée depuis près de trente ans. Respect et coup de chapeau pour un œuvre belle, riche, tortueuse et profondément inspirante.

Longue fresque historique de 2 h 39, Silence est adapté du roman éponyme de l’écrivain catholique japonais Shusaku Endo. Il décrit le déchirement de deux missionnaires jésuites, pris de doute dans leur foi devant le « silence de Dieu » face au martyre infligé aux convertis japonais par les Shoguns, gouverneurs militaires. Nous sommes dans le Japon du XVIIe siècle où le christianisme a été déclaré illégale suite à une évangélisation massive de l’Église catholique. Envoyés dans le Pays du soleil levant, sur les traces de leur mentor, le père Ferreira qui n’a plus donné trace de vie et dont certaines rumeurs évoquent l’apostasie, ces deux missionnaires vont devoir vivre dans la clandestinité auprès de ces « chrétiens cachés ». Tout au long de leur terrible voyage, leur foi va être soumise aux pires épreuves.

Silence peut être vu comme une sorte de voyage contemplatif à travers les méandres de la foi. Tout en nous proposant un film de grande beauté (photo, son, réalisation…) au scénario épique, Scorcese ne cherche pourtant pas à nous « épater » par une méga-production commerciale et tape-à-l’œil. Tout au contraire il nous propulse dans une lenteur mélancolique nécessaire et adéquate au climat qui s’installe au fil des minutes et du cheminement tortueux de ces hommes. Il privilégie la sobriété, le dépouillement qui sied tant aux missionnaires qu’à la situation précaire des chrétiens persécutés qui cherchent à les protéger. Il nous confronte au chaos d’une réalité qui devient un électrochoc, mais qui paradoxalement ne se vit pas dans la brièveté mais dans la longueur… fracassant progressivement des certitudes, des convictions… et, pour le spectateur, ouvre à la réflexion et à l’émotion.

Derrière cette histoire un questionnement de fond éclate avec magnificence : Faut-il accepter de se soumettre (et, peut-être éventuellement, continuer de croire en secret), ou bien faire face aux tortures en gardant sa croyance intacte jusqu’à la mort… ou pire, jusqu’à provoquer la mort de ceux qui nous entourent et que nous aimons ? Un questionnement spirituel d’une puissance implacable, mais qui devient aussi un véritable dilemme éthique qui peut dérouter, voir mettre aussi mal à l’aise dans l’observation que nous en faisons, assis confortablement dans le fauteuil de la salle ténébreuse où la lumière est là sur l’écran mais pour raconter cette histoire faite de douleurs, de passions et parfois de choix qui nous heurtent. Pour Scorcese, le vrai sujet à ses yeux, c’est l’essence de la foi. Et par « foi », il entend également la façon dont nous vivons nos vies, quelles sont nos valeurs. Le scénario de Silence conduit à questionner les fondements de la religion, parlant du doute et de son importance dans la quête de spiritualité, parlant aussi de la foi, de la manière dont chacun l’appréhende et la vit, tout en faisant face au silence divin malgré les prières et les tourments endurés au nom de Dieu.

Silence nous ramène au XVIIe siècle mais on peut pourtant y voir une vraie dimension contemporaine. Pour Scorcese justement, les changements dans le monde d’aujourd’hui nous amènent nécessairement à nous questionner sur le spirituel qui est une partie intrinsèque de nous en tant qu’êtres humains et de notre humanité profonde. L’histoire de ces missionnaires ouvre un dialogue. Elle montre à quel point la spiritualité est une partie intégrante de l’homme. Une des grandes forces du travail de Scorsese se situe aussi, sans doute, dans le fait qu’il n’en fait pas un film « religieux » mais purement universel. Il pourra parler, en y regardant de plus près, à toutes les époques, à toutes les religions, et à tous les athéismes. Pas non plus de « dictature de conscience » grâce à la complexité des personnages, et en particulier celui interprété brillamment par Andrew Garfield. Complexité (sans rien dévoiler) qui va et vient mais se prolonge jusqu’à la dernière minute. Un non manichéisme du protagoniste principal qui devient finalement l’intérêt premier de Silence.

Alors oui, Silence reste une œuvre quelque peu difficile d’accès tant par sa forme que par ses thématiques. Elle demande donc au spectateur de se concentrer et de plonger sans à priori mais confiant qu’une opportunité de réflexion intime s’offre à lui. Accepter que le Silence commence peut-être là en soi comme une nécessité bienfaisante dans un monde si bruyant et dans un intérieur qui l’est tout autant si souvent…

Pour aller plus loin dans la réflexion, SAJE DISTRIBUTION vous offre un dossier pédagogique d’accompagnement à télécharger ICI

 

 

CE QU’ « EMMANUEL » NOUS DIT AUJOURD’HUI

L’actualité, avec son lot de tensions et souffrances constantes, provoque chez bon nombre d’entre nous une certaine sensation de fatigue, de ras-le-bol et l’impression que rien ne tourne bien rond. En tant que chrétiens, nous pouvons nous rassurer en nous rappelant que « Dieu est toujours sur son trône ». Mais en voyant le monde sombrer dans un profond chagrin, nous pouvons nous questionner : « Dieu fait-il un break ? » ou encore « Dieu est-il vraiment au contrôle ? ».

Noël nous rappelle alors que Dieu s’est incarné. Il est venu jusqu’à nous. Emmanuel… Dieu est avec nous et pour nous !

Le prophète Esaïe a manifesté son espoir en Dieu, certain qu’il délivrerait son peuple dans une période de profondes turbulences. Alors que les royaumes du nord et du sud combattaient amèrement, les laissant dans le même temps vulnérables aux attaques ennemies et la ruine ainsi certaine, Dieu leur a promis un Sauveur : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici que la jeune fille est enceinte, Elle enfantera un fils Et lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Esaïe 7.14)

Aujourd’hui, nos communautés et le monde plus généralement font encore face à des combats horribles et à des divisions amères. Les images des réfugiés syriens se sauvant d’un génocide nous inondent et provoquent peine et sentiment d’impuissance. Les attentats dévastateurs et inhumains se multiplient. Une crainte globale quand à l’avenir se développe. Un repliement sur soi, à titre individuel ou étatique s’installe… Et, plus simplement, nombreux sont ceux qui se sentent accablés dans leurs propres vies personnelles. Comme au temps d’Esaïe, nous attendons donc un mouvement de Dieu.

Et Noël est là ! Il nous rappelle l’espoir d’Israël dans la venue d’un Messie pour sauver, pardonner et reconstruire. Et résonne ainsi au fond de notre cœur ces autres paroles du prophète : « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Pour ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. » (Esaïe 9 : 1)

Ce Noël peut nous interpeller aujourd’hui sur la nécessité d’entrer dans la présence de Dieu pour faire face à la réalité de nos vies et du monde, aussi laid puisse-t-il paraître. L’Esprit souffle afin de nous conduire à abandonner notre confusion, nos ressentiments, notre colère, nos craintes et inquiétudes… Dieu recherche la profondeur de notre cœur pour que nous tournions nos visages vers la lumière éternelle. Oui… notre monde a désespérément besoin d’Emmanuel !

Bien que nous nous débattions au milieu de circonstances douloureuses, d’échecs personnels et d’événements traumatiques du monde, Emmanuel est venu. Et nous ne devons pas perdre espoir. Même dans les plus grandes souffrances… maladies chroniques, dépendances, décès d’un bien-aimé, chômage, tensions financières… Dieu est là ! La Bible nous le rappelle : « Sois sans crainte, Car je t’ai racheté, Je t’ai appelé par ton nom : Tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, Je serai avec toi, Et les fleuves, Ils ne te submergeront pas ; Si tu marches dans le feu, Tu ne brûleras pas, Et la flamme ne te consumera pas. Car je suis l’Éternel, ton Dieu, Le Saint d’Israël, ton sauveur. » (Esaïe 43.1-3) Dieu est avec ceux qui sont dans la guerre, la souffrance, les génocides, la famine, les migrations et chaque autre horreur connues de nos frères et sœurs en humanité. Et nous pouvons être sûrs que Dieu s’oppose à ceux qui commettent le mal.

Plus nous connaissons Jésus, plus nous nous rendons compte que nos vies sont entremêlées avec celles de ceux qui sont autour de nous. Comme l’a écrit l’auteur et théologien américain Frederick Buechner : « La compassion est parfois l’ultime possibilité pour ressentir ce qui se passe dans la peau de l’autre. Comprendre qu’il ne peut jamais vraiment y avoir quelque paix et joie pour moi tant qu’il n’y en a pas finalement pour l’autre aussi. » En regardant les situations désespérées d’autrui comme au-travers des yeux de Jésus nous sommes conduits alors dans les profondeurs de la réalité de notre être : Resterons-nous alors empêtrés dans des « Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ? » ou en sortirons-nous, en nous positionnant dans la sécurité qu’il nous offre, en demandant : « Qu’est-ce que Seigneur, tu m’appelles à faire ? »

Emmanuel nous appelle à aimer Dieu et nos voisins de notre plus grande force. Vivre par la foi signifie que nous devons progresser dans des actes courageux de compassion. Face aux diverses échéances politiques, je crois qu’il est plus important que jamais d’entendre le besoin d’être Église. Mettre de côté les divergences politiques et théologiques. Se positionner sérieusement dans nos vies de prière, notre ministère et dans l’engagement auprès des veuves, des orphelins, des immigrés, des réfugiés et de chaque personne marginalisée dans nos nations. À propos de la crise des réfugiés Syriens, Rich Stearns, président de World Vision, écrit : « Nous ne devons jamais perdre notre capacité à nous sentir outragé quand des êtres humains sont tellement durement abattus, et nous devons alors savoir transformer cet outrage en action. » Il nous invite à prier, donner et élever nos voix pour ceux qui subissent la guerre, particulièrement ces familles qui fuient Alep en Syrie.

Le bébé né d’une vierge dans une étable, il y a quelques 2.000 ans, garantit que Dieu est pour nous, pas contre nous. Dieu voit. Dieu prend soin… Emmanuel est venu pour nous racheter ainsi que notre monde brisé de toutes parts. Et nous pouvons être assurément certain qu’il est aux commandes de tout ce qui est présent et tout ce qui est à venir.

 

Inspiré d’un article de Amy R. Buckley (auteur, oratrice et activiste américaine) paru dans Relevant Magazine

DESMOND DOSS SELON MEL GIBSON

Cet automne 2016 marque le grand retour de Mel Gibson derrière la caméra, avec « Tu ne tueras point » (Hacksaw ridge). Attendu au tournant pour de multiples raisons, le réalisateur choisit de raconter l’histoire vraie de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à avoir reçu la médaille d’honneur, soit la plus haute distinction militaire des Etats-Unis.

Précisons qu’il s’agit d’une histoire vraie, le biopic de DESMOND DOSS, le premier objecteur de conscience à recevoir la Médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire des Etats- Unis. Il s’est vu remettre cette médaille des mains du Président Harry Truman en octobre 1945, avec un éloge soulignant « son extraordinaire bravoure et sa détermination à toute épreuve face au danger ».

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sureté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Disons-le tout de suite, pour moi ce film est bouleversant, d’une force incroyable tant par l’histoire racontée, les émotions présentes que par la force d’immersion que déploie Gibson pour nous donner d’entrer au cœur du combat bien réel et plus intérieur du héro de l’histoire. Précisément sur ce dernier point, Mel Gibson ne faillit pas à sa règle d’hyper réalisme (parfois sans doute trop poussé jusqu’à l’overdose). Mais là, cette façon de faire prend sens plus particulièrement. Au-delà de la mise en scène léchée et captivante, les scènes de guerre sont à couper le souffle. La réalité de l’horreur du combat, de la mort est là tout autour de nous, le spectateur se trouvant au cœur de la bataille. Pour ces séquences, le producteur Bill Mechanic assure que Mel Gibson a fait preuve d’une vision et d’une créativité́ remarquables. « Mel a vraiment l’œil pour ce genre d’action, il va droit à l’essentiel. » dit-il. Il déclare par ailleurs : « L’objectif était de montrer aux spectateurs que cet endroit était le pire de l’enfer, tel que l’ont vécu ces hommes. » Pour aboutir à ce résultat, Mel Gibson use de mouvements de caméra et de ralentis parfaitement maîtrisés.

Mais avant d’en arriver là dans le film il y a deux autres périodes qui précèdent, car la construction du récit est aussi un élément fort de « Tu ne tueras point ». Trois parties distinctes, comme trois actes d’une pièce de théâtre. On commence avec Desmond Doss dans sa sphère familiale et amicale pour le retrouver ensuite dans sa formation militaire pour aboutir finalement au combat. Durant ces deux premiers temps, on apprend à connaître Desmond. On le voit évoluer, grandir, aimer, puis choisir, subir et tenir ferme. On comprend petit à petit ce qui sous-tend ses convictions faites d’une foi sincère en Dieu mais faites aussi de blessures intimes, profondes. L’utilisation de flashbacks qui parsèment le déroulement de l’histoire sont aussi une belle façon d’entrer dans la psychologie de Desmond. Le  film s’ouvre d’ailleurs avec cet accident où Desmond a failli tuer son frère, comme une revisite de l’histoire de Caïn et Abel. Ce qui m’amène à évoquer également les nombreuses métaphores bibliques. Celle particulièrement du Sauveur qu’incarne Desmond dans sa capacité à se donner pour les autres, un par un… comme un rappel que le salut est offert individuellement… Desmond Doss fait une prière qui revient comme un refrain dans le long processus qu’il entame à porter secours, seul sur la colline, à ceux qui y sont blessés. Il dit : « Par pitié, Seigneur, aide-moi à en sauver un de plus. Un de plus. ». Une vraie figure Christique étonnante. On appréciera pour augmenter cet effet, les plans en contre-plongée qui se chargent de donner un relief vertigineux au calvaire du protagoniste. Desmond partira au feu, tel le bon berger, à la recherche de chacune des brebis perdues, dont il pansera les blessures une par une, pour les ramener à l’abri. Chacun de ses gestes prend quasiment alors une dimension prophétique. On trouve aussi une sorte de remake de la parabole du fils prodigue mais avec une inversion des rôles. Si c’est l’enfant qui part, le retour passe ici par le père qui le rejoint pour le soutenir, le défendre et permettre à son projet de se réaliser. Une scène très forte dans un tribunal militaire qui se conclut par ces mots de Desmond à Dorothy, sa fiancée : « Quand tu rentreras, dis-lui que je l’aime ».

En fait, les thématiques sont multiples et ce film peut aussi être vu comme un véritable outil de réflexion et de débat. À noter d’ailleurs, que la société de distribution SAJE propose un dossier pédagogique pour aider à la réalisation d’un ciné-débat, agrémenté par plusieurs annexes extrêmement riches, allant d’un témoignage d’objecteur de conscience à des apports éthiques et théologiques de grandes qualités. http://www.sajedistribution.com/film/tu-ne-tueras-point.html

« Tu ne tueras point » se termine enfin avec des images d’archives, Mel Gibson ayant eu la politesse et l’intelligence de rendre hommage au vrai Desmond Doss, à sa trajectoire qui, certainement, vous laissera abasourdi en fin de séance, et à plusieurs des protagonistes de l’histoire. Riche intention qui parachève ce petit bijou de cinéma qui restera sans aucun doute comme l’un des plus beaux films de cette fin d’année… beau et bon !