5 films hors palmarès

Dernière vidéo de cette série « façon confinement » du mois de mai pour parler du « Festival de Cannes ».

Aujourd’hui une sélection de 5 films des 5 dernières années qui ont le point commun… d’être passé totalement à côté du palmarès… et pourtant ! Des films à voir en DVD ou VOD bien évidemment…

7 films palmés !

Dans le cadre de mes « vidéos confinement », et en ce mois de mai pendant lequel devait se dérouler le Festival de Cannes, je vous propose quelques films en lien avec le Festival. Cette semaine, une sélection de 7 films qui ont reçu la palme d’or.

7 films primés par le Jury œcuménique à Cannes

Dans le cadre de mes « vidéos confinement », et en ce mois de mai pendant lequel devait se dérouler le Festival de Cannes, je vous propose quelques films en lien avec le Festival.

Cette semaine, une sélection de 7 films qui ont reçu le prix du Jury œcuménique. Films tous disponibles en VOD.

Pour aller plus loin et découvrir l’ensemble du palmarès du Jury œcuménique à Cannes DEPUIS 1974, c’est ICI

EN QUÊTE D’UNE FAMILLE

Six mois après la dernier Festival de Cannes, la comédie dramatique de l’égyptien Abu Bakr Shawky, Yomeddine, arrive en salles. Cette histoire d’un lépreux avait su toucher les émotions et faire du bien… même si, finalement, aucun prix ne récompensa cette jolie œuvre.

 

Après la mort de sa femme, Beshay, lépreux guéri mais défiguré par les stigmates de la maladie, décide de quitter sa léproserie de toujours pour rechercher sa famille qui l’a abandonné quand il était jeune enfant. Commence alors pour lui, une longue route parsemée de rencontres, d’embuches, de toutes sortes de situations joyeuses ou difficiles, où il ne sera pas seul mais devra se confronter aux choses enfouies au plus profond de lui, en quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité… 

Si les premières minutes m’avaient laissé un peu perplexe, très vite les doutes furent chassés et je me suis retrouvé embarqué dans cette histoire d’une grande beauté. Une beauté qui ne se joue pas ici dans l’apparence, dans le visible… Une beauté qui se découvre dans l’épaisseur des personnages, derrière les blessures physiques, derrière les détritus qui peuvent devenir une montagne, derrière des histoires pétries de souffrance et d’accidents de la vie. C’est au plus profond de l’âme que se dévoile la force de Beshay, ce petit bonhomme attendrissant, d’Obama son jeune compagnon, et de quelques autres éclopés rencontrés par hasard.

Abu Bakr Shawkya su trouver la justesse en touchant les cœurs mais sans tomber dans le pathos. Il filme sans complaisance, et propose là une sorte de road trip initiatique. Je dis « une sorte » car n’imaginez pas le road trip à l’américaine… ici pas de voiture emblématique mais une charrette tirée par un âne qui laissera place à toutes sortes d’autre engins sur des chemins rudes et secs. Un road trip, donc, émouvant et surtout engagé, porté par un extraordinaire acteur non-professionnel, qui au passage, notons-le, est un véritable ancien lépreux. On ressent chez A.B. Shawky ce soin de défendre les exclus. Plusieurs scènes sont marquantes à cet égard, avec même une restitution d’une certaine « cour des miracles », là où vivent ces gens situés sur la marge, oubliés physiquement et rejetés socialement, mais auxquels le cinéaste redonne une vraie dignité que d’autre ont voulu leur ôter.

Mais n’imaginait pas non plus un film glauque ou ayant tendance à prendre en otage le spectateur. Yomeddine est un film intègre qui a choisi de se dérouler sur le ton de la comédie, qui a choisi ce que j’appellerai la gaieté sincère comme marque de fabrique. C’est ainsi qu’il peut nous rejoindre tous et devenir un pur divertissement familial fait de personnages sympathiques, d’images colorées et lumineuses au rythme d’une musique très agréable en nous interpellant sur le sens profond du bonheur.

Un film qui fait du bien disais-je, qui montre encore que le cinéma peut parfois se permettre de toucher, de faire réfléchir, de jouer ainsi l’un de ses rôles primordiaux à l’égard du spectateur, sans grands moyens, sans stars patentées, et même avec quelques faiblesses cinématographiques, mais surtout avec grâce, sourire et délicatesse.

UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE…

Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes, « Mon cher enfant », deuxième long métrage de Mohamed Ben Attia, nous plonge dans la relation entre un père approchant de la retraite et son fils unique en mal avec son avenir. En toile de fond, la Tunisie d’aujourd’hui et DAESH mais dans une approche loin de tout manichéisme imposant naturellement un autre regard sur la question, avec délicatesse et simplicité.

« Mon cher enfant » au cinéma ce mercredi 14 novembre.

Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît.

 

Finalement, une histoire assez simple, presque banale et évidemment bouleversante à la fois qui se dévoile devant nous. Un jeune tunisien choisi de tout abandonner sans alertes préalables… études, carrière, parents, amis, pour partir pour le djihad en Syrie, au grand drame de son père et de sa mère, totalement détruits par cette décision. Une histoire simple mais qui présente tout de même un élargissement possible et nécessaire sous la caméra du réalisateur Mohamed Ben Attia, récompensé, avec son précédent film Hedi, un vent de liberté d’un Ours d’argent de l’interprétation masculine et prix du meilleur premier film à Berlin en 2016. C’est tout d’abord un véritable portrait d’une famille tunisienne avec ce qui s’apparente au décor, cette Tunisie contemporaine pétrie d’un mélange de tradition et de modernité. C’est aussi un regard sans jugement sur des relations humaines… celle tout d’abord d’un père aimant et protecteur avec son fils adolescent mettant en exergue un décalage générationnel immense amplifié par la réalité d’un vide existentiel interpellant.

C’est celle aussi d’un mari et de son épouse approchant du temps de la retraite dans des conditions sociales compliquées. Et puis c’est l’absence qui devient alors l’un des acteurs majeurs de cette histoire… l’absence de l’être aimé qui se vit différemment et qui provoque des comportements qui ne s’expliquent pas toujours…

 

 

 

 

 

 

 

 

Autour de ces aspects familiaux surgit la question de l’engagement idéologique avec une volonté de ne pas tomber dans la facilité simpliste souvent présentée dans les reportages tv à sensation. Mohamed Ben Attia questionne au contraire, tout en subtilité, cette société qui crée ces « soldats », un environnement plein de superficialité où finalement les idéaux manquent, où la surprotection parentale peut devenir étouffante et où sans doute le besoin de trouver une raison de vivre apparait. Cette même raison de vivre, cette raison d’être qui, précisément dans le même temps, disparait progressivement au sein du couple vieillissant. C’est le bonheur qui est aussi un enjeu… mais quel bonheur… celui de l’autre ou finalement un bonheur plus égoïste mais non avoué… Enfin, on observera le commerce qui s’est installé autour du passage des djihadistes de Turquie en Syrie. Là encore, la façon d’opérer du cinéaste ne tend pas à pointer du doigt quoi que ce soit. Il regarde et montre… des gens comme vous et moi dans des contextes de vie différents, et sans forcément d’idéologie particulière… un système qui se met en place, presque naturellement !

 

Mon cher enfant est un film à voir pour mieux comprendre notre monde. Un film qui touche non par des grands effets cinématographiques mais juste par ses personnages et son récit. Un film profondément intelligent et bourré de sensibilité !