ARETHA, UNE NOUVELLE SOLISTE DANS LE CHŒUR DES ANGES

Aretha Franklin, la somptueuse reine de la Soul a tiré sa révérence ce 16 août 2018. La diva de la musique contemporaine âgée de 76 ans luttait contre un cancer du pancréas depuis déjà huit ans. 

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Une femme naturelle à la carrière sur-naturelle pour faire écho à l’un de ses titres légendaires. Elle restera en effet l’artiste féminine ayant vendu le plus de vinyles de l’Histoire, l’une des chanteuses les plus célèbres et les plus influentes, un modèle de réussite pour beaucoup de femmes et une véritable icône afro américaine. Avec 18 Grammys Awards, un Golden Globe, son étoile sur le Hollywood Walk of Fame, une médaille présidentielle de la liberté (la plus haute distinction américaine pour un civil), des diplômes honorifiques des plus prestigieuses universités de son pays : Princeton, Yale, Harvard, Brown… elle sera aussi la première femme à intégrer le Rock and Roll Hall of Fame.

Mais avant d’en arriver là, tout a commencé à l’Église avec sa famille. Aretha Louise Franklin est née en 1942 à Memphis (Tennessee) dans un milieu on ne peut plus imprégné de culture baptiste : Son père, Clarence LaVaughn Franklin est d’ailleurs un pasteur baptiste renommé, mais également un militant des droits civiques. Quant à sa mère, Barbara, elle est chanteuse de gospel. Aretha et ses sœurs, Carolyn et Emma, chantent alors logiquement à la New Bethel Baptist Church de Détroit dans la chorale de leur père. C’est là que sa voix se forge, que l’émotion se construit… et même si la vie n’est pas simple chez les Franklin, la foi en Dieu est une constante et elle le restera d’ailleurs jusqu’au bout. Sa mère étant largement absente, ce sont des nounous occasionnelles qui passent à la maison comme la chanteuse de gospel Mahalia Jackson. Sam Cooke est un invité récurent et Martin Luther King un habitué. Le 6 février 1968, Aretha recevra d’ailleurs le prix d’une ligue chrétienne qui lui sera remis directement par le pasteur, quelques semaines seulement avant son assassinat.

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C’est naturellement avec un album de Gospel, « Song of Faith » en 1956, que la jeune Aretha se fait connaitre. Et puis, très vite, elle signe chez Columbia avec la bénédiction de son père, puis par la suite avec Atlantic. Sa carrière est lancée et elle ne connaitra aucun frein. À côté de cette vie de star et des péripéties qui l’accompagnent, son espérance en Christ ne s’éteindra pas et sera sans doute l’une de ses grandes forces. Elle reviendra d’ailleurs régulièrement au Gospel, au travers de concerts, de duos et d’un album exceptionnel, « Amazing Grace » en 1972. Elle vivra aussi son long combat contre la maladie de 2010 à 2018 pétrie de foi dans l’action miraculeuse de son Dieu.

Les artistes et personnalités de tous milieux font depuis l’annonce de son décès des éloges de cette artiste exceptionnelle. Rien d’étonnant car elle a clairement influencé la musique contemporaine dans son immense diversité. Avec Aretha pas de clan ou de genre exclusif. Sa voix et son message ont été (et seront encore longtemps) un moteur pour des générations de chanteurs et musiciens. Alors bien évidemment, le monde du Gospel d’autant plus… mais aussi sans doute tous ces artistes qui considèrent la musique et l’art plus généralement comme une expression pouvant autant servir à se tourner vers l’Auteur de notre foi qu’à partager cette Bonne Nouvelle à tous les hommes et devenir, encore plus largement, une simple parole porteuse de joie, de vie et bien sûr d’espérance. Une autre image que me laisse Aretha comme exemple, c’est le rappel que la foi pose clairement des bases de vie, de pensée, d’attitudes… mais elle nécessite aussi de se matérialiser dans des actes. Aretha a su le démontrer dans ses nombreux engagements, devenant combats parfois, tant pour les droits civiques par exemple, que pour la situation des femmes et le « Respect » nécessaire. Une militante de l’amour et de la fraternité… qualité qui s’est sans doute développée grâce à son héritage baptiste, une confession protestante connue comme « Une Église professante et militante » comme la qualifie l’historien et sociologue Sébastien Fath.

Aretha Franklin nous a donc laissé, mais sa voix résonnera encore et encore ici-bas. Et nul doute, que là-haut, cette voix saura aussi swinguer, groover et s’ajouter au chœur des anges qui trouvent avec elle une soliste de premier choix.

Adieu donc Aretha… je garde ta voix dans mon cœur et mes oreilles… et je suis partant pour la réécouter là-haut bientôt… et pourquoi pas me tenter un duo (on peut imaginer que tout y sera bonifié…).

 

PARVANA

Petit bijou de film d’animation, « Parvana, Une enfance en Afghanistan » est le troisième long-métrage du studio irlandais Cartoon Salon (Le Chant de la Mer en 2014 et Brendan et le Secret de Kells en 2009), avec Angelina Jolie comme productrice. Cette fable réaliste se déroule en Afghanistan durant la période de contrôle extrême exercé par les talibans. Un dessin animé d’une immense sensibilité qui convient tant aux enfants qu’aux grandes personnes.

Parvana a onze ans et n’a jamais connu son pays autrement qu’en guerre. Une guerre de cauchemar qui interdit aux femmes de sortir non voilées ou sans l’escorte d’un homme, père ou mari. Assez grande pour être soumise à ces interdits, Parvana doit pourtant trouver une façon de les contourner. Car depuis que les talibans ont emprisonné son père, c’est sur elle seule que repose la survie de la famille…   

Parvana est l’adaptation du roman éponyme de l’écrivaine canadienne Deborah Ellis, qui s’était elle-même inspirée pour créer son personnage principal d’une enfant afghane qu’elle avait rencontrée dans un camp de réfugiés au Pakistan. Ce film a remporté le Prix de la meilleure musique, le Prix du Jury et le Prix du Public au Festival d’Annecy 2018. Il est utile aussi de noter que tous les personnages du film sont doublés en français par des comédiens iraniens et afghans vivant en exil en France, ce qui apporte aussi, sans nul doute, un certaine authenticité qui se ressent.

Une histoire évidemment difficile et triste par son scénario et le contexte raconté qui nous plonge au cœur de ce véritable drame humain que ce joug taliban. Une histoire d’ailleurs qui nous rappelle à certains égards celle d’un autre magnifique film, Timbouktou. Et ce rapport d’ailleurs va jusque dans la façon intelligente de traiter le sujet sans tomber dans les clichés et poncifs possibles. Alors c’est d’abord la musique et plus généralement l’illustration sonore remarquable qui est à souligner. Et puis, astucieusement, le poids du sujet est allégé par l’utilisation d’un conte à l’intérieur même de l’histoire de Parvana. En effet, tout au long du film, l’enfant nous raconte l’histoire féérique d’un héros qui doit combattre le méchant Roi Éléphant. Comme on a déjà pu le voir dans le film d’animation Le Prophète ou la dernière adaptation du Petit Prince, plusieurs techniques de l’animation sont utilisées et ainsi, les parties contées offrent un visuel totalement différent du reste du métrage, ce qui confère un changement d’ambiance agréable et amplifie la touche de légèreté et de magie tout en utilisant la technique de la métaphore du conte.

Il faut souligner d’ailleurs que la lecture, les livres, les contes et donc, par là-même, l’éducation et l’enseignement, constituent un des sujets importants traités par Parvana, car interdits, et plus particulièrement encore aux femmes, sous ce régime. N’oublions pas que le père est ici professeur et que l’enfant elle-même assumera un rôle de scribe, ce qui deviendra un moment clé de son histoire. C’est aussi le pouvoir de la Parole qui est en enjeu et qui devient source d’espérance, on ne plus fondamentale dans un tel contexte de vie.

Sans dévoiler quoi que ce soit, j’ai beaucoup apprécié aussi la fin, intelligemment ouverte comme il le fallait, me semble-t-il. Vous l’aurez compris, Parvana est un film d’animation particulièrement beau et inspirant qui mérite vraiment d’être vu. C’est en tout cas ce à quoi je vous encourage vivement. Et si vous souhaitez aller plus loin et éventuellement le travailler avec un groupe (d’enfants ou d’adultes), un dossier pédagogique est disponible en téléchargement ici.

HUIT FEMMES, UN VILLAGE ET LE SOLEIL !

Un documentaire d’une grande bienveillance et de tendresse d’où l’on sort le cœur paisible est à partir d’aujourd’hui sur les écrans de cinéma. Au programme, Jericó, un village au cœur des Andes, en Colombie mais surtout huit femmes de ce village filmées dans leur intimité et avec une immense délicatesse. Jericó, le vol infini des jours, un film de Catalina Mesa qui fleure bon l’espérance !

À Jericó, petit village en Colombie, des femmes d’âges et de conditions sociales différentes évoquent les joies et les peines de leur existence, tour à tour frondeuses, nostalgiques, pudiques et impudiques. Leurs histoires se dévoilent l’une après l’autre, ainsi que leur espace intérieur, leur humour et leur sagesse. Un feu d’artifices de paroles, de musique et d’humanité.

Immersion donc, d’une certaine façon à la « Strip Tease » (le magazine tv), mais avec une vraie touche artistique et un travail soigné de documentaire, dans la vie de huit femmes colombiennes de Jericó, village des ancêtres du père de la réalisatrice, village où a vécu aussi sa très aimée grand-tante, Ruth Mesa.

Les murailles qui tombent ici sont celles de ce qui nous sépare de ses femmes, car en quelques secondes à peine, le spectateur se retrouve au cœur de leurs histoires, de leurs doutes, questionnements, espérances, joies et peines… et de leurs croyances.

Car on croit beaucoup à Jericó !

Une ferveur mystique imprègne plusieurs d’entre-elles. Simples superstitions sans doute parfois mais vraie foi également souvent… à leurs façons. Le documentaire ne pose aucun regard jugeant ou complaisant… la caméra de Catalina Mesa observe et nous offre des moments riches et touchants. À Jerico, on progresse à pas lents guidé par des choses simples de la vie, au rythme de la nature, marqué par des rires d’enfants ou la conversation avec son voisin au détour d’une rue.

Car à Jericó, on parle aussi beaucoup… on échange, on discute, on n’est pas toujours d’accord et on peut même aller jusqu’à se fâcher avec Dieu et ses « saints ».

Ainsi, au cœur de ce documentaire, c’est la parole de femmes qui jaillit avec éclat. Parole qui n’est pas assez souvent écoutée, porteuse pourtant d’une véritable conscience de la mémoire. Catalina Mesa explique qu’elle voulait montrer le quotidien de ces femmes, et surtout le fait qu’il est habité de joie, de musique, d’humour. De leurs peines aussi, elles ne sont pas occultées. « Ces femmes sont les dépositaires de la mémoire de ces lieux, donc autant de la douleur que de l’humour, de la tendresse que de la dureté du travail, des épreuves de la vie. Mais il est vrai qu’il n’y a pas de victimisation. Lorsque l’une d’elles raconte la disparition de son fils enlevé par un groupe armé, elle le fait en jouant aux cartes, comme “en passant”, alors que son émotion demeure toujours aussi forte. »

Et à Jericó, c’est aussi la vie en couleurs et en poésie…

Et tout cela rayonne dans ses images et dans sa magnifique BO joyeuse et, elle aussi, colorée. Catalina l’explique d’ailleurs très bien dans une interview : « le film commence avec ce poème d’Oliva Sosa : « Este mi noble Jericó es bonito, enclavado en el sol de la montaña, el monte azul rozando el infinito y el infinito entrando en la cabana » (« Ma noble Jericó est belle, nichée au soleil de la montagne, la montagne bleue écrase l’infini et l’infini entre dans la chaumière »). Dans la poésie de Jericó, que j’ai beaucoup lus, il y a plein de poèmes comme ça. Cette rencontre entre le ciel et la terre, c’est très spirituel, ça vient de la religion aussi, mais même en dehors de la religion, dans la poésie on retrouve cette sorte d’élan de Jericó qui rencontre le ciel. C’est comme ça que c’est dit dans la poésie. La poésie de Jericó, c’est un peu comme une boîte de macarons, on en mange un tout petit peu et c’est délicieux, mais après on ne peut plus s’arrêter et on est… gavés. Parce que c’est une poésie romantique du début du siècle… Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup d’appels à l’infini, ou à la transcendance. C’est pour ça que le film commence avec le ciel, et le soleil est omniprésent. J’ai essayé de faire figurer cette rencontre avec la lumière à travers la maison, ce moment où cet infini rencontre le morceau plus petit de la fenêtre. »

Alors, un conseil pour conclure… Scrutez bien la programmation des salles proches de chez-vous… et faites-vous du bien en allant voir Jericó, le vol infini des jours !

 

                    

IL ÉTAIT UNE FOIS GODLESS

Retrouvez la version vidéo sur ma chaîne youtube : ICI

Steven Soderbergh et Scott Frank se retrouvent 20 ans après leur film « Hors d’atteinte » afin de créer le premier western original de la plateforme américaine Netflix sous la forme d’une mini-série flamboyante de sept épisodes mêlant habilement l’ADN du genre à des thématiques contemporaines.

Godless, c’est l’histoire d’une petite bourgade du Nouveau-Mexique, appelée LaBelle, fondée par des pionniers, où l’on ne trouve… que des femmes ! Les hommes sont morts à la mine, quelques mois plus tôt. Tous les hommes, ou presque. Ne restent plus en ville que le Shérif et son très jeune adjoint. Alors en cette fin de XIXe siècle, dans cette région encore indomptée de l’Amérique, les filles de LaBelle se retrouvent livrées à elles-mêmes, obligées de prendre leur indépendance et de s’émanciper. Ce que certaines acceptent naturellement, et d’autres moins. Mais tout va être remis en question par l’arrivée impromptue d’un cavalier grièvement blessé, en pleine nuit, aux abords du ranch d’Alice Fletcher. Roy Goode est un hors-la-loi. L’un des hommes de main du terrible Frank Griffin et de sa bande. C’est même le chouchou, le petit protégé du boss. Or, Roy a décidé d’arrêter la vie de Desperado. Il s’est fait la malle, avec le butin du dernier braquage. Fou de rage, Griffin met alors l’Ouest à feu et à sang pour le retrouver. Une traque impitoyable, qui va inexorablement le mener à LaBelle…

Comme je l’évoquais en introduction, la grande force de cette série est de nous proposer là d’abord un vrai western épique avec tous les éléments incontournables (Chevauchées, paysages façonnés dans une immensité sauvage, musique country, fusillades, bagarres, rodéo, saloon, prostituées… oui il y en a souvent aussi dans les westerns, et puis des personnages typiques et divers – un hors la loi au grand cœur, une jolie fermière brut de décoffrage mais surtout aussi très fine gâchette, quelques indiens indispensables mais parfois drôles également, un chef de bande totalement psychopathe, un shérif amoureux à la psychologie un peu compliquée… et j’en passe !)…

Tout ça donc, très classique finalement, mais avec beaucoup plus encore. Je m’explique… Steven Soderbergh et Scott Frank nous livre une série extrêmement moderne et soigné avec un dimension esthétique remarquable. Le scénario tout d’abord permet à Godless de s’attaquer à un problème contemporain avec la place des femmes dans la société. Se pose la question de la nécessité de s’adapter, plus ou moins facilement, et surtout de gagner leur indépendance contre les « règles » établies. Se développe aussi tranquillement tout au long des épisodes de nombreuses thématiques comme évidemment la vengeance, les jugements à l’emporte-pièce qui enferment et détruisent, le racisme. On y parle de souffrances psychologiques mais aussi d’art, d’amour, de bienveillance. On y trouve en somme une vraie analyse sociologique de l’Amérique sauvage. Et puis on peut se poser aussi pour entrer dans une forme de contemplation grâce à une photo vraiment remarquable, avec des prises de vues léchées et du temps donné juste pour ça, amplifié par la somptueuse musique de Carlos Rafael Rivera. Et encore une fois tout ça avec un western âpre, brutal et sans concession au genre.

Coup de chapeau bien sûr à la réalisation hors-pair de Soderbergh et Franck qui balancent avec virtuosité dans leur approche filmique entre Sam Peckinpah, Terrence Mallick, jusqu’à rejoindre dans un final explosif, infernal et en même temps éblouissant, l’immense Tarantino. Un vrai régal qui n’aurait malgré tout pas la même saveur sans ce casting prestigieux offrant dans la même série Jack O’connell, l’exceptionnel Jeff Daniels, les magnifiques Michelle Dockery et Christiane Seidel, mais aussi Scott McNairy, Thomas Brodie Sangster et l’excellente Merritt Wever.

Bon et puis pour finir, même si cette mini-série est construite comme une saison unique, on peut imaginer, rêver que le succès rencontré pourrait finalement malgré tout donner des envies de reviens-y qui ne me déplairait aucunement… Mais cela, c’est une autre histoire !

 

LE COURAGE DE L’IMPOSSIBLE

Le cinéma africain nous offre de très jolies surprises régulièrement. Après Timbuktu l’année dernière, c’est sans doute Difret qui sera l’une des belles découvertes cette année.

Pour son premier long métrage, le réalisateur éthiopien Zeresenay Mehari s’est inspiré d’une histoire marquante de son pays : le combat de la jeune avocate Meaza Ashenafi pour apporter une aide juridique aux femmes éthiopiennes victimes de violences, avec en particulier celui mené pour sauver une adolescente de 14 ans, passible d’une peine de vingt-cinq ans de prison pour avoir tué l’homme qui l’a enlevée et violée afin de l’épouser, comme c’est la tradition dans une partie du pays.

C’est donc précisément cette histoire que raconte Difret, un mot signifiant en langue éthiopienne amharique courage, mais aussi et curieusement le fait d’être violée… Dans le film l’adolescente s’appelle Hirut. Kidnappée sur le chemin de l’école en pleine campagne, elle sera donc violée, battue, jusqu’à ce que la jeune fille réussisse à s’échapper en tuant son agresseur. Retrouvée par la police, elle est accusée de meurtre. Une jeune avocate, pionnière du droit des femmes en Éthiopie, va alors la prendre sous son aile et va tenter de défendre ses droits et réclamant la légitime défense jamais accordée jusque là à une femme éthiopienne.

L’histoire en elle même est évidemment extrêmement touchante, mais ne tombe en même temps jamais dans le roman à l’eau de rose édulcoré de toutes les fêlures ou autres ombres inévitablement présentes au tableau.  Pourtant la force de ce film réside sans nul doute encore ailleurs, dans la qualité frappante des deux actrices au premier plan. D’un côté Hirut, jouée par la toute jeune Tizita Hagere, repérée comme par miracle par le réalisateur lors d’un atelier théâtre qui se tenait dans une école, qui est criante de vérité par la justesse de son jeu. Et de l’autre Meron Getnet, une actrice connaissant déjà un grand succès en Éthiopie, qui est éclatante de beauté mais aussi de crédibilité dans la peau de cette jeune avocate pleine de tempérament et de ténacité. Le reste du casting n’est pas non plus inintéressant et la direction d’acteurs remarquable, offrant une vraie dimension réaliste nécessaire au sujet.

Des moments forts émaillent aussi le récit que ce soit dans des intérieurs très soignés ou dans la douceur de ces extraordinaires paysages éthiopiens. Le tout nous plongeant dans une culture qui peut nous dépasser mais qui, dans le même temps, devient véritablement enrichissante. Je pense par exemple à l’étonnant passage du conseil de village en pleine nature où les hommes sont réunis pour qu’une sentence non négociable soit prononcée par le sage après que chaque camp ait pu apporter son point de vue et ses attentes, sans se préoccuper du jugement officiel qui doit être encore prononcé à cet instant de l’histoire.

C’est d’ailleurs cette confrontation entre tradition et modernisme qui est là constamment sous-jacent du scénario mais plus simplement de la réalité de l’Ethiopie encore aujourd’hui. Il faut savoir que cet événement de 1996 a donné lieu en 2004 à une modification du code pénal éthiopien qui interdit ces pratiques d’enlèvement et de mariage forcé et condamne à quinze ans de prison leur auteur. Aujourd’hui ces pratiques, en nette régression, n’ont pourtant pas totalement disparu. Et Maeza Ashenafi, toujours aussi combative, continue avec d’autres femmes à se battre pour de telles causes.

Si donc tout n’est pas encore gagné en Ethiopie mais aussi un peu partout sur cette Terre, dans un domaine ou un autre, ce film démontre si nécessaire qu’à l’impossible nul n’est tenu, et que nos luttes contre l’injustice ou contre tout ce qui entrave la liberté individuelle valent la peine quoi qu’il en soit. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui soutient l’engagement d’Angelina Jolie, productrice exécutive du film, connue aussi par ailleurs pour ses combats humanitaires, notamment au sein de l’ONU et de l’UNICEF : « L’histoire de Difret donne de l’espoir pour l’avenir de l’Éthiopie et pour d’autres pays où d’innombrables filles grandissant sans pouvoir faire appel à la loi pour les protéger, et qui montre comment le courage d’individus peut éveiller la conscience d’une société ».

Le succès est au rendez-vous pour Difret avec déjà de nombreuses récompenses dans plusieurs festivals comme Sundance, Berlin, Genève, Montréal ou Valenciennes. Mais le plus belle récompense sera sans doute offerte à tous ceux qui iront le voir et s’ouvriront à un cinéma différent mais extrêmement riche de sens.

 

 

 

Retrouvez aussi, ci-dessous, une interview de Meaza Ashenafi sur TV5 monde