CE QU’ « EMMANUEL » NOUS DIT AUJOURD’HUI

L’actualité, avec son lot de tensions et souffrances constantes, provoque chez bon nombre d’entre nous une certaine sensation de fatigue, de ras-le-bol et l’impression que rien ne tourne bien rond. En tant que chrétiens, nous pouvons nous rassurer en nous rappelant que « Dieu est toujours sur son trône ». Mais en voyant le monde sombrer dans un profond chagrin, nous pouvons nous questionner : « Dieu fait-il un break ? » ou encore « Dieu est-il vraiment au contrôle ? ».

Noël nous rappelle alors que Dieu s’est incarné. Il est venu jusqu’à nous. Emmanuel… Dieu est avec nous et pour nous !

Le prophète Esaïe a manifesté son espoir en Dieu, certain qu’il délivrerait son peuple dans une période de profondes turbulences. Alors que les royaumes du nord et du sud combattaient amèrement, les laissant dans le même temps vulnérables aux attaques ennemies et la ruine ainsi certaine, Dieu leur a promis un Sauveur : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici que la jeune fille est enceinte, Elle enfantera un fils Et lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Esaïe 7.14)

Aujourd’hui, nos communautés et le monde plus généralement font encore face à des combats horribles et à des divisions amères. Les images des réfugiés syriens se sauvant d’un génocide nous inondent et provoquent peine et sentiment d’impuissance. Les attentats dévastateurs et inhumains se multiplient. Une crainte globale quand à l’avenir se développe. Un repliement sur soi, à titre individuel ou étatique s’installe… Et, plus simplement, nombreux sont ceux qui se sentent accablés dans leurs propres vies personnelles. Comme au temps d’Esaïe, nous attendons donc un mouvement de Dieu.

Et Noël est là ! Il nous rappelle l’espoir d’Israël dans la venue d’un Messie pour sauver, pardonner et reconstruire. Et résonne ainsi au fond de notre cœur ces autres paroles du prophète : « Le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière. Pour ceux qui vivent dans le pays de l’obscurité, une lumière se met à briller. » (Esaïe 9 : 1)

Ce Noël peut nous interpeller aujourd’hui sur la nécessité d’entrer dans la présence de Dieu pour faire face à la réalité de nos vies et du monde, aussi laid puisse-t-il paraître. L’Esprit souffle afin de nous conduire à abandonner notre confusion, nos ressentiments, notre colère, nos craintes et inquiétudes… Dieu recherche la profondeur de notre cœur pour que nous tournions nos visages vers la lumière éternelle. Oui… notre monde a désespérément besoin d’Emmanuel !

Bien que nous nous débattions au milieu de circonstances douloureuses, d’échecs personnels et d’événements traumatiques du monde, Emmanuel est venu. Et nous ne devons pas perdre espoir. Même dans les plus grandes souffrances… maladies chroniques, dépendances, décès d’un bien-aimé, chômage, tensions financières… Dieu est là ! La Bible nous le rappelle : « Sois sans crainte, Car je t’ai racheté, Je t’ai appelé par ton nom : Tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, Je serai avec toi, Et les fleuves, Ils ne te submergeront pas ; Si tu marches dans le feu, Tu ne brûleras pas, Et la flamme ne te consumera pas. Car je suis l’Éternel, ton Dieu, Le Saint d’Israël, ton sauveur. » (Esaïe 43.1-3) Dieu est avec ceux qui sont dans la guerre, la souffrance, les génocides, la famine, les migrations et chaque autre horreur connues de nos frères et sœurs en humanité. Et nous pouvons être sûrs que Dieu s’oppose à ceux qui commettent le mal.

Plus nous connaissons Jésus, plus nous nous rendons compte que nos vies sont entremêlées avec celles de ceux qui sont autour de nous. Comme l’a écrit l’auteur et théologien américain Frederick Buechner : « La compassion est parfois l’ultime possibilité pour ressentir ce qui se passe dans la peau de l’autre. Comprendre qu’il ne peut jamais vraiment y avoir quelque paix et joie pour moi tant qu’il n’y en a pas finalement pour l’autre aussi. » En regardant les situations désespérées d’autrui comme au-travers des yeux de Jésus nous sommes conduits alors dans les profondeurs de la réalité de notre être : Resterons-nous alors empêtrés dans des « Pourquoi, Dieu ? Pourquoi ? » ou en sortirons-nous, en nous positionnant dans la sécurité qu’il nous offre, en demandant : « Qu’est-ce que Seigneur, tu m’appelles à faire ? »

Emmanuel nous appelle à aimer Dieu et nos voisins de notre plus grande force. Vivre par la foi signifie que nous devons progresser dans des actes courageux de compassion. Face aux diverses échéances politiques, je crois qu’il est plus important que jamais d’entendre le besoin d’être Église. Mettre de côté les divergences politiques et théologiques. Se positionner sérieusement dans nos vies de prière, notre ministère et dans l’engagement auprès des veuves, des orphelins, des immigrés, des réfugiés et de chaque personne marginalisée dans nos nations. À propos de la crise des réfugiés Syriens, Rich Stearns, président de World Vision, écrit : « Nous ne devons jamais perdre notre capacité à nous sentir outragé quand des êtres humains sont tellement durement abattus, et nous devons alors savoir transformer cet outrage en action. » Il nous invite à prier, donner et élever nos voix pour ceux qui subissent la guerre, particulièrement ces familles qui fuient Alep en Syrie.

Le bébé né d’une vierge dans une étable, il y a quelques 2.000 ans, garantit que Dieu est pour nous, pas contre nous. Dieu voit. Dieu prend soin… Emmanuel est venu pour nous racheter ainsi que notre monde brisé de toutes parts. Et nous pouvons être assurément certain qu’il est aux commandes de tout ce qui est présent et tout ce qui est à venir.

 

Inspiré d’un article de Amy R. Buckley (auteur, oratrice et activiste américaine) paru dans Relevant Magazine

L’HORREUR EN PLEINE LUMIÈRE

Spotlight… ou quand l’une des plus sombres affaires touchant l’Église éclate en pleine lumière et nous est racontée fidèlement sur grand écran. Un film qui fait rapidement penser à quelques grands classiques du genre, dont le fameux « les hommes du président ». Plongeon au cœur d’une enquête redoutable et passionnante. 

L’histoire se passe en 2001 à Boston au cœur du grand quotidien de la ville, le Boston Globe. Marty Baron en devient le nouveau patron. Dans sa volonté de relancer la rentabilité du journal en étant prêt à bousculer quelque peu ses lecteurs, très catholiques, et sa rédaction par la même occasion, il demande à l’équipe des quatre journalistes d’investigation nommée « Spotlight » de se concentrer sur l’affaire d’un prêtre pédophile. Leur enquête va déboucher sur le plus grand scandale touchant l’Eglise Catholique à travers le monde, et pour les journalistes, au-delà d’une satisfaction particulière la récompense du prestigieux prix Pulitzer.

Il est des films qui vous laissent sortir en ayant le sentiment d’avoir été sonné. Une sorte de grosse claque ou d’uppercut bien placé, même si ce n’est pas de Creed le dernier Rocky dont je vous parle là. C’est donc de Spotlight qu’il s’agit et qui fait désormais partie de cette liste. Évidemment l’histoire joue un rôle capital dans l’effet ressenti. Ce scandale de viols et d’abus sexuels commis par près de 80 prêtres à Boston (pour le début de l’affaire) ne peut laisser indifférent. Les témoignages de victimes, de proches mais aussi la « mauvaise foi » qui fait face et l’horreur du silence sont des raisons on ne peut plus suffisantes. Mais c’est aussi ce qui entoure les événements qui vient apporter son effet percutant. De la réalisation hyper précise aux acteurs extrêmement justes dans chacun de leurs rôles, en passant par tous les éléments qui font la qualité d’un film. Avec quatre syllabes qui résume parfaitement le tout : so-bri-é-té. Ne cherchez pas d’actions, d’espions, d’explosion, de complots ou d’invasion dans ce film, il n’y a rien de tout cela. Nada… Nul besoin d’ailleurs, à peine quelques larmes. Et c’est sans doute ce qui rend l’impact plus fort encore paradoxalement. On reste pris par le récit, les dialogues et toutes les émotions qui en ressortent… doutes, écœurements, colère, honte.

Et puis si, bien naturellement, l’Église catholique ne ressort pas indemne de ce film, il faut noter que Tom McCarthy, le réalisateur, ne construit pas son film comme un feu nourrit visant à atteindre la foi chrétienne et tout ce qui la représente. Non, ce film est peut être même d’avantage un hommage rendu au journalisme d’investigation, sans toutefois non plus en faire de super-héros. Car ici, tout le monde doit faire face à ses propres contradictions : Journalistes, policiers, juges, avocats, clergé et croyants. Tout ce petit monde n’est ni tout blanc, ni tout noir, comme le rappelle l’un de ces avocats qui, depuis des années, règlent en toute discrétion des « incidents » similaires en répondant au journaliste  Walter « Robby » Robinson pendant son enquête : « Et quand y’a dix ans, je vous ai envoyé une liste de 20 noms de prêtres, vous étiez où ? »

Spotlight, indirectement, évoque aussi forcément des aspects spirituels très intéressants. Plusieurs répliques et dialogues présentent ainsi des questionnements personnels que chacun peut ressentir, tant vis à vis de Dieu que de l’Église. Je pense par exemple à ce moment émouvant où le journaliste Michael Rezendes craque et explique que quelque chose s’est cassée dans sa vie au fur et à mesure de ses investigations. Lui qui n’allait plus à l’Église depuis un certain temps mais qui, au fond de lui, pensait bien y revenir un jour… Mais maintenant, comment le pourrait-il ? Et, d’une certaine façon comme une réponse possible, à un autre moment du film, cette phrase d’un ex-prêtre devenu psychothérapeute mais qui confesse que sa foi en Dieu demeure intacte (c’est cet homme qui donnera à l’équipe du Globe de réaliser que le scandale est bien plus important qu’elle ne pensait) : « L’Église est une institution composée d’hommes. Moi je crois en ce qui est intemporel ! ».

J’évoquais précédemment aussi la précision des acteurs. Il est important de citer le magnifique casting dans lequel nous retrouvons en première ligne l’excellent Mark Ruffalo, mais aussi Michael Keaton, Rachel McAdams et Brian d’Arcy James dans les rôles des journalistes. Liev Schreiber joue Marty Baron et John Slattery joue Benjamin C. Bradlee. Voilà pour l’équipe du Globe. Et mention spéciale également à Stanley Tucci qui joue Mitchell Garabedian, l’avocat d’une partie des victimes.

Maintenant, rendez-vous dans quelques semaines pour la cérémonie des Oscars où l’on espère quelques statuettes qui seraient bien méritées.

DES ARBRES ET UNE MÈRE

Les films américains étant rares cette année en compétition, le nouveau Gus Van Sant était donc très attendu. « The Sea of Trees » (la forêt des songes en version française) était présenté à la presse hier soir. Côté italien, une autre grande attente de cette matinée, le nouveau Nanni Morreti « Mia Madre ».

J’attends toujours avec impatience le premier coup de cœur personnel lors d’un festival. Je dis bien personnel, car il ne reflète pas forcément l’avis des critiques intellos qu’un festival se doit évidemment d’accueillir. Cette expérience fut celle d’un coup double à quelques heures d’intervalle. Hier soir d’abord, lors d’une séance tardive de cette mystique « forêt des songes ». L’histoire d’un américain joué par Matthew McConaughey qui se rend dans une gigantesque forêt japonaise au pied du mont Fujiyama pour mettre fin à ses jours. Son projet va se retrouver chamboulé par un japonais (Ken Watanabe) venu, semble-t-il, pour les même raisons mais qu’il va tenter de secourir lui donnant alors l’occasion de réfléchir à sa propre histoire lié à son épousé (Naomi Watts). Puis ce matin, avec « Mia Madre » dans un style totalement différent, plein d’émotions et d’humour… l’histoire d’une réalisatrice (Margherita Buy) en train de tourner son nouveau film avec un acteur américain (John Turturro) qui a visiblement quelques problèmes de mémoire et de pratique de l’italien, et vivant dans le même temps une séparation sentimentale et l’accompagnement dans ses derniers jours de sa mère, lui donnant ainsi l’occasion de se confronter à son identité et à ses relations humaines.

Le point commun se trouve déjà sans doute dans la qualité de jeu des différents acteurs cités. Beaucoup de justesse, de profondeur… un trio parfait dans la forêt des songes, éblouissant dans les « face à face » nombreux et souvent torturés, un Turturro purement jouissif, qui n’est pas sans rappeler parfois Roberto Benigni, face à une très belle et touchante Margherita pour le Morreti. Le second point commun est plus dans la compréhension des enjeux de chaque histoire. D’un côté comme de l’autre, les deux héros se retrouvent contraints d’une certaines façon à repenser leurs vies. Je dis bien contraints, car rien n’est souhaité mais les événements, rencontres, épreuves conduisent naturellement à cela. Il en est souvent ainsi dans la vraie vie, cette réalité criée par Turturro dans un aveu d’impasse au milieu d’un scène du tournage de Magherita. Les plus grandes épreuves, et en particulier celles qui nous font côtoyer la mort, sont instigatrices de regard sur soi-même, sur son passé et, éventuellement, un avenir plus ou moins envisageable.

 

Mais si des points communs sont évidents, ces deux œuvres sont, malgré tout, à des kilomètres l’une de l’autre.

Gus van Sant nous offre un film que l’on pourrait qualifier très facilement de mystique. Beaucoup de symbolismes, de réflexions sur Dieu et l’au-delà, et un final qui augmente encore plus ce sentiment. Cet aspect du film en rebutera plus d’un, il est vrai (et en particulier ces fameux critiques évoqués en début d’article souvent allergiques à ce type de démonstration). Et on pourra regretter sans doute, il est vrai, que le réalisateur nous livre trop les choses. Un peu plus de retenue aurait sans doute était plus intéressant. Mais, néanmoins, ce film est porteur d’une grande espérance, de l’importance à donner aux choses essentielles de l’existence, des valeurs relationnelles et du don de soi. Alors comment ne pas y être sensible ?

De son côté, un cinéma plus léger, à l’italienne que sait si bien faire Morreti et qui me réjouit toujours autant. On part d’une histoire forte et difficile pour constamment alterner entre sensibilité et éclats de rire, l’un et l’autre se répondant, permettant de traverser cette histoire paisiblement, et invitant naturellement à accompagner Margherita à la fois dans une réflexion plus profonde sur sa vie (sur nos vies ?) et globalement sur le cinéma.

SELMA, POUR SE METTRE EN MARCHE !

Étonnamment, aucun biopic sur Martin Luther King n’avait été jusqu’alors réalisé au cinéma. C’est maintenant chose faite, avec l’heureuse initiative de la jeune cinéaste Ava DuVernay,  issue du cinéma indépendant, qui avec SELMA, nous plonge au cœur du combat mené par ce pasteur baptiste pour garantir le droit de vote à tous citoyens américains. Le film sort sur les écrans français le 11 mars, après avoir reçu l’oscar de la meilleure chanson originale.

L’histoire se déroule au début de 1965. Une grande partie des Afro-Américains ne peuvent toujours pas voter. Martin Luther King demande au président Lyndon B. Johnson d’abroger la loi, mais sans succès. Pour le convaincre de changer le cours de l’histoire, il organise trois marches pacifiques dans les rues de Selma dans l’Alabama. La situation s’envenime et tourne au chaos, alors que les blessés se multiplient et que les scènes de violence ébranlent les communautés blanches et noires. Porté par ses discours de tolérance, son dévouement envers sa famille et sa foi inébranlable, Martin Luther King tente de rallier partisans et adversaires à sa cause non violente.

Autant le dire tout de suite, on ne ressort pas totalement indemne de ces 128 minutes de grand cinéma. Et nul besoin d’attendre très longtemps pour se retrouver interpelé au plus profond de soi, bouleversé par ce récit magnifique mais terriblement dur à la fois.

Il y a sans doute beaucoup de raisons à cela. Évidemment l’histoire en elle-même en tout premier lieu, mais aussi une réussite technique et artistique indéniable (au point où le prestigieux site américain Rotten Tomatoes qui recense les avis de critiques professionnels attribue une note parfaite à Selma et ce, avec plus de 80 commentaires au total). On a là déjà donc des ingrédients consistants… mais peut-être que ce qui accentue et donne tant de force à ce film se situe encore ailleurs. Dans ce parti pris de la réalisatrice Ava DuVernay de se fixer non sur la vie ou une longue période de l’histoire de MLK (ce qui est généralement le cas pour grand nombre de biopics traditionnellement, de plus quand il s’agit du premier) mais sur un événement marquant, les marches de Selma. Toute l’action est concentrée. Concentrée sur quelques jours simplement, concentrée également sur les personnages, privilégiant la proximité avec les acteurs au travers de gros plans (alternant de temps en temps avec quelques plans larges qui soudainement prennent encore plus d’importance), filmant au plus près des corps, des visages, des regards, positionnant l’humain au centre du déroulement des événements, grâce aussi à une grande qualité photographique.

Si le docteur King est inévitablement au cœur de l’histoire, Ava DuVernay nous offre de la vivre au travers également des personnages qui l’accompagnent, qui donnent sens au récit, d’un côté comme de l’autre si l’on peut dire. Et tout cela, sans surenchère émotionnelle, juste le nécessaire, avec un ton juste et un jeu remarquable des acteurs qui ont parfaitement compris la psychologie des différents protagonistes. Que ce soit l’acteur très en vue actuellement à Hollywood, David Oyelowo, s’immergeant étonnamment dans le rôle de Martin Luther King, ou, pour n’en citer que quelques-uns, Tim Roth dans la peau du cynique gouverneur Georges Wallace, la magnifique Carmen Ejogo jouant l’épouse de MLK Coretta Scott King, ou encore, dans la peau d’un président Johnson embarrassé et très politicien le talentueux Tom Wilkinson.

J’évoquais la chanson de Mahalia, plus qu’un simple moment spécifique, c’est l’ensemble de la bande son qui est aussi porteuse d’émotion et de force. Musiques instrumentales, chansons et, comme un hymne final rendant le message encore plus actuel, ce Glory de John Legend et Common, qui conclut le générique, déclenche un frissonnement bien agréable et offre l’oscar de la meilleure chanson originale. Enfin, une autre jolie trouvaille repérée dans l’excellent travail de la réalisatrice. Si le pasteur King reste connu comme un homme de parole, avec en particulier ses célèbres discours ou citations qui foisonnent encore sur internet, Ava DuVernay a su aussi donner une grande et belle place aux silences, telles les pauses qui viennent s’inscrire aussi au cœur des Psaumes…. Silences qui donnent au verbe encore plus d’impact et de réalisme, et apportant ainsi une touche de plus à l’extrême humanité présente tout au long du scénario. Cette humanité qui se manifeste sur la globalité de l’être humain : corps, âme et esprit.

Tout y est !

L’aspect physique touchant au corps dans la violence des coups, dans les regards, les visages, les poignées de mains…

L’émotion, les sentiments avec doute, joie, colère, haine, manipulation, amour, relations familiales…

Et enfin spiritualité ! Cet aspect aurait pu passer à la trappe d’une production ne voulant pas insister sur le côté pastoral de King, sur les racines profondes qui le mirent en marche, qui fondèrent ses choix, sur cette Parole de Dieu qui ancrait ses discours et ses actes avec puissance.

Et bien, non ! Cette part du héros est totalement présente, sans excès là encore, mais de façon juste et nécessaire. Cette spiritualité se trouve dans les mots même de MLK, mais aussi souvent dans ceux de ses compagnons d’œuvre qui parfois utilisent la foi et la Parole avec tant de beauté pour le remettre en marche… « regarde les oiseaux du ciel… »… ou cette voix de Mahalia Jackson qui devient celle du Seigneur et résonne au téléphone au cœur d’une nuit de doute… ou celle encore de ce prêtre blanc qui, avant de subir la violence des coups et mourir, s’interroge sur un choix de King (lorsqu’il traverse l’Edmund Pettus Bridge en tête de la dernière marche et décide, alors que les policiers s’écartent cette fois-ci, de s’agenouiller, prier et rebrousser chemin à la surprise générale) et y voit l’insertion soudaine de Dieu comme au cœur parfois de l’une de ses prédications…

SELMA, un film militant et historique qui parle de marches mais qui surtout peut encore nous mettre en marche. Une histoire d’une urgente nécessité dans notre contexte actuel d’intolérance et de violence, pour rappeler des fondements nécessaires à la vie, à l’homme et à la société, au travers de ses discours de lutte, de refus d’abdiquer et de baisser les bras et dans l’évocation de cette résistance pacifique et spirituelle qui peut faire tomber les plus grands murs de séparation et de haine.


Paroles et traduction de Glory

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

 

Hands to the Heavens, no man, no weapon

Les mains au ciel, aucun homme, aucune arme

Formed against, yes glory is destined

Forgés à l’encontre d’autrui, oui la gloire est promise

Every day women and men become legends

Chaque jour des femmes et des hommes deviennent des légendes

Sins that go against our skin become blessings

Les péchés à l’encontre de notre peau deviennent des bénédictions

The movement is a rhythm to us

Le mouvement est un rythme pour nous

Freedom is like religion to us

La liberté est comme une religion pour nous

Justice is juxtaposition in us

La justice est une juxtaposition en nous

Justice for all just ain’t specific enough

Justice pour tous n’est pas assez spécifique

One son died, his spirit is revisitin’ us

Un fils est mort, son esprit revient nous voir

Truant livin’ livin’ in us, resistance is us

L’absenteïste vit, vit en nous, le résistance est en nous

That’s why Rosa sat on the bus (1)

Voilà pourquoi Rosa s’est assisse dans le bus

That’s why we walk through Ferguson with our hands up (2)

Voilà pourquoi nous marchons sur Ferguson les poings levés

When it go down we woman and man up

Lorsque ça s’envenime, nous femme et homme nous montons au créneau

They say, « Stay down » and we stand up

Ils disent « Restez à vos places » et nous nous levons

Shots, we on the ground, the camera panned up

Tirs, nous sommes à terre, la caméra tourne

King pointed to the mountain top and we ran up

Le roi s’établit au sommet et nous nous élançons

 

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

Glory

Gloire

 

Now the war is not over

Maintenant la guerre n’est pas finie

Victory isn’t won

La victoire n’est pas gagnée

And we’ll fight on to the finish

Et nous nous battrons jusqu’à la ligne d’arrivée

Then when it’s all done

Puis quand tout sera fini

We’ll cry glory, oh glory (x2)

Nous crierons gloire, oh gloire

 

Selma’s now for every man, woman and child

Selma maintenant pour chaque homme, femme et enfant

Even Jesus got his crown in front of a crowd

Même Jésus a sa couronne devant une foule

They marched with the torch, we gon’ run with it now

Ils ont marché avec la torche, nous allons courir avec elle dorénavant

Never look back, we done gone hundreds of miles

Ne jamais regarder en arrière, nous avons fait et passé des centaines de miles

From dark roads he rose, to become a hero

Des rues sombres il s’est élevé, pour devenir un héros

Facin’ the league of justice, his power was the people

Face à la ligue de la justice, son pouvoir était le peuple

Enemy is lethal, a king became regal

L’ennemi est mortel, un roi est devenu majestueux

Saw the face of Jim Crow under a bald eagle (3)

Nous avons vu le visage de Jim Crow, sous l’aigle à tête blanche

The biggest weapon is to stay peaceful

La plus grande arme est de rester pacifique

We sing, our music is the cuts that we bleed through

Nous chantons, notre musique est la coupure par laquelle nous saignons

Somewhere in the dream we had an epiphany

Quelque part dans le rêve que nous avions une épiphanie

Now we right the wrongs in history

Maintenant, nous redressons les torts de l’histoire

No one can win the war individually

Personne ne peut gagner la guerre individuellement

It takes the wisdom of the elders and young people’s energy

Il faut la sagesse des anciens et l’énergie des jeunes

Welcome to the story we call victory

Bienvenue dans l’histoire que nous appelons Victoire

Comin’ of the Lord, my eyes have seen the glory

L’avènement du Seigneur, mes yeux ont vu la gloire

 

One day, when the glory comes

Un jour, lorsque la gloire arrivera

It will be ours, it will be ours

Elle sera nôtre, elle sera nôtre

Oh, one day, when the war is won

Oh, un jour quand la guerre sera gagnée

We will be sure, we will be here sure

Nous serons c’est certain, nous serons là c’est certain

Oh, glory, glory (x2)

Oh gloire, gloire

Glory

Gloire

 

When the war is done, when it’s all said and done

Lorsque la guerre est finie, quand tout est dit et fait

We’ll cry glory, oh glory

Nous crierons gloire, oh gloire

LIBRE D’HUMOUR

Comment ne pas être horrifié par cet attentat innommable, perpétré hier 7 janvier 2015, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris ? Si une idéologie extremiste haineuse porte l’action de ces terroristes jusqu’à l’impensable, il y a aussi plus globalement cette question de la liberté artistique et de la place de l’humour comme cible visée. 

J’ai pu constater dans certaines réactions depuis hier midi (je ne parle pas là de celles de fous-furieux légitimant ces actes odieux), que tout en exprimant leurs réprobations, apparaissent aussi certains relents exprimants leurs soucis avec des dessins passés de ces artistes qui les auraient offensés dans leurs convictions, leurs engagements. Il n’y a pas je crois, deux poids, deux mesures dans cette question. Pas non plus, me semble-t-il (j’exprime là en effet une pensée personnelle), de limites à la liberté artistique et à celle de l’humour… tant que ceux-là ne deviennent pas un support contestable à l’incitation à la haine, à l’exclusion et à la violence.

Notre belle langue française nous permet de jouer avec les mots et pouvoir ainsi faire se répondre ou se confondre les mots amour et humour. Ce dernier justement trouverait ses racines dans celui de humeur avec l’aide de nos voisins britanniques. L’humeur, du latin humor (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. Pour nous conduire à l’entendre donc comme un trait de caractère de la personnalité… J’aime alors me rappeler cette vérité fondamentale biblique qui dit que Dieu est amour et la faire se métamorphoser avec celle qui dirait que Dieu est humour. N’y voyez-là aucun blasphème (enfin, vous en avez le droit après tout…) mais ma lecture des textes fondateurs de ma foi chrétienne me conduisent à l’entendre aussi ainsi. Humour du Père, du Fils et de l’Esprit dans leurs actes, leurs paroles, leurs silences… un humour pas toujours compris, pas souvent accepté (voilà là encore un trait caractéristique de l’humour… et de l’amour)… mais pourtant présent ou induit. Volontairement, je n’entrerai pas là dans un exposé précis de textes (ce n’est pas l’objet de cet écrit). Des articles existent déjà sur le sujet et je me réserve la possibilité d’en faire un plus détaillé, peut-être, dans l’avenir. Même quand l’humour égratigne, interpelle, remet en question et peut me secouer… il joue alors aussi un rôle aimant et équilibrant dont notre société humaine à besoin éternellement.

L’autre aspect du sujet touche à la liberté artistique que je ne cesserai de défendre. Ceux qui me connaissent, m’entendent ou me lisent le savent déjà ! J Un chapitre tout entier de mon livre « Malléable, pour tout recommencer », intitulé Développer son potentiel créatif, évoque ces emprisonnements qui se mettent souvent en place pour délimiter l’œuvre de l’artiste. Et nos concepts religieux, tellement souvent loins de la foi, viennent s’engouffrer avec force dans ces ornières dangereuses.

Mon Dieu est celui de la grâce et de la liberté. Qu’il m’appelle à vivre selon certains principes auxquels je choisi d’adhérer est une chose mais, pour autant, il ne me donne pas le droit d’imposer à mon prochain ce qu’il peut ou ne peut pas faire. Il m’encourage à être témoin de sa grâce, à être indicateur du chemin qu’Il est lui-même pour ma vie, à encourager, à relever, à aimer… et comme aimer sans laisser l’autre libre ?

C’est en paraphrases que je conclurai ces lignes… paraphrase d’un slogan publicitaire et paraphrase d’un texte du Nouveau Testament :

L’humour & la liberté… ça fait du bien là où ça fait mal !

Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien de plus qu’un métal qui résonne ou qu’une cymbale bruyante. Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n’ai pas d’humour, cela ne me sert à rien. L’humour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. L’humour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’humour ne disparaît jamais.  (Adapté avec amour du texte d’1 Corinthiens 13.1-8)