UN JURY PAS COMME LES AUTRES

À l’occasion de ce 68ème Festival de Cannes qui ouvrira ses portes ce mercredi 13 mai 2015, le 42ème Jury œcuménique cannois officiera pour remettre une nouvelle fois des prix à plusieurs films répondant à ses critères artistiques, humains et évangéliques, dans la sélection officielle. 

Étonnant sans doute, pour beaucoup de festivaliers, de découvrir p. 39 du Catalogue officiel du Festival de Cannes, la présentation d’un Jury œcuménique aux côtés du Jury FISPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) et du prix François Chalais. Des chrétiens à Cannes pour remettre des récompenses ? Sans doute une sélection parallèle dont on ne parle pas, qui présenterait des films à caractères religieux ?… Mais, non, à y regarder de plus près, c’est bel et bien des films de la sélection officielle et de la sélection « Un certain regard » qui sont concernés. Et ce n’est pas une nouveauté farfelue, non plus, qu’aurait introduit le nouveau président Pierre Lescure, puisque cette présence date de 1974. Un sacré bout de chemin parcouru déjà et de grands films récompensés, parfois même avec un certain discernement étonnant comme l’année dernière avec le prix attribué à Timbuktu (seule récompense cannoise avec le prix F. Chalais) annonciateur de nombreuses autres récompenses pour ce film, dont ces fameux sept Césars en février 2015.

Alors s’il ne s’agit pas de films à caractère religieux, quelles sont donc les spécificités recherchées par ce Jury pour dégager de la sélection plusieurs longs métrages ?

C’est en fait une combinaison de plusieurs aspects qui sont recherchés :

– de la qualité artistique ben évidemment en premier lieu,

– des valeurs humaines trouvant écho dans l’Évangile telles que par exemple la justice, la dignité, la paix, la réconciliation,

– une capacité à déclencher la réflexion, l’échange, le partage… à donner au spectateur la possibilité de réfléchir ou d’être interpellé,

– de montrer une grande ouverture aux diversités culturelles, sociales ou religieuses.

Finalement, pour reprendre une citation du réalisateur américain Jonathan Demme (Oscar du meilleur réalisateur an 1992 pour « Le Silence des Agneaux »), récompenser des films qui répondent à ces trois fonctions vitales : Primo : divertir. Secundo : faire réfléchir grâce à une fiction qui ne privilégie pas seulement le divertissement. Tertio : être un miroir de l’existence.

Ce sont donc encore six jurés internationaux, venus de France, Canada, Italie et Royaume-Uni, et désignés à part égale par les deux associations organisatrices de ce Jury œcuménique, SIGNIS du côté catholique et Interfilm pour les protestants, qui visionneront à l’occasion de ce 68ème festival de Cannes une quarantaine de films. Son palmarès sera annoncé le samedi 23 mai à 17h dans un salon du Palais des Festivals, à l’occasion d’une cérémonie officielle en compagnie du Jury FIPRESCI.

En parallèle du travail des jurés, il faut aussi noter un certain nombres d’événements proposés par les deux associations SIGNIS et Interfilm, tout au long du festival : Un stand du Jury œcuménique au Marché international du film, plusieurs présentations officielles et cérémonies (sur le stand, dans une rue cannoise, à l’hôtel de ville…), une montée de marches officielle, une célébration œcuménique dans une église de la ville, un culte et une messe « spécial Festival », des mini-conférences sur le stand, l’animation d’un site internet pendant toute la durée du festival (www.juryoecumenique.org) et l’accueil de nombreux invités dont, cette année, le Secrétaire Général de la Fédération Protestante de France Georges Michel qui apportera la prédication le dimanche matin au Temple de l’EPU de Cannes.

JESUS FOOTBALL CLUB

Retour sur un reportage diffusé il y a quelques mois sur Canal + évoquant les rapports entre Football et Christianisme, en zoomant tout particulièrement sur la situation de PSG où 7 joueurs actuellement sont « identifiés » comme chrétiens engagés (protestants et catholiques). Je préciserai là, que c’est en qualité de pasteur protestant évangélique mais aussi de communicant (ex rédac chef de magazine et toujours impliqué dans la communication), d’amateur de football (et ex joueur… quand même un peu ) et plus particulièrement de fervent supporter du PSG (depuis le tout début des années 80) que je réagirai dans cet article. Ces différentes « casquettes » sont importantes pour moi et me poussent là à chercher à être le plus pertinent possible.

Si de temps en temps certains médias s’intéressent à la foi de certains sportifs individuellement (chrétiens ou musulmans), il me semble que ce reportage est l’un des tout premiers à proposer d’aller plus loin et plus longuement, sur ces relations entre foi chrétienne et football assez globalement. On pourra donc s’en réjouir. Pour rester dans un premier temps sur une observation générale du documentaire, il me semble important de préciser que nous sommes là face à un travail plutôt bien fait, qui se veut assez honnête et réaliste. La parole est donnée à plusieurs joueurs, de confessions diverses, avec des approches de la foi différentes… à l’entourage (spirituel ou professionnel)… les spécificités culturelles (en particulier concernant l’Amérique du sud) sont bien notées… et une voix off commente et accentue tel ou tel autre point du sujet. On ne peut ainsi pas dire qu’il y ait eu une démarche éditoriale de discréditer ou, à l’inverse, de vanter quoi que ce soit.

En résumé donc, un certains nombre de footballeurs de renom revendiquent une foi engagée en Jésus-Christ aujourd’hui (et déjà depuis un certain temps) et en témoignent ouvertement. Beaucoup viennent d’Amérique du Sud et le Paris St Germain, en tant que club, est devenu une vitrine de premier choix. À partir de là se pose logiquement certains questionnements : Pourquoi ? Quelles conséquences ? Y a-t-il des limites à envisager ? Quid des autres religions ?…

 

Mais en y regardant de plus près, un certain nombre de maladresses m’ont vraiment gêné et malheureusement entaché en partie le résultat. Je souhaiterai simplement en relever quelques-unes :

– Tout d’abord le vocabulaire choisi dans les commentaires allant souvent directement en opposition avec ceux des protagonistes : D’un côté, en voix off, on parle en insistant grossièrement parfois (et en accentuant l’effet par la musique accompagnatrice) d’adeptes, de transe, de prêcheur ou prosélytisme et on surenchéri avec la « religion » encore et encore… De l’autre, les joueurs et autres interviewés parlent de relation avec le Christ, de partage, d’amour, d’hommes de bien, de grand frère, d’intégration, de remerciements, de pacification… Sincèrement, parfois on frise quelque peu le ridicule.

– Comme trop souvent aussi, le montage de certains interviews laisse vraiment à désirer. OK, qu’on ne passe pas tout l’interview est évidemment logique mais parfois là, on se retrouve face à un montage hyper tendancieux tellement « cut » où juste quelques mots sont gardés totalement hors contexte et donc pouvant laisser penser ou comprendre tout et n’importe quoi… je pense à toute la partie sur la famille, l’éthique et l’argent avec Marcos Ceara et Alex. Bon, forcément, ça fait du buzz.

– Toujours sur les questions financières… la fameuse « dîme » évoquée par les deux mêmes  joueurs. Amusant d’évoquer alors la situation du PSG pour arriver à la conclusion que le Qatar (et l’Islam par voie de conséquence) finance indirectement les évangéliques (et qui dit PSG… dit de Paris… et de France) à hauteur de centaine de milliers voir de millions d’euros chaque année, dixit le commentaire. Amusant et facile… mais loin de la réalité quand même car, si l’on regarde de plus près la situation des Églises évangéliques de France, on est loin de trouver des Églises qui regorgent de richesses et c’est plus souvent l’inverse qui se voit… avec des assemblées manquant souvent de ressources, de moyens financiers et qui, malgré tout, restent très investies dans le social entre autre et l’aide au prochain. Qu’une église locale, accueillant l’un de ces joueurs (et pas forcément dans le pays où ils jouent mais plus souvent leur église d’origine) puissent être bénie par leurs dons est une chose (positive d’ailleurs) mais ce n’est pas pour autant que tous les évangéliques de la planète en bénéficie ! Et puis est-il utile aussi de rappeler là l’engagement du CNEF (Conseil National des Évangéliques de France) contre un enseignement de l’évangile de la prospérité véhiculé parfois.

Alors, rassurez-vous… c’est tout de même sur une note extrêmement positive que j’aimerai conclure ces quelques lignes. Il ressort de façon très directe, au travers notamment des propos de Charles Villeneuve, que la foi de ces sportifs n’est pas simplement paroles ou démarche évangélisatrice calculée mais qu’elle a un impact bien réel dans leur vie et dans leurs relations… et donc à fortiori dans les clubs concernés également : « Avoir ces joueurs dans l’équipe est une force, une sorte de colonne vertébrale, une épine dorsale. Ils sont des éléments de pondération, de calme, de paix dans le vestiaire. » Et notre Loulou Nicollin national ne dément pas et reconnait même que son choix personnel de loger plusieurs jeunes du centre de formation de Montpellier dans une pension catholique a eu des vertus positives sur eux comme le confirme d’ailleurs Rémy Cabella qui a pu l’expérimenter personnellement.

Et côté performances ? Juste quelques footballeurs parmi tant d’autres… Cavani, Alex, Falcao, Maxwell, Lucas, Marquinhos, Ceara, Matuidi, Thiaggo, Pelé, Kaka, Messi… Loin de moi bien sûr la pensée que la foi rend le sportif plus efficace… mais…

Enfin, et en guise d’ultime clin d’oeil, un dernier intérêt du reportage se situe peut-être dans l’explication par les jeunes du Centre de Formation de Montpellier que les matchs nuls ne seraient peut-être finalement que le résultat des prières de chrétiens d’équipes opposées… mais là je n’irais pas plus loin.