Aux racines de la musique populaire

Jusqu’au 22 juin, Arte rediffuse American Epic – Aux racines de la musique populaire, une véritable pépite de documentaire. Mêlant archives et témoignages rares, il raconte la fabuleuse épopée de la musique populaire (country, gospel, latino, rhythm’n’blues…) aux États-Unis, portée par l’essor de l’industrie du disque.

À l’origine, American Epic est un projet phénoménal porté par le réalisateur et producteur Bernard McMahon,  avec le soutien de plusieurs personnalités telles que le mythique producteur et musicien T-Bone Burnett, mais aussi Robert Redford ou le musicien Jack White. L’objectif étant de retracer l’histoire des origines de la musique populaire américaine, de la country au folk en passant par le gospel et le blues. Un travail colossal avec des archives filmées et sonores exceptionnelles, ainsi que des témoignages inédits étalés sur cinq épisodes d’une durée totale de trois heures trente, mais aussi 5 CD thématisés et un livret de 100 pages. Tout cela est à retrouver sur www.americanepic.com.

Arte ne propose pas la version intégrale mais une sorte de best of, très efficace, d’une heure et demie qui met sacrément en appétit ! Car c’est déjà là un vrai régal pour tout amateur de musique ou pour quiconque qui s’intéresse de près ou de loin à la culture contemporaine.

Façon road-movie musical, le spectateur se retrouve à sillonner les États-Unis à la rencontre des héritiers de ces pionniers et à la découverte d’incroyables artistes et leur musique. Ces héros sont la Carter Family, Jimmie Rodgers, Charley Patton, Robert Johnson, Lydia Mendoza…, quelques-uns parmi beaucoup d’autres. Et basta les couleurs qui séparent (et ce n’est pas peu dire !)… ce sont des musiciens blancs, noirs ou latinos dont on écoute encore les chansons aujourd’hui et qui sont considérés chacun dans leur genre comme des fondateurs (du blues, du gospel, de la country), les socles sur lesquels la musique populaire américaine du XXe siècle s’est érigée.

Un son brut, immortalisé dans une magistrale bande sonore, qui est aussi un voyage dans l’Amérique rurale des années 1920 et un peu 1930. On y prêche l’Évangile avec ferveur, on lave dans le même temps les cheveux noirs des latinos à l’essence, il y a des faits divers croustillants qui inspirent le blues… c’est l’histoire aussi du chemin de fer mais surtout celle de l’industrie du disque et de la radio. C’est ainsi que Ralph Peer, producteur de Victor Talking Machine Company, devient un dénicheur de talents qui aime enregistrer la musique des travailleurs et du peuple. Il avait, paraît-il, « l’art de se trouver là où tombe la foudre ». 

Et pour prolonger ce si bon moment, comment ne pas vous recommander de passer par YouTube et de profiter d’American Epic Sessions, qui est, en quelques sortes, l’aboutissement du projet où le réalisateur invite et filme en studio vingt artistes contemporains qui rendent hommage à ces pionniers du microsillon américain. On y retrouve, entre autre : Nas, Alabama Shakes, Elton John, Willie Nelson, Merle Haggard, Jack White, Taj Mahal, Ana Gabriel, Pokey LaFarge, Beck, Ashley Monroe et Steve Martin.

Alors voilà… le 22 juin les salles de cinéma vont ré-ouvrir… mais avant un documentaire de cet acabit, please… ça ne se manque pas !

Pour les passionnés, on peut regarde l’ensemble des épisodes en VO anglaise sur plusieurs plateformes internet : Sur iTunes, Amazon ou Google Play.
Et si vous ratez la date du 22/06… dernière solution. Le film best-of dont je viens de vous parler, dans sa version française, est aussi sur YouTube ici.

Bernard MacMahon au travail dans l’Église The Triumph

NOUVEL HORIZON

Bill Deraime, l’un des vieux briscards du blues français, qui en est devenu un symbole, célèbre ses cinquante ans de carrière avec un exceptionnel vingtième album studio mêlant passé et avenir.

Nouvel Horizon est un disque choral qui reprend en duo plusieurs de ses titres mythiques (Babylone, Le bord de la route, Un dernier blues, plus la peine de frimer…) avec sa bande d’amis dans laquelle on retrouve Kad Merad, Florent Pagny, Bernard Lavilliers, Jean Jacques Milteau, TRYO, Sanseverino, Fratoun (chanteur des Guetteurs), Yves Jamait, Joniece Jamison. Mais Bill ne regarde pas uniquement dans le rétroviseur. Il sait encore se projeter en avant en donnant de nouvelles et très jolies couleurs à ces anciens titres, en en proposant de nouveaux inédits démontrant que l’inspiration est toujours parfaitement au rendez-vous… mais aussi en indiquant une dimension spirituelle encore plus vaste et fondamentale.

Car oui, Bill Deraime n’est pas un artiste comme tous les autres. Peut-on d’ailleurs être un vrai bluesman et ressembler aux autres ? Bill ne sépare pas en tout cas toute cette dimension spirituelle et humaine de ses mots et de sa musique.  J’ajouterai même de sa vie tout simplement. Pas de faux semblants ou de discours fabriqués mais de l’authentique avec des fêlures, de la joie, de l’humour, des doutes, des interrogations et de la foi et de l’espérance.

Nouvel Horizon, le titre de l’album, l’indique d’ailleurs parfaitement en reprenant les mots de la première chanson, tout simplement admirable tant dans ses qualités artistiques propres que dans le message dévoilé qui résume l’esprit Deraime et celui de cet album :

« Allez-vous m’aider à chanter ma chanson / Jusqu’à la fin chanter un chant d’libération / Pour imaginer un nouvel horizon »

Ou encore dans son dernier couplet :

« Assez parlé, divisé, dominé, / C’est l’esprit seul qui nous rassemble / Assez jugé, classé, assassiné, / Pensons plutôt l’avenir meilleur pour vivre ensemble. / N’ayons plus peur à chaque matin sa peine / Demain déjà luit dans la nuit d’aujourd’hui / Qui sème le vent de la tendresse humaine / Moissonne les champs dorés de l’infini. »

 

Pour revenir sur l’aspect artistique, Nouvel Horizon nous ballade dans les rythmique et l’univers de l’artiste : Blues évidemment, mais reggae, ballades, boogie, et ambiance Nouvelle-Orléans (avec même une pointe de culture amérindienne). Comme toujours, car c’est une constante chez Bill, on retrouve autour de lui une équipe musicale remarquable. Alors ça tourne, ça groove et ça offre une toile quasi parfaite pour que la voix grailleuse du barbu blanchâtre aux 70 balais vienne se poser pour distiller ses textes qui font tellement sens aujourd’hui encore. Et puis il y a tous ces duos plutôt vraiment sympas et bien vus comme celui avec Kad Mérad sur la reprise d’Otis Redding. Vrais coups de cœurs perso aussi pour L’enfer avec Lavilliers (titre qui lui colle avec une justesse étonnante) ou pour la revisite de Babylone avec Tryo. Concernant L’enfer, Bill Deraime explique que cette chanson est dédiée au collectif Les Morts de la Rue. Florentine, son épouse, et lui appartiennent à ce collectif qui se charge des enterrements des gens qui meurent dans la rue, pour leur éviter la fosse commune. Pour qu’ils soient enterrés dignement, avec une petite cérémonie. La phrase clé du titre, c’est « Et l’homme créa l’enfer » précise-t-il. C’est une chanson reptilienne, qui convie à un voyage intérieur.

Les inédits sont aussi bienvenus et par exemple ce Raymond. Bien différent de celui de Carla, ce Raymond là, c’est Ray Charles, bien sûr, mais c’est aussi l’histoire d’un mec qui part sur les routes du blues, là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique. C’est une chanson blues funky, au sourire en coin, dédiée à son ami Chris Lancry.

Et pour finir, je reprendrai simplement les propos élogieux du magazine RollingStone d’une grande justesse : Cet opus nous fait passer du rire aux larmes, de l’espoir à la fin éternelle, de la grandeur de l’homme à sa fragile humanité. Bill Deraime donne une grande leçon de blues, et vise juste.

Enfin, sachez que Bill débutera ensuite une tournée anniversaire… et même si l’album est un vrai régal… Bill sur scène c’est tout simplement vrai et merveilleux !