LIBRE D’HUMOUR

Comment ne pas être horrifié par cet attentat innommable, perpétré hier 7 janvier 2015, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris ? Si une idéologie extremiste haineuse porte l’action de ces terroristes jusqu’à l’impensable, il y a aussi plus globalement cette question de la liberté artistique et de la place de l’humour comme cible visée. 

J’ai pu constater dans certaines réactions depuis hier midi (je ne parle pas là de celles de fous-furieux légitimant ces actes odieux), que tout en exprimant leurs réprobations, apparaissent aussi certains relents exprimants leurs soucis avec des dessins passés de ces artistes qui les auraient offensés dans leurs convictions, leurs engagements. Il n’y a pas je crois, deux poids, deux mesures dans cette question. Pas non plus, me semble-t-il (j’exprime là en effet une pensée personnelle), de limites à la liberté artistique et à celle de l’humour… tant que ceux-là ne deviennent pas un support contestable à l’incitation à la haine, à l’exclusion et à la violence.

Notre belle langue française nous permet de jouer avec les mots et pouvoir ainsi faire se répondre ou se confondre les mots amour et humour. Ce dernier justement trouverait ses racines dans celui de humeur avec l’aide de nos voisins britanniques. L’humeur, du latin humor (liquide), désignait initialement les fluides corporels (sang, bile…) pensés comme influençant sur le comportement. Pour nous conduire à l’entendre donc comme un trait de caractère de la personnalité… J’aime alors me rappeler cette vérité fondamentale biblique qui dit que Dieu est amour et la faire se métamorphoser avec celle qui dirait que Dieu est humour. N’y voyez-là aucun blasphème (enfin, vous en avez le droit après tout…) mais ma lecture des textes fondateurs de ma foi chrétienne me conduisent à l’entendre aussi ainsi. Humour du Père, du Fils et de l’Esprit dans leurs actes, leurs paroles, leurs silences… un humour pas toujours compris, pas souvent accepté (voilà là encore un trait caractéristique de l’humour… et de l’amour)… mais pourtant présent ou induit. Volontairement, je n’entrerai pas là dans un exposé précis de textes (ce n’est pas l’objet de cet écrit). Des articles existent déjà sur le sujet et je me réserve la possibilité d’en faire un plus détaillé, peut-être, dans l’avenir. Même quand l’humour égratigne, interpelle, remet en question et peut me secouer… il joue alors aussi un rôle aimant et équilibrant dont notre société humaine à besoin éternellement.

L’autre aspect du sujet touche à la liberté artistique que je ne cesserai de défendre. Ceux qui me connaissent, m’entendent ou me lisent le savent déjà ! J Un chapitre tout entier de mon livre « Malléable, pour tout recommencer », intitulé Développer son potentiel créatif, évoque ces emprisonnements qui se mettent souvent en place pour délimiter l’œuvre de l’artiste. Et nos concepts religieux, tellement souvent loins de la foi, viennent s’engouffrer avec force dans ces ornières dangereuses.

Mon Dieu est celui de la grâce et de la liberté. Qu’il m’appelle à vivre selon certains principes auxquels je choisi d’adhérer est une chose mais, pour autant, il ne me donne pas le droit d’imposer à mon prochain ce qu’il peut ou ne peut pas faire. Il m’encourage à être témoin de sa grâce, à être indicateur du chemin qu’Il est lui-même pour ma vie, à encourager, à relever, à aimer… et comme aimer sans laisser l’autre libre ?

C’est en paraphrases que je conclurai ces lignes… paraphrase d’un slogan publicitaire et paraphrase d’un texte du Nouveau Testament :

L’humour & la liberté… ça fait du bien là où ça fait mal !

Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges : si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien de plus qu’un métal qui résonne ou qu’une cymbale bruyante. Je pourrais transmettre des messages reçus de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n’ai pas d’humour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n’ai pas d’humour, cela ne me sert à rien. L’humour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. L’humour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’humour ne disparaît jamais.  (Adapté avec amour du texte d’1 Corinthiens 13.1-8)

LA VOIX DE L’AMOUR

« Her », le dernier film de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix et la voix de Scarlett Johansson, est sorti au cinéma mercredi 19 mars. Une histoire d’amour totalement étonnante entre un homme et un programme informatique. 

L’histoire se déroule dans un futur proche. On imagine facilement donc une évolution des tendances actuelles où les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle est en plein essor. Et justement, tout commence avec une innovation technologique et la mise sur le marché d’un nouveau programme informatique, un système d’exploitation… une sorte de Siri (la voix de l’iphone !) développé et intelligent. Theodore (joué par Joaquin Phoenix), un artiste des mots (il travaille pour un site proposant d’écrire à votre place des lettres d’amour ou autres missives familiales. Une situation créant un paradoxe criant dans cette histoire entre le son et l’écrit… entre les nouveaux moyens de communication et les anciens qui deviennent presque de l’art), un gentil romantique passant par une phase de déprime et de solitude au seuil d’un divorce extrêmement douloureux, choisit de tenter l’expérience… il opte pour une voix féminine… ce sera celle de Samantha, sensuelle et drôle à la fois, interprétée par Scarlett Johansson… et là la « love story » commence ainsi.

 

Beaucoup de critiques ont déjà était écrites sur ce magnifique film. Et personnellement, je vous recommande celle de mon ami Vincent Mieville sur son blog. Inutile donc pour moi de redire les mêmes choses, arrivant un peu en retard sur le sujet. Mais juste envie donc d’exprimer là un ressenti à la sortie de cette séance. Celui d’un moment de bonheur simple et agréable. Oui, ce film m’a fait du bien !

Il faut vous avouer que je suis très sensible à la voix. À la fois de part le travail que j’ai pu et fais encore avec, de part la formation que j’ai pu avoir (avec plusieurs professeurs de diction, théâtre, communication et chant qui ont eu un fort impact en moi) et peut être aussi tout naturellement par une sensibilité personnelle. C’est pourquoi justement, j’apprécie autant la radio et prends autant de plaisir à en faire encore, à chaque fois que l’occasion et la disponibilité se présente. Aimer une voix qui devient présence et absence en même temps… partager avec elle, cheminer paisiblement, réfléchir à la vie… C’est l’expérience de Théodore et celle aussi finalement de Samantha, avec des spécificités particulières qui apparaissent tout au long du film et ce jusqu’à un rebondissement retentissant que je me préserverai de vous dévoiler.

Un film très riche à différents niveaux : Esthétisme de la photo, qualité des dialogues, scénario extrêmement original, musique (avec la présence du groupe Arcade Fire entre autre) et jeu d’acteur formidables et à propos. Mais aussi par les thématiques abordées directement ou de façon plus suggestives : les relations humaines, l’individualisme (tellement fort ces scènes de rues où chacun marche parlant à son OS… une foule plein d’individus solitaires… avenir ou déjà présent ?), le sens profond de l’amour, le respect de l’autre (qui peut aller jusqu’à l’effacement…) et bien sur l’évolution de la société technologique. Que de richesses ! Alors, comme rien n’est jamais parfait… on pourrait éventuellement trouver parfois le temps un peu long au milieu du film. Ce ne fut pas mon cas personnel, mais cela peut s’envisager et s’entendre, sans doute à cause du rythme et de l’évolution tout en douceur de la relation entre Théodore et Samantha.

Ah, au fait… Théodore dans son étymologie signifie « don de Dieu ». Une idée intéressante à garder en tête, sans aucun doute, pour découvrir ce film d’amour, pas comme les autres.