Les Siffleurs, au cinéma ce mercredi 8 janvier, un très bon thriller façon comédie du réalisateur Corneliu Porumboiu qui nous plonge dans une intrigue criminelle au langage inhabituel et étonnant. De la Roumanie aux Canaries, le complot suit les trahisons croisées entre la mafia et la police, dans une succession d’accords qui sont (presque toujours) faits pour ne pas être respectés.

Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par des trafiquants de drogue, est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera il doit apprendre vite le Silbo, une langue siflée ancestrale. Gâce à ce langage secret, il pourra libérer en Roumanie un mafieux de prison et récupérer les millions cachés. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu…

Après un certain nombre de longs métrages d’art et d’essai (dont 12h08 à l’est de Bucarest qui avait reçu la Caméra d’Or à Cannes en 2006, Police, Adjective et The Treasure) qui ont été acclamés dans les festivals et même distribués en salles au-delà de la Roumanie dans certains cas, l’auteur-réalisateur Corneliu Porumboiu change de style avec Les Siffleurs une coproduction franco-roumaine-allemande qui se déroule non seulement à Bucarest, la ville natale de Porumboiu, mais aussi sur l’île canarienne de La Gomera et même à Singapour. Une histoire extrêmement divertissante, très rythmée et dense à la fois, d’un flic qui double son département et les gangsters avec qui il est pourtant de mèche.

Certains passionnés du réalisateur pourront se sentir un peu déconcertés par ce changement par rapport aux longues prises de vues et au style de production de ses premières productions dans l’esprit de ce que l’on appelle la Nouvelle Vague roumaine. Cependant, la préoccupation récurrente de Porumboiu pour la langue et sur l’héritage du régime répressif de Nicolae Ceaușescu sont toujours là, mais abordée sous un angle différent. 

Au cœur de l’intrigue, cet ancien langage sifflant de La Gomera, aussi connu sous le nom d’El Silbo Gomero et qui, depuis 2009, est entré au « Patrimoine immatériel de l’Humanité » de l’Unesco, que le policier Cristi (Vlad Ivanov) va devoir apprendre de ses nouveaux associés mafieux espagnols afin d’éviter la surveillance de ses collègues policiers. Un système de communication ancestral, qui permet aux sifflements de cartographier les voyelles et les consonnes de l’espagnol sur des hauteurs particulières. Le bruit peut être assez fort pour être entendu à des kilomètres à travers un ravin montagneux sur une île volcanique ou, comme il est intelligemment déployé plus tard, d’un bloc d’immeubles à un autre à Bucarest.

Pétri de dialogues incisifs, le scénario se nourrit de retournements sans jamais exagérer et nous perdre. Le cinéma est aussi un élément interne dans le déroulement de l’histoire. Deux moments restent en tête plus particulièrement avec le clin d’œil à la scène culte de la douche et sa tringle à rideau de Psychose d’Hitchcock, qui est là pour inquiéter mais surtout nous faire judicieusement rire, ou encore le rendez-vous de l’agent double avec la commissaire dans une salle de cinéma sous le regard de John Wayne en train d’échapper aux Indiens à l’écran.

Les différents personnages se jaugent constamment les uns les autres, mais à aucun moment, personne ne semble prendre véritablement le dessus, et grâce à la structure non linéaire, nous aussi, sommes conduits à chercher à rassembler les divers indices. Jusqu’au bout, le suspense demeure, rendant difficile de savoir qui double qui, et comment tout cela va se terminer, ce qui fait finalement aussi l’un des charmes du film. Un autre se situant dans la façon dont la beauté féminine est mise en valeur, et n’a d’égale que la nature paradisiaque où le film a été tourné. En particulier, signalons la prestation très convaincante de la magnifique actrice Catrinel Marlon qui campe Gilda, une vraie femme fatale. L’éclairage, le montage et surtout toute la musique extrêmement variée, s’ajoutent brillamment à ce très bon film qu’est Les Siffleurs, dans lequel la loyauté est plus qu’un roc fondamental dans les relations entre les personnages.