Celui que beaucoup considéraient comme le père de la musique chrétienne contemporaine, Ralph Carmichael, est décédé le 18 octobre à Camarillo, en Californie. Le compositeur et arrangeur a connu un énorme succès dans une grande diversité de genres au cours de ses 94 années de vie, mais il a été particulièrement influent dans la musique chrétienne contemporaine, où il a défié les conventions traditionnelles de son époque en orientant la musique d’Église dans la modernité. Il a inspiré des légendes aussi différente qu’Andraé Crouch, Rez Band ou George Beverly Shea, mais aussi des icônes populaires comme Nat King Cole, les Carpenters, Ella Fitzgerald et Elvis Presley lui-même.

Fils d’un prédicateur pentecôtiste qui le laissait écouter de la musique grand public à la radio, la carrière musicale de Carmichael a débuté au Southern California Bible College (aujourd’hui Vanguard University) où il a monté un quartet d’hommes, mêlant hymnes anciens et jazz moderne. Pour cette audace, sa récompense fût d’être indésirable dans de nombreuses Églises. D’autres communautés chrétiennes l’obligeaient à cacher la batterie dans les coulisses et les pasteurs allaient même jusqu’à couper le courant au milieu du concert lorsque les choses devenaient un peu trop séculières.

Mais un jour, Ralph Carmichael a gagné l’approbation d’un homme qui a tout changé. Billy Graham, qui commençait à acquérir une très forte popularité, lui demanda de composer la bande-son du film La Croix et le poignard dans lequel joueraient Pat Boone and Eric Estrada. La BO, au groove mêlé de latin, de funk et de ballades pop, lui valut de nombreux éloges. Par la suite, il arrangea la musique de séries comme I Love Lucy (qui reste la sitcom la plus connue et la plus populaire aux États-Unis) et Bonanza, ainsi que des films comme The Blob, introduisant son style dans tous les foyers américains. Mais tout ça ne passait pas forcément bien… et c’est ainsi que lorsqu’il aida Bing Crosby pour une émission spéciale de Noël, la dénomination à laquelle il appartenait lui demanda de ne pas renouveler son ordination. Qu’importe… Carmichael n’en a guère besoin, car son travail avec Crosby lui permit de rencontrer Nat King Cole. Ils s’entendent à merveille – Cole est aussi un enfant de pasteur – et Carmichael finit par partir en tournée avec lui et par arranger ses albums studio. Pendant les 40 années qui ont suivi, chaque fois que Hollywood avait besoin d’un arrangement de cantiques ou d’un album de Noël, on faisait appel à Carmichael, le pasteur affable aux oreilles d’or. Parmi les musiciens célèbres, on compte Peggy Lee, Stan Kenton, Bing Crosby, Count Basie, Duke Ellington, Earl (Fatha) Hines, Eddie Fisher, Tex Ritter, Elvis Presley et des dizaines d’autres. Carmichael a travaillé sur neuf des albums de Cole, dont L-O-V-E juste avant la mort du chanteur.

C’est à cette époque que Carmichael a apporté son énergie créatrice à la musique chrétienne qui, à l’époque, était encore boudeuse à l’égard des instrument contemporains électriques. Carmichael a fondé Light Records afin de faire connaître la musique des Jesus People à un public plus large, ignorant les appellations d' »hérétique » de ses détracteurs qui ne supportaient pas le mélange entre hymnes et musique considérée comme mondaine. Auteur de plus de 300 chansons à caractère évangélique, Ralph Carmichael a notamment composé « The Savior Is Waiting », « There Is A Quiet Place », « Reach Out to Jesus » et « He’s Everything to Me » (Il est tout pour moi JEM 125). « Ce que j’ai fait pendant la majeure partie de ma vie d’adulte », a-t-il déclaré au Christian Herald en 1986, « c’est mener une bataille acharnée pour la liberté d’expérimenter différents types de musique pour la gloire de Dieu ».

En 1985, Ralph Carmichael a été intronisé au Gospel Music Hall of Fame. Le jour de son décès, une publication sur ses réseaux sociaux indiquaient que « Ralph a profité pleinement de sa vie. Il était passionné par la musique qui coulait de son âme et la créait comme un professionnel accompli. Il se souciait profondément de sa famille et de ses amis, et il a réalisé ses rêves de cow-boy avec les nombreux chevaux qu’il possédait. Il riait facilement, aimait profondément, appréciait une bonne blague, et charmait tous ceux qui croisaient son chemin. Tout cela était sous-tendu par sa foi inébranlable en son Seigneur Jésus-Christ. »