Pour ce dernier mercredi de janvier, Nos âmes d’enfants vient nous enchanter tant par la beauté visuelle que le sens et la profondeur de son propos. Un duo extrêmement attachant, composé de Joaquin Phoenix au summum de son art et du tout jeune Woody Norman, avec également l’actrice Gaby Hoffmann, mais aussi, de l’autre côté le directeur de la photographie irlandais Robbie Ryan et le scénariste-réalisateur Mike Mills, tous remarquables dans leurs apports respectifs.

Phoenix interprète le rôle de Johnny, un journaliste radio qui qui parcourt le pays pour interviewer des enfants sur leurs réflexions concernant leur monde et leur avenir. Il reçoit un appel téléphonique de sa sœur Viv (Gaby Hoffman), alors qu’il est en mission à Détroit. Il y a une urgence et Viv a besoin que Johnny vienne à Los Angeles pour s’occuper de son neveu de neuf ans, Jesse (Woody Norman), pendant qu’elle rejoint Oakland pour persuader le père du garçon, Paul (Scoot McNairy), en souffrance psychologique, de se faire soigner. Johnny prend immédiatement l’avion. Non préparé à cette responsabilité et au comportement de Jesse, Johnny connaît des débuts difficiles dans son nouveau rôle, alors qu’il tente de jongler entre son emploi du temps et les rigueurs de la vie quotidienne de ce rôle de tuteur. Lorsqu’il apprend qu’il doit partir à New York pour continuer sa série d’entretiens, Johnny demande à Viv si Jesse peut l’accompagner. C’est ainsi que commence un voyage qui va changer toutes leurs vies.

Dans Nos âmes d’enfants, les enfants précisément sont présentés comme des êtres humains à part entière, c’est-à-dire dans leurs complexités propres et avec de riches et pertinentes pensées qui peuvent nous en dire long sur le sens de l’existence. Ici aussi, les épreuves ou difficultés de l’éducation sont abordées avec une honnêteté frontale qui donne lieu, de la sorte, à l’un des films les plus honnêtes et les plus réconfortants possibles.

Sur le papier, il s’agit d’un sympathique scénario mélodramatique, mais le scénariste et réalisateur Mike Mills (Beginners, 20th Century Women), qui s’est progressivement imposé comme l’un des meilleurs chroniqueurs de la vie familiale du cinéma américain, en fait autre chose de bien plus profond par son approche particulièrement nuancée qui sent bon cette sincérité qui fait toute la différence. Oui, il se dégage, tout au long du récit, une honnêteté sans faille, de l’humour et un refus de servir des problèmes émotionnels trop facilement résolus. Le choix du monochrome pour tourner son film peut alors évoquer les nombreuses zones grises qui existent lorsqu’il s’agit de la famille : rien n’est vraiment purement noir et blanc et on ne peut jamais vraiment tout savoir sur les personnes dont on est censé être le plus proche. Mills ajoute également à la texture de la vie intérieure de ses personnages, par le fait de citer des livres et des essais et en notant ses sources à l’écran – une technique qui exploite l’idée qu’en l’absence d’un manuel parental bien défini, la plupart des familles ne font qu’improviser, assemblant à la volée un patchwork de conseils aléatoires dans le vague espoir qu’ils suffiront ainsi à maintenir les choses en place.

Mills a choisi de faire de Johnny un animateur radio qui interroge des enfants sur leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir du monde. Ces moments, capturés avec de vrais enfants et non avec des acteurs qui réciteraient leurs scripts, font partie des meilleurs moments de Nos âmes d’enfants. Que de séquences bouleversantes par la qualité des mots de ces jeunes gens, des choses qui vous donneront certainement une espérance pour l’avenir. Mills choisit de montrer ces interviews tout au long du film (et même au-delà), passant de l’histoire fictive de Johnny et Jesse à celle de vrais enfants dans de vraies villes, qui expliquent leurs espoirs, leurs rêves et leurs craintes. Encore une fois, la sincérité et l’honnêteté de ces enfants sont magnifiques. Pas une seule image de ce film nous donne l’impression que Mills essaie de nous berner. Johnny, Jesse et Viv nous rappellent, quant à eux, que nous sommes tous des êtres humains complexes et que rien n’est facile. Qu’il est bon aussi de s’entendre dire : « C’est normal de ne pas aller bien, tu sais ? » mais qu’il faut tout de même tenir bon, aller jusqu’au bout, et chercher à goûter à la qualité des relations humaines qui ne peuvent se construise véritablement que sur la sincérité et la bienveillance.

Enfin, si Johnny prétend que « l’on oublie tout », Nos âmes d’enfants devient paradoxalement une sorte d’hymne à la mémoire qui passe nécessairement par le goût et la capacité de l’écoute… écouter le monde, écouter l’autre et finalement s’écouter soi-même. Mills est connu pour ses films qui montrent le bon, le mauvais, le laid et le beau de l’humanité, et celui-ci est bel et bien un magnifique exemple du genre… Une grande et belle leçon de vie !