Dans les sorties ciné pour ce premier mercredi de l’année, malgré les nouvelles et sempiternelles contraintes ajoutées, une bonne raison d’aller passer un moment en salles. Neige, de Juliet Berto & Jean-Henri Roger, sélection officielle au Festival de Cannes en 1981, ressort dans une version restaurée.

Anita, elle est barmaid à « La Vielleuse », elle a un grand cœur. Willy lui, Anita il l’aime et c’est pas tous les jours facile. Jocko est antillais, pour vivre son exil, son « truc » c’est l’Église de la Sainte-Trinité dont il est le pasteur. Tous les trois, ils vivent sur les 800 mètres de boulevard entre Barbès et Pigalle. Bobby c’est le môme du quartier, il fait profession de « dealer ». Anita l’a presque élevé et elle ferait tout pour le protéger. Anita et ses deux copains, ils vont vite apprendre le prix du gramme d’héroïne.

Și la figure du pasteur n’est pas rare dans le cinéma américain, voire dans le cinéma scandinave, cela est bien différent dans celui venant de notre bon cher hexagone où, le curé l’emporte aisément. Alors, quand un pasteur est à l’affiche, en bon protestant… on regarde. Bon, j’avoue, celui-là n’est pas des plus catholiques, si vous me permettez l’expression. Jocko est un gentil saint Bernard mais non conventionnel sur les bords, et un peu au milieu également. Il faut dire que ce pasteur antillais exerce dans un quartier pas vraiment comme les autres, surtout quand on est au tout début des années 80. Neige nous offre une immersion entre Pigalle et Barbès, en passant par la Goutte d’Or et la Place Blanche. Un Paris cosmopolite, avec ses lieux mythiques où l’on passe de bars en boites de nuit, cabarets, cinémas porno ou de séries z. Des rues où le trottoir devient tantôt lieu de paris clandestins, ou celui des prostituées, des drogués, des dealers, des travelos, des macs mais aussi des flics pas toujours très clean et à la gâchette facile.

Neige, c’est une histoire à la fois policière mais aussi à dimension documentaire, où chaque personnage respire l’authenticité des lieux et de cette époque, et où derrière chacun d’eux, chacune d’elles se cachent des comédiens et comédiennes remarquables qui fleurent bon ce cinéma du siècle passé. Il y a bien sûr d’abord et avant tout la regrettée Juliet Berto, interprète du rôle principal, celui d’Anita, qui rayonne, illumine chaque plan de caméra. Et on retrouve des références comme le guadeloupéen Robert Liensol, dans la peau du pasteur Jocko, le grand Raymond Bussières dans le rôle de Pierrot le projectionniste. Et toute une ribambelle parmi laquelle citons Jean-François Stévenin, Nini Crépon, Paul Le Person ou encore Patrick Chesnais et Jean-François Balmer, qui assurent tous deux dans l’uniforme des policiers. On remarquera aussi le musicien Marco Prince, encore tout jeune à l’époque. Et à propos de musique Neige est aussi admirablement porté par une BO où Bernard Lavilliers excelle et chante jusqu’au bout du bout de la pellicule : White tous vos néons rouillés / White la loi, la vie, les condés / White les nuits pour oublier / Phares de la police dans mes yeux métis mouillés…

Avec Neige, deux possibilités s’offrent à vous cette semaine. Pour certains ce sera revoir une fois de plus, dans de belles conditions, un grand classique qui a fait les beaux jours de Cannes, et avait été nommé pour le César du meilleur premier film en 1982. Ou bien encore pour d’autres, l’occasion de découvrir un film d’une autre époque, plein de poésie, qui fait sacrément du bien quand on aime le cinéma.