L’une des figures les plus significatives de l’histoire des missions chrétiennes est un esclave géorgien affranchi nommé George Liele.  Même si William Carey peut être considéré comme le père du mouvement missionnaire moderne, George Liele a quitté l’Amérique et a implanté l’évangile en Jamaïque dix ans avant que Carey ne quitte l’Angleterre.

Conversion et premier ministère

George Liele est né en esclavage en Virginie en 1750, mais a été rapidement conduit en Géorgie. Il est venu au Christ en 1773, à l’âge de vingt-trois ans, et a été baptisé par le révérend Matthew Moore du comté de Burk. Quelque temps après la conversion de Liele, son propriétaire, Henry Sharp, qui était diacre baptiste, a donné à Liele sa liberté pour qu’il puisse poursuivre l’appel de Dieu sur sa vie. Après sa conversion, Liele a prêché pendant deux ans dans les quartiers d’esclaves des plantations entourant Savannah (Géorgie) et en Caroline du Sud.

En raison de sa fidélité et de sa puissante prédication de la Parole, beaucoup ont confié leur vie au Christ. George Liele a été ordonné le 20 mai 1775, devenant ainsi le premier prédicateur baptiste afro-américain en Amérique. Après son ordination, il a implanté la première Église baptiste afro-américaine en Amérique du Nord, une Église qui existe encore aujourd’hui.

Une porte ouverte pour prêcher en Jamaïque

En 1778, Henry Sharp a été tué pendant la guerre d’Indépendance. Après sa mort, les héritiers de Sharp ont pris des mesures pour chercher à remettre Liele en esclavage. Suite à leurs actions, Liele a été jeté en prison. Finalement, il a pu produire des documents appropriés sur son affranchissement et a pu être libéré. Peu après, Moses Kirkland, un colonel de l’armée britannique, se lia d’amitié avec Liele et l’aida à quitter le pays. Kirkland a financé le voyage de Liele en Jamaïque, et après deux ans, Liele a pu payer cette dette et a obtenu un certificat complet de liberté pour lui et sa famille. George et sa femme, Hannah, et leurs quatre enfants quittent Savannah et débarquent à Kingston, en Jamaïque, en 1782.

Lorsque Liele a débarqué en Jamaïque, c’était encore une colonie britannique. Des esclaves y étaient amenés d’Afrique pour travailler dans les plantations de sucre. Ces hommes et ces femmes n’avaient aucune connaissance réelle de Jésus-Christ et de l’Évangile. Liele prêche à l’hippodrome de Kingston où la nouveauté d’un prédicateur noir itinérant attire l’attention. On le surnomme d’ailleurs « L’apôtre noir »; Il réunit rapidement une petite congrégation et achète un terrain à environ un kilomètre de Kingston, où il construit par la suite une chapelle. Tous les trois mois, il organise un service de baptême. Ces baptêmes étaient des événements publics au cours desquels les convertis professants étaient baptisés dans l’océan ou une rivière proche. En 1783/4, il fonde la Baptist Ethiopien Church of Jamaïca.

Pour soutenir son travail, et le développer, Liele cherche à obtenir le soutien de Londres. Il est aidé dans cette entreprise par Moses Baker, un barbier afro-européen arrivé des États-Unis en Jamaïque en 1783. Il se convertit et est baptisé par Liele. Un quaker invite Baker à vivre sur sa propriété et à enseigner aux esclaves les « principes religieux et moraux ». Pour développer ce travail éducatif, Moses Baker contacte des bienfaiteurs en Grande-Bretagne. Il prend contact avec le baptiste John Ryland, qui travaille alors à l’obtention de fonds auprès de donateurs britanniques pour répondre à cette demande de travail missionnaire. Il contribue ainsi à la création de la London Missionary Society, une organisation non confessionnelle, pour aider à répondre à cette demande.

Au début du XIXe siècle, un trio de missionnaires baptistes britanniques, Thomas Burchell, James Phillippo et William Knibb, et un peu plus tard encore d’autres comme Samuel Oughton, ont réussi à soutenir les congrégations baptistes africaines locales et à les aider à développer leurs liens internationaux. Ils ont, par contre, rencontré une résistance farouche de la part des planteurs qui avaient une grande influence à la Chambre d’assemblée jamaïcaine et qui avaient pourvu à leurs propres besoins spirituels auprès de l’Église anglicane. Ils se sont opposés à l’introduction parmi leurs esclaves des idées des Baptistes en matière d’éducation et de gouvernance des congrégations.

La croissance d’un ministère intégré

Tout ne fut pas simple pour Miele car le développement de l’Église et les baptêmes publics ont engendré des persécutions. Liele fut accusé d’avoir prêché la sédition et jeté en prison. Il a ensuite été gracié de ces accusations. Malgré ces hostilités, pendant les huit années de prédication, il a pu baptiser cinq cents personnes et établir une Église solide. Non seulement le ministère de Liele a eu un impact spirituel sur l’île, mais son travail a également fait une différence sociale pour les esclaves jamaïcains. Le 31 juillet 1838, l’esclavage était éradiqué en Jamaïque !

En 1814, la Baptist Ethiopien Church of Jamaïca était forte de huit mille membres. Ce nombre comprenait des esclaves, des affranchis et quelques Blancs.  Cependant, et grâce notamment au ministère de Liele, en 1832, il était passé à plus de vingt mille croyants. L’auteur, David Shannon, résume ainsi le ministère de Liele : « Le christianisme pratiqué par Liele ne se limitait pas à une nation, une colonie ou un groupe ethnique, mais était une foi trouvée et répandue par l’interaction avec les colons et les dirigeants nationaux en Amérique et en Angleterre. À son tour, cette vision large du christianisme a façonné et répandu une variété d’expériences chrétiennes qui se sont répandues et ont eu une influence sur les congrégations noires, blanches et intégrées en Géorgie, en Caroline du Sud, en Jamaïque, en Nouvelle-Écosse, en Sierra Leone et au-delà ».

Former et envoyer des missionnaires au-delà de la Jamaïque

Non seulement Liele était un missionnaire et un évangéliste efficace, mais il était aussi connu pour encourager les nouveaux convertis à aller prêcher eux-mêmes l’évangile partout autour d’eux. Grâce à son leadership, ils se sont rendus à Savannah, en Géorgie, en Nouvelle-Écosse et en Sierra Leone. Adoniram Judson est souvent cité comme le premier missionnaire baptiste des États-Unis. Mais, en fait, cette désignation revient très clairement à George Liele. Son histoire est une part importante de l’histoire missionnaire et mérite d’être rappelée.

George Liele est mort en 1828. Il a peut-être commencé sa vie comme esclave, mais il a vécu comme un homme libre en Jésus-Christ. Il a laissé un riche héritage à des milliers de personnes qui ont été transformées par la bonne nouvelle du Christ.

 

 

Adapté d'un article de Lesley Hildreth, The Summit Church Durham, Caroline du Nord.    
Sources :
- 10 Who Changed the World par Danny Akin (B&H Publishing Group, 2013)
- La vie et l'héritage de George Liele :  An Unsung Hero de David T. Shannon (Mercer University Press, 2013)