A DECOUVRIR !

——————————–

——————————–

NOS PARTENAIRES

 

 

 

A DECOUVRIR ! Parole du cinéma

Cinéma : les films à ne pas manquer en octobre

The place, Billie, Drunk, Michel-Ange… Toute l’actualité ciné avec Jean-Luc Gadreau, journaliste et blogueur.

 

SISTER SOUL

 

Découvrez le dernier livre de JL Gadreau

Sister Saul de JL Gadreau

NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
Que celui qui a des oreilles…

Catégories

Archives

Exterminez toutes ces brutes… œuvre d’histoire

La nouvelle mini-série documentaire en quatre parties du réalisateur haïtien Raoul Peck à découvrir sur Arte et déjà disponibles sur Arte.tv et le sera jusqu’au 08 avril 2022, Exterminez toutes ces brutes, est une véritable œuvre au sens élégant du terme. Une épopée fulgurante qui entraîne les spectateurs dans un voyage de plusieurs milliers d’années – jusqu’à l’aube de l’humanité – à travers les pires pulsions de l’humanité en matière de suprématie raciale et de barbarie coloniale.

La série suit la colonisation et les multiples génocides, ainsi que leurs conséquences, reliées à l’impérialisme et au suprémacisme blanc : « Civilisation, colonisation, extermination. » Dans le premier épisode de la série, La troublante conviction de l’ignorance, le cinéaste Raoul Peck se propose d’éclairer les courants entrelacés de haine et de sectarisme qui traversent l’histoire. Dans le deuxième épisode, P*** de Christophe Colomb, Peck revisite les histoires de Christophe Colomb, de l’Alamo et de la Piste des larmes du point de vue indigène, montrant comment l’histoire « officielle » est façonnée par ceux qui sont au pouvoir, et solidifiée par le mythe et la culture populaire. Dans le troisième volet de la série, Tuer à distance, Peck revient sur les migrations humaines, le commerce et l’armement, et montre comment les Européens ont utilisé l’industrie de l’acier pour mener la guerre toujours plus loin. Ensuite, il explore le cycle sans fin de la militarisation à travers les siècles – des efforts de George Washington pour relancer la fabrication d’armes américaines, à la doctrine Monroe, et enfin, aux horreurs des bombardements de civils à Hiroshima et Nagasaki. Dans le final de la série, Les belles couleurs du fascisme, Peck explore l’impossibilité pour les États-Unis de concilier leur véritable histoire avec ses idéaux de liberté et de démocratie, mettant en lumière la lutte actuelle pour la représentation indigène et l’héritage de l’esclavage face au racisme institutionnalisé. Peck relie la résurgence moderne des nationalismes, à l’esclavage, aux génocides en Amérique, au colonialisme et à la Shoah.

Écrit, réalisé et raconté par Raoul Peck, le documentariste et cinéaste qui nous a déjà donné l’exceptionnel Je ne suis pas votre Nègre (2016) autour de l’œuvre de l’écrivain américain James Baldwyn où il était question de racisme et de lutte pour les droits civiques, sa nouvelle contribution commente les travaux de feu Sven Lindqvist, Michel-Rolph Trouillot, Harold Zinn et Roxanne Dunbar-Ortiz. Trois ans de travail gigantesque pour parvenir à nous offrir ces quatre documentaires qui font véritablement œuvre d’histoire. À l’aide de ces chercheurs et de leurs écrits, il nous emmène dans un voyage historique sur la colonisation européenne, l’extermination des populations indigènes, des Noirs, des Juifs et des personnes de couleur, et la montée du capitalisme qui en découle. Il utilise également Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, d’où est tiré le titre du film, pour illustrer le complexe de supériorité que les dirigeants blancs ont imposé au monde moderne.

Peck puise dans le cinéma, la peinture, la photographie, la musique, les images d’archives, et y ajoute des dioramas, des animations, des aides graphiques, des détournements anachroniques et des interprétations dramatiques. Il déchire, en quelque sorte, l’histoire de façon féroce et violente, mais avec la précision et la délicatesse d’un chirurgien avec son scalpel… Peck fait lui-même la narration d’une voix rauque et tendue récitant les maux du génocide commis par l’homme contre l’homme – des monstres sous des masques humains. En quatre heures, cette production est bien plus qu’un simple film. Exterminez toutes ces brutesest plutôt un projet d’une immense portée et d’une puissante intimité. C’est une œuvre qui vibre à son propre rythme expérimental, richement académique ou douloureusement autobiographique, dans la même mesure.

Peck suggère très simplement que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Cette pensée n’est pas nouvelle, bien sûr. Mais à partir de là, il dissèque l’histoire et l’expérience du pillage des terres et de leurs habitants par la caste européenne. Peck propose de nous emmener à travers les fissures de l’histoire que l’art a trop souvent ignorées, mal interprétées, sur lesquelles on a menti, ou que l’on a aisément transformées. Au-delà de sa narration documentaire, Peck fait appel à l’acteur Josh Hartnett dans les quatre épisodes pour incarner un être (ou plusieurs êtres ?) qui semble se déplacer dans le temps et dans l’espace, et représenter le colonisateur blanc. Les cinéphiles auront également une mine d’images à consommer, de la séquence de l’homme préhistorique dans la comédie musicale On the Town, en passant par Les Aventuriers de l’arche perdue, Shoah de Lanzmann, Jurassic Park III, Le Magicien d’Oz, Le Triomphe de la volonté (film de propagande nazie tourné en noir et blanc par Leni Riefenstahl et sorti en 1935) ou encore les propres œuvres de Peck. L’un de ses moments les plus mémorables survient très tôt, lorsque le son des discours d’investiture du président américain recouvre des images de champs de coton. Des récits graphiques et détaillés de la violence infligée aux Amérindiens sont mis en évidence par l’histoire de Geronimo, un homme qui a défié les colonisateurs américains et qui deviendra étonnamment, 150 ans plus tard le nom de code de l’opération qui a permis d’éliminer Oussama Ben Laden, en mai 2011.

Exterminez toutes ces brutes est une œuvre fascinante et sans fin. On pourrait dire que son message n’est guère nouveau. Mais ce que Raoul Peck en a fait est extraordinaire. Il y a de l’esprit, du style, de la grâce et des émotions qui en jaillissent. C’est évidemment désordonné et peut-être parfois alambiqué, mais c’est à l’image de l’histoire qui l’est aussi. Voici une œuvre immense, essentielle… à voir et revoir !

 

 

Time… enfermé pour changer ?

Depuis le 29/11 sur Canal + et maintenant en replay sur la plateforme de la chaîne, Time, la dernière mini-série en quatre épisodes de 45 minutes du réalisateur britannique Jimmy McGovern (Cracker, Hillsborough, Accused…), nous fait entrer dans l’univers carcéral britannique. Une forme de plongée en enfer où le paradis malgré tout, dans une dimension restaurative cherche à s’immiscer et à changer des vies. Mon coup de cœur de cette fin d’année !

Time est une série extrêmement forte dans le fond et la forme. Elle met en valeur les performances éblouissantes de Sean Bean et Stephen Graham, dans les deux rôles principaux. Il en va de même d’ailleurs pour tous ceux qui jouent des rôles plus modestes, dont aucun n’est sous-écrit ou superficiel, et qui épaississent le drame pour en faire quelque chose de plus profondément émouvant et engagé à chaque instant.

Bean incarne Mark Cobden, un professeur d’anglais condamné à quatre ans de prison pour avoir conduit en état d’ivresse et tué accidentellement un cycliste. C’est un homme doux, plutôt timide, désemparé et profondément tourmenté par la culpabilité. Très vite, il se retrouve confronté à une tension quasi permanente. Même pendant le trajet entre le tribunal et la prison, dans le fourgon de la prison, la menace de violence devient présente. Ce climat ne s’estompe jamais. Nous sommes contraints d’y faire face, tout comme Mark. La prison, découvre-t-il rapidement, est un paysage infernal et brutal. Son premier compagnon de cellule résume les choses ainsi : « Tu entres ici mal et tu sors pire ».

Deux héros… et le second se trouve précisément en face, de l’autre côté du mur, ou des barreaux pour être plus juste, mais finalement lui aussi emprisonné. Stephen Graham joue le rôle d’Eric McNally, le gardien en chef de la prison. Un homme ferme, comme le soulignera Mark, mais aussi juste et apprécié de tous. Pour lui aussi se tapit le danger qui ne prend pas toujours les formes que l’on imagine… mais je préfère vous. Laisser découvrir par vous-même.

Time c’est peut-être avant tout finalement une série où la narration est particulièrement puissante et totalement convaincante. Ici, l’expertise de McGovern à tricoter ensemble les personnages et l’action de façon à ce que chacun fasse constamment avancer l’autre est une vraie leçon que beaucoup de scénaristes de séries feraient bien d’étudier. La narration vous embarque dans les méandres psychologiques et systémiques des protagonistes, comme deux chemins parallèles qui régulièrement se croiseraient paradoxalement.

Dans l’enfer de leurs histoires s’immiscent des élans d’humanité qui passent par l’écoute de l’autre régulièrement, la capacité d’offrir une assistance et même d’aller au-delà pour apprendre à lire et écrire par exemple. C’est la rencontre et la parole offerte pour tenter de donner une chance à une justice restaurative d’alléger la douleur et de relever. C’est également une femme aumônier qui travaille sans relâche pour combler les lacunes du système et maintenir les hommes hors de l’eau par sa présence et son accompagnement jusque dans le deuil. McGovern dépeint enfin le personnel pénitentiaire comme des gens ordinaires qui essaient de faire un travail impossible aussi consciencieusement que possible.

Un récit qui nous dit aussi quelque chose sur le cœur de l’homme où la prison devient un lieu terrible d’expériences, là où chacun se retrouve testé comme jamais auparavant, dans un monde de règles, de règlements, d’intimidations mesquines et de violences soudaines, lieu d’alliances changeantes. On y trouve aussi la question de l’expiation et de la rédemption, avec la manière dont elles s’intègrent dans un régime punitif. Elle est traitée remarquablement bien, sans jeux de facilité ou d’excès de pathos.

Le premier épisode est inévitablement éprouvant, car Mark apprend quelle est sa place dans ce nouvel ordre, et ce qu’il lui faudra – en termes pratiques et mentaux – pour y survivre. Mais il est soigneusement calibré et il y a suffisamment de points lumineux pour que l’on ne se sente pas seul dans l’obscurité, pour ne pas sombrer dans un désespoir repoussant qui pourrait nous donner une excuse pour détourner le regard et s’en arrêter là. Et ce serait tellement dommage, car Time est une série à couper le souffle, d’une justesse impressionnante.

 

Carlos Santana « Blessings & Miracles »

Certains puristes regretteront les nombreux featuring qui diversifie la proposition, mais d’autres lunettes sont disponibles. Je préfère pour ma part me munir de celles permettant de voir chez Santana cette faculté constante d’adaptation, du talent à savoir s’enrichir de la culture de l’autre… tout en gardant un son, un feeling et un style unique. Et pourquoi ne pas aller jusqu’à dire, la faculté d’accueillir un artiste différent comme une bénédiction offerte pour accomplir des miracles ensemble pour paraphraser le titre de ce nouvel album Blessings & Miracles, sorti le 15 octobre.

Quinze, c’est d’ailleurs aussi le nombre de titres dans lesquels interviennent en plus de l’habituel Rob Thomas, Chris Stapleton, G-Eazy, Diane Warren, Steve Winwood, Chick Corea, Rick Rubin, Corey Glover, Ally Brooke, Mark Osegueda, Kirk Hammett , Ally Brooke, American Authors ou Narada Michael Walden, entre autres. On appréciera aussi la voix et les claviers de son fils Salvador Santana, et l’interprétation magnifique d’un titre par sa fille, Stella Santana.

Et mon coup de cœur personnel se partagera entre Peace Power avec la voix grailleuse de Corey Glover, de Living Colour et la somptueuse prière Break chantée par la texane et chrétienne Ally Brooke découverte par X Factor US puis passée par le girl band Fifth Harmony.

Santana repousse les frontières de la musique en général, mélangeant les genres et délivrant des messages qui lui tiennent à cœur. Mes oreilles et mon cœur apprécient !

 

Ralph Carmichael… Il est tout pour moi !

Celui que beaucoup considéraient comme le père de la musique chrétienne contemporaine, Ralph Carmichael, est décédé le 18 octobre à Camarillo, en Californie. Le compositeur et arrangeur a connu un énorme succès dans une grande diversité de genres au cours de ses 94 années de vie, mais il a été particulièrement influent dans la musique chrétienne contemporaine, où il a défié les conventions traditionnelles de son époque en orientant la musique d’Église dans la modernité. Il a inspiré des légendes aussi différente qu’Andraé Crouch, Rez Band ou George Beverly Shea, mais aussi des icônes populaires comme Nat King Cole, les Carpenters, Ella Fitzgerald et Elvis Presley lui-même.

Fils d’un prédicateur pentecôtiste qui le laissait écouter de la musique grand public à la radio, la carrière musicale de Carmichael a débuté au Southern California Bible College (aujourd’hui Vanguard University) où il a monté un quartet d’hommes, mêlant hymnes anciens et jazz moderne. Pour cette audace, sa récompense fût d’être indésirable dans de nombreuses Églises. D’autres communautés chrétiennes l’obligeaient à cacher la batterie dans les coulisses et les pasteurs allaient même jusqu’à couper le courant au milieu du concert lorsque les choses devenaient un peu trop séculières.

Mais un jour, Ralph Carmichael a gagné l’approbation d’un homme qui a tout changé. Billy Graham, qui commençait à acquérir une très forte popularité, lui demanda de composer la bande-son du film La Croix et le poignard dans lequel joueraient Pat Boone and Eric Estrada. La BO, au groove mêlé de latin, de funk et de ballades pop, lui valut de nombreux éloges. Par la suite, il arrangea la musique de séries comme I Love Lucy (qui reste la sitcom la plus connue et la plus populaire aux États-Unis) et Bonanza, ainsi que des films comme The Blob, introduisant son style dans tous les foyers américains. Mais tout ça ne passait pas forcément bien… et c’est ainsi que lorsqu’il aida Bing Crosby pour une émission spéciale de Noël, la dénomination à laquelle il appartenait lui demanda de ne pas renouveler son ordination. Qu’importe… Carmichael n’en a guère besoin, car son travail avec Crosby lui permit de rencontrer Nat King Cole. Ils s’entendent à merveille – Cole est aussi un enfant de pasteur – et Carmichael finit par partir en tournée avec lui et par arranger ses albums studio. Pendant les 40 années qui ont suivi, chaque fois que Hollywood avait besoin d’un arrangement de cantiques ou d’un album de Noël, on faisait appel à Carmichael, le pasteur affable aux oreilles d’or. Parmi les musiciens célèbres, on compte Peggy Lee, Stan Kenton, Bing Crosby, Count Basie, Duke Ellington, Earl (Fatha) Hines, Eddie Fisher, Tex Ritter, Elvis Presley et des dizaines d’autres. Carmichael a travaillé sur neuf des albums de Cole, dont L-O-V-E juste avant la mort du chanteur.

C’est à cette époque que Carmichael a apporté son énergie créatrice à la musique chrétienne qui, à l’époque, était encore boudeuse à l’égard des instrument contemporains électriques. Carmichael a fondé Light Records afin de faire connaître la musique des Jesus People à un public plus large, ignorant les appellations d' »hérétique » de ses détracteurs qui ne supportaient pas le mélange entre hymnes et musique considérée comme mondaine. Auteur de plus de 300 chansons à caractère évangélique, Ralph Carmichael a notamment composé « The Savior Is Waiting », « There Is A Quiet Place », « Reach Out to Jesus » et « He’s Everything to Me » (Il est tout pour moi JEM 125). « Ce que j’ai fait pendant la majeure partie de ma vie d’adulte », a-t-il déclaré au Christian Herald en 1986, « c’est mener une bataille acharnée pour la liberté d’expérimenter différents types de musique pour la gloire de Dieu ».

En 1985, Ralph Carmichael a été intronisé au Gospel Music Hall of Fame. Le jour de son décès, une publication sur ses réseaux sociaux indiquaient que « Ralph a profité pleinement de sa vie. Il était passionné par la musique qui coulait de son âme et la créait comme un professionnel accompli. Il se souciait profondément de sa famille et de ses amis, et il a réalisé ses rêves de cow-boy avec les nombreux chevaux qu’il possédait. Il riait facilement, aimait profondément, appréciait une bonne blague, et charmait tous ceux qui croisaient son chemin. Tout cela était sous-tendu par sa foi inébranlable en son Seigneur Jésus-Christ. »

Sermons de minuit… un ange passe

Mike Flanagan est incontestablement l’un des maîtres modernes de l’horreur sur les écrans. Et quiconque a déjà vu ses adaptations glaçantes et émouvantes des deux classiques de la littérature que sont The Haunting of Hill House et The Haunting of Bly Manor en de très belles anthologies, sait déjà que les frayeurs terrifiantes de Flanagan se mêlent à merveille au drame fascinant et à la psychologie de ses personnages. Avec Sermons de minuit à découvrir actuellement sur la plateforme de streaming Netflix, le réalisateur hausse encore le niveau en situant sa série en sept épisodes, qui plus est, dans la sphère spirituelle et même religieuse, lui apportant ainsi une dimension qui nous plonge au cœur d’une réflexion intense sur des fondamentaux de l’âme humaine.

L’histoire commence par le retour de Riley Flynn (Zach Gilford) dans la petite communauté insulaire de Crockett Island après avoir passé des années en prison pour avoir tué quelqu’un en conduisant en état d’ivresse. Désabusé par son éducation chrétienne et se débattant avec l’idée de rédemption, Riley emménage avec ses parents et son petit frère et renoue avec sa petite amie d’enfance, Erin Greene (Kate Siegel), enceinte de huit mois, elle aussi récemment revenue sur l’île. Lorsqu’un nouveau prêtre, le père Paul (Hamish Linklater), arrive à son tour et prend la direction de l’Église catholique de Saint-Patrick, il semble déclencher une série d’événements étranges et étonnants aux proportions bibliques.

Comme beaucoup de films d’horreur contemporains et allégoriques, cette série raconte une histoire qui s’attache davantage à ses personnages et à ses thèmes qu’aux peurs et au gore. En fait, il serait difficile de trouver, dans le même genre, une autre série qui se déroule aussi patiemment. Sermons de minuit prend le temps d’installer ses personnages et son cadre avec finesse et profondeur, privilégiant les dialogues, la réflexion comme le ferait un film d’auteur. Et même après le grand final (avec des frissons garantis tout de même), les choses se reconcentrent à nouveau sur ce qui est principal tout au long du scénario, des thèmes comme la foi véritable, les dangers du fanatisme religieux, l’appât du surnaturel, la rédemption, la dépendance, la place de l’humanité dans le cosmos, le sens du sacrifice, le déclin des petites villes américaines (économiquement, physiquement et moralement) ou, plus largement encore, la famille, la vie et la mort. Avec Sermons de minuit, c’est un peu comme si vous entriez dans l’une de ces conversations intenses que vous pouvez avoir avec un proche au milieu de la nuit, après une fête ou quelque chose de ce genre. Un échange parfois déroutant qui parvient à creuser pourtant au plus profond ces interrogations métaphysiques sur la vie et la mort. Que se passe-t-il quand on meurt ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne est bonne ? Les gens peuvent-ils vraiment avoir une seconde chance ? Existe-t-il un dieu, quel qu’il soit ? Croire, à quoi bon ? Quel est le sens de tout cela ? Alors, oui… forcément, une ou deux fois, la longueur de ces propos peut donner l’impression de se perdre dans les méandres d’on ne sait trop quoi précisément, mais dans l’ensemble, la prose de Flanagan n’a jamais été aussi émouvante et importante.

Un aspect qui mérite d’être souligné est que, même si la série explore le concept du fanatisme religieux et le danger qu’il peut représenter, l’histoire ne vilipende pas véritablement les croyances réelles de qui que ce soit. Au contraire même ! Sans dévoiler quoi que ce soit, il est intéressant de noter par exemple qu’après le dénouement final la prière demeure… la foi reste possible… que des cantiques peuvent encore monter vers Dieu… et que même au cœur du mal et même possédé par ce mal, l’amour véritable peut permettre de choisir et de tenir ferme quoi qu’il en coute.  Cela n’arrive pas très souvent (nous avons vu des « fous » religieux utilisés d’innombrables fois au cinéma), et il est donc agréable de voir une approche différente et beaucoup plus nuancée de ce que la foi peut signifier pour des personnes de toutes croyances, sans déformer tout ce qui religieux en quelque chose de manifestement insidieux.

Avec ce réalisateur, il y a aussi, enfin, quelque chose d’à la fois gothique et poétique dans la façon dont lui et son fidèle directeur de la photographie, Michael Fimognari, cadrent leurs plans et déplacent la caméra ; quelque chose dans l’écriture et les performances qui donne à chaque instant une puissance réflexive et un poids empreint de mélancolie qui vous captive. L’œuvre de Flanagan est véritablement envoûtante, au propre et au figuré… croyez-moi et soyez sans crainte !