NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
Que celui qui a des oreilles…

SISTER SOUL

Découvrez le dernier livre de JL Gadreau

Sister Saul de JL Gadreau

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Distanciation

Un texte, ça s’écrit… ça se lit… mais ça se dit, ça s’écoute et parfois même ça se regarde. Chaque manière de l’aborder permet, sans doute, de le découvrir différemment, d’être marqué, touché, bougé, autrement…

C’est dans cette perspective que je vous propose un nouveau slam dans cette période COVID-19. Après LES MAINS, un autre texte qui m’a frappé de plein fouet… celui d’un ami, pasteur et auteur, Frédéric Baudin.

DISTANCIATION… Un extrait de son prochain livre, « Variations sur le mot Sion », à paraître prochainement aux éditions CEM (automne 2020). Comme l’auteur l’explique dans son Introduction : « …mi-prose mi poésie, cette dissertation n’a d’autre ambition, sans exclure l’apologie, que jouer sur le mot Sion et ses variations, avec ou sans rimes, en prenant le vent, en suivant son rythme et ses fluctuations… »

Avec son accord et ses encouragements, j’ai pu l’adapter à ma sensibilité, mon expression, ma créativité, pour vous le partager… autrement.

 

Rocker Little & Prédicateur Richard

Little Richard, icône révolutionnaire du Rock’n’Roll, est mort à l’âge de 87 ans, ce samedi 9 mai, à Nashville (Tennessee). C’est le pasteur Bill Minson, l’un de ses plus proches amis, qui a annoncé cette triste nouvelle. Cet artiste excentrique a été l’un des pères fondateurs du rock, avec Chuck Berry, Fats Domino et Bo Diddley. Un parcours incroyable où l’équilibre a était souvent absent, une histoire marquée surtout par la radicalité de toutes sortes, tant dans ses attitudes, ses choix, que dans ses paroles… et, qui plus est, que ce soit dans une direction ou dans l’autre opposée. Retour sur la vie de celui qui se définissait lui même comme « l’architecte du Rock’n’Roll »… qui à la manière d’un Docteur Jeckyll et Mister Hyde s’est battu toute sa vie avec les deux facettes opposées de son personnage.

Little Richard, chanteur et pianiste flamboyant !

Le célèbre chanteur se disait « omnisexuel », révélant dans un entretien avec GQ il y a cinq ans de cela qu’il avait vécu une vie de « perversion », notamment des orgies avec des hommes et des femmes. Pas véritablement une révélation, à vraie dire… mais surtout des mots forts et pouvant choquer pour parler de son passé. Car dans une longue interview en 2017 sur Three Angels Broadcasting Network, une chaîne de télévision et de radio chrétienne basée dans l’Illinois, Little Richard affirmait, avec une certaine radicalité là encore, conforme à sa personnalité, qu’il ne vivait plus de la sorte. Dans cet entretien, il n’a pu contenir son zèle pour la prédication, s’introduisant spontanément dans le discours façon sermon avec la cadence des meilleurs prédicateurs afro-américains de sa génération.

Charles « Bud » Penniman, le père de Little Richard

Little Richard, né Richard Wayne Penniman le 5 décembre 1932, a grandi dans la pauvreté à Macon, en Géorgie. Il est le troisième des douze enfants de Leva Mae et Bud Penniman. « Mon père était un contrebandier. Il vendait du whisky au noir » raconte-t-il. Un homme violent qui l’a chassé de la maison alors qu’il n’avait que 15 ans, le jugeant trop efféminé. « Il a dit qu’il voulait sept garçons, et que j’avais tout gâché, parce que j’étais gay ». Le père de Little Richard est mort à 39 ans après qu’un ami de Little Richard l’ait abattu… « Mon meilleur ami a tué mon père. Il a cambriolé sa boîte de nuit. Je suis rentré à la maison et maman m’a dit qu’il était mort. Il y avait un imperméable dehors couvert de sang. Ça m’a fait peur ». En grandissant, Little Richard a connu ainsi à la fois la pauvreté et les préjugés. Sa famille n’avait, par exemple, pas de chauffage à l’intérieur de la maison. « Nous avions de grands sacs de riz. Le sac terminé, on en a fait une robe pour ma sœur », se souvient-il. Préjugés sexuels mais aussi, bien évidemment, raciaux. « Vous ne pouviez pas vous arrêter dans un restaurant blanc pour manger parce que vous n’aviez pas le droit d’y entrer. On pouvait y faire la vaisselle mais on n’avait pas le droit d’y manger ».

Little Richard fréquentait l’Église baptiste New Hope avec sa mère et l’Église AME (Église épiscopale méthodiste africaine) de sa grand-mère. Il n’avait pas vraiment le choix, à vrai dire… « Nous devions aller dans les deux congrégations, sinon nous ne pouvions pas aller au cinéma ». En 1947, la chanteuse Rosetta Tharpe a entendu Little Richard, qui n’avait que 14 ans, chanter deux de ses titres de gospel avant son concert à Macon. Impressionnée par ses capacités vocales, elle l’a invité sur scène, où son interprétation d’une de ses chansons a suscité une énorme réaction enthousiaste de la foule. Ce fut un véritable déclic pour lui, avec ce plaisir ressenti sur scène, et il a commencé à chanter dans des spectacles itinérants qui passaient par la ville, mais un incident malheureux a eu la conséquence imprévue de le catapulter bien au-delà. Little Richard a, en effet, été arrêté après qu’un pompiste de la ville eut signalé une « activité sexuelle » dans une voiture qu’il occupait. Il a passé trois jours en prison pour inconduite sexuelle puis, fut condamné par le juge à quitter la ville… « Vous avez raison, votre honneur, répondit Little Richard. Je vais partir d’ici et je n’y reviendrai plus. » Il n’est pas revenu à Macon pendant des décennies, même si, aujourd’hui, plusieurs rues de la ville portent son nom.

Sur scène en 1955

Le premier grand succès de Little Richard est arrivé en 1955 avec « Tutti Frutti », une chanson qui s’est rapidement hissée au sommet des charts et que certains critiques ont salué plus tard comme « le son de naissance du Rock’N’Roll ». Les paroles originales, sur les relations homosexuelles entre deux hommes, ont dû être « nettoyées » par un auteur-compositeur amené par son label Specialty Records. Son tube suivant, « Long Tall Sally », s’est hissé à la première place du classement R&B et l’a établi comme une étoile montante. En trois ans, il a produit 18 tubes, dont les célébrissimes « Lucille » et « Good Golly, Miss Molly », qui l’ont rendu millionnaire. Ses apparitions publiques demeurent mémorables : avec les yeux soulignés d’une épaisse couche de khôl et les cheveux dressés sur la tête à la Pompadour, debout sur un piano. Il s’abandonne totalement, ponctuant ses chansons d’un cri légendaire « Woo! ». Ironiquement, il connaît un succès encore plus grand après les reprises —édulcorées —de ses chansons par des chanteurs blancs comme Pat Boone. Au cours des années 1957 et 1958, il acquiert une popularité sans précédent. Il apparaît au générique de plusieurs films dont « Don’t Knock the Rock » en compagnie de Bill Haley (1956, Fred Sears), « La Blonde et moi » de Frank Tashlin (1956) où figurent également la plantureuse Jayne Mansfield, Fats Domino, Julie London, les Platters, Abbey Lincoln, Eddie Cochran ou Gene Vincent, et « Mr Rock’n’Roll » (1957, Charles S. Dubin) avec Chuck Berry et Lionel Hampton notamment. 

Fin 1957, lors d’une tournée en Australie, Little Richard fait une expérience mystique qui a changé sa vie. Lors d’un vol de Melbourne à Sydney, il a une vision d’anges tenant les moteurs et les ailes de l’avion. Plus tard, alors qu’il se produit à Sydney, il voit une boule de feu rouge brillante jaillir dans le ciel au-dessus du concert et il est profondément ébranlé. C’était le satellite russe Spoutnik 1, que Richard a interprété comme un signe de Dieu pour se repentir de son mode de vie pécheur. Little Richard choque le public en annonçant alors au milieu de sa tournée qu’il quittera le Rock’n’Roll pour se tourner vers Dieu. En conséquence, il rentre aux États-Unis dix jours plus tôt que prévu. Coup de théâtre… le vol Pan Am 7, initialement réservé, s’écrase dans l’océan Pacifique entre Honolulu et San Francisco, tuant les 44 passagers et membres d’équipage. C’est évidemment pour lui comme une confirmation supplémentaire pour s’en remettre à Dieu.

Le petit Richard étudiant la bible avec une femme non identifiée en 1959

Sous l’influence de son oncle, un pasteur adventiste du septième jour, Little Richard s’inscrit au Oakwood College de Huntsville, en Alabama, pour étudier la théologie. Lors d’un discours dans une convention évangélique, il rencontre Ernestine Campbell, une secrétaire de Washington, D.C. et les deux se marient l’année suivante. Mais l’attrait de la célébrité et de l’argent lui est irrésistible, et il accepte une offre de tournée en Europe, qui le mène à se produire avec les Beatles et les Rolling Stones. Mais, notez bien… les deux groupes faisaient sa première partie ! Il s’est laissé entraîner dans tous les excès et, en 1962, il est à nouveau arrêté et accusé d’inconduite sexuelle. Au début des années 1970, il a développé une forte dépendance à la cocaïne. « Ils auraient dû m’appeler Little Cocaine, je sniffais tellement de ce truc ! » a-t-il dit à son biographe. Richard a admis plus tard qu’il avait perdu sa faculté de raisonner et qu’il s’était totalement égaré. Sa dépendance à la drogue lui coûtait 1 000 dollars par jour. En 1977, son frère Tony est mort d’une crise cardiaque, son neveu a été impliqué dans une fusillade et deux amis proches ont été assassinés. Marqué par ces tragédies, il décide d’abandonner la drogue et l’alcool, ainsi que le rock, et de revenir aux fondements de sa foi chrétienne.

Little Richard sur scène lors du London Rock’n’Roll Show, au stade de Wembley, le 5 août 1972.

Il sort alors un album de gospel, « God’s Beautiful City », en 1979. Réflexion faisant, partant du principe que le rock n’était pas fondamentalement mauvais ou bon, il revient à ses racines musicales, et tout au long des années 1980 et jusqu’au début des années 2000, il continue à se produire et travaille à nouveau dans des projets cinéma et télévision, jouant notamment dans le « Clochard de Beverly Hills » de Paul Mazursky, aux côtés de Bette Midler ; un remake du long métrage de Jean Renoir « Boudu sauvé des eaux » ou apparaissant dans un épisode de « Columbo ». En 1993, il reçoit un Grammy Award récompensant l’ensemble d’une carrière qui reste décisive dans l’histoire du rock. En 2012, le magazine Rolling Stone écrira que sa performance au Howard Theater à Washington, D.C. était « toujours pleine de feu, toujours un maître du spectacle, sa voix toujours chargée de gospel profond et de puissance rauque ».

Little Richard prédicateur – Oakland, Californie, en 1981.

Mais à 80 ans, Little Richard revient à une forme de radicalisme religieux ayant le sentiment de « servir deux maîtres ». Il donne son dernier spectacle à l’hôtel Orleans de Las Vegas pendant le week-end de rockabilly « Viva Las Vegas » en mars 2013. « C’était ma dernière représentation. Quand Dieu touche votre vie, vous ne voulez plus de cela. Je ne veux plus chanter de Rock’n’Roll. Je veux être saint comme Jésus » dira-t-il peu après, en ajoutant avec sa verve évangélisatrice « J’ai tout essayé et je suis sûr que tu as tout essayé, mais tu n’as rien essayé tant que tu n’as pas essayé Jésus. Il te montrera le chemin parce qu’Il est le Chemin. Il te donnera la sérénité et la paix dans ce monde et la vie éternelle dans le monde à venir. Décides-toi à tout donner à Jésus. Nous n’avons pas beaucoup de temps avant de rentrer chez nous ».

Little Richard sur 3ABN

Little Richard, l’une de ces figures essentielles de la musique populaire moderne, s’est donc éteint ce samedi 9 mai 2020 à Nashville, succombant à un cancer des os. Il vivait à Nashville avec son frère. Il se battait depuis un long moment avec la maladie dont il n’aimait pas parler. Il rejoint ainsi quelques pointures de la musique contemporaine parties ces derniers mois et années… Ça va groover là-haut, avec Aretha, Manu et les autres ! Car, espérons-le, la radicalité du petit Richard se sera entre temps volatilisée pour laisser place à la liberté des enfants de Dieu… et aussi mettre un peu de douce folie Rock’n’Roll dans le chœur des anges !

Little Richard en 3 vidéos

 

 

 

Les mains

Un clip visible à partir de Mardi 28 avril – 19h

Slam inédit qu’il me semblait intéressant, peut-être même utile, de vous présenter dans cette période actuelle. 

Période où des gestes barrières dictent notre façon de vivre et où la fameuse distanciation « sociale » s’est mise en place, avec raison sans doute (bien que l’appellation « sociale » est très discutable)… mais aussi avec le risque qu’elle s’installe à plus long terme. Car le « Et après ? » est déjà là… Risque alors, que le contact physique ne devienne quelque chose d’alternatif, d’acte rebelle… des gestes qui font peur, et dont on s’éloigne alors, en prenant finalement certaines habitudes qui risquent de s’installer comme une sorte de comportement « normal »… référentiel. Derrière ce principe se profile alors logiquement un développement d’une indifférence aux besoins de mon prochain, de la mise en place (ou plutôt du développement) d’une société hyper individualiste où seuls les plus forts résistent.  

Ce rappel de l’importance de la main et du contact physique dans notre rapport à l’autre, s’appuyant sur celles de Dieu et du Christ est fondamental, me semble-t-il. N’oublions pas non plus que bien des héros qui ont marqué nos esprits et qui nous inspirent, ont dû souvent faire usage de leurs mains, de leurs corps pour s’engager, toucher, aider… quelqu’en soit le prix ! 

Comme vous pourrez le lire dans le générique final, le texte de ce slam est tiré d’un article que j’ai eu le bonheur de lire dans le numéro de novembre 2019 de Paroles Protestantes (presse régionale protestante), dans sa rubrique « Grain de sable – Spiritualité ». Un article écrit par Catherine Finet, qui est membre du service biblique régional de l’EPUdF et que je tiens ici encore à remercier.

La base musicale est la reprise d’un titre de 2011, « Once Again », du duo Hang Massive, composé de deux musiciens jouant du hang : le Britannique Danny Cudd et le Suédois Markus Johansson, sur lequel j’ai eu envie d’improviser très intuitivement au sax ténor, en une prise unique et directe. 

J’y ai intégré dans le final, un extrait (1er couplet et refrain) de « Quand j’ai vu tes mains », un vieux titre de Philippe Chanson, d’une grande profondeur, que l’on peut aussi retrouver dans le recueil J’aime l’Éternel 1 (n° 203), en me faisant accompagner à la guitare, à distance, par mon beau-frère de sang et de cœur, Thierry Zamord.

Vous comprendrez que j’ai réalisé ce clip dans ce contexte du confinement. Avec les moyens du bord… et sans home-studio (utilisant habituellement ceux des amis quand le besoin se faisait sentir pour divers projets). Mais, malgré tout, en optant délibérément, pour une ambiance très particulière… comme un état d’esprit du moment… avec obscurité et subtiles lumières jaillissantes, comme ces mains venant d’ailleurs… d’un ailleurs qui peut devenir mon ailleurs… et tout cela avec une certaine confusion métaphorique…

Et comme je le répète chaque jour : Que celui qui a des oreilles… mais cette fois-ci en plus on ajoutera : que ceux qui ont des yeux… et des mains !

Ce clip est fait par essence pour être partagé, utilisé comme bon vous semble et autant que cela vous parait nécessaire. Que ce soit sur les réseaux sociaux, à vos amis par messages, en diffusion dans vos rencontre zoom, youtube, ou je ne sais quoi d’autre… Pas d’intérêt financier associé, juste laisser l’expression artistique nous interpeller, nous bouger et, je l’espère, nous faire du bien.

Bon visionnage !

 

Unorthodox… libre, enfin libre !

Unorthodox, une vraie perle fraîchement débarquée sur Netflix, est librement adapté par Anna Winger, co-créatrice de Deutschland 83, à partir du récit autobiographique de Deborah Feldman de 2012, Unorthodox : Le rejet scandaleux de mes racines hassidiques. Dans cette mini-série en quatre parties, Esther « Esty » Shapiro quitte la communauté parce que, comme elle le dit à un nouveau groupe d’amis qu’elle se fait à Berlin, « Dieu attendait trop de moi ».

Unothodox est l’histoire d’une jeune femme de 19 ans qui s’échappe des confins abrutissants d’un mariage arrangé au sein de la communauté juive hassidique Satmar de Williamsburg, Brooklyn, pour se rendre à Berlin à la recherche d’une vie meilleure… Une vie avec des opportunités, une croissance personnelle et surtout, la liberté. Après avoir appris sa grossesse, son mari décide de partir lui aussi pour l’Allemagne avec son cousin dans le but de la retrouver et de la ramener.

Dis comme cela, on peut avoir le sentiment d’une proposition confinée (c’est le mot de l’année, n’est-ce pas ?) à une petite niche de spectateurs. Combien d’entre nous, dans la société moderne, peuvent vraiment s’identifier aux restrictions sociales répressives d’une culture et d’une religion si profondément orthodoxe ? Mais il ne faudrait surtout pas s’arrêter là… car l’extraordinaire réussite de Unorthodox est que l’histoire d’Esty prend vite une portée universelle. C’est un récit qui montre comment le désir de liberté personnelle peut donner la force de surmonter toutes sortes d’obstacles, même si cette liberté coûte énormément. La réalisatrice Maria Schrader et les scénaristes Anna Winger et Alexa Karolinski racontent magnifiquement l’histoire de cette jeune femme dans sa quête de liberté pleine de terreur et d’incertitude, jouant constamment sur une espèce de catharsis qui garantit un dépassement des limites. Au cours de quatre épisodes, elles tissent ensemble l’histoire du mariage d’Esty et de Yanky – révélant les attentes ou devoirs personnels et communautaires profonds auxquelles Esty est confrontée – avec son arrivée précaire à Berlin et les étapes qu’elle y franchit pour tenter de trouver un chemin différent vers la liberté.

Il faut savoir que la définition des rôles dans l’hassidisme satmarien, une forme ultra-orthodoxe de judaïsme qui a vu le jour en Hongrie en 1905, dicte notamment, en plus de l’application stricte des lois de la Torah, que la femme reste à la maison, élève les enfants et qu’elle donne à son mari le sentiment d’être un roi. Les femmes doivent également se raser la tête et porter des perruques. Alors que traditionnellement les femmes juives orthodoxes mariées se couvrent les cheveux d’un foulard ou d’une perruque lorsqu’elles sont en public, l’obligation de raser la tête d’une femme une fois mariée est une chose unique à la communauté Satmar. Le yiddish est leur langue maternelle. Quand Esty arrive en Allemagne, elle n’a ainsi aucune formation universitaire et aucune compétence professionnelle. À Brooklyn, on exige qu’Esty se conforme à la seule conception acceptable de la façon dont une femme doit vivre avec son mari. Des pressions s’exercent autour d’une nécessaire grossesse, notamment l’ingérence envahissante de sa belle-mère, et la colère qui éclate également autour de ses leçons de piano avec un professeur non juif. Elle se transforme d’une jeune mariée enthousiaste, que l’on a vu déborder d’émotion lors de son mariage, en une femme désespérée en quête d’une liberté insaisissable. À Berlin, Esty doit apprendre à utiliser un ordinateur, à gagner sa vie, à se mettre en relation avec un groupe de personnes d’origines très différentes des siennes et à reconsidérer sa compréhension de sa propre mère, qui a quitté la communauté hassidique quand Esty était bébé et qui vit maintenant aussi dans la capitale allemande. Ce qui compte vraiment dans Unorthodox, c’est la représentation de deux mondes parallèles et les chocs culturels dramatiques qui apparaissent lorsqu’ils se croisent.  Alors que l’action se déroule entre New York et Berlin, on a l’impression de faire un pas en arrière et en avant dans le temps, et non pas simplement de changer de continent. Ce monde hassidique semble intemporel, ses restrictions sont une sorte de protection de confort contre un monde qui l’a traité avec cruauté. Et la grande sagesse dans la manière dont cette histoire est racontée réside dans sa compréhension innée du fait qu’il n’y a pas ici de lignes claires délimitant le bien et le mal, pas de moyen simpliste et facile de séparer le bon et le mauvais. Unorthodox ne juge pas, elle se contente de se poser et d’observer.

Certains pourront penser qu’Unorthodox est une critique de la communauté religieuse d’Esty, de son peuple et de ses pratiques, et c’est peut-être en partie le cas. Mais pour moi, c’est vraiment avant tout l’histoire d’une jeune femme qui attend davantage de sa vie, qui cherche courageusement une nouvelle voie, qui aime toujours sa famille et qui pense que même si elle déçoit Dieu, elle doit trouver sa propre direction. Sa maladresse à se défaire du cocon de sa vie hassidique est bouleversante. C’est comme si elle s’arrachait elle-même une propre couche de sa peau. Laisser son monde derrière elle s’accompagne d’une grande douleur et d’une grande souffrance – dans l’un des moments les plus déchirants, la grand-mère bien-aimée d’Esty lui raccroche au nez lorsqu’elle appelle d’une cabine téléphonique de Berlin. Yanky, son mari est aussi un homme sensible et gentil qui ne sait pas quoi faire d’une épouse qui lui dit qu’elle est « différente » dès leur première rencontre.

L’un des aspects les plus frappants de l’histoire est également la façon dont elle s’y prend pour poursuivre cette liberté. La passion d’Esty pour la musique la pousse vérotablement. Au départ, Esty a fui en Allemagne parce qu’elle avait besoin d’un endroit où aller. Au lieu de simplement cela, une série d’événements amène Esty à réaliser à quel point la musique lui a manqué dans sa vie, et à quel point elle en a besoin maintenant, plus que jamais. C’est littéralement son ticket d’entrée pour la liberté. Esty : D’où je viens, il y a beaucoup de règles. Professeur Hafez : En musique, il faut souvent enfreindre les règles pour réaliser un chef-d’œuvre. Sans dévoiler tout ce qui se passe à Berlin, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce déchirant moment où Esty chante une chanson en hébreu. Un grand moment transcendant de télévision… Il s’agit d’une ligne, répétée quatre fois, d’une chanson traditionnelle juive de mariage qui est habituellement chantée par l’homme : « Bienheureuse celle qui est venue. Celui qui comprend le discours de la rose parmi les épines, l’amour d’une mariée qui est la joie des bien-aimés ». Le fait qu’Esty chante cette chanson religieuse romantique reflète sans doute son désir que le mariage soit bien plus qu’une simple satisfaction sexuelle pour le mari afin de faire des enfants. Esty aspire à être chérie, à ce que cette chanson lui soit chantée.

Et là, comment ne pas évoquer la véritable performance de la série et la raison pour laquelle Unorthodox a une telle puissance émotionnelle ? Cette œuvre vit et respire aussi vivement qu’elle le fait grâce à sa star, Shira Haas, une sorte de réplique autrement d’Elisabeth Moss, et à son don d’actrice le plus insaisissable : transmettre en silence ses sentiments complexes et conflictuels. Par un regard, un geste ou une vague d’émotions dans ses yeux, nous comprenons son personnage. Haas a cette rare capacité à communiquer sa réalité intérieure par de simple attitudes et expressions faciales. Elle parvient à mettre un peu d’Esty dans chacun de nous, survivants du pire que le monde puisse nous donner.

Pour moi, Unorthodox touche à une certaine perfection dans ce que peut offrir une mini-série télévisée. Une façon remarquable d’aborder les questions de liberté, de diversité, de communauté, de respect, de pardon et de bienveillance. Puissance et grâce du récit venant s’équilibrer au-travers de grandes émotions et de ces petits moments d’observation des détails de l’existence qui nous font nous sentir mieux et heureux. Et j’ose dire qu’il s’agit là de l’une des réalisations majeures dans l’histoire des productions originales de Netflix. Vous ne devez pas la manquer !

 

Tchao Manu !… Au saxo avec les anges

La légende de la musique africaine, Manu Dibango, est morte ce mardi 24 mars après avoir contracté le coronavirus. Agé de 86 ans, ce saxophoniste, célèbre pour avoir fusionné le jazz, le funk et les sons de son pays d’origine, le Cameroun, est l’une des premières stars mondiales à mourir de la pandémie.

« C’est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la perte de Manu Dibango, notre Papy Groove », peut-on lire sur sa page Facebook officielle. Dans le contexte sanitaire actuel, ses funérailles se dérouleront « dans la plus stricte confidentialité » mais un hommage sera organisé « lorsque cela serait possible ». Un artiste qui faisait l’unanimité, tant par sa musique que par sa personnalité. Un artiste pour qui les valeurs humaines comptaient plus que tout, marqué par des convictions chrétiennes, protestantes et luthériennes plus particulièrement.

Samedi 28 septembre 2013, 10.000 personnes étaient rassemblées à Bercy pour vibrer au groove mélodique et dansant de Manu Dibango. Rien d’extraordinaire à priori pour le musicien camerounais qui joue sur toutes les plus grandes scènes du monde depuis si longtemps… sauf qu’il s’agit là de Protestants en fête, le grand rassemblement spirituel et festif du protestantisme français. Mais tout ça fait clairement sens quand on se penche un peu plus sur l’histoire de celui qui nous a quitté mardi dernier.

Emmanuel N’Djoké Dibango est né le 12 décembre 1933 à Douala de parents protestants luthériens, Michel Manfred N’Djoké Dibango, père fonctionnaire issu de l’ethnie Yabassi et d’une mère couturière à la maison, issue de l’ethnie douala. « Mon oncle paternel jouait de l’harmonium, ma mère dirigeait la chorale. Je suis un enfant élevé dans les « Alléluia » » racontait-t-il. Touché par la grâce musicale dès ses premières années dans le temple protestant où il y est initié au chant, c’est aussi le gramophone parental qui élargit ses horizons en lui faisant découvrir la musique française, américaine et cubaine, grâce aux marins de ces pays débarquant dans le port de Douala avec leurs disques. Sa musique s’est ainsi forgée entre gospel et musique africaine avant d’être touché par le jazz et les musiques du monde.

Il est arrivé en Europe alors qu’il était jeune étudiant. Avec son extraordinaire talent musical et son amour naissant pour le jazz, le jeune Manu a rapidement opté pour une vie consacrée à l’aventure du genre musical. Le jazz étant omniprésent, Paris était l’endroit idéal pour que Manu puisse se mélanger, s’épanouir, écouter et apprendre. Manu a été initié à la musique d’Armstrong, d’Ellington, de Young et de Parker et à toutes les facettes de la vie du jazz parisien. Mais c’est dans la ville de Reims, lors d’une colonie de vacances, qu’il découvre le saxophone, qui devient son instrument de prédilection. Son premier séjour en France s’est avéré finalement relativement bref. Le grand Kabasele a invité Manu à rejoindre son groupe, l’African Jazz, pour jouer de la musique congolaise. L’invitation a été acceptée et Manu est retourné en Afrique. L’amour du jazz d’une part et de la musique africaine traditionnelle d’autre part a incité Manu à faire des expériences en combinant différents styles de musique pour créer son propre mélange unique.

Manu Dibango a inspiré et continuera probablement à inspirer une jeune génération d’artistes afro-jazz. Pour beaucoup de Camerounais, il a été une source d’inspiration et de divertissement et a fait la fierté du pays sur la scène internationale. Il a mélangé le funk américain et le jazz traditionnel avec les rythmes camerounais locaux pour former un genre qui influencera plus tard de nombreux autres musiciens de son temps et une jeune génération d’artistes. Manu Dibango s’est fait connaître dans le monde entier en 1973, lorsque son disque Soul Makossa est rapidement devenu un incontournable des stations de radio et des clubs noirs de New York. Il s’est finalement hissé à la 35ième place du classement du Billboard Hot 100. Mais Soul Makossa est devenu aussi l’un des principaux rythmes breaks préférés des DJ aux débuts du mouvement hip-hop, au milieu et à la fin des années 1970. La chanson a ensuite été reprise par Michael Jackson sur son single à succès Wanna Be Startin Something, tiré de l’album Thriller de 1982. Ce sample et celui de la pop star Rihanna en 2007 sur sa chanson Don’t Stop the Music ont tous deux donné lieu à des poursuites judiciaires en 2009 pour violation de droits d’auteur. Depuis lors, bien sûr, les rythmes et beats africains sont devenus un élément de base beaucoup plus populaire du hip-hop mondial grâce à l’essor du son afrobeats de la dernière décennie.

Manu a découvert un plaisir secret à aller à contre-courant des idées bien ancrées pétries d’une forme de puritanisme musical. Son but était de construire des ponts entre les continents. Il a été le premier à faire avancer ce qui est devenu une relation profonde entre la musique de l’Afrique francophone et Paris. Avec une production régulière, Manu Dibango a produit pas moins de 44 albums en six décennies. En plus de ses tournées dans le monde entier, il consacra beaucoup de temps à soutenir et à encourager les jeunes musiciens et à lutter pour des causes humanitaires.

Homme de foi, il aimait régulièrement s’entourer de musiciens et choristes qui partageaient aussi ses mêmes racines. Cet héritage spirituel ne l’a jamais quitté et il en parlait. En 1996, il décide même d’enregistrer Sax & Spirituals – Lamastabastani, un album au bon souvenir de maman Dibango qui dirigeait la chorale du temple de son quartier. Certains titres sont réalisés avec le chef de chœur Georges Seba et son épouse Marylou qui dirigeaient, à cette époque, la fameuse chorale des Chérubins de Sarcelles, mais aussi le chanteur de gospel Roy Robi ou encore son ami Slim Pezin à la guitare acoustique.

En mars 1986, il reçoit la Médaille des Arts et des Lettres du ministre français de la Culture de l’époque, Jack Lang. Cette distinction constitue une contribution flatteuse à l’édifice de sa carrière. En 1993, c’est la Victoire du meilleur album de musique de variété instrumentale de 1992 (France) pour le deuxième volume de Négropolitaines. En mai 2004, Manu Dibango a été nommé Artiste de l’Unesco pour la paix. Enfin, en février 2017 il est honoré d’un Lifetime Award pour l’ensemble de sa carrière, qui lui a été décerné lors de la cérémonie Afrima (All Africa Music Awards) organisée au Nigeria.

Un homme passionné et passionnant qui disait à ce propos lors d’une interview : « Si tu peux vivre par ta passion, et que tu travailles avec ça, c’est du bonheur. Mais attention au mot bonheur : il y a beaucoup d’épines dans le bonheur. Il faut comprendre ce que c’est d’avoir de la chance : ça coûte cher, la liberté. »

La disparition de Manu Dibango n’est pas seulement une perte pour le Cameroun. C’est une perte pour le continent tout entier et bien plus encore, pour tous les amateurs de musique globalement. Tout au long de sa vie, il aura maintenu la musique africaine sur la scène mondiale et était affectueusement connu sous le surnom de « Papy Groove ». Animé par une passion qui ne l’a jamais quitté, il a montré qu’avec de la conviction, du travail et de la foi, on pouvait faire son chemin dans un monde qu’on croyait inaccessible.

Très amicalement, Yves Bigot, journaliste et actuel directeur général de TV5 Monde, mais aussi ami proche et producteur de Manu Dibango, m’a partagé ces quelques lignes d’hommage à son « grand frère »

Le luthérien de Douala Emmanuel N’Djoké Dibango, l’éléphant, est devenu mon grand-frère en 1992 quand il a accepté le concept d’album panafricain que lui seul, le premier musicien Africain en Europe, puis la première star africaine en Amérique, pouvait justifier. Deux ans plus tard est paru Wakafrika, où dans un répertoire connu de tous (« Jingo », « Pata Pata », son propre « Soul Makossa », « Emma », « Homeless », etc.) nous avions autour de ce géant de la musique du XXème siècle non seulement tous ses héritiers du continent (Angélique Kidjo, Youssou N’Dour, Salif Keita, Papa Wemba, King Sunny Adé, Tony Allen, Ladysmith Black Mambazo, Geoffrey Oryema, Touré Kounda, etc.) mais aussi Peter Gabriel, Sinéad O’Connor et Paul Simon. Ce dernier, auquel Manu avait fourni ses musiciens post-Graceland, n’a pu se rendre à Los Angeles en raison du tremblement de terre de Northridge qui a isolé la Californie du Sud pendant le mixage de l’album.

Lorsque je suis arrivé à la tête de Mercury ensuite, j’ai édité pour la première fois en France ses formidables enregistrements funk des années 60, alors exclusivement destinés à l’Afrique, du niveau du meilleur James Brown avec les JB’s, Junior Walker ou King Curtis. Il était alors payé en liquide à la séance, sans contrat. Il m’a fallu des mois pour faire admettre à Londres qu’il devait désormais toucher des redvances sur ce qui est devenu l’album African Soul, The Best of Manu Dibango (featuring Soul Makossa), qui a succédé à Wakafrika en tête des charts « world music » aux Etats-Unis où il a été pillé par Michael Jackson, Rhianna, Jenifer Lopez, les Fugees, mais crédité par Jay-Z, Will Smith et Beyoncé.

Au plus fort de la grève des transports, mi-décembre, j’avais encore passé une matinée avec lui au canon de la Nation. En se quittant, à la camerounaise, on s’est dit « on est ensemble ». Pour toujours…

 

Yves BIGOT

Journaliste et producteur – directeur général de TV5 Monde