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NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
Que celui qui a des oreilles…

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Sylvie’s Love… un amour extraordinaire

À la fois classique, brillant et empreint de sensualité, Sylvie’s Love ou Pour l’amour de Sylvie, sur Amazon Prime, du scénariste et réalisateur Eugene Ashe – ancien artiste du label Epic/550 au sein de Sony Music avec son groupe R&B Funky Poets – est une bien agréable proposition pour cette fin d’année ou pour débuter la nouvelle. Au son du jazz traditionnel, cette romance au style vintage, met en vedette Tessa Thompson et Nnamdi Asomugha dans le rôle d’amoureux qui se cherchent et peinent à se trouver, et dont l’aventure s’étend de la fin des années 50 au début des années 60. Une occasion de s’immerger dans l’Amérique noire de cette époque, avec ce genre de film qui vous fait chaud au cœur.

Sylvie’s Love raconte l’histoire de Sylvie Parker et Robert Halloway, à la fin des années 50. La première est issue d’une bonne famille, et travaille en tant que disquaire dans la boutique de son père. Passionnée de télévision, elle rêve en secret de devenir productrice dans ce milieu émergent. C’est à ce moment qu’elle fera la rencontre fortuite de Robert, un élégant saxophoniste débarquant à New York avec son groupe de jazz, dans l’espoir de se faire un nom dans le milieu musical. Après une romance estivale, les deux tourtereaux doivent se quitter. Ils se retrouvent des années plus tard et constatent que les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre n’ont pas changé…

Avouons-le… un peu de romantisme dans ce monde pandémique où la distanciation sociale s’est incrustée et où un simple regard devient parfois inquiétant… eh bien ça ne fait pas de mal et même plus encore ! Surtout s’il est offert avec charme, intelligence et savoir-faire. Car dans Sylvie’s love, chaque élément est digne de pâmoison, de la partition luxuriante de Fabrice Lecomte et des magnifiques costumes de Phoenix Mellow aux performances lumineuses d’Asomugha et de Thompson en passant par l’exquise cinématographie de Declan Quinn qui parvient à reproduire le grain caractéristique des pellicules 16mm d’époque. Sans oublier évidemment le bon goût de Ashe dans l’écriture du scénario et sa façon habile d’aborder cette histoire dans le Harlem du milieu du XXème siècle où les inégalités raciales se confrontent inévitablement, mais en restant focus sur l’histoire de ses deux protagonistes et en suggérant simplement et avec réalisme les conditions qui les entourent.

Il y a de vrais moments délicieux, qui rappellent notamment un bon vieux film avec Hepburn et Tracy. On ne peut pas sous-estimer le fait que les performances de Thompson et d’Asomugha sont sensationnelles, mais c’est vraiment Tessa Thompson (Creed, Thor Ragnarok, Westworld) qui brille tout particulièrement dans son rôle de Sylvie. Il y a quelque chose d’extrêmement juste en elle. Tout lui va bien, de sa garde-robe de l’époque, aux coiffures et aux décors impeccables des studios de télévision. Et son personnage est en plus très intéressant, celui d’une jeune femme qui n’est pas un simple faire-valoir romantique prête à minauder face aux beaux yeux du héros musicien qui s’avère être aussi fragile. Son personnage est au contraire fouillé et d’une réelle épaisseur sociétale. Elle présente un autre genre de figures féminines d’époque habituellement cantonnées à rester au foyer. Et si Sylvie est une amoureuse, elle s’épanouit néanmoins autrement qu’uniquement dans l’amour et le regard qu’on lui porte. C’est l’histoire aussi d’une émancipation professionnelle moderne qui se raconte au fil de l’histoire, sans nulle trahison aucune au contexte du film, devenant par là-même un élément constructif de l’arc narratif, tout autant que sa relation avec Robert Halloway. Car l’alchimie de nos deux héros, ensemble, est brûlante, mais séparément, ils transmettent à la fois le désir de leur amour perdu et le besoin intrinsèque de créer qui nourrit leurs ambitions. C’est ainsi aussi une histoire de passions, celle de l’amour mais aussi de choses ESSENTIELLES à la vie… la musique, la culture. Et cette passion est celle qui transpire des personnages, de leurs choix, de leurs existences, mais tout autant de ce qui les raconte, les révèle à l’image, les accompagne dans le son. Tiens justement, en parlant de son. Pas tout à fait une comédie musicale, Sylvie’s Love est néanmoins imprégnée de musique, de Mingus, Monk à Coltrane, et comme vous pouvez l’imaginer, de la part d’un ancien musicien professionnel comme Ashe, les choix musicaux sont irréprochables. Quel bonheur de réentendre Charlie Parker, Sam Cooke, Sarah Vaughan, Bill Haley and His Comets, Louis Armstrong, Nancy Wilson, The Drifters, Doris Day… ou encore les réadaptations somptueuses de Fabrice Lecomte comme celle, en français peuchère, de B-Loved. Passionnant une fois de plus tout ça.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré passer près de deux heures avec ces personnages. Ma seule déception est que je n’ai pas eu l’occasion de voir les couleurs luxuriantes, la belle conception de l’éclairage et la merveilleuse cinématographie sur grand écran, comme certains privilégiés avaient pu lors de la première mondiale au dernier Festival de Sundance où le film avait été projeté le 27 janvier 2020. Quoi qu’il en soit, ce charmant film devrait être sur la liste de tous les spectateurs (qui ont accès à PrimeVideo) en cette période de fêtes, car il nous rappelle la magie du cinéma dans cette période où nous en sommes si tristement privés, et ça, c’est essentiel ou, comme le dit magnifique Sylvie, extraordinaire !

Allez… See you later alligator 😉

 

 

Le blues de Ma Rainey… merci Netflix !

Le cinéma étant en berne dans cette époque où la culture est considérée comme non essentielle, risquant par là-même d’intégrer le catalogue de ce qui est en voie de disparition dans ce XXIème siècle, on se repli devant nos écrans de télévision. Heureusement, parfois… ça en vaut la peine et il y a de quoi alors s’en réjouir et en parler ! Le 18 décembre verra ainsi la mise en ligne sur Netflix, d’un film engagé et incontournable : Le blues de Ma Rainey ou Ma Rainey’s Black Bottom dans sa version originale.

Les tensions s’exacerbent et les esprits s’échauffent au cours d’une séance d’enregistrement, dans le Chicago des années 20, tandis que plusieurs musiciens attendent la légendaire Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues« .

Vous vous en souvenez peut-être, le vendredi 28 août dernier, le monde entier apprenait avec tristesse et stupéfaction la disparition de Chadwick Boseman, célèbre acteur américain, interprète notamment de Black Panther, emporté par un cancer du côlon à l’âge de 43 ans. Le blues de Ma Rainey le ressuscite brillament en quelque sorte sur les écrans, puisqu’il s’agit de sa dernière prestation de comédien et de chanteur puisqu’il nous gratifie ici un peu de cet autre talent, lui qui nous avait bluffé en endossant le rôle de James Brown en 2014 dans Get On Up au côté déjà de Viola Davis et avec une réalisation de Tate Taylor.

Adapté de la pièce d’August Wilson, deux fois lauréat du prix Pulitzer, faisant elle-même partie du Pittsburgh Cycle, dix pièces qui abordent les conditions de vie de la communauté afro-américaine tout au long du XXème siècle, Le blues de Ma Rainey est un hommage à la force extraordinaire du blues, ce genre musical dérivé des chants de travail des populations afro-américaines subissant la ségrégation raciale aux États-Unis. Et, par là-même, à ces artistes qui doivent refuser de laisser les préjugés de la société dicter leur valeur. Une vieille histoire qui continue de s’écrire aujourd’hui encore… Mais c’est aussi une réflexion passionnante qui s’élargit sur le pouvoir, la race, le sexe, les ambitions et le commerce dans cette Amérique du début du XXème siècle, traitée avec sensibilité et grâce par George C. Wolfe, porté par un scénario de Ruben Santiago-Hudson et la sublime patte musicale du grand Branford Marsalis.

Le film ressemble à un huis clos puisqu’il se déroule principalement dans deux pièces d’un studio d’enregistrement : la salle de prise et la salle de répétition du groupe. C’est d’ailleurs, on peut le préciser, l’occasion de découvrir les coulisses d’une session d’enregistrement d’un vinyle à cette époque. Nous avons d’abord un aperçu rapide de l’ambiance d’un club dans la sublime scène live d’ouverture qui, soit dit en passant, résume, dans les subtils détails de ce qui s’y passe, quasiment le film en moins de cinq minutes… quelques plans extérieurs ici et là, mais la majorité se concentre ensuite sur ces deux endroits, avec une mise en scène particulièrement théâtralisée qui peut donner le sentiment aux spectateurs de se trouver au milieu d’une pièce récitée où les répliques s’enchaînent à une vitesse fulgurante. Alors que les membres du groupe rient et plaisantent entre eux, nous nous plongeons dans leur passé et dans les difficultés que chacun d’entre eux a connues, une immersion passionnante dans la vie de ces musiciens. Se joue là en fait un peu de la carrière de l’artiste et chanteuse de blues mais surtout l’existence même de l’un de ses musiciens.

Pour interpréter ce personnage féminin à la poigne de fer, la légendaire Gertrude Malissa Nix Pridgett de son vrai nom, alias Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues », la remarquable Viola Davis qui apporte une forme d’aisance irrévérencieuse à son personnage haut en couleurs. Il faut savoir que Ma Rainey menait sa carrière tambour battant dans le Chicago des années 20, refusant toute forme d’autorité supérieure, surtout celle de ses producteurs blancs à vrai dire. Une artiste qui a été introduite au Blues Hall of Fame en 1983 et au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland, en 1990, qui pourrait se vanter si elle était toujours là avec nous aujourd’hui d’avoir un timbre de 29 cents à son effigie (édité en 1994 par la Poste américaine) ou bien encore d’être citée par Bob Dylan himself dans sa chanson Tombstone Blues, sur l’album mythique Highway 61 Revisited (1965). Et donc, pour la rendre plus vraie que nature (il faut dire aussi qu’il y a une vraie ressemblance physique naturelle qui accroit l’effet produit), Viola Davis est à son meilleure une fois de plus, livrant une performance assez incroyable et subjugante.

Enfin, face à elle, le regretté Chadwick Boseman dans le rôle de Levee, un trompettiste en quête de reconnaissance, auteur de chansons, charmeur, terriblement naïf mais en même temps si sûr de lui. Face à la diva, son caractère irascible et ses privilèges, Levee est déterminé à se créer une place d’artiste à part entière face aux producteurs blancs. Il a le talent indéniable, de la créativité, sa jeunesse comme atout notoire, du bagou, et une bonne allure… mais son ambition débordante, dont l’insolence n’est que le reflet d’un passé dévastateur, risque de lui jouer des tours dont on ne se remet pas forcément. Le spectateur découvrira également Toledo, un vieil homme feignant la sagesse ; Cutler, un homme de foi particulièrement savoureux dans cette galerie de personnages ; Slow Drag, le plus invisible ; M. Irvin, l’agent de Ma Rainey et un producteur de musique appelé Sturdyvant. Chacun est présent d’une façon quasi symbolique avec une personnalité définie bien visible, définissant une sorte de hiérarchie qui règne entre hommes blancs et hommes noirs dont ils sont clairement esclaves, même si nos deux héros cherchent à s’en défaire sans véritablement y parvenir.

Le blues de Ma Rainey a pourtant aussi l’intelligence de ne pas se focaliser uniquement sur ces injustices, mais il élargit le spectre vers cette fracture interne qui règne entre des personnages appartenant à la même communauté mais n’abordant pas leur douloureuse situation de la même façon. Citoyens de seconde, voire troisième zone de cette société ségrégationniste, les protagonistes principaux se retournent les uns contre les autres sans jamais qu’il ne soit question de s’en prendre au producteur blanc qui s’approprie effrontément la carrière du jeune coq prometteur pour en tirer un maximum de bénéfices.

Le blues de Ma Rainey sur Netflix le 18 décembre, c’est un film coup de poing dont on va entendre beaucoup parler, croyez-moi ! Les deux rôles principaux sont fortement pressentis pour être nommés voire favoris lors de la prochaine cérémonie des Oscars.

 

Sean Connery… Adieu Bond !

La mort n’aura su attendre plus longtemps… Si la sortie du dernier film de la saga ne cesse d’être repoussée, Sean Connery, l’acteur d’origine écossaise qui a été le premier à prononcer la célèbre réplique, « My name is Bond, James Bond « , est hélas mort ce samedi 31 octobre 2020. Il avait 90 ans.

Bien qu’il ait joué dans plus de 60 films, et remporté de nombreuses récompenses et distinctions parmi lesquelles un Oscar du meilleur acteur dans un second rôle et un Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Les Incorruptibles, ainsi qu’un British Academy Film Award du meilleur acteur pour Le Nom de la rose en 1988, Sean Connery demeure plus étroitement lié à l’espion britannique aux charme et ressources inépuisables, créé par Ian Fleming, qu’il a interprété sept fois.

Si sa première apparition au cinéma date de 1955, suivi de onze autres, c’est en 1962 avec James Bond 007 contre Dr. No qu’il est propulsé star internationale. Il jouera ensuite le rôle de l’espion coureur de jupons, en costume de soirée, qui boit du martini, dans Bons baisers de Russie (1963), Goldfinger (1964), Opération Tonnerre (1965), On ne vit que deux fois (1967) et Les diamants sont éternels (1971), puis enfin en 1983 Jamais plus jamais. 

« Connery a toujours été mon Bond préféré, et je mentirais si je disais que je ne ressens pas la pression de me mesurer à lui », a déclaré Pierce Brosnan dans une interview au magazine Cinefantastique en 1995, l’année où il a repris le rôle de Bond. Brosnan, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton et Daniel Craig ont également joué Bond au grand écran, mais aucun d’entre eux n’aura le même succès. Dans un sondage réalisé en 2012 par l’agence de presse NPR, Sean Connery a été élu meilleur interprète de Bond, avec 56 % des voix. Craig est arrivé en deuxième position, avec 28 %.

Mais cantonner Sean Connery a ce rôle serait profondément injuste, tant sa filmographie est impressionnante et diversifiée. Il jouera ainsi pour d’innombrables illustres réalisateurs comme Hitchcock dans Pas de printemps pour Marnie en 1964 et La Colline des hommes perdus en 1965, ou Sidney Lumet avec qui il tournera à cinq reprises dont Le Crime de l’Orient-Express en 1974. On peut aussi évoquer Le Lion et le Vent en 1975 ou, la même année, L’Homme qui voulut être roi. On le retrouvera également dans des films historiques tels que le magnifique Le Nom de la rose, et dans des seconds rôles prestigieux avec Highlander en 1986, Les Incorruptibles en 1987, et Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989. Il se fera plus rare dans les années 1990, mais il s’illustrera dans plusieurs succès comme À la poursuite d’Octobre Rouge en 1990, Rock en 1996 et Haute Voltige en 1999. Dans les années 2000, Sean Connery apparaît dans À la rencontre de Forrester (2001) et La Ligue des gentlemen extraordinaires (2003) puis il décide de prendre sa retraite. Toutefois, il prêtera encore sa voix dans le jeu vidéo James Bond 007 : Bons baisers de Russie, en 2005, et dans un film d’animation, Sir Billi the Vet en 2010.

Thomas Sean Connery naît le 25 août 1930 dans le quartier ouvrier de Fountainbridge, dans l’ouest d’Édimbourg. Sa mère est protestante, membre de l’Église d’Écosse, et son père catholique. Aîné de deux garçons, il quitte l’école à quatorze ans et commence à occuper divers petits emplois, dont celui de maçon, de sauveteur et de vernisseur de cercueils. À 16 ans, il s’engage dans la Royal Navy pendant trois ans avant qu’un ulcère à l’estomac ne l’incite à retourner à la vie civile à Édimbourg. À 19 ans, il pose comme modèle à l’école d’art d’Édimbourg. Le culturisme et une tentative de décrocher le titre de Mr. Univers – il est arrivé troisième – l’ont finalement conduit à une carrière d’acteur, refusant (pour la petite histoire) un contrat de footballeur professionnel avec Manchester United. 

« Sean était magnifique et on a vécu une vie merveilleuse ensemble. C’était un homme modèle. » C’est par ces mots que sa femme (et seconde épouse) Micheline Roquebrune, qui partageait sa vie depuis plus de 45 ans, lui a rendu hommage. Sean Connery souffrait de démence depuis plusieurs mois, a expliqué l’artiste-peintre franco-marocaine. « Ce n’était pas une vie pour lui. Il n’était plus capable de s’exprimer vers la fin. Au moins, il est mort dans son sommeil, et c’était très paisible. J’étais à son chevet tout du long, et il est juste parti. C’était ce qu’il voulait. » 

Mais malgré les propos de son épouse, la mort de l’artiste reste entachée, hélas (les réseaux sociaux sont implacables), par la ressortie d’anciennes déclarations où l’acteur justifiait en 1967, dans une interview au magazine Playboy, la gifle rendue possible à une femme afin de la « recadrer », propos qu’il réitérera en 1987, et qui apparaissent aujourd’hui forcément inacceptables, même si elles sont prononcées par un acteur unanimement admiré. 

Pour terminer, ce départ me permet de repenser avec vous à deux dialogues qui pourront nous donner encore de réfléchir dans le contexte contemporain qui est le nôtre aujourd’hui et dans un lien certain avec la foi, même si Sir Connery ne s’est jamais attardé sur cette question d’un point de vue personnel. La première est tirée du Nom de la Rose où son personnage, Guillaume de Baskerville échange avec Jorge de Burgos :

- Mais qu'y a-t-il de si inquiétant dans le rire ?
- Le rire tue la peur, et sans la peur il n'est pas de foi. Car sans la peur du diable, il n'y a plus besoin de Dieu.
- Mais vous n'éliminerez pas le rire en éliminant ce livre.
- Non, certes. Le rire restera le divertissement des simples. Mais qu'adviendra-t-il si, à cause de ce livre, l'homme cultivé déclarait tolérable que l'on rie de tout ? Pouvons-nous rire de Dieu ? Le monde retomberait dans le chaos.

Et la seconde sera puisée dans Indiana Jones et la dernière croisade. Sean Connery y joue Henri, le père d’Indiana. On trouve en dans la fin du film des épreuves basées sur des énigmes à résoudre. Les énigmes ont été données par le professeur Jones père et suggèrant une interprétation merveilleuse : 

  1. Le souffle de Dieu : Seul le pénitent pourra le passer.
  2. Le nom de Dieu : Uniquement dans le mot de Dieu devra avancer.
  3. Le saut de Dieu : Uniquement dans le saut depuis la tête du lion pourra-t-il prouver sa valeur.

Et donc, en forme de transmission, au cœur d’une quête personnelle mais aussi qui prend la forme d’une véritable lutte de la lumière contre les ténèbres, il apportera à son fils une solution vitale :

- Seul le pénitent doit le passer, le pénitent doit le passer, le pénitent…
- Le pénitent est humble devant Dieu, le pénitent s’agenouille devant Dieu ! À genoux !


ON THE ROCKS… tellement rafraîchissant !

On the Rocks, sur Apple TV+ depuis le 23 octobre, est un film magnifiquement réalisé par Sofia Coppola, qui bénéficie d’une sublime performance de Bill Murray et d’un tour de force de Rashida Jones. Une histoire simple et belle, d’une formidable fraîcheur, un mélange de rêve et de poésie qui rencontrent la comédie et qui fait beaucoup de bien dans cette entrée en confinement.

C’est l’histoire de Laura (Rashida Jones), auteure à succès en panne d’inspiration, mère de deux filles, qui vit dans un très chic appartement dans un beau quartier de Manhattan. Lorsque Dean (Marlon Wayans) revient d’un voyage d’affaires, elle ouvre sa valise et y trouve une trousse de toilette pour femme. Il affirme qu’il appartient à sa collègue de travail, Fiona (Jessica Henwick), qui lui a demandé de le mettre dans son sac parce qu’il ne rentrait pas dans sa valise, mais Laura doute. Elle le soupçonne d’avoir une liaison avec Fiona. Lorsque son père, Felix (Bill Murray), un homme riche et coureur de jupons, lui rend visite, il la persuade de traquer Dean ensemble pour savoir s’il a une liaison ou non.

Quatre vingt dix sept minutes, parfaitement cadencé, qui font de On the Rocks, l’un des films les plus intelligents et les plus émouvants que la scénariste-réalisatrice Sofia Coppola ait réalisés depuis son odyssée transcendante de Tokyo, avec déjà Bill Murray (et Scarlett Johansson), dans Lost in Translation. On the Rocks parle en fait, dans le fond, de l’éveil de Laura au vide qui se cache derrière son incandescence – un éveil qui prépare le terrain pour sa renaissance spirituelle. Ce voyage ne correspond peut-être pas aux sommets visuels et émotionnels de Lost in Translation, mais On the Rocks triomphe à sa manière en racontant la belle histoire d’une femme qui, scène par scène, revendique peu à peu le film comme le sien.

Coppola parvient à créer des moments magnifiquement poignants, comme lorsque Dean et Laura sont en train de dîner pour célébrer l’anniversaire de Laura et qu’un serveur apporte un dessert avec des bougies à leur table, puis la dépasse, pour aller vers celle d’à-côté. Dean voit la réaction de Laura, et il se rend compte qu’il aurait dû y penser aussi. Leurs expressions seules suffisent à en dire tant… C’est aussi ce doux moment où Félix et Laura se faufilent hors d’une fête (en marchant à reculons) et s’arrêtent pour admirer un Monet tranquillement suspendu dans un couloir inoccupé. Dans une autre tendre scène, Félix se souvient d’un amour perdu, celui de la femme pour laquelle il a quitté la mère de Laura. Laura ne veut pas vraiment l’entendre, mais Félix doit l’exprimer. Murray prend son temps, avec de longues pauses pour réfléchir et se souvenir. Une scène qui respire véritablement et nous fait respirer…  Murray est aussi très drôle, avec un jeu d’un extrême naturel. Il semble ne rien faire d’autre qu’être lui-même… Il joue le rôle d’un type qui, sur la page, a tout pour être perçu comme un « connard répugnant ». Son personnage dit ainsi des choses franchement terribles sur les femmes, les relations amoureuses, et le couple. Mais la façon dont Murray l’interprète, le transforme en un voyou si charmant et charismatique qu’on comprend pourquoi il plaît tellement aux gens. Après une longue série de seconds rôles pas franchement formidables, il est vraiment agréable de le retrouver en si grande forme. C’est une performance subtilement brillante, sa meilleure sans doute depuis son apogée dans Rushmore, Lost in Translation, Broken Flowers ou La vie aquatique, mais il y a plus de 15 ans.

Rashida Jones, fille de l’icône de la musique Quincy Jones et de la comédienne Peggy Lipton, continue à montrer son éventail non seulement dans l’humour, mais aussi comme actrice talentueuse et scénariste remarquable (comme l’épisode Chute libre dans la saison 3 de la série Black Mirror). En réunissant Murray et Jones, Coppola obtient un cocktail fougueux et savoureux. Cette histoire simple mais malgré tout  imprévisible joue sur les forces du duo d’acteurs, et la réalisatrice parvient à éviter tout moment ennuyeux, en créant sans cesse de doux petits moments significatifs.

Coppola a montré, avec son travail passé, un intérêt pour les relations humaines, et On the Rocks est parfaitement dans cette veine là. Il raconte une histoire de mariage à travers la lentille des liens entre un père et sa fille. Le spectateur commence à les apercevoir dans la vie de Laura comme la genèse de ses insécurités, profondément enracinées dans cette relation avec son père… et pourtant, rien de tout cela n’est jamais explicitement énoncé dans le film, juste suggéré. Ce qui est également remarquable dans On the Rocks, c’est que son intrigue est toute en légèreté. Ici finalement, on ne se soucie guère de savoir si le mari la trompe ou non, ou si elle va le surprendre. Non, ce qui ressort vraiment, par contre, ce sont les performances des personnages, le rythme de l’histoire, tous les sous-entendus subtils, les ambiances et le ton général de l’ensemble, et enfin la représentation cinématographique du centre de Manhattan. Sofia Coppola tourne New York, en particulier le quartier de Soho, avec élégance et de façon très soignée, comme dans cette superbe séquence où Jones et Murray vont passer une nuit en ville dans une vielle voiture décapotable. On y voit des bars en sous-sol, des restaurants chics et, plus que tout, des rues de la ville. Justement, à propos de cette fameuse scène dans laquelle Murray et Jones se promènent dans cette décapotable, dans une filature improbable, et se font arrêter par deux policiers. Elle est emblématique de fraîcheur et de cette habile façon pour Sofia Coppola de manier la comédie dans sa réalisation. Murray réussit tellement bien à embobiner l’agent, qu’il ne se contente pas de lui faire oublier la contravention, mais qu’il les amènent à pousser la voiture pour la faire redémarrer. Un moment délicieux certainement. 

Dans la triste période que nous devons traverser, Sofia Coppola et Apple TV+ nous font cadeau de sourires et même de rires, de bien être et d’embrassades, d’une belle humanité et de beaucoup d’amour… Et c’est pourquoi un film comme On the Rocks peut être aussi profond et d’un gain si agréable vous laissant une sensation de chaleur intérieure.

 

Adieu les cons… pour apprendre à dire : « Je t’aime ! »

Déjà trois ans qu’Albert Dupontel nous livrait sa redoutable adaptation cinématographique de l’œuvre de Pierre Lemaître Au Revoir Là-Haut, qui faisait déjà suite à cinq autres réalisations dont les, devenus classiques, Bernie, Enfermés dehors ou 9 mois ferme. C’est donc peu dire que de parler de bonheur et de hâte pour découvrir son nouveau film, Adieu les cons, qui sort ce mercredi 21 octobre sur les écrans, en pleine période où le cinéma peut tant offrir à nos esprits et nos âmes parfois perdus et en tout cas bien malmenés.

Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Avec Dupontel, c’est comme si la haute couture devenait une offre populaire et accessible au plus grand nombre. Comme si Chanel ou Gucci s’affichaient en supermarché au prix d’un 501 ou d’une robe Monoprix. Rendez-vous compte, pour le prix d’une simple place de cinéma (avec beaucoup d’offres intéressantes actuellement, qui plus est), vous entrez dans l’univers d’un très grand cinéaste, bourré d’idées originales, qui allie critique sociétale et humour décalé, grotesque, irrationnel, et acuité extrême de l’analyse de personnages et de situations. C’est aussi celui d’un professionnel qui sait s’entourer et choisir, non pas forcément les meilleurs (quel sens y-aurait-il de vouloir classer ?…) mais ceux qui sauront être et faire à ses côté pour le meilleur. Adieu les cons est l’expression même de tout ça. Un film d’1h27 (la durée fait sens… court, précis et terriblement efficace) qui se déroule comme une comédie mais où se joue un véritable drame. Une œuvre où chaque image, chaque plan, chaque son, chaque comédien et la multitude de techniciens hors-champ, joue son rôle et participe à nous faire du bien avec grâce et intelligence.

Dans Adieu les cons, on retrouve forcément les obsessions de l’acteur-réalisateur. C’est cette bataille contre le temps qui passe trop vite, c’est le poids des structures, du pouvoir, de l’autorité bête et méchante, ce sont ces choix qu’on nous impose mais aussi ceux que nous n’arrivons pas à manifester et qui nous bloquent et nous détruisent, ce sont ces peurs qui nous sclérosent… et puis c’est un tableau de maître où l’on découvre ceux que l’on ne voit pas ailleurs… des gueules brisées, des gens banals et bienveillants, des handicapés de la vie (qui ne doivent pas aller en prison ! J). C’est comme si, encore une fois, Dupontel invitait sur sa pellicule les mêmes qui se retrouvent finalement également invité au festin des noces de la parabole du Christ (dans Matthieu 22). Une parabole qui contient, faut-il le rappeler, l’offre gratuite de l’Évangile qui s’étend à tous les êtres humains sans distinction, mais qui rappelle également que l’acceptation de l’offre n’est pas sans conséquence.

Et des conséquences pour ses « héros », il y en a aussi dans Adieu les cons, heureuses et dramatiques car Dupontel ne fait pas dans le pathos. Il bouscule franchement nos émotions, nos bons sentiments. Il malmène nos gentilles intentions… Il se colle à la vie qui nous gratifie du sublime et de l’épouvantable, sans savoir pourquoi et comment parfois, sans maitriser tout mais malgré-tout en choisissant.

Je pourrai encore bien sûr vous dire que Virgine Effira est sublime et tellement juste dans son interprétation. Qu’Albert est terriblement touchant. Que Berroyer, Ughetto ou Nicolas Marié percent l’écran et que Marilou Aussilloux (à voir aussi actuellement dans La Révolution sur Netflix), pendant ses quelques minutes est d’une beauté rare. Je pourrai aussi souligner la qualité de la photo du chef-opérateur Alexis Kavyrchine qui touche au sublime. Je pourrai faire des comparatifs élogieux et tout à fait légitimes avec d’autres réalisateurs comme Jean-Pierre Jeunet ou Terry Gilliam… je pourrai encore et encore…

Mais je préfère m’arrêter là et vous dire tout simplement que toute la poésie, la délicatesse, l’audace et le talent qui débordent d’Adieu les cons ne pourront hélas vous faire le moindre bien si vous passez à côté et que vous ne décidez pas de prendre cette heure trente pour vous poser, regarder et… sans aucun doute, apprendre un peu plus à aimer.

 

Sylvie’s Love… un amour extraordinaire

À la fois classique, brillant et empreint de sensualité, Sylvie’s Love ou Pour l’amour de Sylvie, sur Amazon Prime, du scénariste et réalisateur Eugene Ashe – ancien artiste du label Epic/550 au sein de Sony Music avec son groupe R&B Funky Poets – est une bien agréable proposition pour cette fin d’année ou pour débuter la nouvelle. Au son du jazz traditionnel, cette romance au style vintage, met en vedette Tessa Thompson et Nnamdi Asomugha dans le rôle d’amoureux qui se cherchent et peinent à se trouver, et dont l’aventure s’étend de la fin des années 50 au début des années 60. Une occasion de s’immerger dans l’Amérique noire de cette époque, avec ce genre de film qui vous fait chaud au cœur.

Sylvie’s Love raconte l’histoire de Sylvie Parker et Robert Halloway, à la fin des années 50. La première est issue d’une bonne famille, et travaille en tant que disquaire dans la boutique de son père. Passionnée de télévision, elle rêve en secret de devenir productrice dans ce milieu émergent. C’est à ce moment qu’elle fera la rencontre fortuite de Robert, un élégant saxophoniste débarquant à New York avec son groupe de jazz, dans l’espoir de se faire un nom dans le milieu musical. Après une romance estivale, les deux tourtereaux doivent se quitter. Ils se retrouvent des années plus tard et constatent que les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre n’ont pas changé…

Avouons-le… un peu de romantisme dans ce monde pandémique où la distanciation sociale s’est incrustée et où un simple regard devient parfois inquiétant… eh bien ça ne fait pas de mal et même plus encore ! Surtout s’il est offert avec charme, intelligence et savoir-faire. Car dans Sylvie’s love, chaque élément est digne de pâmoison, de la partition luxuriante de Fabrice Lecomte et des magnifiques costumes de Phoenix Mellow aux performances lumineuses d’Asomugha et de Thompson en passant par l’exquise cinématographie de Declan Quinn qui parvient à reproduire le grain caractéristique des pellicules 16mm d’époque. Sans oublier évidemment le bon goût de Ashe dans l’écriture du scénario et sa façon habile d’aborder cette histoire dans le Harlem du milieu du XXème siècle où les inégalités raciales se confrontent inévitablement, mais en restant focus sur l’histoire de ses deux protagonistes et en suggérant simplement et avec réalisme les conditions qui les entourent.

Il y a de vrais moments délicieux, qui rappellent notamment un bon vieux film avec Hepburn et Tracy. On ne peut pas sous-estimer le fait que les performances de Thompson et d’Asomugha sont sensationnelles, mais c’est vraiment Tessa Thompson (Creed, Thor Ragnarok, Westworld) qui brille tout particulièrement dans son rôle de Sylvie. Il y a quelque chose d’extrêmement juste en elle. Tout lui va bien, de sa garde-robe de l’époque, aux coiffures et aux décors impeccables des studios de télévision. Et son personnage est en plus très intéressant, celui d’une jeune femme qui n’est pas un simple faire-valoir romantique prête à minauder face aux beaux yeux du héros musicien qui s’avère être aussi fragile. Son personnage est au contraire fouillé et d’une réelle épaisseur sociétale. Elle présente un autre genre de figures féminines d’époque habituellement cantonnées à rester au foyer. Et si Sylvie est une amoureuse, elle s’épanouit néanmoins autrement qu’uniquement dans l’amour et le regard qu’on lui porte. C’est l’histoire aussi d’une émancipation professionnelle moderne qui se raconte au fil de l’histoire, sans nulle trahison aucune au contexte du film, devenant par là-même un élément constructif de l’arc narratif, tout autant que sa relation avec Robert Halloway. Car l’alchimie de nos deux héros, ensemble, est brûlante, mais séparément, ils transmettent à la fois le désir de leur amour perdu et le besoin intrinsèque de créer qui nourrit leurs ambitions. C’est ainsi aussi une histoire de passions, celle de l’amour mais aussi de choses ESSENTIELLES à la vie… la musique, la culture. Et cette passion est celle qui transpire des personnages, de leurs choix, de leurs existences, mais tout autant de ce qui les raconte, les révèle à l’image, les accompagne dans le son. Tiens justement, en parlant de son. Pas tout à fait une comédie musicale, Sylvie’s Love est néanmoins imprégnée de musique, de Mingus, Monk à Coltrane, et comme vous pouvez l’imaginer, de la part d’un ancien musicien professionnel comme Ashe, les choix musicaux sont irréprochables. Quel bonheur de réentendre Charlie Parker, Sam Cooke, Sarah Vaughan, Bill Haley and His Comets, Louis Armstrong, Nancy Wilson, The Drifters, Doris Day… ou encore les réadaptations somptueuses de Fabrice Lecomte comme celle, en français peuchère, de B-Loved. Passionnant une fois de plus tout ça.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré passer près de deux heures avec ces personnages. Ma seule déception est que je n’ai pas eu l’occasion de voir les couleurs luxuriantes, la belle conception de l’éclairage et la merveilleuse cinématographie sur grand écran, comme certains privilégiés avaient pu lors de la première mondiale au dernier Festival de Sundance où le film avait été projeté le 27 janvier 2020. Quoi qu’il en soit, ce charmant film devrait être sur la liste de tous les spectateurs (qui ont accès à PrimeVideo) en cette période de fêtes, car il nous rappelle la magie du cinéma dans cette période où nous en sommes si tristement privés, et ça, c’est essentiel ou, comme le dit magnifique Sylvie, extraordinaire !

Allez… See you later alligator 😉

 

 

Le blues de Ma Rainey… merci Netflix !

Le cinéma étant en berne dans cette époque où la culture est considérée comme non essentielle, risquant par là-même d’intégrer le catalogue de ce qui est en voie de disparition dans ce XXIème siècle, on se repli devant nos écrans de télévision. Heureusement, parfois… ça en vaut la peine et il y a de quoi alors s’en réjouir et en parler ! Le 18 décembre verra ainsi la mise en ligne sur Netflix, d’un film engagé et incontournable : Le blues de Ma Rainey ou Ma Rainey’s Black Bottom dans sa version originale.

Les tensions s’exacerbent et les esprits s’échauffent au cours d’une séance d’enregistrement, dans le Chicago des années 20, tandis que plusieurs musiciens attendent la légendaire Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues« .

Vous vous en souvenez peut-être, le vendredi 28 août dernier, le monde entier apprenait avec tristesse et stupéfaction la disparition de Chadwick Boseman, célèbre acteur américain, interprète notamment de Black Panther, emporté par un cancer du côlon à l’âge de 43 ans. Le blues de Ma Rainey le ressuscite brillament en quelque sorte sur les écrans, puisqu’il s’agit de sa dernière prestation de comédien et de chanteur puisqu’il nous gratifie ici un peu de cet autre talent, lui qui nous avait bluffé en endossant le rôle de James Brown en 2014 dans Get On Up au côté déjà de Viola Davis et avec une réalisation de Tate Taylor.

Adapté de la pièce d’August Wilson, deux fois lauréat du prix Pulitzer, faisant elle-même partie du Pittsburgh Cycle, dix pièces qui abordent les conditions de vie de la communauté afro-américaine tout au long du XXème siècle, Le blues de Ma Rainey est un hommage à la force extraordinaire du blues, ce genre musical dérivé des chants de travail des populations afro-américaines subissant la ségrégation raciale aux États-Unis. Et, par là-même, à ces artistes qui doivent refuser de laisser les préjugés de la société dicter leur valeur. Une vieille histoire qui continue de s’écrire aujourd’hui encore… Mais c’est aussi une réflexion passionnante qui s’élargit sur le pouvoir, la race, le sexe, les ambitions et le commerce dans cette Amérique du début du XXème siècle, traitée avec sensibilité et grâce par George C. Wolfe, porté par un scénario de Ruben Santiago-Hudson et la sublime patte musicale du grand Branford Marsalis.

Le film ressemble à un huis clos puisqu’il se déroule principalement dans deux pièces d’un studio d’enregistrement : la salle de prise et la salle de répétition du groupe. C’est d’ailleurs, on peut le préciser, l’occasion de découvrir les coulisses d’une session d’enregistrement d’un vinyle à cette époque. Nous avons d’abord un aperçu rapide de l’ambiance d’un club dans la sublime scène live d’ouverture qui, soit dit en passant, résume, dans les subtils détails de ce qui s’y passe, quasiment le film en moins de cinq minutes… quelques plans extérieurs ici et là, mais la majorité se concentre ensuite sur ces deux endroits, avec une mise en scène particulièrement théâtralisée qui peut donner le sentiment aux spectateurs de se trouver au milieu d’une pièce récitée où les répliques s’enchaînent à une vitesse fulgurante. Alors que les membres du groupe rient et plaisantent entre eux, nous nous plongeons dans leur passé et dans les difficultés que chacun d’entre eux a connues, une immersion passionnante dans la vie de ces musiciens. Se joue là en fait un peu de la carrière de l’artiste et chanteuse de blues mais surtout l’existence même de l’un de ses musiciens.

Pour interpréter ce personnage féminin à la poigne de fer, la légendaire Gertrude Malissa Nix Pridgett de son vrai nom, alias Ma Rainey, artiste avant-gardiste surnommée « la mère du blues », la remarquable Viola Davis qui apporte une forme d’aisance irrévérencieuse à son personnage haut en couleurs. Il faut savoir que Ma Rainey menait sa carrière tambour battant dans le Chicago des années 20, refusant toute forme d’autorité supérieure, surtout celle de ses producteurs blancs à vrai dire. Une artiste qui a été introduite au Blues Hall of Fame en 1983 et au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland, en 1990, qui pourrait se vanter si elle était toujours là avec nous aujourd’hui d’avoir un timbre de 29 cents à son effigie (édité en 1994 par la Poste américaine) ou bien encore d’être citée par Bob Dylan himself dans sa chanson Tombstone Blues, sur l’album mythique Highway 61 Revisited (1965). Et donc, pour la rendre plus vraie que nature (il faut dire aussi qu’il y a une vraie ressemblance physique naturelle qui accroit l’effet produit), Viola Davis est à son meilleure une fois de plus, livrant une performance assez incroyable et subjugante.

Enfin, face à elle, le regretté Chadwick Boseman dans le rôle de Levee, un trompettiste en quête de reconnaissance, auteur de chansons, charmeur, terriblement naïf mais en même temps si sûr de lui. Face à la diva, son caractère irascible et ses privilèges, Levee est déterminé à se créer une place d’artiste à part entière face aux producteurs blancs. Il a le talent indéniable, de la créativité, sa jeunesse comme atout notoire, du bagou, et une bonne allure… mais son ambition débordante, dont l’insolence n’est que le reflet d’un passé dévastateur, risque de lui jouer des tours dont on ne se remet pas forcément. Le spectateur découvrira également Toledo, un vieil homme feignant la sagesse ; Cutler, un homme de foi particulièrement savoureux dans cette galerie de personnages ; Slow Drag, le plus invisible ; M. Irvin, l’agent de Ma Rainey et un producteur de musique appelé Sturdyvant. Chacun est présent d’une façon quasi symbolique avec une personnalité définie bien visible, définissant une sorte de hiérarchie qui règne entre hommes blancs et hommes noirs dont ils sont clairement esclaves, même si nos deux héros cherchent à s’en défaire sans véritablement y parvenir.

Le blues de Ma Rainey a pourtant aussi l’intelligence de ne pas se focaliser uniquement sur ces injustices, mais il élargit le spectre vers cette fracture interne qui règne entre des personnages appartenant à la même communauté mais n’abordant pas leur douloureuse situation de la même façon. Citoyens de seconde, voire troisième zone de cette société ségrégationniste, les protagonistes principaux se retournent les uns contre les autres sans jamais qu’il ne soit question de s’en prendre au producteur blanc qui s’approprie effrontément la carrière du jeune coq prometteur pour en tirer un maximum de bénéfices.

Le blues de Ma Rainey sur Netflix le 18 décembre, c’est un film coup de poing dont on va entendre beaucoup parler, croyez-moi ! Les deux rôles principaux sont fortement pressentis pour être nommés voire favoris lors de la prochaine cérémonie des Oscars.

 

Sean Connery… Adieu Bond !

La mort n’aura su attendre plus longtemps… Si la sortie du dernier film de la saga ne cesse d’être repoussée, Sean Connery, l’acteur d’origine écossaise qui a été le premier à prononcer la célèbre réplique, « My name is Bond, James Bond « , est hélas mort ce samedi 31 octobre 2020. Il avait 90 ans.

Bien qu’il ait joué dans plus de 60 films, et remporté de nombreuses récompenses et distinctions parmi lesquelles un Oscar du meilleur acteur dans un second rôle et un Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Les Incorruptibles, ainsi qu’un British Academy Film Award du meilleur acteur pour Le Nom de la rose en 1988, Sean Connery demeure plus étroitement lié à l’espion britannique aux charme et ressources inépuisables, créé par Ian Fleming, qu’il a interprété sept fois.

Si sa première apparition au cinéma date de 1955, suivi de onze autres, c’est en 1962 avec James Bond 007 contre Dr. No qu’il est propulsé star internationale. Il jouera ensuite le rôle de l’espion coureur de jupons, en costume de soirée, qui boit du martini, dans Bons baisers de Russie (1963), Goldfinger (1964), Opération Tonnerre (1965), On ne vit que deux fois (1967) et Les diamants sont éternels (1971), puis enfin en 1983 Jamais plus jamais. 

« Connery a toujours été mon Bond préféré, et je mentirais si je disais que je ne ressens pas la pression de me mesurer à lui », a déclaré Pierce Brosnan dans une interview au magazine Cinefantastique en 1995, l’année où il a repris le rôle de Bond. Brosnan, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton et Daniel Craig ont également joué Bond au grand écran, mais aucun d’entre eux n’aura le même succès. Dans un sondage réalisé en 2012 par l’agence de presse NPR, Sean Connery a été élu meilleur interprète de Bond, avec 56 % des voix. Craig est arrivé en deuxième position, avec 28 %.

Mais cantonner Sean Connery a ce rôle serait profondément injuste, tant sa filmographie est impressionnante et diversifiée. Il jouera ainsi pour d’innombrables illustres réalisateurs comme Hitchcock dans Pas de printemps pour Marnie en 1964 et La Colline des hommes perdus en 1965, ou Sidney Lumet avec qui il tournera à cinq reprises dont Le Crime de l’Orient-Express en 1974. On peut aussi évoquer Le Lion et le Vent en 1975 ou, la même année, L’Homme qui voulut être roi. On le retrouvera également dans des films historiques tels que le magnifique Le Nom de la rose, et dans des seconds rôles prestigieux avec Highlander en 1986, Les Incorruptibles en 1987, et Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989. Il se fera plus rare dans les années 1990, mais il s’illustrera dans plusieurs succès comme À la poursuite d’Octobre Rouge en 1990, Rock en 1996 et Haute Voltige en 1999. Dans les années 2000, Sean Connery apparaît dans À la rencontre de Forrester (2001) et La Ligue des gentlemen extraordinaires (2003) puis il décide de prendre sa retraite. Toutefois, il prêtera encore sa voix dans le jeu vidéo James Bond 007 : Bons baisers de Russie, en 2005, et dans un film d’animation, Sir Billi the Vet en 2010.

Thomas Sean Connery naît le 25 août 1930 dans le quartier ouvrier de Fountainbridge, dans l’ouest d’Édimbourg. Sa mère est protestante, membre de l’Église d’Écosse, et son père catholique. Aîné de deux garçons, il quitte l’école à quatorze ans et commence à occuper divers petits emplois, dont celui de maçon, de sauveteur et de vernisseur de cercueils. À 16 ans, il s’engage dans la Royal Navy pendant trois ans avant qu’un ulcère à l’estomac ne l’incite à retourner à la vie civile à Édimbourg. À 19 ans, il pose comme modèle à l’école d’art d’Édimbourg. Le culturisme et une tentative de décrocher le titre de Mr. Univers – il est arrivé troisième – l’ont finalement conduit à une carrière d’acteur, refusant (pour la petite histoire) un contrat de footballeur professionnel avec Manchester United. 

« Sean était magnifique et on a vécu une vie merveilleuse ensemble. C’était un homme modèle. » C’est par ces mots que sa femme (et seconde épouse) Micheline Roquebrune, qui partageait sa vie depuis plus de 45 ans, lui a rendu hommage. Sean Connery souffrait de démence depuis plusieurs mois, a expliqué l’artiste-peintre franco-marocaine. « Ce n’était pas une vie pour lui. Il n’était plus capable de s’exprimer vers la fin. Au moins, il est mort dans son sommeil, et c’était très paisible. J’étais à son chevet tout du long, et il est juste parti. C’était ce qu’il voulait. » 

Mais malgré les propos de son épouse, la mort de l’artiste reste entachée, hélas (les réseaux sociaux sont implacables), par la ressortie d’anciennes déclarations où l’acteur justifiait en 1967, dans une interview au magazine Playboy, la gifle rendue possible à une femme afin de la « recadrer », propos qu’il réitérera en 1987, et qui apparaissent aujourd’hui forcément inacceptables, même si elles sont prononcées par un acteur unanimement admiré. 

Pour terminer, ce départ me permet de repenser avec vous à deux dialogues qui pourront nous donner encore de réfléchir dans le contexte contemporain qui est le nôtre aujourd’hui et dans un lien certain avec la foi, même si Sir Connery ne s’est jamais attardé sur cette question d’un point de vue personnel. La première est tirée du Nom de la Rose où son personnage, Guillaume de Baskerville échange avec Jorge de Burgos :

- Mais qu'y a-t-il de si inquiétant dans le rire ?
- Le rire tue la peur, et sans la peur il n'est pas de foi. Car sans la peur du diable, il n'y a plus besoin de Dieu.
- Mais vous n'éliminerez pas le rire en éliminant ce livre.
- Non, certes. Le rire restera le divertissement des simples. Mais qu'adviendra-t-il si, à cause de ce livre, l'homme cultivé déclarait tolérable que l'on rie de tout ? Pouvons-nous rire de Dieu ? Le monde retomberait dans le chaos.

Et la seconde sera puisée dans Indiana Jones et la dernière croisade. Sean Connery y joue Henri, le père d’Indiana. On trouve en dans la fin du film des épreuves basées sur des énigmes à résoudre. Les énigmes ont été données par le professeur Jones père et suggèrant une interprétation merveilleuse : 

  1. Le souffle de Dieu : Seul le pénitent pourra le passer.
  2. Le nom de Dieu : Uniquement dans le mot de Dieu devra avancer.
  3. Le saut de Dieu : Uniquement dans le saut depuis la tête du lion pourra-t-il prouver sa valeur.

Et donc, en forme de transmission, au cœur d’une quête personnelle mais aussi qui prend la forme d’une véritable lutte de la lumière contre les ténèbres, il apportera à son fils une solution vitale :

- Seul le pénitent doit le passer, le pénitent doit le passer, le pénitent…
- Le pénitent est humble devant Dieu, le pénitent s’agenouille devant Dieu ! À genoux !


ON THE ROCKS… tellement rafraîchissant !

On the Rocks, sur Apple TV+ depuis le 23 octobre, est un film magnifiquement réalisé par Sofia Coppola, qui bénéficie d’une sublime performance de Bill Murray et d’un tour de force de Rashida Jones. Une histoire simple et belle, d’une formidable fraîcheur, un mélange de rêve et de poésie qui rencontrent la comédie et qui fait beaucoup de bien dans cette entrée en confinement.

C’est l’histoire de Laura (Rashida Jones), auteure à succès en panne d’inspiration, mère de deux filles, qui vit dans un très chic appartement dans un beau quartier de Manhattan. Lorsque Dean (Marlon Wayans) revient d’un voyage d’affaires, elle ouvre sa valise et y trouve une trousse de toilette pour femme. Il affirme qu’il appartient à sa collègue de travail, Fiona (Jessica Henwick), qui lui a demandé de le mettre dans son sac parce qu’il ne rentrait pas dans sa valise, mais Laura doute. Elle le soupçonne d’avoir une liaison avec Fiona. Lorsque son père, Felix (Bill Murray), un homme riche et coureur de jupons, lui rend visite, il la persuade de traquer Dean ensemble pour savoir s’il a une liaison ou non.

Quatre vingt dix sept minutes, parfaitement cadencé, qui font de On the Rocks, l’un des films les plus intelligents et les plus émouvants que la scénariste-réalisatrice Sofia Coppola ait réalisés depuis son odyssée transcendante de Tokyo, avec déjà Bill Murray (et Scarlett Johansson), dans Lost in Translation. On the Rocks parle en fait, dans le fond, de l’éveil de Laura au vide qui se cache derrière son incandescence – un éveil qui prépare le terrain pour sa renaissance spirituelle. Ce voyage ne correspond peut-être pas aux sommets visuels et émotionnels de Lost in Translation, mais On the Rocks triomphe à sa manière en racontant la belle histoire d’une femme qui, scène par scène, revendique peu à peu le film comme le sien.

Coppola parvient à créer des moments magnifiquement poignants, comme lorsque Dean et Laura sont en train de dîner pour célébrer l’anniversaire de Laura et qu’un serveur apporte un dessert avec des bougies à leur table, puis la dépasse, pour aller vers celle d’à-côté. Dean voit la réaction de Laura, et il se rend compte qu’il aurait dû y penser aussi. Leurs expressions seules suffisent à en dire tant… C’est aussi ce doux moment où Félix et Laura se faufilent hors d’une fête (en marchant à reculons) et s’arrêtent pour admirer un Monet tranquillement suspendu dans un couloir inoccupé. Dans une autre tendre scène, Félix se souvient d’un amour perdu, celui de la femme pour laquelle il a quitté la mère de Laura. Laura ne veut pas vraiment l’entendre, mais Félix doit l’exprimer. Murray prend son temps, avec de longues pauses pour réfléchir et se souvenir. Une scène qui respire véritablement et nous fait respirer…  Murray est aussi très drôle, avec un jeu d’un extrême naturel. Il semble ne rien faire d’autre qu’être lui-même… Il joue le rôle d’un type qui, sur la page, a tout pour être perçu comme un « connard répugnant ». Son personnage dit ainsi des choses franchement terribles sur les femmes, les relations amoureuses, et le couple. Mais la façon dont Murray l’interprète, le transforme en un voyou si charmant et charismatique qu’on comprend pourquoi il plaît tellement aux gens. Après une longue série de seconds rôles pas franchement formidables, il est vraiment agréable de le retrouver en si grande forme. C’est une performance subtilement brillante, sa meilleure sans doute depuis son apogée dans Rushmore, Lost in Translation, Broken Flowers ou La vie aquatique, mais il y a plus de 15 ans.

Rashida Jones, fille de l’icône de la musique Quincy Jones et de la comédienne Peggy Lipton, continue à montrer son éventail non seulement dans l’humour, mais aussi comme actrice talentueuse et scénariste remarquable (comme l’épisode Chute libre dans la saison 3 de la série Black Mirror). En réunissant Murray et Jones, Coppola obtient un cocktail fougueux et savoureux. Cette histoire simple mais malgré tout  imprévisible joue sur les forces du duo d’acteurs, et la réalisatrice parvient à éviter tout moment ennuyeux, en créant sans cesse de doux petits moments significatifs.

Coppola a montré, avec son travail passé, un intérêt pour les relations humaines, et On the Rocks est parfaitement dans cette veine là. Il raconte une histoire de mariage à travers la lentille des liens entre un père et sa fille. Le spectateur commence à les apercevoir dans la vie de Laura comme la genèse de ses insécurités, profondément enracinées dans cette relation avec son père… et pourtant, rien de tout cela n’est jamais explicitement énoncé dans le film, juste suggéré. Ce qui est également remarquable dans On the Rocks, c’est que son intrigue est toute en légèreté. Ici finalement, on ne se soucie guère de savoir si le mari la trompe ou non, ou si elle va le surprendre. Non, ce qui ressort vraiment, par contre, ce sont les performances des personnages, le rythme de l’histoire, tous les sous-entendus subtils, les ambiances et le ton général de l’ensemble, et enfin la représentation cinématographique du centre de Manhattan. Sofia Coppola tourne New York, en particulier le quartier de Soho, avec élégance et de façon très soignée, comme dans cette superbe séquence où Jones et Murray vont passer une nuit en ville dans une vielle voiture décapotable. On y voit des bars en sous-sol, des restaurants chics et, plus que tout, des rues de la ville. Justement, à propos de cette fameuse scène dans laquelle Murray et Jones se promènent dans cette décapotable, dans une filature improbable, et se font arrêter par deux policiers. Elle est emblématique de fraîcheur et de cette habile façon pour Sofia Coppola de manier la comédie dans sa réalisation. Murray réussit tellement bien à embobiner l’agent, qu’il ne se contente pas de lui faire oublier la contravention, mais qu’il les amènent à pousser la voiture pour la faire redémarrer. Un moment délicieux certainement. 

Dans la triste période que nous devons traverser, Sofia Coppola et Apple TV+ nous font cadeau de sourires et même de rires, de bien être et d’embrassades, d’une belle humanité et de beaucoup d’amour… Et c’est pourquoi un film comme On the Rocks peut être aussi profond et d’un gain si agréable vous laissant une sensation de chaleur intérieure.

 

Adieu les cons… pour apprendre à dire : « Je t’aime ! »

Déjà trois ans qu’Albert Dupontel nous livrait sa redoutable adaptation cinématographique de l’œuvre de Pierre Lemaître Au Revoir Là-Haut, qui faisait déjà suite à cinq autres réalisations dont les, devenus classiques, Bernie, Enfermés dehors ou 9 mois ferme. C’est donc peu dire que de parler de bonheur et de hâte pour découvrir son nouveau film, Adieu les cons, qui sort ce mercredi 21 octobre sur les écrans, en pleine période où le cinéma peut tant offrir à nos esprits et nos âmes parfois perdus et en tout cas bien malmenés.

Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Avec Dupontel, c’est comme si la haute couture devenait une offre populaire et accessible au plus grand nombre. Comme si Chanel ou Gucci s’affichaient en supermarché au prix d’un 501 ou d’une robe Monoprix. Rendez-vous compte, pour le prix d’une simple place de cinéma (avec beaucoup d’offres intéressantes actuellement, qui plus est), vous entrez dans l’univers d’un très grand cinéaste, bourré d’idées originales, qui allie critique sociétale et humour décalé, grotesque, irrationnel, et acuité extrême de l’analyse de personnages et de situations. C’est aussi celui d’un professionnel qui sait s’entourer et choisir, non pas forcément les meilleurs (quel sens y-aurait-il de vouloir classer ?…) mais ceux qui sauront être et faire à ses côté pour le meilleur. Adieu les cons est l’expression même de tout ça. Un film d’1h27 (la durée fait sens… court, précis et terriblement efficace) qui se déroule comme une comédie mais où se joue un véritable drame. Une œuvre où chaque image, chaque plan, chaque son, chaque comédien et la multitude de techniciens hors-champ, joue son rôle et participe à nous faire du bien avec grâce et intelligence.

Dans Adieu les cons, on retrouve forcément les obsessions de l’acteur-réalisateur. C’est cette bataille contre le temps qui passe trop vite, c’est le poids des structures, du pouvoir, de l’autorité bête et méchante, ce sont ces choix qu’on nous impose mais aussi ceux que nous n’arrivons pas à manifester et qui nous bloquent et nous détruisent, ce sont ces peurs qui nous sclérosent… et puis c’est un tableau de maître où l’on découvre ceux que l’on ne voit pas ailleurs… des gueules brisées, des gens banals et bienveillants, des handicapés de la vie (qui ne doivent pas aller en prison ! J). C’est comme si, encore une fois, Dupontel invitait sur sa pellicule les mêmes qui se retrouvent finalement également invité au festin des noces de la parabole du Christ (dans Matthieu 22). Une parabole qui contient, faut-il le rappeler, l’offre gratuite de l’Évangile qui s’étend à tous les êtres humains sans distinction, mais qui rappelle également que l’acceptation de l’offre n’est pas sans conséquence.

Et des conséquences pour ses « héros », il y en a aussi dans Adieu les cons, heureuses et dramatiques car Dupontel ne fait pas dans le pathos. Il bouscule franchement nos émotions, nos bons sentiments. Il malmène nos gentilles intentions… Il se colle à la vie qui nous gratifie du sublime et de l’épouvantable, sans savoir pourquoi et comment parfois, sans maitriser tout mais malgré-tout en choisissant.

Je pourrai encore bien sûr vous dire que Virgine Effira est sublime et tellement juste dans son interprétation. Qu’Albert est terriblement touchant. Que Berroyer, Ughetto ou Nicolas Marié percent l’écran et que Marilou Aussilloux (à voir aussi actuellement dans La Révolution sur Netflix), pendant ses quelques minutes est d’une beauté rare. Je pourrai aussi souligner la qualité de la photo du chef-opérateur Alexis Kavyrchine qui touche au sublime. Je pourrai faire des comparatifs élogieux et tout à fait légitimes avec d’autres réalisateurs comme Jean-Pierre Jeunet ou Terry Gilliam… je pourrai encore et encore…

Mais je préfère m’arrêter là et vous dire tout simplement que toute la poésie, la délicatesse, l’audace et le talent qui débordent d’Adieu les cons ne pourront hélas vous faire le moindre bien si vous passez à côté et que vous ne décidez pas de prendre cette heure trente pour vous poser, regarder et… sans aucun doute, apprendre un peu plus à aimer.

 

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NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
Que celui qui a des oreilles…

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