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The place, Billie, Drunk, Michel-Ange… Toute l’actualité ciné avec Jean-Luc Gadreau, journaliste et blogueur.

 

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NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
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Nos âmes d’enfants… contre l’oublie

Pour ce dernier mercredi de janvier, Nos âmes d’enfants vient nous enchanter tant par la beauté visuelle que le sens et la profondeur de son propos. Un duo extrêmement attachant, composé de Joaquin Phoenix au summum de son art et du tout jeune Woody Norman, avec également l’actrice Gaby Hoffmann, mais aussi, de l’autre côté le directeur de la photographie irlandais Robbie Ryan et le scénariste-réalisateur Mike Mills, tous remarquables dans leurs apports respectifs.

Phoenix interprète le rôle de Johnny, un journaliste radio qui qui parcourt le pays pour interviewer des enfants sur leurs réflexions concernant leur monde et leur avenir. Il reçoit un appel téléphonique de sa sœur Viv (Gaby Hoffman), alors qu’il est en mission à Détroit. Il y a une urgence et Viv a besoin que Johnny vienne à Los Angeles pour s’occuper de son neveu de neuf ans, Jesse (Woody Norman), pendant qu’elle rejoint Oakland pour persuader le père du garçon, Paul (Scoot McNairy), en souffrance psychologique, de se faire soigner. Johnny prend immédiatement l’avion. Non préparé à cette responsabilité et au comportement de Jesse, Johnny connaît des débuts difficiles dans son nouveau rôle, alors qu’il tente de jongler entre son emploi du temps et les rigueurs de la vie quotidienne de ce rôle de tuteur. Lorsqu’il apprend qu’il doit partir à New York pour continuer sa série d’entretiens, Johnny demande à Viv si Jesse peut l’accompagner. C’est ainsi que commence un voyage qui va changer toutes leurs vies.

Dans Nos âmes d’enfants, les enfants précisément sont présentés comme des êtres humains à part entière, c’est-à-dire dans leurs complexités propres et avec de riches et pertinentes pensées qui peuvent nous en dire long sur le sens de l’existence. Ici aussi, les épreuves ou difficultés de l’éducation sont abordées avec une honnêteté frontale qui donne lieu, de la sorte, à l’un des films les plus honnêtes et les plus réconfortants possibles.

Sur le papier, il s’agit d’un sympathique scénario mélodramatique, mais le scénariste et réalisateur Mike Mills (Beginners, 20th Century Women), qui s’est progressivement imposé comme l’un des meilleurs chroniqueurs de la vie familiale du cinéma américain, en fait autre chose de bien plus profond par son approche particulièrement nuancée qui sent bon cette sincérité qui fait toute la différence. Oui, il se dégage, tout au long du récit, une honnêteté sans faille, de l’humour et un refus de servir des problèmes émotionnels trop facilement résolus. Le choix du monochrome pour tourner son film peut alors évoquer les nombreuses zones grises qui existent lorsqu’il s’agit de la famille : rien n’est vraiment purement noir et blanc et on ne peut jamais vraiment tout savoir sur les personnes dont on est censé être le plus proche. Mills ajoute également à la texture de la vie intérieure de ses personnages, par le fait de citer des livres et des essais et en notant ses sources à l’écran – une technique qui exploite l’idée qu’en l’absence d’un manuel parental bien défini, la plupart des familles ne font qu’improviser, assemblant à la volée un patchwork de conseils aléatoires dans le vague espoir qu’ils suffiront ainsi à maintenir les choses en place.

Mills a choisi de faire de Johnny un animateur radio qui interroge des enfants sur leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir du monde. Ces moments, capturés avec de vrais enfants et non avec des acteurs qui réciteraient leurs scripts, font partie des meilleurs moments de Nos âmes d’enfants. Que de séquences bouleversantes par la qualité des mots de ces jeunes gens, des choses qui vous donneront certainement une espérance pour l’avenir. Mills choisit de montrer ces interviews tout au long du film (et même au-delà), passant de l’histoire fictive de Johnny et Jesse à celle de vrais enfants dans de vraies villes, qui expliquent leurs espoirs, leurs rêves et leurs craintes. Encore une fois, la sincérité et l’honnêteté de ces enfants sont magnifiques. Pas une seule image de ce film nous donne l’impression que Mills essaie de nous berner. Johnny, Jesse et Viv nous rappellent, quant à eux, que nous sommes tous des êtres humains complexes et que rien n’est facile. Qu’il est bon aussi de s’entendre dire : « C’est normal de ne pas aller bien, tu sais ? » mais qu’il faut tout de même tenir bon, aller jusqu’au bout, et chercher à goûter à la qualité des relations humaines qui ne peuvent se construise véritablement que sur la sincérité et la bienveillance.

Enfin, si Johnny prétend que « l’on oublie tout », Nos âmes d’enfants devient paradoxalement une sorte d’hymne à la mémoire qui passe nécessairement par le goût et la capacité de l’écoute… écouter le monde, écouter l’autre et finalement s’écouter soi-même. Mills est connu pour ses films qui montrent le bon, le mauvais, le laid et le beau de l’humanité, et celui-ci est bel et bien un magnifique exemple du genre… Une grande et belle leçon de vie !

 

La vie extraordinaire de Louis Wain… Cha(t)rmant à souhait

La vie extraordinaire de Louis Wain, à voir actuellement sur Canal +, retrace, comme son nom l’indique, l’existence originale, difficile et touchante de cet artiste britannique, interprété par Benedict Cumberbatch. Wain était un individu excentrique avec un large éventail d’intérêts, de passions, qui s’est fait connaître dans l’Angleterre victorienne pour ses peintures de chats anthropomorphes, qui ont enchanté le monde entier. Principal soutien financier d’une famille comprenant sa mère et ses cinq sœurs, la vie de Louis Wain commence véritablement à prendre forme et sens lorsqu’il engage Emily Richardson (Claire Foy) comme gouvernante pour ses deux petites sœurs.

La vie extraordinaire de Louis Wain est un film qui a du caractère. À l’image de son héros et d’une sorte de refrain qui revient tout au long de son déroulement, il regorge d’électricité (le titre original est d’ailleurs The Electrical Life of Louis Wain), et dégage un charme immense. Ses personnages sont en effet extrêmement attachants, Andrea Riseborough et Toby Jones offrant des performances admirables aux côtés de Cumberbatch et Foy. Le film peut également s’avérer très drôle, sur certains points, avec toutes sortes de bizarreries sympathiques.

Benedict Cumberbatch est parfait, une fois de plus, dans le rôle de Louis Wain. Il démontre l’étendue de son talent ces derniers temps, en gardant notamment à l’esprit qu’il vient de livrer une formidable partition dans The Power Of The Dog. Wain est un homme quelque peu maladroit et farfelu. Il montre des signes d’instabilité mentale et souffrira ultérieurement de schizophrénie. Pour certains aujourd’hui, il aurait  était atteint du syndrome d’Asperger. Bien qu’il puisse sembler manquer d’empathie dans certaines situations, son éthique de travail est indéniable et son talent immense. C’est un homme marqué enfin  par l’amour pour celle qui deviendra sa femme au mépris des convenances d’usage, et c’est là sans doute que se situe l’essence même du film. Dans un monde très normalisé, il est facile de voir comment ces deux personnages vont se trouver et s’aimer.

Techniquement, la lumière et le rendu photographique sont tout simplement magnifiques et apportent un cachet particulier au long métrage. C’est un délice visuel et un voyage fascinant à ne pas manquer.

 

The Power of the Dog… Campion championne des Golden Globes

Dans la nuit de dimanche à lundi, la 79ème cérémonie inédite des Golden Globes s’est « malgré tout » tenue à huis-clos à Los Angeles dans un climat fait de controverse avec le boycott de l’industrie du divertissement. La raison ? Le manque de diversité et le sexisme des jurés de l’Association de la presse étrangère d’Hollywood, pointés du doigt par l’industrie et en particulier par les acteurs Mark Ruffalo et Scarlett Johansson. Les organisateurs auront évidemment préféré invoquer la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 et la propagation du variant Omicron pour expliquer ses choix…

Côté palmarès, la cérémonie sans télévision, ni public, ni tapis rouge a plébiscité deux films The Power of the Dog et West Side Story qui ont remporté les principaux prix. Occasion pour moi de revenir sur le somptueux western (qui n’en est pas) de Jane Campion, deuxième film réalisé par une femme à remporter le Golden Globe du meilleur film dramatique. Il a également remporté les prix du meilleur réalisateur, et du meilleur acteur dans un second rôle pour Kodi Smit-McPhee.

Originaires du Montana, les frères Phil et George Burbank sont diamétralement opposés. Autant Phil est raffiné, brillant et cruel, autant George est flegmatique et bienveillant. À eux deux, ils sont à la tête du plus gros ranch de la vallée. Lorsque George épouse en secret Rose, une jeune veuve, Phil, ivre de colère, se met en tête d’anéantir celle-ci. Il cherche alors à atteindre Rose en se servant de son fils Peter, garçon sensible et efféminé, comme d’un pion dans sa stratégie sadique.

Bien qu’il se déroule au milieu des années 20, The Power of the Dog, premier long métrage que la réalisatrice d’origine néo-zélandaise ait réalisé depuis 12 ans, est néanmoins imprégné d’une imagerie western iconique. Campion inscrit sa puissante histoire de désir refoulé, de psychose à peine dissimulée et de masculinité toxique dans le plus légendaire et le plus vénéré des genres américains sans pour autant, vous l’aurez compris, chercher à en faire un de plus. Il s’agit d’un film d’une rare ambiguïté qui est néanmoins d’une clarté saisissante, tant dans ses liens narratifs que dans sa résonance thématique. Campion rend tout excessivement clair sans jamais pourtant être direct.

Un aspect marquant de son travail se situe aussi ici dans son travail somptueux du vaste paysage cinématographique, offrant une mise en valeur de l’Ouest américain. La réalisatrice et le directeur de la photographie Ari Wegner parviennent à donner une touche d’âme aux décors sans en sacrifier la gravité. Les vents violents, les terres désolées et les eaux scintillantes des lacs reflètent tous le fait que sous l’enchantement se cache quelque chose d’intensément grave. En plus de la cinématographie saisissante, la partition majestueuse de Jonny Greenwood fait un travail remarquable en guidant subtilement les changements de ton à mesure que la tension monte, de la contemplation à l’agression passive et à la malveillance totale. Enfin, naturellement, les performances des acteurs sont toutes remarquables. La performance de Benedict Cumberbatch, qui s’articule autour de la discordance aiguë et douloureuse entre les comportements extérieurs de Phil et ses luttes intérieures, est la pierre angulaire magistrale du film. Phil est à la fois détestable et pathétique, magnétique et repoussant, puissant et fragile. Ce mélange de paradoxes nous attire inexorablement vers lui, peut-être parfois contre notre volonté, et transforme les derniers moments soudains et inattendus du film en une tragédie ambiguë mais bouleversante. Kirsten Dunst, quant à elle, parvient à manifester avec force et conviction ce sentiment de lassitude du monde au rôle de Rose, qui subit une dépression psychologique progressive provoquée par la duperie de Phil, la plongeant dans le gouffre de l’alcoolisme. Kodit-Smith-McPhee,  convainc de son côté (le Golden Globes du meilleur acteur dans un second rôle le démontre) dans l’expression de son conflit intérieur de genre, et dans son apparente recherche à être guidée par les figures supérieures qui l’entourent. Dans le rôle le moins important des quatre acteurs principaux, Jess Plemons joue le rôle noble du frère de Phil, George avec une grande nuance. Les performances de soutien d’acteurs chevronnés comme Frances Conroy, Keith Carradine et Thomasin McKenzie ajoutent encore un supplément de la crédibilité à l’ensemble.

The Power of the Dog marque un retour triomphal au cinéma pour Jane Campion, avec un film somptueux tant visuellement que dans son sens profond et qui risque de se retrouver encore au palmarès de plusieurs prix. Mais au fait, j’allais oublier… un film extrêmement biblique qui plus est puisque le titre même s’inspire directement du Psaume 22 verset 20 : « Délivre mon âme de l’épée, mon bien-aimé de la puissance du chien. » Après ça, comment résister encore ?

> The Power of the Dog est à voir sur Netflix depuis début décembre

 

Sidney Poitier… À-Dieu !

Sidney Poitier, icône du cinéma et pionnier de la cause noire à Hollywood, vient de mourir à l’âge de 94 ans. Un parcours exceptionnel marqué notamment par un Oscar, mais aussi une éthique de vie et une vraie dimension spirituelle marquent l’acteur de légende.

En 1964, Sidney Poitier fut le premier Afro-Américain à remporter l’Oscar du meilleur acteur pour Le Lys des champs. Un très beau film construit dans la simplicité sans violence ni mauvais gout… un hymne à l’amour et à la tolérance où Sidney Poitier illuminait l’écran en étant à la fois drôle et très attachant ! À l’époque Poitier a 37 ans et lorsqu’il reçoit son Oscar, Sidney Poitier n’est que la seule véritable vedette noire de la capitale du cinéma. « Le voyage a été long pour en arriver là », lançait-il très ému, en recevant la prestigieuse statuette.  « L’industrie cinématographique n’était pas encore prête à élever plus d’une personnalité issue des minorités au rang de vedette », analysait-il plus tard dans son autobiographie This Life.  « J’endossais les espoirs de tout un peuple. Je n’avais aucun contrôle sur les contenus des films […], mais je pouvais refuser un rôle, ce que je fis de nombreuses fois ».

Figure emblématique, acteur avant-gardiste, symbole de liberté et défenseur des droits de l’Homme, un autre film marquera sa carrière en 1967 Devine qui vient dîner ? Sidney Poitier y joue le rôle du fiancé d’une jeune bourgeoise blanche le présentant à ses parents, un couple d’intellectuels qui se croient ouverts d’esprit. La rencontre est un véritable choc… et donne un long métrage qui marquera toute une génération sur le racisme de l’époque, bien au-delà des États-Unis. Un film qui a inspiré nombres de réalisateurs comme dernièrement encore, dans un autre registre de genre, Jordan Peele avec Get Out.

Sidney Poitier, Spencer Tracy, Katharine Hepburn, Devine qui vient dîner ?

Plus largement, et grâce à ses rôles, le public a pu être conduit à concevoir que des Afro-Américains n’étaient pas cantonnés à jouer des rôles caricaturaux qui incombaient uniquement à eux à cause de leur couleur de peau. Ils pouvaient jouer n’importe quel personnage… être médecin (La porte s’ouvre – 1950), ingénieur, professeur (Les anges aux poings serrés – 1967), ou encore (et même) policier (Dans la chaleur de la nuit – 1967). L’ancien président des États-Unis Barack Obama (2009-2017), lui aussi premier Afro-Américain à ce poste, avait décoré l’acteur de la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction qu’un civil puisse obtenir aux États-Unis, en 2009, et a salué là le fait qu’il « avait ouvert les portes à une génération d’acteurs noirs », ce qui a aussi été repris par différentes stars noires du cinéma (mais des arts plus largement encore) comme Denzel Washington, Whoopy Goldberg, Kirk Whalum, le Alvin Alley Dance Theater, Viola Davis, Halle Berry, Morgan Freeman, Billy Dee Williams… On se souviendra également qu’en 2002, la cérémonie des Oscars avait aussi été le théâtre d’un moment très émouvant où Denzel Washington avait remporté la statuette du Meilleur acteur devant les yeux de Sidney Poitier, lui-même récompensé la même soirée d’un Oscar d’honneur pour « ses performances extraordinaires, sa dignité, son style et son intelligence ».

Et justement concernant sa dignité, son style et son intelligence il peut être bon de s’intéresser aux écrits de Sidney Poitier comme son livre The Measure of a Man : A Spiritual Autobiography en 2000. Il y développe certaines valeurs, telles que l’intégrité et l’engagement, la foi et le pardon. Il y parle des vertus de la simplicité, évoque ce qu’il appelle les plaisirs significatifs, et le sens de la joie, sous la forme humble d’une autocritique attachante. Les réflexions spirituelles de The Measure of a Man sont clairement influencées par son expérience dans les Églises chrétiennes et le catholicisme de ses parents, sans se revendiquer explicitement lui-même comme strictement chrétien. Une foi personnelle disciplinée et rigoureuse, inspirée aussi par des leaders aussi divers que Gandhi et Nelson Mandela. Poitier a été riche et pauvre ; il a été populaire et méprisé ; et ses expériences extrêmement variées ont fait de lui un homme sage, comme il le démontre dans cet ouvrage.

Je terminerai avec un extrait d’une traduction d’un segment sur la religion et la spiritualité tiré de son autre livre écrit en 2007, Life Beyond Measure, sous-titré Lettres à mon arrière-petite-fille. Il avait alors 80 ans ; elle n’avait pas encore 2 ans.

 

          Chère Ayele,

          Comme tu l’apprendras avec le temps, il y a beaucoup de religions, beaucoup de sectes également, beaucoup d’images de Dieu. … Chaque culture a ses images. Bien que j’aie la mienne, qui diffère dans une certaine mesure des images des autres, mon image de Dieu me permet de la remettre en question, ainsi que moi-même. Sinon, pourquoi nous aurait-on donné une curiosité, une imagination, de l’instincts et des capacités perceptives ? Je crois que ces dons étaient et sont des outils de survie, sans lesquels nous n’aurions pas pu survivre en tant qu’espèce. Des dons qui nous ont été donnés, je crois, par l’image du Dieu que j’embrasse.

         Cela m’amène à nouveau à ma propre position, à savoir que je crois qu’il existe une intelligence, qu’elle est illimitée, qu’elle est vivante, qu’elle est consciente, et que ce n’est qu’une partie de ce qu’elle est. Mais je ressens ceci à propos de ma vie, je sens que je suis constamment en présence de Dieu, je veux dire par là que je suis constamment en train de vivre ma vie en étant conscient que l’univers est conscient de moi et que je suis conscient de lui. J’ai le sentiment que le Dieu omniprésent a une relation avec moi et moi avec lui. Je dois alors accepter, ou plutôt insister, pour embrasser le Dieu qui, selon moi, prend soin de moi. Je n’aurais pas pu survivre comme je l’ai fait sous ma propre direction, mes déterminations ou mes propres choix. J’ai fait tous mes choix et je les assume tous, même ceux qui se sont avérés d’une manière ou d’une autre incorrects, indignes du moi que je percevais. Je n’attribue pas tout cela au fait que je me crois imparfait et limité, ce que je suis. Et ce sont nos erreurs et nos peurs, nos imperfections qui endommagent certaines des personnes qui nous sont chères, qui endommagent notre environnement.

…   (Il décrit ensuite son retour aux Bahamas pour la première fois en huit ans pour voir ses parents, et comment il a pu fournir de l’argent – grâce à ses débuts au cinéma – pour qu’ils puissent vivre dans une maison avec l’électricité, la plomberie intérieure… pour le reste de leur vie, puis il évoque cette rencontre familiale). Ils ont parlé « des perspectives illimitées de la vie dans laquelle je m’embarquais, une vie au-delà de toute mesure, sans barrières pour savoir où je pourrais aller et qui je pourrais devenir. Et, alors que nous étions assis là, tard dans la nuit, personne ne l’a dit en soi, mais je sais qu’au plus profond de cette joyeuse occasion, nous pensions tous la même chose : « Il y a un Dieu ».

Neige… White la loi, la vie, les condés

Dans les sorties ciné pour ce premier mercredi de l’année, malgré les nouvelles et sempiternelles contraintes ajoutées, une bonne raison d’aller passer un moment en salles. Neige, de Juliet Berto & Jean-Henri Roger, sélection officielle au Festival de Cannes en 1981, ressort dans une version restaurée.

Anita, elle est barmaid à « La Vielleuse », elle a un grand cœur. Willy lui, Anita il l’aime et c’est pas tous les jours facile. Jocko est antillais, pour vivre son exil, son « truc » c’est l’Église de la Sainte-Trinité dont il est le pasteur. Tous les trois, ils vivent sur les 800 mètres de boulevard entre Barbès et Pigalle. Bobby c’est le môme du quartier, il fait profession de « dealer ». Anita l’a presque élevé et elle ferait tout pour le protéger. Anita et ses deux copains, ils vont vite apprendre le prix du gramme d’héroïne.

Și la figure du pasteur n’est pas rare dans le cinéma américain, voire dans le cinéma scandinave, cela est bien différent dans celui venant de notre bon cher hexagone où, le curé l’emporte aisément. Alors, quand un pasteur est à l’affiche, en bon protestant… on regarde. Bon, j’avoue, celui-là n’est pas des plus catholiques, si vous me permettez l’expression. Jocko est un gentil saint Bernard mais non conventionnel sur les bords, et un peu au milieu également. Il faut dire que ce pasteur antillais exerce dans un quartier pas vraiment comme les autres, surtout quand on est au tout début des années 80. Neige nous offre une immersion entre Pigalle et Barbès, en passant par la Goutte d’Or et la Place Blanche. Un Paris cosmopolite, avec ses lieux mythiques où l’on passe de bars en boites de nuit, cabarets, cinémas porno ou de séries z. Des rues où le trottoir devient tantôt lieu de paris clandestins, ou celui des prostituées, des drogués, des dealers, des travelos, des macs mais aussi des flics pas toujours très clean et à la gâchette facile.

Neige, c’est une histoire à la fois policière mais aussi à dimension documentaire, où chaque personnage respire l’authenticité des lieux et de cette époque, et où derrière chacun d’eux, chacune d’elles se cachent des comédiens et comédiennes remarquables qui fleurent bon ce cinéma du siècle passé. Il y a bien sûr d’abord et avant tout la regrettée Juliet Berto, interprète du rôle principal, celui d’Anita, qui rayonne, illumine chaque plan de caméra. Et on retrouve des références comme le guadeloupéen Robert Liensol, dans la peau du pasteur Jocko, le grand Raymond Bussières dans le rôle de Pierrot le projectionniste. Et toute une ribambelle parmi laquelle citons Jean-François Stévenin, Nini Crépon, Paul Le Person ou encore Patrick Chesnais et Jean-François Balmer, qui assurent tous deux dans l’uniforme des policiers. On remarquera aussi le musicien Marco Prince, encore tout jeune à l’époque. Et à propos de musique Neige est aussi admirablement porté par une BO où Bernard Lavilliers excelle et chante jusqu’au bout du bout de la pellicule : White tous vos néons rouillés / White la loi, la vie, les condés / White les nuits pour oublier / Phares de la police dans mes yeux métis mouillés…

Avec Neige, deux possibilités s’offrent à vous cette semaine. Pour certains ce sera revoir une fois de plus, dans de belles conditions, un grand classique qui a fait les beaux jours de Cannes, et avait été nommé pour le César du meilleur premier film en 1982. Ou bien encore pour d’autres, l’occasion de découvrir un film d’une autre époque, plein de poésie, qui fait sacrément du bien quand on aime le cinéma.