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Un Fils du Sud… choisir de s’impliquer

Un Fils du Sud, qui sortira le 16 mars au cinéma, s’appuie sur une histoire vraie et passionnante inscrite dans le grand mouvement des droits civiques des années 60 aux États-Unis, et précisément dans la suite du positionnement héroïque de Rosa Parks. Un scenario adapté de l’ouvrage de Bob Zellner, The Wrong Side of Murder Creek: A White Southerner in the Freedom Movement. Produit par Spike Lee, le drame de Barry Alexander Brown offre de belles performances et une évocation vivante d’une période tumultueuse pas si éloignée et qui génère hélas de terribles échos avec la période actuelle.

En 1961, Bob Zellner, petit-fils d’un membre du Ku Klux Klan originaire de Montgomery dans l’Alabama, est confronté au racisme endémique de sa propre culture. Influencé par la pensée du révérend Martin Luther King Jr. et de Rosa Parks, il défie sa famille et les normes sudistes pour se lancer dans le combat pour les droits civiques aux États-Unis.

Si Barry Alexander Brown dresse un portrait admiratif de Bob Zellner, petit-fils d’un membre irascible du Ku Klux Klan, qui inversement se tourne vers la défense des droits civiques au début des années 1960, le réalisateur évite tout de même avec finesse et intelligence la plupart des clichés attendus sur le « sauveur blanc » propres à ce genre de scénario. Le biopic de Brown, bien conçu et convaincant, notamment dans la retranscription à l’écran de l’époque, trouve un bon équilibre dramatiquement sain et émotionnellement satisfaisant entre l’éveil moral de son protagoniste blanc et ses relations avec des leaders et des militants noirs tantôt encourageants, tantôt sceptiques.

Les premières minutes du film montrent à quel point il pouvait être dangereux pour un Blanc du Sud d’être considéré comme un « traître à la race » à l’époque de la ségrégation, et cette menace restera continuelle, tel un véritable fil rouge invisible tout au long de l’histoire de  Bob Zellner qui nous sera racontée, alors que nous le retrouvons sur le point d’obtenir son diplôme au Huntingdon College de Montgomery, Alabama. Bob, interprété par Lucas Till qui dégage une sincérité qui convient au rôle, avec quelques amis étudiants, s’est lancé dans un travail de recherche académique sur la question des relations raciales. Ils décident interviewer le révérend Ralph Abernathy (Cedric the Entertainer) et Rosa Parks (Sharonne Lanier) dans une église baptiste à l’occasion du cinquième anniversaire du boycott des bus de Montgomery en 1955-1956. L’une de leurs professeurs (Nicole Ansari-Cox), une émigrée allemande qui a connu l’horreur nazie, lui conseille vivement d’éviter une situation potentiellement explosive. Même le révérend Abernathy dit au jeune blanc aux yeux écarquillés qu’il ne sait peut-être pas dans quoi il s’engage. Mais Bob persiste – et se fait arrêter et quasiment expulsé de Huntingdon. De fil en aiguille, Bob entre en contact avec de sympathiques libéraux blancs, dont la journaliste britannique Jessica Mitford (Sienna Guillory). Plus important encore, il se fait ouvrir les yeux par Rosa Parks, qui révèle qu’elle n’était pas l’héroïne accidentelle que son mythe pourrait suggérer lorsqu’elle a refusé de céder sa place dans un bus ségrégationniste. Il y a des moments, dit-elle, où il faut faire des calculs pragmatiques tout en gardant les yeux fixés sur le prix, faisant là référence à des paroles de l’apôtre Paul. Le père de Bob, un pasteur méthodiste (Byron Herlong), marqué lui aussi depuis longtemps par le racisme, donne littéralement sa bénédiction à son fils alors que Bob s’engage sur un chemin qui croise celui des Freedom Riders de Birmingham et des manifestants de McComb, dans le Mississippi. Mais Carole Anne (Lucy Hale), la fiancée de Bob qui le soutenait au départ, finit par exprimer, comme le font généralement les fiancées dans ce genre d’histoires, une désapprobation qui met fin aux fiançailles. Lorsqu’il lui demande, ne serait-ce que pour le plaisir d’argumenter, ce que Jésus pourrait faire à sa place, elle ne veut rien entendre et répond : « Nous savons tous les deux que tu n’es le sauveur de personne » … Et puis, il y a évidemment le grand-père de Bob, joué remarquablement par Brian Dennehy, dans l’une de ses dernières apparitions à l’écran (il est mort le 15 avril 2020 – il fut notamment connu pour avoir interprété le rôle du shérif Will Teasle dans le film Rambo), en tant que suprémaciste blanc incorrigible et sans la moindre honte, qui n’a pas besoin d’une robe du KKK pour afficher ses vraies couleurs. Une performance de fin de carrière tout à fait marquant, ne serait-ce que pour la scène dans laquelle son personnage avertit froidement Bob que, s’il voit son petit-fils dans une manifestation pour les droits civiques, « je te mettrai une balle dans la tête de mon propre chef ». Tout cela sans élever la voix… Pas besoin de le faire. Les choses sont claires ! Enfin, de l’autre côté du fossé racial, Lex Scott Davis insuffle une jolie conviction au rôle de cette jeune femme noire, bien éduquée, assez vive pour battre Bob facilement aux échecs et assez douce pour le considérer comme un amour possible.

Après des décennies de travail exemplaire en tant que monteur pour Spike Lee (qui est producteur exécutif de ce film), mais aussi avec la crème du cinéma indépendant New-yorkais, il n’est pas surprenant que le scénariste-réalisateur Barry Alexander Brown qui a grandi dans le sud des USA, à Montgomery précisément, soit si habile à entrelacer de manière fluide et convaincante des images d’archives d’actualités avec son récit dans Un Fils du Sud. Mais il impressionne également par son expertise lorsqu’il s’agit d’évoquer de manière vivante ce Sud profond des années 60, avec des dialogues et des situations qui sonnent extrêmement justes pour tous ceux qui ont vécu la période du film ou qui ont fait des recherches sur le sujet. Et justement, cette belle histoire peut sans doute inciter de nombreux spectateurs à en apprendre davantage sur les événements décrits ici. Un Fils du Sud se veut abrupt et beau comme le Sud en 1961. Le rythme y est dynamique avec des dialogues rapides et teintés d’un humour surprenant que Barry Alexander Brown veut miroir de cette culture sudiste. Il a d’ailleurs tout mis en œuvre pour creuser cette authenticité en tournant le plus de scène en Alabama et avec des équipes venant de cette région. Brown est depuis longtemps attiré par les sujets sociaux et politiques sensibles ; il a d’abord fait sa marque avec le documentaire anti-guerre The War at Home (1979), nommé aux Oscars, et on peut penser à quelques autres de ses réalisations comme Lonely in America (1990), qui raconte l’histoire d’un immigrant indien tentant de s’assimiler à la culture américaine, et Sidewalk (2010), un documentaire sur les vendeurs de livres sans domicile fixe de la ville de New York, majoritairement afro-américains. Un Fils du Sud vient donc s’y ajouter et s’impose comme une œuvre solide de cinéma progressiste.

Pour conclure, je voudrai retenir cette phrase forte, dite par Rosa Parks dans un dialogue avec Zellner : « Un jour, quelque chose de vraiment grave va se passer sous vos yeux et vous devrez choisir votre camp, car ne pas choisir c’est déjà un choix ». Des paroles fondamentales qui nous situent au cœur du sens profond du récit. En décidant de raconter la période où ce jeune étudiant blanc se lance corps et âme dans l’activisme, Barry Alexander Brown prend le parti d’interpeller son public en l’invitant à préférer l’action face à ce qu’il y a de plus violent dans nos sociétés pour ne pas laisser la main aux oppresseurs.

Le film s’inscrit naturellement dans la mouvance du Black Lives Matter et veut être « un cri de ralliement symbolique de la lutte pour l’égalité et la justice d’aujourd’hui ». Mais en sortant en France en ce mois de mars 2022, il s’élargit forcément dans cet appel à ne pas rester spectateur des horreurs que l’homme peut générer mais à oser s’engager, quel qu’en soit le prix, pour que la violence et la guerre ne soient pas les vainqueurs. C’est ainsi qu’Un Fils du Sud trace une véritable ligne de démarcation philosophique et sans doute spirituelle – celle de la liberté de choisir entre l’acceptation et l’engagement, sans être particulièrement moralisateur. Un film significatif dans ses convictions sur la nécessité pour les gens ordinaires de sortir de leur zone de confort pour rendre le monde meilleur, mais sans jamais « prêcher » ou devenir didactique. Et, déjà juste pour cela, il faut vraiment aller le voir !

 

The Batman… sombre et sauvage

Nouvelle relecture du mythe du Chevalier Noir de Gotham, The Batman de Matt Reeves, incarné par le magnétique Robert Pattinson, est sur les écrans français depuis le 2 mars dernier. Sombre et sauvage, arrive encore à surprendre. Reeves et son co-scénariste Peter Craig adoptent ici une approche simple mais ambitieuse de la narration. Ils dépouillent le personnage de tout ce qui est superflu, redondant ou gadget.

Dans sa deuxième année de lutte contre le crime, le milliardaire et justicier masqué Batman, alias Bruce Wayne (Robert Pattinson), explore la corruption qui sévit à Gotham et notamment comment elle pourrait être liée à sa propre famille à qui il doit toute sa fortune. En parallèle, il enquête sur les meurtres d’un tueur en série qui se fait connaître sous le nom de Sphinx (Paul Dano) et sème des énigmes cruelles sur son passage. Selena Kyle (Zoë Kravitz) croise le chemin du « plus grand détective du monde » à la recherche d’une femme disparue qui détient un indice vital sur l’identité et le but final du tueur, mais son véritable agenda n’est pas clair. Alors que les indices s’accumulent, mais avec moult cadavres, Bruce devra chercher des réponses au seul endroit où il craint de regarder : dans le miroir.

Batman semble être devenu une sorte de James Bond pour la Warner Bros., qui « rebondit » tous les deux ans avec un nouveau Bat-guy et tout son attirail. Entre les programmes télévisés, les projets d’animation et même le Joker qui a eu droit à son propre film, les spectateurs peuvent légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une telle profusion…  Eh bien, The Batman commence là où les autres films se terminent – « Je suis la nuit ! Je suis la vengeance ! » – poussant Bruce au bord du gouffre. En revanche, le Wayne de Pattinson y est déjà, broyant du noir au-dessus du gouffre, et seul Alfred Pennyworth (Andy Serkis) le retient. Avec une bande-son signée par le compositeur Michael Giacchino qui assure et crée une véritable ambiance, un vrai travail de détective et un rôle surprenant joué par un Pattinson très compétent à la tête d’un excellent casting, un Matt Reeves qui prouve encore une fois tout son talent à la caméra, (déjà montré dans Cloverfield et dans les deux volets de La Planète des Singes qu’il a réalisés), Batman apprend à être meilleur qu’hier dans une ville qui perd espoir.

The Batman va clairement au cœur du personnage, de ses ennemis et alliés, et du monde qu’il habite. Ce film est donc différent des autres itérations du personnage (ainsi que des autres films de super-héros en général), non seulement parce qu’il est ancré, de manière admirable et parfois dérangeante, dans la réalité, mais aussi parce qu’il intègre l’attrait, la signification et les questions plus profondes de ce justicier masqué à un niveau fondamental. Sa participation à une sorte d’expérience sociologique visant à déterminer si la lutte contre le crime présente des avantages pour Gotham City offre nul besoin de revenir sur son histoire originelle. Nous n’avons pas besoin de voir et revoir les parents de Bruce se faire assassiner dans une ruelle, par exemple, car les réalisateurs sont suffisamment intelligents pour savoir que cette histoire, bien qu’elle ne soit pas directement liée aux versions précédentes du personnage ou à l’univers plus vaste des bandes dessinées dont il fait partie, existe dans la mémoire culturelle de toutes les variations précédentes. Ici, Batman existe dans l’ombre.

La clé du succès du film, et la raison pour laquelle il se démarque de la foule de récits de super-héros qui ont submergé les médias ces derniers temps, est que Reeves aborde cette formule avec un sens de la gravité sans doute relativement effrayant mais totalement sincère. Avant tout, le cinéaste a réalisé un thriller intelligent et atmosphérique sur la conspiration, la corruption et le meurtre, et naturellement, sur le Chevalier Noir qui demeure le plus crédible des super-héros. Il est ainsi franchement agréable de voir qu’un film du genre s’intéresse davantage à l’ambiance, aux personnages et à l’intrigue qu’aux effets spéciaux, même si, tout de même, une poursuite en voiture sur un tronçon d’autoroute bondé et détrempé par la pluie est étonnante de claustrophobie et à la fois spectaculaire… Si l’histoire fait abstraction de tous les éléments potentiellement superflus, il ressort une puissance émotionnelle dans la façon dont les deux personnages principaux en particulier, mais aussi plusieurs autres apparaissent comme des personnes blessées et brisées, qui se rapprochent en essayant de faire quelque chose de ce monde qui les a brisés (ou du moins d’y faire quelque chose…). L’intérêt amoureux entre Batman et la délicate et curieuse Selina Kyle, superbement jouée par Zoë Kravitz, la future Catwoman, offre les quelques moments plus légers du film alors qu’ils se chamaillent sur la façon dont ils pourraient, ou non, travailler à éradiquer le fléau de Gotham.

L’époustouflant final de The Batman est peut-être un peu moins intéressant que ce qui le précède, mais il parvient tout de même à souligner que l’homme dans le costume est un être humain, ce qui le rend vulnérable, même avec un gilet pare-balles et sa ceinture. Plus j’y pense, plus j’apprécie ses forces et l’accent mis sur cet aspect des choses. Wayne sait mieux que quiconque que le pouvoir et l’influence ont souvent un coût pour le sens moral. C’est l’une des leçons retentissantes de tout le film, en fait, et tout ça est toujours terriblement d’actualité.

En conclusion, The Batman est un excellent premier chapitre d’une série qui, je l’espère, en appellera d’autres. Avec une durée de près de trois heures, c’est le plus long film sur ce personnage jamais réalisé. Mais grâce à la qualité du casting, à l’élégance de la cinématographie et à l’intrigue façon thriller obscure, le temps passe très vite… sans doute plus vite que ne roule la batmobile.

 

La légende du roi crabe… raconter pour transmettre

Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, deux réalisateurs italo-américains connus pour leur travail sur deux documentaires et notamment le multi-primé Il Solango (2015), s’essaient cette fois-ci avec La légende du roi crabe, sorti le 23 février, à un récit de fiction proposé comme une fable en deux parties sur l’échec et la renaissance.

De nos jours, dans la campagne italienne, de vieux chasseurs se remémorent la légende de Luciano. Ivrogne errant dans un village isolé de Tuscie, Luciano s’oppose sans relâche à la tyrannie du Prince de la province. La rivalité grandissante entre les deux hommes, alimentée par les passions et la jalousie, pousse Luciano à commettre l’irréparable. Contraint à l’exil dans la lointaine Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Argentine, l’infortuné criminel, entouré de chercheurs d’or cupides, se met en quête d’un mystérieux trésor enfoui qui pourrait bien être sa seule voie vers la rédemption. Mais sur ces terres arides, seules l’avidité et la folie prévalent.

Se déroulant au départ dans une petite commune italienne au nord de Rome, le film s’envole ensuite vers les sommets majestueux du sud de la province de la Terre de Feu en Argentine. Ce tandem de cinéastes explore le rôle des traditions orales dans la formation des mythes et des légendes, les chansons et les histoires folkloriques peuplant les paysages sonores diégétiques et extradiégétiques. Cette conception sonore très expressive est complétée par une magnifique cinématographie, parfaitement filmée pour évoquer la période de la fin du XIXe siècle. La légende du roi crabe est une œuvre d’une imagination et d’une puissance cinématographiques certaines.

Les thèmes de cette histoire vont de l’amour à l’avidité et au salut et ont ainsi une résonance universelle. « Notre film parle de l’oralité, des traditions, de la valeur de la transmission, de transmettre des histoires souvent oubliées. Dans notre film, c’est aussi comme un chemin de rédemption qui part de la mer pour aller vers la montagne et le soleil. C’est un film crépusculaire », raconte ainsi Matteo Zoppis. Il se dégage une vraie beauté faite d’un juste équilibre entre ce qui est raconté et ce qui est montré. Une beauté formelle, naturaliste et hyper-magnifiée, dans une œuvre qui honore cette tradition orale, le rassemblement des communautés autour d’une table pour la transmission des légendes, des histoires et du folklore et qui parvient à activer les sens du spectateur jusqu’à percevoir l’odeur de l’herbe humide ou de la peinture écaillée, du sang, de la sueur et de l’alcool exhalés par son protagoniste. Un récit structuré sur la base de deux histoires avec un protagoniste commun et complémentaire, où l’hybridation entre la tradition du réalisme latino-américain et l’héritage du cinéma de Pasolini et des frères Taviani donne lieu à deux tonalités différents et à une construction organique qui transforme les formes et le ton du long métrage pour culminer dans une sorte d’épiphanie mystique et religieuse.

Une œuvre profondément physique et inspirante à aller voir comme une expérience à vivre, sur grand écran.

 

Robuste… et lumineux !

Après avoir fait l’ouverture de la 60e Semaine de la Critique durant l’édition estivale du dernier Festival de Cannes, Robuste,  premier film de la réalisatrice suisse Constance Meyer arrive aujourd’hui sur les écrans français. Un excellent Gérard Depardieu face à la lumineuse Déborah Lukumuena, révélée en 2017 par le bouleversant Divines.

Lorsque son bras droit et seul compagnon doit s’absenter pendant plusieurs semaines, Georges, star de cinéma vieillissante, se voit attribuer une remplaçante, Aïssa. Entre l’acteur désabusé et la jeune agente de sécurité, un lien unique va se nouer.

Délicat, drôle, attachant, profond et plein d’humanité sont, sans doute, les qualificatifs qui conviennent le mieux pour évoquer cette jolie histoire où interprétation et mise en scène viennent la servir magnifiquement. 

Robuste raconte une amitié qui se noue malgré les différences, voire même les oppositions naturelles. Robuste est même un antidote à tous les discours haineux et nationalistes. Alors il y a tout d’abord Georges, un rôle écrit sur mesure pour Gérard Depardieu, au point où l’on de demande où commence le jeu de Georges et où se tapit Gérard. Star vieillissante, plein d’amertume, fatiguée, qui ne supporte pas d’être sans cesse sollicitée, mais qui demeure attachant, en particulier dans certains rapports individuels construits autour de l’amitié. Un homme pétri de paradoxes, qui aimerait tant qu’on lui foute la paix, mais qui a un besoin vital d’une présence pour ne pas rester seul. Depardieu est tout simplement admirable avec, en plus, quelques sorties grandiloquentes qui font inévitablement mouche dans la salle. À souligner le magnifique final où l’acteur se retrouve à jouer (enfin) la fameuse scène tant répétée et entrer dans le « costume » de son personnage avec une éclatante élégance.

Et puis il y a Aïssa, cette lutteuse gréco-romaine, qui vient remplacer son « grand frère » et chef Lalou auprès de Georges. On a tous les éléments pour entrevoir se profiler le choc des clichés sur la confrontation de ces deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, telle une farce facile et de mauvais goût. Et que nenni ! La réalisatrice Constance Meyer nous conduit autre-part, choisissant d’installer une douce complicité qui se forge tranquillement entre les deux protagonistes. Déborah Lukumuena est incroyablement belle, rayonnant par ses diverses expressions. Son regard monopolise l’objectif avec une puissance rare.

Robuste est une rencontre de deux solitudes filmées avec pudeur et délicatesse bienveillante. Un film qui fait du bien, et qui vous fait sortir de la salle obscure satisfait et intérieurement éclairé. Et alors, dans ces temps sombres Robuste devient une valeur clairement ajoutée !

 

L’amour c’est mieux que la vie… un début de jubilé

Cinquantième film de Claude Lelouch pour célébrer l’amour qui a toujours imprégné l’œuvre et la vie du réalisateur. Mais alors pourquoi faire simple… Lelouch se donne ici le droit d’ouvrir un retable, une comédie (pas si dramatique) en 3 actes dont L’amour c’est mieux que la vie n’en serait que l’ouverture, avec sa bande d’acteurs fétiches, mais aussi toute une Histoire qui précède et qui, de-ci de-là, apporte quelques images, quelques notes, et comme un lien divin à son histoire.

Les trois A : L’AMOUR, L’AMITIÉ et L’ARGENT sont les trois principales préoccupations de l’humanité. Pour en parler le plus simplement possible, Gérard, Ary et Philippe ont fait connaissance il y a 20 ans, à leur sortie de prison, et se sont tout de suite posé la vraie question : Et si l’honnêteté était la meilleure des combines ? Aujourd’hui, ils sont inséparables et scrupuleusement vertueux… Mais Gérard apprend qu’il souffre d’un mal incurable. Le sachant condamné, Ary et Philippe veulent lui offrir sa dernière histoire d’amour… car Gérard a toujours répété que l’amour c’était mieux que la vie.

Avec Lelouch tout est possible… à la fois ne pas être surpris par un style, une thématique, une ambiance, mais aussi se laisser embarquer et chavirer par la beauté et l’authenticité d’un scénario et de personnages qui transpirent le naturel. Et de là permettre aussi une certaine folie où un Jésus danse avec ‘une’ diable, ce même Jésus (ou ‘une’ autre) fait des farces à deux policiers dépassés, entre par la gauche dans un taxi et revient par la droite dans la peau d’un médecin du Samu. Une audace qui autorise des autocitations ou l’utilisation d’images de films et de héros passés qui viennent s’intégrer comme des archives d’une histoire qui s’écrit sur l’écran. Une maitrise qui joue sur les répétitions pour dire encore et encore un message universel qui pourra sembler convenu à beaucoup mais qui pourtant… reprend les codes d’anciennes paroles : Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande des trois est l’amour. Tout ça pourrait sembler fou et peu convaincant, mais avec ce Lelouch la magie opère à merveille ou plutôt le miracle de l’amour et d’un Dieu auquel il semble vouloir croire de plus en plus, comme le dit pour lui son Gérard (Darmon) dont les jours sont malheureusement comptés, car si l’amour est fort, la vie n’est pas éternelle ici-bas.

Ni trop court ni trop long, dans un véritable équilibre permanent, avec une certaine perfection continuelle, tant technique qu’artistique et narrative, avec aussi gravité et sourire, L’amour c’est mieux que la vie est un vrai joli moment de cinéma qui fait beaucoup de bien, je dois dire, et qui offre, pour ceux qui le veulent, une certaine porte ouverte à une réflexion plus poussée. Car ici, ce sont certaines des colonnes de l’existence humaine avec lesquelles Lelouch joue une fois de plus : les trois A évoqués dans le synopsis officiel, mais aussi le sens de la vie et l’approche de la mort, un rapport au destin, à la foi, au miracle possible. On y parle d’honnêteté dans les affaires comme dans les sentiments, de fidélité, de liens aux anciens, aux parents, et donc aussi d’héritage… et puis de rêve.

Et Lelouch termine justement en nous faisant nous aussi rêver. Rêver que les impondérables ne viennent pas gâcher ce fou et doux projet que deux autres actes prévus encore puissent venir nous raconter la suite avec les uns et les autres, ces mêmes acteurs et de nouveaux encore… avec un homme et une femme… car, oui, l’aventure c’est l’aventure ! Alors nous partons maintenant mais nous espérons y revenir très vite.