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Mourir peut attendre… le meilleur pour la fin ?

Le temps a pu vous sembler long, mais il est enfin là, dans les salles… Mourir peut attendre s’avère être un chant du cygne magistral pour Daniel Craig après quinze ans dans le rôle de 007.

Cette fois-ci, Bond (Daniel Craig) a été tiré de sa retraite par l’agent de la CIA Felix Leiter (Jeffrey Wright) pour traquer une arme biologique qui tombe dans de mauvaises mains les unes après les autres. Cette arme est particulièrement infâme car la maladie qu’elle déclenche cible l’ADN d’une seule personne – ou d’une race entière.  C’est un concept effrayant, presque réel, qui augmente les enjeux de la mission. Réticent à retourner sur le terrain, Bond doit également faire face aux retombées émotionnelles de sa relation avec Madeleine (Léa Seydoux), son ex-amour avec qui il est parti pour vivre heureux à la fin de « Spectre ».

Depuis Casino Royale, les films de Daniel Craig ont maintenu une ligne claire, s’appuyant sur l’histoire du personnage et menant à l’achèvement de l’arc de ce 007. Alors qu’auparavant, différents Bonds pouvaient aller et venir, sans que cela n’ait vraiment d’effet les uns sur les autres, ce qui se passe dans chaque film a ici son importance. L’histoire est d’ailleurs truffée de rappels aux précédents films de Craig, ainsi qu’aux anciens films de Bond, et s’appuie sur ces rappels avec des rebondissements et des développements de personnages cruciaux pour la narration, sans oublier quelques surprises majeures. Le réalisateur Cary Joji Fukunaga (True Detective, Ça, Jane Eyre) nous livre ce qui est sans doute le meilleur épisode depuis 2006, créant ainsi un ensemble parfait pour la fin de cette série. C’est aussi le film le plus long de la franchise, avec 163 minutes, mais rassurez-vous, une fois qu’il est lancé, il ne s’arrête pas et le temps passe extrêmement vite. L’action, quasi omni présente, est gérée de main de maître grâce au directeur de la photographie Linus Sandgren (First Man, La La Land) et porté par la partition du maitre Hans Zimmer. Avec ses poursuites en voiture, ses combats acharnés et ses nombreuses fusillades, le public féru de ce genre cinématographique ne pourra que se régaler. Époustouflant, certainement, mémorable également, ajoutez une montée d’adrénaline quasi ininterrompue, d’autant plus si, comme moi, vous le découvrez dans une salle immersive, façon 4DX ou Ice et avec les lunettes 3D sur le nez !

Ce Bond, le 25ème depuis le début de la franchise en 1962 avec Dr. No, est un régal pour de nombreuses raisons. Daniel Craig est à fond dans ce film et n’a jamais été aussi bon dans le rôle de l’agent du MI6. Après le décevant SPECTRE, il était important pour l’acteur de sortir du lot et de consolider son héritage en tant que l’un des meilleurs acteurs à porter les 3 chiffres emblématiques. Dans le film, le personnage doit faire face à de nombreux chagrins, et Craig excelle dans les parties dramatiques en plus de l’action. La chimie entre lui et Seydoux est parfaite, et il y a quelque chose de magnétique entre eux à l’écran. Seydoux, comme Eva Green dans le rôle de Vesper Lynd avant elle, ajoute beaucoup plus de profondeur aux James Bond Girls typiques du passé.

Christoph Waltz, un ajout de classe, bienvenu dans n’importe quel casting, revient dans le rôle de Blofeld, qui parvient toujours à atteindre Bond, même de derrière les barreaux, façon Hannibal Lecter. Pour cette dernière sortie de Craig dans le rôle de Bond, on retrouve aussi Ben Whishaw dans le rôle de Q, Naomie Harris dans le rôle d’Eve Moneypenny, Jeffrey Wright dans le rôle de Felix Leiter, et Ralph Fiennes dans le rôle de Gareth Mallory/M.

Mais la belle surprise, c’est sans doute la nouvelle venue en la personne de Lashana Lynch dans le rôle de Nomi, un autre agent du MI6 (nous n’en dirons pas plus)… Il est amusant de voir ces deux-là s’échanger des piques tout au long du film, alors qu’ils cherchent à se surpasser l’un l’autre. Et Ana de Armas est fantastique dans le rôle de Paloma, un autre agent de la CIA avec lequel Bond fait un court moment équipe lors d’une mission à Cuba. Elle est tout à fait remarquable pour ses talents d’actrice, sa beauté et ses prouesses au combat. On regrettera qu’elle ne soit pas plus présente dans le film. La séquence d’action avec elle, Craig et Lynch est assurément l’un des meilleurs moments du film.

Cary Joji Fukunaga a su trouver l’équilibre raisonnable et agréable entre l’action, la légèreté et le cœur. Il y a en effet un excellent mélange des trois tout au long du déroulement, ce qui explique en partie pourquoi la durée ne pose pas de difficultés. Le public est vraiment investi dans les personnages et les enjeux semblent réels, ce qui est loin d’être toujours le cas dans la franchise 007. Et en parlant de ça, comment ne pas évoquer le danger qui plane sur Bond, avec le nouveau méchant de la série : Safin, joué par Rami Malek. Souvent, ce sont les méchants discrets qui sont les plus intimidants. Malek paraît calme et posé, jusqu’à ce qu’il prouve qu’il est prêt à faire tout ce qu’il faut pour obtenir ce qu’il veut. L’acteur offre une performance glaçante et se positionne dans les tout meilleurs affreux-méchants de la saga.

On peut sans doute le voir ainsi, Mourir peut attendre est le Bond quasi parfait, plein d’action spectaculaire, de romance et d’intrigue – tout ce que l’on peut souhaiter avec l’agent britannique. Fukunaga et ses trois co-scénaristes ont produit un film qui parvient à cocher toutes les cases nécessaires à la réussite d’un film de James Bond et qui, à l’instar du meilleur film de Craig, Skyfall, se concentre sur l’humanité du personnage, explorant ses vulnérabilités à son avantage. Un sentiment d’effroi et de mélancolie plane sur le film et il n’en est ainsi que meilleur. Enfin, Daniel Craig tire son ultime révérence avec la classe légendaire de 007 et par ce final grandiose, fait entrer cet opus dans la légende Ian Fleming.

 

 

Cette musique ne joue pour personne… Tout est joie !

Présenté au Festival de Cannes dans la sélection Cannes Première, Cette musique ne joue pour personne sort maintenant en salles pour rejoindre le spectateur et apporter un peu de baume au cœur, car avec Samuel Benchetrit et sa bande… tout est joie !

Dans une ville portuaire, des êtres isolés, habitués à la violence, vont soudain voir leurs vies bouleversées par le théâtre, la poésie et l’art. Et leurs quotidiens, transformés par l’amour…

Cette musique ne joue pour personne est un film choral mais comme nul autre. D’ailleurs sa particularité est peut-être là avant toute autre chose, celle d’être un film comme nul autre, tout simplement. C’est une galerie de « tronches », une histoire d’amour et d’amitié où la violence est un décor, presque une ambiance. Un drame romantique, où la poésie éclabousse et se mêle à l’hémoglobine et à l’amaryllis, où aimer se dit les yeux fermés et avec des couleurs. On y danse, on y chante même, ça bégaie, on se regarde, on se séduit, on s’étrangle et on se gifle, on discute, on s’insulte… mais on s’aime et on s’aimera encore.

Cette musique ne joue pour personne ressemble à son plan d’ouverture… la mer du nord, ses vagues, quelques rochers, un piquet, une vue surexposée… et la poésie qui jaillit au-travers d’un morceau de sac poubelle bleu accroché au piquet et flottant au vent. Tout est dit là, par métaphore interposée, à laquelle ajoutez une BO magique et décalée faite du piano envoûtant de Chilly Gonzales et de standards de la chanson française. Mix habile de chansons d’amour et de tubes des 80ies, de France Gall à Laurent Voulzy, en passant par Alain Bashung, Arno, ou Christophe et avec le titre monumental « On ne naît pas femme », écrit par le cinéaste spécialement pour Vanessa Paradis.

Et justement, ayant évoqué le côté choral précédemment Cette musique ne joue pour personne est naturellement doté d’un casting incroyable : Vanessa Paradis, François Damiens, JoeyStarr, Ramzy Bedia, Gustave Kervern, Bouli Lanners, Valeria Bruni-Tedeschi, Vincent Macaigne, Bruno Podalydès… Ils sont tous parfait dans leurs personnages, jamais trop et jamais trop peu… Un doucereux équilibre fragile et viril à la fois qui donne corps à cette histoire qui nous dit que quelques soient la dureté des êtres et des circonstances, malgré le froid et les enfermements de toutes sortes, l’amour est toujours possible et la culture et l’art des exhausteurs du goût de vivre et des catalyseurs d’un éveil rendu possible tel une grâce, un don venu d’ailleurs, d’en-haut peut-être.

 

La voix d’Aida… une parole forte pour aujourd’hui encore

La voix d’Aida de Jasmila Žbanić est un regard passionnant et terrifiant sur une tragédie contemporaine. En juillet 1995, dans l’enclave de Srebrenica, dans l’est de la Bosnie-Herzégovine, plus de 8 000 musulmans bosniaques ont été massacrés par l’armée d’invasion serbe dans le cadre de la plus grande atrocité civile commise en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le film parvient finalement à devenir un appel passionné à aller de l’avant. Žbanić, qui vivait en état de siège à Sarajevo lorsque le massacre a eu lieu, met en scène cette catastrophe humaine afin que les générations futures ne la répètent pas.

Le perfide général Ratko Mladic (Boris Isakovic), commandant suprême de l’armée serbe de Bosnie, négocie avec le chef des casques bleus, le major Franken (Raymond Thiry), qui, malgré les multiples attaques récentes, continue de déclarer l’enclave assiégée de Srebenica comme une zone sûre. Au fur et à mesure que la tension monte, le camp de l’ONU, situé à la périphérie de la ville, devient le seul endroit « intouchable », et c’est là que 25 000 Bosniaques désarmés cherchent refuge alors qu’ils craignent pour leur vie. Néanmoins, le sentiment inquiétant qu’une catastrophe est proche semble rendre les soldats de l’ONU et les civils agités. Modeste professeure d’anglais, Aida vient d’être réquisitionnée comme interprète auprès des Casques Bleuse. Chargée de traduire les consignes et rassurer la foule, Aida est bientôt gagnée, elle aussi, par la certitude que le pire est inévitable. Elle décide alors de tout tenter pour sauver son mari et ses deux fils, coincés derrière les grilles du camp…

Plutôt qu’un récit générique des événements, le film se concentre sur l’expérience personnelle d’Aida Selmanagic, épouse, mère, enseignante et traductrice de l’ONU (quelle performance de Jasna Djuricic !), qui se bat comme une véritable lionne dans une tentative désespérée de sauver sa famille. Un puissant élan maternel qui vient s’appuyer sur le rythme soutenu du long métrage crée ainsi l’alchimie parfaite d’un drame familial aux allures de thriller d’action.

Mais Žbanić s’abstient de nous montrer les pires atrocités qui ont réellement eu lieu, et c’est probablement un heureux choix. Vers la fin, dans un seul plan de caméra immobile, nous voyons les épouses et les veuves qui tentent d’identifier les restes de leurs familles, et la simplicité austère de ce tableau a plus de résonance que toute violence explicite. Le film, impeccablement monté par Jaroslaw Kaminski (qui a travaillé auparavant avec Pawel Pawlikowski dans Ida et Cold War), se déroule néanmoins comme un véritable cauchemar implacable et extrêmement déchirant du point de vue de cette famille.

Née à Sarajevo, Jasmila Žbanić, qui est surtout connue pour Sarajevo, mon amour (2006), avec lequel elle avait remporté l’ours d’or et le prix du Jury œcuménique à Berlin, signe ici un nouveau film magistral ; une expérience inoubliable couronnée par un final acerbe, et dont la vivacité ininterrompue et l’allure époustouflante vous tiendront en haleine à tout moment. Si d’autres films, tels que Bienvenue à Sarajevo(1997), Au pays du sang et du miel (2011) d’Angelina Jolie ou Circles (2013) ont abordé ce moment d’histoire, aucun ne l’a fait avec autant d’émotion et d’intimité. La voix d’Aida est d’ailleurs nominé pour l’Oscar du meilleur long métrage international et s’y place en position très favorable.

 

Dune… grand Dieu, quel film !

C’est très clairement la sortie cinéma de la semaine, peut-être celle de l’année pour un nombre important d’afficionados du genre SF/Fantasy. Dune, version Denis Villeneuve, est enfin là avec neuf mois de retard-covid. Il est disponible pour les privilégiés que nous sommes, car les américains devront eux attendre encore un bon mois.

L’histoire de Paul Atreides (Thomas Chalamet), jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre…

Il y aura bientôt cinq ans, je sortais, chamboulé et admiratif, suite à la découverte sur grand écran d’Arrival(Premier contact). La science-fiction que j’aime, qui nous en mets aussi plein les yeux et les oreilles, mais qui nous fait aussi réfléchir, qui transcende son sujet avec beauté et sens. Avec Villeneuve, il faut dire, on a là une valeur sûre qui ne me déçoit personnellement jamais. L’annonce que le réalisateur canadien s’attaquait au monument littéraire de Frank Herbert, m’avait littéralement survolté. Après l‘effet d’annonce, les doutes eurent le temps de s’immiscer… tout de même, Dune… sans besoin même d’évoquer tout ce qui plane autour de cette œuvre maudite… C’est donc avec ce mélange de prérequis que je me suis installé dans un confortable fauteuil et que le logo de Warner a pu apparaitre et s’animer pour me faire entrer dans l’univers désertique et fantastique d’Arrakis. Et à partir de là, je n’ai plus décroché d’une seconde des quelques 2h30 de cinéma.

Dune est véritablement un spectacle de science-fiction pur et dur comme on n’en a pas vu depuis longtemps, qui marie la cinématographie austère et la musique inquiétante de Arrival et Blade Runner 2049à une mythologie complexe basée sur l’épopée spatiale notoirement épineuse de Frank Herbert. Comme la plupart des grands auteurs visuels, Villeneuve travaille mieux que jamais lorsqu’il y a de la viande sur l’os, de la substance dans ce à quoi il s’attèle. Et avec la multitude de thématiques fleurant bon le mystique et la politique dans l’œuvre éponyme d’Herbert, tout était réuni pour lui offrir la matière à son génie. C’est tout d’abord le colonialisme qui devient le fil conducteur de cette histoire d’un empire sinistre qui contrôle les ressources rares d’une planète désertique, et Villeneuve n’hésite pas à le dénoncer : « Ils ravagent nos terres sous nos yeux », résume la sublime Chani (Zendaya), membre de la tribu indigène des Fremen sur Arrakis, dans la voix off d’ouverture. Alors que les familles en guerre se battent pour le « pouvoir du désert », Villeneuve résiste audacieusement à un excès de propos inutiles pour privilégier des tableaux dramatiques qui expriment la force écrasante du contrôle impérial, les personnages se profilant devant les vaisseaux militaires et des bâtiments d’une richesse sans âme. Les plus impressionnants, cependant, resteront les deux moments palpitants mettant en scène les célèbres vers des sables d’Arrakis, des créatures monstrueuses dont l’énormité non humaine éclipse les humains et leurs petites luttes de pouvoir. C’est aussi, au cœur de la quête de Paul, la dimension écologique ou familiale qui apparait, avec une dimension profondément spirituelle, par essence.

Par moments, bien sûr, Dune donne l’impression de se retenir, peut-être parce qu’il ne couvre finalement que la première moitié du premier volume d’Herbert, axée sur la description de la situation, une forme d’enquête sur le pouvoir et une quête d’un Sauveur et qu’il n’a donc pas la lourde interrogation sur la condition humaine qui a rendu Arrival, en particulier, si captivant. À noter justement que pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, ce sera un voyage incroyable à faire – et le film fait un excellent travail didactique, en expliquant bien l’histoire et en la rendant intrigante et intéressante. Les fans de longue date, quant à eux, seront certainement satisfaits de l’adaptation et de la façon dont l’histoire est rendue. Car c’est sans doute le seul bémol possible que l’on puisse apporter avec, encore une fois, des raisons légitimes à ce sentiment. Car ici tout est superbe…  Dune n’est d’ailleurs pas seulement un film, mais c’est une véritable expérience qui mérite d’être vu sur le plus grand écran possible. Si les décors sont magnifiques, les costumes le sont tout autant. Et encore Dune n’est pas seulement époustouflant sur le plan visuel, les acteurs ont une chimie étonnante et font un travail formidable pour incarner leurs personnages. Et quel casting de rêve : Timothée Chalamet, Zendaya, Rebecca Ferguson, Jason Momoa, Josh Brolin, Charlotte Rampling, Oscar Isaac, Dave Bautista, David Dastmalchian, et la liste est encore longue. Il n’y a pas de maillon faible parmi les interprètes. Chacun a son moment, ce qui est souvent difficile à réaliser avec un casting de cette ampleur. Bien sûr, certains ont moins de répliques que d’autres, mais ils ont tous un certain impact sur le film. Et l’alchimie entre Chalamet et Ferguson, qui joue le rôle de sa mère Lady Jessica, est l’un des éléments forts du film.

Dune est aussi un étonnant voyage auditif, avec non seulement un montage sonore enveloppant, mais aussi l’une des meilleures partitions que le maître Hans Zimmer (The Dark Knight, Pirates des Caraïbes, etc) ait jamais composées. Les compositions sont magistrales et font de cette bande-originale, comme cela est quasi toujours le cas dans des œuvres majeures, une sorte de fondement constitutif du film.

Dans les interviews de promotions, Denis Villeneuve a estimé que Dune ne pourrait sortir à un meilleur moment dans l’époque troublée que nous traversons. Il a alors évoqué une « ode à l’esprit humain » en expliquant que « cette histoire parle surtout des capacités d’adaptation des êtres humains. Au cours des prochaines décennies, l’humanité fera face à des changements d’ordre culturel et climatique, qui feront en sorte que notre rapport au monde et à la nature devra forcément s’adapter. Dune est un appel en ce sens, lancé particulièrement aux plus jeunes générations. C’est grâce à elles que le monde pourra changer ».C’est aussi, pour le protestant que je suis, une quantité d’analogies spirituelles, religieuses et bibliques qui peuvent être observées. Elles puisent inévitablement dans la matière initiale d’Herbert mais sont vivifiées dans les mains de Villeneuve au travers d’une sorte d’hymne au désert et par la dimension messianique qui traverse chaque instant du scénario.

Avec une narration visuelle somptueuse, Dune de Denis Villeneuve est une adaptation parfaite de l’une des grandes épopées littéraires de la science-fiction et il insuffle la vie au monde foisonnant d’Herbert. Mais, il lui reste aussi beaucoup d’histoire à raconter. Certes palpitant, étonnant et ambitieux, il se définit néanmoins comme une « première partie » et, de par sa nature, ne permet pas de conclure les arcs de personnages et les thèmes les plus importants. Un deuxième long-métrage, au moins, parait donc indispensable répondant, en tout cas, au souhait très clair du réalisateur canadien qui espère débuter son tournage à partir de 2022. Pour l’heure pourtant, cette deuxième partie n’a pas été officiellement commandée, et le tournage n’a pas encore débuté : Warner Bros attend de connaître les résultats du film au box-office pour donner son feu vert. Alors vite, vite, vite… on se précipite dans les salles, car en attendant, grand Dieu, quel film !

 

Respect… même si

Trois ans déjà qu’Aretha Franklin s’en est allée rejoindre le chœur des anges et un peu plus de deux années également que le grand écran nous ait offert l’Amazing Grace de la reine de la soul. Le temps passe… mais sa voix reste pour moi et pour tant de gens une référence incontournable, un repère musical comme nul autre. Comment passer à côté alors de la sortie de Respect où Jennifer Hudson incarne Aretha, un biopic qui retrace son accession au succès jusqu’à ses trente ans ?

Aretha Franklin, fille de Barbara Siggers et du pasteur baptiste Clarence LaVaughn Franklin (surnommé C. L.), devient choriste de gospel dans son enfance à l’église de son père à Detroit. Au fil des années, elle va devenir une chanteuse populaire de soul.

Premier long métrage de Liesl Tommy qui, jusque-là, avait mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont Hamlet ou La Leçon de piano, le biopic s’ouvre sur une séquence extrêmement significative. Nous sommes en 1952, Aretha âgée de tout juste 10 ans se réveille. C’est son papa, le révérend C.L. Franklin (Forest Whitaker), qui la tire du lit pour qu’elle se produise dans le salon familial rempli de célébrités du moment comme Dinah Washington (Mary J. Blige dans un caméo bref et efficace), toutes amies du pasteur et habituées de ces afters mémorables dans la maison des Franklin. « Elle n’a que 10 ans, mais sa voix en a 30 », nous dit-on. Interprète née, elle tient le public dans la paume de sa main. Non ce n’était pas un rêve… mais une scène où l’émerveillement est dans chaque regard. Ceux des adultes réunis évidemment devant cette enfant si précoce et éblouissante de talent mais aussi et surtout ceux de la jeune demoiselle, puisque la caméra choisit d’opter principalement pour cet angle de vue. Émerveillée mais aussi éclatante de naturel… c’est ainsi que démarre l’histoire de Melle Franklin.

Skye Dakota Turner, qui incarne la jeune Aretha dans les premières scènes de Respect, prépare le terrain pour Hudson. Dans ces courts instants, elle transmet habilement les joies et les traumatismes qui influenceront la version adulte de son personnage. Et c’est alors qu’apparait Jennifer Hudson, véritablement exceptionnelle dans cette interprétation de la diva. Elle offre l’une des meilleures prestations de sa carrière dans le rôle d’Aretha Franklin et se positionne favorablement pour un Oscar. Elle est tout aussi envoûtante que dans Dreamgirls et contribue à faire de ce film une expérience captivante. Car l’essentiel du caractère poignant de Respect vient de sa performance, et non du scénario. Elle est parfaitement capable de transmettre les performances vocales mais aussi donne une dimension touchante à celle qu’elle connaissait personnellement et admirait.

Et cet aspect du personnage est capital car l’histoire de Franklin comporte une bonne dose de ténèbres – agression sexuelle, violence conjugale, alcoolisme – les fameux démons évoqués dans le film (je préfère personnellement parler de combats, de blessures, de luttes intérieures) et c’est tout à l’honneur de la réalisatrice de résister à la tentation de traiter ces questions avec voyeurisme. C’est bel et bien une forme de pudeur qui l’emporte même si tout est suggéré et facilement perceptible. Respect ne va jamais plus loin qu’une exploration superficielle de la façon dont ces traumatismes ont affecté Franklin. Il peut par contre être donc plus difficile de comprendre certaines choses comme sa relation avec Ted White (Marlon Wayans), ou celle avec son père. Et justement ici, Liesl Tommy choisit un certain angle qui ne parvient pas à retranscrire véritablement la relation si particulière qui unira père et fille. On devra s’en contenter.

Respect restera un film vraiment divertissant et très agréable à suivre. Mais, l’approche linéaire de son histoire la rend très conventionnelle et ne surprend pas, si ce n’est à chaque fois que la musique démarre et que la voix d’Hudson résonne. Car c’est bien lors des scènes exaltantes où Aretha chante que le film s’envole le plus et, heureusement, elles sont nombreuses pour que le public puisse en profiter sur le plan émotionnel.

Pour ce qui est de la totalité de l’histoire, si complexe, extraordinaire et émouvante, d’Aretha, je ne peux que vous recommander d’aller vous plonger dans une bonne biographie. Alors oserais-je ?… Oui, je n’y résiste pas, car il m’a accompagné intérieurement tout au long des 2h25 de visionnage de Respect : Sister Soul – Aretha Franklin, sa voix, sa foi, ses combats aux éditions Ampelos. C’est une évidence.