Dieu est bon… en tout temps !

La série produite par Oprah Winfrey, Greenleaf, diffusée sur Netflix et qui en est déjà à sa quatrième saison, lève le voile sur l’univers impitoyable de l’Église du Calvaire, une mégachurch noire américaine, basée dans le scénario à Memphis, donnant ainsi aux téléspectateurs un aperçu possible de la mécanique dévastatrice qui peut parfois faire tourner les roues de ces « béhémoths ». Du pétrole de Dallas aux bancs du Calvaire à Memphis… 40 ans les séparent mais il n’y a pourtant qu’un pas.

Tout commence dans la saison 1, en établissant clairement que tout n’est pas paisible au Calvaire et dans la famille Greenleaf. Grace, qui a coupé les liens avec sa famille et qui est maintenant journaliste, revient après le décès de sa sœur Faith (qui se serait noyée dans le lac sur le domaine familial). Jouée par la merveilleuse Merle Dandridge (The Night Shift) dans son premier rôle principal, Grace commence à fouiner autour de la mort de sa sœur. Elle et sa tante Mavis (jouée par Winfrey), la sœur de Lady Mae, propriétaire d’un bar sur Beale Street, croient que Faith s’est suicidée après des années de violence sexuelle par son oncle Mac. De plus, Mavis croit que Mac a violé d’autres filles dans l’Église. Mais ce n’est qu’un des secrets de la famille… Il y a aussi l’infidélité et la mauvaise gestion financière. Et surtout, tout cela n’est que le tout début d’une histoire qui s’avère bien plus complexe, plus l’intrigue se dévoile.

Greenleaf ne manque donc certainement pas de moments délicieux avec cette capacité à s’attaquer à tout ce qui peut quasiment s’imaginer dans le contexte si particulier d’une mégachurch noire américaine. De l’évidente thématique de cette fumeuse (et surtout dramatique) théologie appelée « évangile de la prospérité » à l’inceste, en passant par la mort, l’adultère, la cupidité, le mensonge, la mauvaise foi, la jalousie, la trahison et tout ce qu’engendre le Mal… tout y passe et il ne fait pas bon finalement envisager un instant la vie de paradis quand on pénètre dans l’univers de cette puissante et prospère Église du Calvaire et des Greenleaf, sa famille pastorale, tout particulièrement. D’ailleurs c’est sans doute l’excès qui peut déranger ou rendre le tout parfois trop caricatural. Par voie de conséquence, ce choix rend certaines situations risibles et transforme le drame en joyeuse comédie.

Bishop James et Lady Mae Greenleaf dirigent leurs ministères mondiaux de la Calvary Fellowship, comme les chefs d’une puissante famille dirigeante (parfois de façon pas éloignée de The Irishman de Scorcese pour rester dans la Netflix Family). Du moins au début car, saisons après saisons, les choses se compliquent sérieusement et le royaume se transforme en un branlant château de carte fortement malmené… On peut noter là, le duo magnifique qui est à la base structurelle de la série. Lynn Whitfield joue admirablement la matriarche Lady Mae telle une vraie Lady Macbeth. Elle est de plus parfaitement associée à Keith David qui, en tant que patriarche de la famille, est l’un des personnages marquants de la série. Son talent lui permet d’être assez convainquant et charismatique pour égaler un vrai prédicateur en chaire mais aussi assez juste pour laisser paraître l’homme sous la robe pastorale. 

Les bras de l’humanité, comme l’a écrit un jour le poète James Weldon Johnson, étant trop courts pour boxer avec Dieu, nous pouvons comprendre pourquoi les batailles humaines (elles possibles) en particulier lorsqu’il s’agit de joutes familiales entre enfants, nous ont fascinés dès le commencement de l’époque biblique, depuis Caïn et Abel. Il est donc logique que Greenleaf se concentre autant sur les relations complexes entre sœurs et frères. Craig Wright (Six Feet Under et Dirty Sexy Money), dramaturge et scénariste de télévision chevronné, est passé maître dans l’art de capturer ces situation au sein des familles, et il s’en donne donc ici à cœur joie. Mais, vous ne le saviez peut-être pas, son pédigrée en tant qu’ancien prédicateur lui permet, en plus, de montrer le meilleur et le pire du christianisme sans porter de jugement sur la foi elle-même.

On pourra bien sûr esquisser un sourire sur le fait qu’Oprah Winfrey raconte avoir appelé Bishop T.D. Jakes, pasteur principal de The Potter’s House à Dallas, Texas, pour lui assurer que sa série n’était pas basée sur lui, son Église ou toute autre mégachurch américaine… J’ai parlé à T.D. Jakes et je lui ai dit : Je veux juste que vous sachiez que je fais un spectacle sur une mégachurch mais que la seule ressemblance avec vous est que notre personnage principal s’appelle Bishop et que vous êtes un évêque. Et il lui aurait répondu : Je suis heureux d’entendre cela parce que j’ai entendu des choses à ce sujet…  La star des médias a ajouté : Je veux juste que vous sachiez, de mes lèvres à vos oreilles, que je n’ai rien d’autre qu’un profond respect pour l’Église. Moi, Oprah Winfrey, je ne ferai jamais rien qui manque de respect à l’Église. 

Et c’est peut-être pourquoi, il faut maintenant aussi préciser que, dans Greenleaf, les personnages sont le plus souvent à la fois des chrétiens sincères, engagés dans le ministère, attachés à la foi, et des êtres humains terriblement imparfaits qui pêchent effrontément, pour leur plus grand malheur finalement. Ainsi la série a cette spécificité au milieu de ce qui pourrait paraître abjecte dans le contexte d’une Église, de présenter une vraie générosité et des nuances. Même si les dirigeants de l’Église sombrent désespérément dans les méandres du mal, ces mêmes personnages croient vraiment, et l’Esprit les émeut d’ailleurs très souvent. Wright et Oprah les voient tout autant comme des chrétiens sincères, que des êtres humains à la recherche de leur propre intérêt, manipulateurs et honteux. On s’attache ainsi très vite à certains d’entre eux et il serait intéressant de sonder les spectateurs, pour connaitre ceux qu’ils préfèrent et pourquoi, pour en tirer certaines leçons vraisemblablement. 

En fin de compte, et au risque de vous surprendre, malgré tous les drames, toutes les manigances sournoises et tous les désagréments, c’est une série qui pour moi aime et respecte l’Église. Elle reconnaît toujours l’importance des individus et l’histoire derrière les gens et les traditions qui se trouvent dans cette institution. Quand on demande ainsi à la fille de la pasteur Grace pourquoi elle veut continuer à aller à l’Église et à s’associer avec des gens qui traitent sa mère si durement, elle a une réponse révélatrice : « Oui, il y a des hypocrites dit-elle, mais il ne s’agit pas que de ça, il y a plus… ». Les Églises ne sont pas des musées de la perfection ; ce sont aussi des hôpitaux pour les malades spirituels que nous sommes, et comme le disait un vieux prédicateur : « Si vous trouvez une Église parfaite, ne la rejoignez pas. Elle cessera d’être parfaite dès que vous en franchirez la porte ». Greenleaf ne cache carrément pas les imperfections d’une certaine forme de communautés protestantes évangéliques (toute heureusement ne sont pas de la sorte !…) mais, elle n’est pas non plus totalement cynique quant au bien que l’on peut trouver entre ces quatre murs.

Enfin, le succès de Greenleaf repose, sans nul doute, sur la puissance addictive du scénario. Multitude de cliffhangers (une technique qui consiste à terminer l’épisode ou la saison par une fin ouverte, au moment où le suspens est à son comble), personnages clés attachants ou repoussants et musique gospel apportant un rythme et une ambiance chaleureuse, sont là pour nous accrocher et nous donner, épisodes après épisodes, saisons après saisons, de revenir inlassablement et d’entendre proclamer à qui veut l’entendre : Dieu est bon… en tout temps !

 

Il était une FOI dans l’WEST

Tout le monde en parle… Kanye West a vécu une rencontre radicale avec Jésus et il ne s’en cache pas. Bien au contraire, il le proclame haut et fort et sans détour, dans la pure tradition de l’artiste haut en couleur, au-travers des médias, de célébrations qu’il organise et par la sortie de son nouvel album intitulé ‘sobrement’ Jesus Is King !

Considéré comme un génie par beaucoup (et d’abord par lui-même), le style de production et le lyrisme de Kanye ont influencé l’industrie du hip-hop dans son ensemble. Des albums comme College Dropout et Graduation ont fait exploser la renommée de l’artiste. Dans son titre Jesus Walks, extrait de son premier album en 2004, Kanye scandait : Ils ont dit qu’on peut rapper sur n’importe quoi sauf sur Jésus / Ça veut dire armes, sexe, mensonges, cassette vidéo / Mais si je parle de Dieu, mon disque ne sera pas joué. Près de 15 ans plus tard, Jesus Is King vient radicalement prouver le contraire !

Depuis sa sortie, Jesus Is King, neuvième album studio de Kanye West, a suscité des débats divers très nombreux. Mais, ce que l’on retient avant tout, c’est qu’il se retrouve en tête du Billboard 200 (le classement des 200 meilleures ventes d’albums sur le territoire des États-Unis, toutes catégories musicales confondues). Quelques heures seulement après sa sortie, Jesus Is King décrochait le record d’écoutes en 72h sur Spotify, récoltant pas moins de 38 millions de streams en 12h sur la plateforme.

C’est le tout premier album de pur gospel du rappeur après son expérience de conversion et le lancement de son service dominical. Depuis janvier, le rappeur donne des offices, les Sunday Service, dans la banlieue de Los Angeles où il vit avec son épouse Kim Kardashian et en se déplaçant aux quatre coins des États-Unis. Épaulé d’une grande chorale de 80 personnes, d’invités réguliers, et de son pasteur protestant-évangélique Adam Tyson, il organise ces célébrations gospel (dans la tradition des Églises baptistes en remontant notamment au révérend Franklin (père d’Aretha) qui faisait de même) en mélangeant louange gospel, prédications d’évangélisation avec appel à la conversion et même parfois baptêmes.

Le pasteur Adam Tyson prêche lors d’un Sunday Service de Kanye West

Mais ce changement radical de direction a bien évidemment amené ses fans et surtout beaucoup de journalistes à s’interroger sur son amour soudain du Christ après des décennies de rap sur le sexe, l’argent et autres sujets pas très ‘catholiques’. Une interrogation légitime, mais qui n’est pour autant pas une première tant dans le milieu du show-biz, la vie plus globalement, mais aussi le texte biblique. Quand Saul, le persécuteur en chef et meurtrier des chrétiens, a été confronté à Jésus, son cœur et son comportement ont complètement changé en un instant. Une sorte de transfiguration miraculeuse si ce n’est dans l’apparence, sans nul doute dans les actes, devenant en deux temps-trois mouvements, une sorte d’évangéliste en chef sous le nom de Paul, le rédacteur de plusieurs lettres restées pour nous encore dans le canon néo testamentaire, et finalement l’un des chrétiens les plus influents de l’histoire. On pourra observer qu’entre temps, Dieu s’était servi d’Ananias pour lui livrer une parole peu de temps après sa première expérience spirituelle. Mais comme vous pouvez l’imaginer, Ananias était prudent et a remis en question les instructions de Dieu sur la base des rapports qu’il avait entendus à propos de cet homme. Il a fallu que Dieu s’adresse directement à lui pour qu’il accepte finalement cette mission.

Bien que Kanye West n’ait pas été un persécuteur de chrétiens comme Saul, c’est quelqu’un que beaucoup pourraient considérer comme le moins susceptible de changer. Espérons donc que Jesus Is King soit une déclaration audacieuse et que le cœur des auditeurs soient attirés par Jésus, et non pas seulement par Kanye West. Si Dieu est en mesure de racheter nos talents et nos compétences pour Sa gloire, il peut tout autant racheter ceux de mister West également. Rien n’est impossible à Dieu… Ne soyons donc pas des sceptiques purs et durs mais sachons accueillir ceux qui ont faim et soif de justice. En fin de compte, ceux qui invoquent le nom de Jésus – comme Kanye West – porteront du fruit… ou non.

Mais revenons à l’album plus précisément. En vingt-cinq petites minutes, Jesus Is King illumine assurément par sa qualité artistique et par la force émotionnelle qu’il dégage. L’album n’est clairement pas un projet mystique totalement barrée comme certains pouvaient l’imaginer. Kanye combine au contraire très intelligemment un héritage musical revendiqué et assumé tout en restant lui-même et à contre-courant. Il travaille ici avec de multiples collaborations comme il aime et sait le faire, ce qui tombe bien puisque le genre Gospel est propice à cela. C’est une musique qui unit, rassemble. C’est une musique qui se vit et se partage. Kanye sample encore et toujours et se réapproprie des perles musicales. On entendra par exemple sur God Is le titre du même nom du révérend James Cleveland and The Southern California Community Choir, sorti en 79, en l’accélérant et en le pitchant pour lui donner un timbre différent. Mais cela aussi est dans l’essence même du Gospel qui se réapproprie les paroles de Psaumes ou d’histoires bibliques, sans parler des reprises régulières partielles ou totales qui finalement font parfois même oublier les versions originales.

Jesus Is King est un album sacrément audacieux de Kanye West qui ne renie pas l’avant mais ouvre une nouvelle porte sur le chemin tortueux du rappeur de 42 ans, comme une voie vers la rédemption qu’il ne veut pas vivre seul mais partager au plus grand nombre en les invitant à l’y rejoindre.

 

Sunday service du 27/10/2019

Témoignage de Kanye West (sous-titré en français)

Des règles pour mieux vivre… ou pas

La reprise du texte « les règles du savoir-vivre dans la société moderne » de Jean-Luc Lagarce au studio Hébertot à Paris 17ème par la comédienne Sophie Paul Mortimer est un délicieux moment de douce sage folie philosophique et pratique de l’existence à expérimenter, sans nul doute !

Naître, ce n’est pas compliqué. Mourir, c’est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes pour s’en accommoder, il suffit de savoir qu’en toutes circonstances, il existe une solution, un moyen de réagir et de se comporter, une explication aux problèmes, car la vie n’est qu’une longue suite d’infimes problèmes, qui, chacun, appelle et doit connaître une réponse.

Voilà le pitch du texte de Lagarce qui, d’un écrit de la fin du XIXème siècle par la baronne Staffe, délivrant des conseils enjoignant aux gens de la haute à ne pas déroger aux bons usages, en a fait un texte d’une finesse absolue, immensément malicieux et caustique. C’est la vie qui y est contée, mais façon baronne, où tout est simple sur terre, pour peu que l’on respecte les règles où, de la naissance à la mort, rien n’échappe aux canons du bon goût officiel.

Une vie ainsi réglée comme du papier à musique qui offre à la comédienne Sophie Paul Mortimer de pousser les pions de sa mélodie, pleine de drôlerie pamphlétaire et d’une vraie folie expressive. Car si cette pièce a déjà été plus d’une fois interprétée, l’actrice ici habite le personnage avec une vraie fraîcheur déroutante mais bienfaisante. Sophie Paul Mortimer se déploie ainsi sur la petite scène du cosy studio Hébertot, vidée de tout artifice si ce n’est une méridienne offrant le seul point où elle fait halte, boit et respire. Vêtue d’une robe de femme du monde et d’une étole avec laquelle elle se bat parfois, elle livre son texte comme une vraie performance. Une véritable fougue combative semble l’habiter qui permet de captiver le spectateur dans cette revisite de l’existence où la mort se cache constamment, comme une probabilité de la vie…

LES RÈGLES DU SAVOIR-VIVRE DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE
de Jean-Luc Lagarce,
Mise en scène de Roger-Daniel Bensky
Avec Sophie Paul Mortimer
Concepteur de la lumière Gérald Karlikow
Élaboration du costume Gaëlle Lépinay
Le Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris

 

Il était une FOI… Keith Green

Ce jour, le 21 octobre 1953, naissait Keith Gordon Green, connu plus simplement comme Keith Green, à Sheepshead Bay, Brooklyn, New York. Auteur-compositeur, pianiste et chanteur, il est reconnu pour sa foi chrétienne et ses efforts incessants pour la partager avec d’autres. Il est l’auteur et compositeur, avec sa femme Melody Green, de plusieurs hymnes modernes populaires dont « O Lord, You’re Beautiful » et « There Is A Redeemer », ainsi que les succès « Your Love Broke Through », « You Put This Love In My Heart », et « Asleep In The Light ». Ensemble, ils ont également fondé Last Days Ministries, un organisme qui vient en aide aux toxicomanes, aux prostituées et aux sans-abris.

Son grand-père maternel était auteur-compositeur et sa mère a étudié le chant au Carnegie Hall. Dès l’âge de cinq ans, Green joue du ukulélé et commence des cours de musique. Il écrit ses premières compositions à l’âge de 9 ans. Deux ans plus tard, Green signe chez Decca Records. Le magazine Time a qualifié Green de « pre-pubescent dreamboat who croons in a voice trembling with conviction.” (bateau de rêve pré-pubère qui chante d’une voix tremblante avec conviction). Il est le plus jeune membre de l’American Society of Composers, Authors and Publishers et joue dans The Jack Benny Show et The Joey Bishop Show. Green est alors sur le point de connaître un immense succès dans pop mais il se retrouve remplacé par une autre nouvelle idole adolescente en herbe, Donny Osmond…

Des déceptions, frustration qui lui font vivre une jeunesse troublée. Insatisfait de la vie, il tombe dans la drogue, se tourne vers les religions orientales et mène une vie tumultueuse jusqu’au jour où il rencontre l’auteur-compositeur-interprète Melody Steiner en 1972. Ils sont inséparables et se marient un an plus tard – maintenant il n’est plus seul dans sa quête spirituelle qui se poursuit. Prêt à perdre espoir, Keith trouve la vérité qu’il cherchait.  Il a maintenant 21 ans et ne regardera plus jamais en arrière. Avec Melody, ils découvrent ainsi le Christ au milieu de ces années 70. À mesure qu’il va à l’Église et qu’il approfondit sa lecture de la Bible, Green est de plus en plus troublé par une certaine hypocrisie religieuse qu’il observe chez de nombreux chrétiens. Il désire atteindre les gens par sa musique et les ramener sur un chemin de sanctification.

Avec des voix comme celle de Cat Stevens et le talent pianistique d’Elton John, Green enregistre son premier album en 1977, For Him Who Has Ears to Hear chez Sparrow Records. L’album, produit par le talentueux batteur et producteur Bill Maxwell, est un succès commercial. Plus tard, il atteindra la cinquième place du palmarès des plus grands albums de musique chrétienne contemporaine. Des succès comme « Your Love Broke Through » (co-écrit par l’ami Randy Stonehill) et « You Put This Love in My Heart » évoquent la relation de Green avec Jésus. On y retrouve aussi « Easter Song » avec 2nd Chapter of Acts (groupe de Matthew Ward). La même année, le couple Green démarrent l’œuvre Last Days Ministries, un organisme qui vient en aide aux toxicomanes, aux prostituées et aux sans-abris, avec un bulletin d’information qui touche plus de 20.000 personnes.

L’album No Compromise sort en novembre 1978. « Asleep in the Light », un hit radio, interpelle les chrétiens que Keith Green considère trop souvent comme pétri de religiosité hypocrite. Il chante : « Jésus est ressuscité d’entre les morts / Et tu ne peux même pas sortir de ton lit ». Green pleure également sur « les âmes perdues » qu’il a rencontrées à Los Angeles dans « How Can They Live Without Jesus ».

Keith sort son nouvel album So You Wanna Go Go Back to Egypt en 1980. La chanson éponyme est un regard léger sur les diverses petites choses qui deviennent des obstacles dans la marche chrétienne. Il interprète aussi ce titre magnifique, véritable hymne de louange « Ô Lord, You’re Beautiful ».  Le dernier album que Keith Green coproduit s’appelle Songs for the Shepherd en 1982 qui contient 12 chansons de louange et d’adoration à Dieu, dont « How Majestic Is Thy Name » et « You Are the One ». Le prophétique titre « Until the Final Day » montre un Keith fatigué mais fidèle qui invoque la force de Dieu. Hélas, son « dernier jour » arrive très vite et brutalement quand il perd la vie dans un accident d’avion, trois mois seulement après la sortie de l’album, le 28 juillet 1982. L’accident a également coûté la vie à son fils Josiah, âgé de trois ans, et à sa fille de deux ans, Bethany. Melody était à la maison avec Rebekah, leur fille d’un an. Elle était alors enceinte de six semaines de leur quatrième enfant, Rachel. Keith n’avait que 28 ans.

Bill Maxwell a produit et sorti deux albums posthumes, The Prodigal Son et Jesus Commands Us to Go. En 2001, Green est intronisé au Gospel Music Association Hall of Fame avec le rocker Larry Norman. Sa femme poursuit l’œuvre de Last Day Ministries. Melody a écrit la biographie de son mari en 1989 à partir de son journal. Il s’intitule à juste titre No Compromise (Sans compromis).

Un peu à contrecœur, Keith fut poussé dans un ministère de type « Jean le Baptiste » – appelant les croyants à se réveiller, à se repentir et à vivre une vie qui ressemblait à celle qu’ils disaient croire. L’engagement radical que Keith a prêché était aussi le genre de foi qu’il voulait que sa propre vie démontre. Les chansons de Keith sont souvent nées au cours de ses propres luttes spirituelles. Il savait que le voyage vers le ciel passe souvent par des vallées rocheuses, et il ne voyait pas l’intérêt de dépeindre son cheminement autrement. Donc, quand il faisait des erreurs, il en parlait honnêtement.  Il estimait que nous ratons quelque chose d’essentiel quand nous négligeons la fragilité et l’humanité des autres et de nous-mêmes. Il savait qu’il était loin d’être parfait, mais il avait passionnément faim et soif de justice.

Les opinions de Keith sur de nombreux sujets étaient souvent controversées, surtout lorsqu’il s’agissait de se faire payer pour son ministère. Avec ses albums en tête des tops, Keith décide de les proposer pour ce que les gens peuvent se permettre de donner, même gratuitement s’il le faut. Le désir de Keith était de s’assurer que ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter sa musique puissent l’obtenir, car Keith et Melody pensaient que leurs chansons étaient des messages directement liés au ministère musical et qu’ils ne voulaient en aucun cas que quelqu’un soit exclu à cause du manque de fonds.  Au dernier décompte établi, plus de 200.000 albums avaient ainsi été envoyés en prison et aux pauvres.

Le même problème se posa avec les concerts de Keith, qu’il ne considérait pas comme tel mais comme simplement des temps de service. Après quelques années passées à essayer différentes façons de les financer, il n’y a qu’une seule chose qui l’ait rassuré : décider que ses concerts seraient gratuits pour que tous ceux qui le voulaient puissent venir.  Son organisation louait une salle ou un stade et Keith prenait une offrande pour Last Day Ministries pour aider à couvrir les dépenses.  Melody et Keith ne recevaient aucune des offrandes pouvant subvenir à leurs besoins grâce aux droits perçus sur leurs chansons. Lors de ses concerts, Keith faisait toujours un appel à recevoir le Christ dans sa vie et conduisait des milliers et des milliers de personnes à se tourner vers le Seigneur, ou à renouveler leur engagement pour lui.

Pour Keith, rencontrer Jésus était une chose. Devenir plus comme Lui en était une autre. Après s’être efforcé pendant des années d’être à la hauteur de la sainteté de Dieu, remettant parfois même en question son propre salut, Keith a approfondi sa compréhension du sacrifice que Jésus a fait sur la croix, à la fois pour pardonner les péchés et pour l’habiller de sa justice.  C’était comme si un poids énorme avait alors été enlevé de sa poitrine. Ce n’est pas que Keith se souciait moins de la sanctification, mais maintenant il était plus motivé par l’amour et moins par la peur dans sa suivance du Christ. Il en découvrait plus sur la grâce de Dieu et sur l’importance de s’arrêter simplement pour contempler Sa gloire et apprécier Sa présence. C’est peut-être ce que Keith aimait le plus.

Bien que Keith soit maintenant parti, sa vie et son ministère ont encore un impact énorme dans le monde entier. Ses chansons et son interprétation passionnée continuent de changer des vies. Ses écrits sont traduits en plusieurs langues. Keith a dit un jour : « Quand je mourrai, je veux qu’on se souvienne de moi comme d’un chrétien. » On peut dire sans risque de se tromper qu’il a atteint son but, et peut-être même un peu plus.

Keith Green était simplement un homme de conviction. Quand ses convictions l’ont conduit vers la personne de Jésus, il a vendu tout ce qu’il avait – ambitions, biens et rêves – pour posséder son amour. Ce faisant, il devint un homme de dévotion. Il est aussi devenu un homme dont on se souvient et qui manque encore à des millions de personnes dans le monde entier.

Michel Bampély, sciences divines et sciences humaines

Lancé en tant que parolier par le chanteur Piero Battery, l’artiste et chercheur âgé aujourd’hui de 45 ans, mène depuis plus de 20 ans une carrière d’auteur dans la musique gospel et les musiques actuelles. Il soutiendra l’an prochain une thèse à L’EHESS, consacrée aux cultures urbaines sous la direction du sociologue Jean-Louis Fabiani.

L’artiste et sociologue Michel Bampély -Tous droits réservés

La mémoire de Michel Bampély est une pierre dure. Il se souvient de ses 21 ans, déambulant dans les couloirs spacieux de la major compagnie BMG Music Publishing, pour remettre au directeur artistique son tout premier contrat de cession d’édition musicale. La maison de disque lançait alors le groupe Sweetness Gospel, une formation musicale issue des Églises adventistes, qui se produisait alors en première partie de Pascal Obispo, Julien Clerc, Liane Foly, Pow Wow, Patrick Bruel, Mariah Carey, et qui connut la consécration lors de la première partie de Michael Jackson à Lausanne. L’objectif du groupe était clair, Bampély provenant également d’un milieu chrétien protestant, devait écrire des paroles destinées au grand public, sans pour autant compromettre leur foi chrétienne, à laquelle chaque membre restait fermement attaché. Mais la pression commerciale, pesant sur les épaules des jeunes chanteurs, a eu raison de la toute jeune formation. « Le groupe se sépara, car l’industrie musicale et sa recherche de rentabilité immédiate peuvent être de formidables machines à broyer les rapports humains, raconte Michel Bampély. Mes paroles intéressaient surtout Piero Battery, le plus jeune membre du groupe Sweetness, qui préparait sa carrière solo et avait pour dessein de monter un label consacré aux musiques sacrées, notamment au gospel urbain et contemporain, explique le parolier. Ce fut pour moi le véritable commencement ».

Michel Bampély forma dans les années 90-2000, en parallèle de sa carrière de chansonnier, La Troupe, un groupe de hip hop alternatif signé chez Scorpio Music / Universal Music France. Il prit ensuite sa casquette de producteur indépendant et lança le chanteur Carry Yank, un gospel urbain et juvénile, teinté de musiques soul et R’n’B, en distribution chez Séphora Music. Bampély participa en tant qu’auteur « de paroles d’évangile », aux productions musicales du label Battery Sound fondé par Piero Battery, avant que ce dernier ne prenne de 2015 à 2018 la tête de la chaîne TV Trace Gospel.

 

Après avoir cosigné le titre « Demain t’appartient » du chanteur de reggae Alpha Blondy, Michel Bampély s’installe en 2008 au Mans et se consacre aux ateliers d’écriture et à la pratique du slam de poésie. « J’ai mené des ateliers auprès de la jeunesse en véhiculant des valeurs républicaines. Ces principes n’entraient pas en contradiction avec l’enseignement biblique que j’avais reçu ni avec mes engagements dans la musique gospel, poursuit-il. Je n’avais pas de compromis à faire avec la foi. » En 2013, il fait la rencontre du sociologue de la culture Jean-Louis Fabiani qui décide de diriger à l’EHESS, sa thèse de doctorat consacrée à l’histoire sociale et politiques de la culture hip hop en France. « Ma recherche présente une analyse sur les mécanismes de pouvoir et de domination au sein de la culture hip hop et des cultures urbaines, les relations complexes, les jeux de dupe parfois qu’entretiennent d’abord les acteurs culturels entre eux, puis avec les organisations qui les encadrent » ajoute-il, avant de conclure l’entretien. En s’inspirant du livre de l’Écclésiaste, il confie que « sa douleur a augmenté en même temps que sa connaissance ».

 

Bio express :
1974 : Naissance à Kiev en Ukraine
1996 : Auteur chez BMG Music Publishing, il débute sa carrière dans la musique
1999-2004 : Il fonde son groupe de hip hop, La Troupe (Scorpio Music / Universal Music France)
2005 : Il poursuit jusqu’à aujourd’hui une carrière d’auteur dans la musique gospel et les musiques actuelles.
2007 : Alpha Blondy fait son retour avec l’album Jah Victory. Michel Bampély co-signe avec Lester Bilal son single « Demain t’appartient »
2009-2010 : Il prend le pseudonyme de Saint-Michel et termine second lauréat puis prix du public de slam poésie du festival Le Mans Cité Chanson
2011 : Sortie de son EP « Je crois » (Urban Music Tour / Believe Digital)
2013 : Diplômé d’un master 2 en conduite de projets culturels à l’université Paris Ouest Nanterre
2014-2019 : Préparation d’une thèse de doctorat en sociologie de la culture à l’EHESS, sous la direction de Jean-Louis Fabiani

 

Ses coups de cœur :

Le livre « Discours sur les réveils religieux : la prière de la foi », de Charles Finney

Cet auteur m’a beaucoup impressionné par sa pratique religieuse extrêmement rigoureuse. Finney donnait les clés de la véritable prière et de la consécration, difficilement atteignable pour des individus évoluant dans des sociétés industrielles de consommation. Ces livres sont anciens mais le discours qu’il déploie reste évidemment toujours d’actualité. 

Le Patriarche du groupe Leader Vocal

C’est selon moi l’un des projets le plus abouti que j’ai entendu au niveau du gospel francophone et urbain. Les textes sont d’une précision remarquable, le travail sonore et visuel du Patriarche est percutant. En France, la musique gospel est un micromarché, ce qui rend difficilement viable sur le plan économique, la carrière des artistes. Le succès des projets comme Les Prêtres ou de la nonne italienne Christina Scuccia restent des épiphénomènes dans l’industrie musicale européenne.

 

Ses paroles : 

 

Vers l’Eternel

Essaye encore
Il n’est pas loin
Poursuis l’effort
Jusqu’au matin
Tes larmes pleines
Ton moindre appel
S’en iront sans peine
Vers l’Eternel
S’en iront vers l’Eternel…
Brille comme l’étoile
Bénis et crois
Même quand ça fait mal
Car c’est la loi
Prie pour l’impie
Pour l’infidèle
Pour ceux qui oublient
Dit l’Eternel
Prie comme te dit l’Eternel…
Brille comme l’étoile
Bénis et crois
Même quand ça fait mal
Car c’est la loi
Vole et étends tes ailes
A travers ciel
La route ascensionnelle
Vers l’Eternel
Michel Bampély, Vers l’Eternel (1998)

À la garde… une question de vie et de mort

Il y a des livres qui sont comme de vrais petits bonheurs, des friandises que l’on déguste avec tendresse et plaisir. Il y a des livres qui vous bousculent, qui vous font même sortir d’un certain confort intellectuel et spirituel. Il y a des livres qui vous touchent, qui vous émeuvent, et qui vous font méditer tant sur les autres que sur vous-mêmes. Et parfois, il y a des livres qui font tout cela à la fois… et même seulement avec moins de 100 pages. « À la garde, lettre à mon père pasteur » de Daniel de Roulet chez Labor et Fidesfait partie de cette dernière catégorie.

Auteur de chroniques et de romans traduits en de nombreuses langues. Daniel de Roulet, né à Genève, ouvre son cœur, son âme et une partie de sa vie avec « À la garde, lettre à mon père pasteur », son dernier livre. Point de roman cette fois-ci, mais un recueil de lettres très personnelles, adressées entre un 4 et un 19 juillet par l’auteur à son père pasteur, décédé six ans plus tôt. Étonnante démarche à premier vue, surtout à un moment si particulier de son existence. Car il faut préciser tout de suite, les circonstances de ces deux semaines sont vraiment exceptionnelles. Mais en même temps, nous comprenons vite qu’elles sont propices à une réflexion en profondeur, une forme pourrait-on dire d’introspection familiale et de questionnements sur des fondamentaux de l’existence humaine.

Nous sommes en Suisse, et à 97 ans, la mère de l’auteur annonce qu’elle va mettre fin à ses jours, avec l’accompagnement d’une association, Exit Suisse romandeagissant pour le Droit de Mourir dans la Dignité. La date et l’heure sont rapidement fixées en tenant compte des multiples procédures légales qui entourent cette démarche. Devenue aveugle, quasi grabataire, et ne supportant les douleurs que grâce à des patchs de morphine, elle dit « souffrir de la vie et vouloir négocier sa mort ». Si Daniel de Roulet comprend, respecte et accepte son choix, cette décision chamboule malgré tout son être intérieur et c’est ainsi que ces missives exutoires vont s’écrire… vers celui qui est aussi concerné par cette histoire, mais surtout celui qui a imprégné en lui une certaine culture, une vraie conception de la vie et de la mort, et même une spiritualité toute particulière.

Ce père, né à Genève pendant la première guerre mondiale, troisième d’une famille de quatre enfants, de tradition calviniste et plutôt aisée, a exercé sa vocation pastorale d’abord en Haute-Savoie puis dans une paroisse d’horlogers jurassiens. Si dans l’abondante littérature pastorale depuis Gide, qu’évoque Daniel de Roulet dans ses lettres, la figure du pasteur est celle d’un être tourmenté et peu sympathique, ce fils reconnait chez son père le fait d’avoir su justement exercer un ministère très différent de cette image littéraire. Au cœur des lettres racontant la situation familiale du moment, l’avancée vers l’instant fatidique de l’adieu, les démarches préalables, les relations aux frères et sœurs, au fils, à l’entourage immédiat… Daniel de Roulet va plus loin et raconte brièvement mais efficacement l’histoire familiale. On découvre l’un de ces pasteurs d’autrefois, « ce genre de ministère qui n’existe plus »précise l’auteur.

« À la garde, lettre à mon père pasteur »est écrit avec grande délicatesse, dans un style à la fois très accessible et en même temps recherché. Ce choix littéraire de recueil de lettres, ressemblant aussi à une forme de journal intime consigné sur deux semaines, permet à l’auteur de poser un regard sur des sujets variés et fondamentaux. De sa place de fils de pasteur ayant confirmé mais ayant ensuite perdu la foi jusqu’à revendiquer un athéisme prônant ouvertement « ni Dieu ni maître », il s’interroge sur le sens de la vie et surtout de la mort. Paradoxalement dans les circonstances d’écriture qui sont les siennes à ce moment précis, je retiens notamment ces lignes : « Un jour à table, maman a demandé à un grincheux, ami de la famille, de lui donner son agenda. En travers des rendez-vous consignés avec soin, elle a écrit en grandes lettres : Freut euch des Lebens. « Réjouissez-vous de la vie. » Comme elle, quand je me pose des questions sur ma manière d’envisager la mort, ma seule réponse est d’envisager la vie. »

Il se souvient et partage ses questions, ses doutes et ses convictions. Morale et spiritualité, éthique, engagement, couple, éducation, liberté… tant de sujets sur lesquels dire quelques mots empreints de son héritage et de son cheminement personnel. Retour aussi sur la guerre et la place particulière de la Suisse : « Être né en Suisse à l’abri des guerres offre un privilège qu’on peut vivre de diverses façons. Certains d’entre nous se mettent à détester leur pays, d’autres y voient le paradis d’un peuple élu de Dieu. Pour toi, c’était l’endroit où fonder un pacifisme universel. Il fallait commencer par abolir notre armée, s’opposer à l’apartheid soutenu par les Églises. Ton intransigeance t’a valu quelques ennemis. Ta femme disait : Papa est sincère, papa est juste, mais papa est trop raide. Elle était de tradition luthérienne, tu étais calviniste. »

Et puis ce « À la garde »inscrit dans les alliances de ses parents, et figurant sur les deux faire-part de décès. Symbole et résumé d’un livre et de la vie de ce couple qui l’a engendré et qui lui a donné les bases pour ensuite voler de ses propres ailes… Une expression comme un mot de passe, je vous laisse découvrir les détails par vous-même en lisant le livre, ou comme peut-être une déclaration d’amour. Ah oui, j’allais oublier justement… parce que « À la garde, lettre à mon père pasteur »c’est avant tout une grande histoire d’amour !

« À la garde, lettre à mon père pasteur » de Daniel de Roulet
Labor et Fides / Collection : Lignes intérieures – 112 pages

 

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