Heavy Sun… une expérience lumineuse !

À 69 ans, l’artiste et producteur québécois Daniel Lanois, vient de sortir son nouvel album Heavy Sun, avec un désir clairement exprimé : remonter le moral des gens par sa musique, comme un outil de résilience. Mission accomplie et même bien au-delà car nous avons ici une vraie pépite artistique dans un trip space-gospel imprégnée d’une intense ferveur spirituelle, tempérée par des rythmes reggae, des touches d’électronique, des textures riches et l’engagement profond de tous les participants.

Qu’il s’agisse de créer des disques d’ambiance avec Brian Eno, d’écrire l’histoire du rock and roll avec U2 et Peter Gabriel, de creuser les racines américaines avec Bob Dylan et Emmylou Harris, de composer la musique de films primés aux Oscars et de jeux vidéo à succès, ou (parfois quand même) de composer sa propre musique solo, Daniel Lanois, lauréat de 11 Grammy Awards, a toujours semblé se réinventer avec une facilité déconcertante, à la manière d’un véritable caméléon du son. Si Lanois est surtout connu pour son travail de production sur des albums qui ont marqué notre époque, comme Joshua Tree, Wrecking Ballet Time Out Of Mind, il a en fait grandi avec des disques de gospel où l’orgue plantait le décor et il a fait ses premières armes avec une guitare slide et un home studio improvisé à Hamilton, en Ontario, dans les années 1970 en enregistrant notamment des quatuors vocaux chrétiens en tournée. Au cours des décennies suivantes, Lanois est devenu l’un des gourous de studio les plus acclamés de l’ère moderne (le mag Rolling Stone a même déclaré que ses « empreintes incomparables recouvrent une aile entière du Rock and Roll Hall of Fame »), ainsi qu’un artiste solo prolifique, mais son amour de la musique black & soul et ces racines ne l’ont jamais quitté.

Enregistré à Los Angeles et à Toronto, Heavy Sun fusionne le gospel classique et l’électronique moderne, mélangeant des textures humaines et granuleuses avec des accents numériques nets et des atmosphères tourbillonnantes pour créer un son à la fois chaleureusement familier et audacieusement inattendu. Les arrangements sont à la fois simples et extrêmement raffinés, ancrés par un orgue riche et puissant et, souvent, baignés d’une harmonie à quatre voix envoûtante. L’écriture est dynamique et surtout pleine d’âme, puisant dans l’incertitude partagée de la condition humaine pour offrir espérance, réconfort et connexion à une époque où ces trois éléments sont désespérément trop rares.

Cet esprit communautaire est d’ailleurs ici pleinement affiché, Lanois et ses comparses du Heavy Sun Orchestra – le guitariste/chanteur Rocco DeLuca, l’organiste/chanteur Johnny Shepherd, et le bassiste/chanteur Jim Wilson – faisant preuve d’une chimie indéniable et d’un appétit sans limite pour les découvertes sonores qui dépassent de loin l’influence de chaque membre individuellement. Certains morceaux commencent avec Shepherd seul à l’orgue, comme s’il emmenait le reste du groupe à l’Église comme il l’a d’ailleurs concrètement fait pendant des années à la Zion Baptist Church de Shreveport. C’est d’ailleurs là-bas, en Louisiane, que Daniel et Johnny se sont rencontrés. « Je suis de temps en temps guitariste au sein de Hallelujah Train, un groupe dirigé par le pasteur Brady Blade de Shreveport. C’est là que j’ai rencontré Johnny et je me suis dit : « Quel talent ! », raconte le producteur québécois. Nous l’appelons notre hymnologue. Comme chef de chœur, il a une réelle compréhension des hymnes. Il était capable de nous guider à travers les harmonies. Il avait une règle simple : Chaque chanson doit avoir un bon message. »

Heavy Sun : Daniel Lanois, Rocco DeLuca, Johnny Shepherd and Jim Wilson. Photo by Marthe A. Vannebo

Et puis, d’autres titres commencent avec une mélodie ou un simple groove joué sur une beatbox vintage. Tandis que Lanois se plongeait dans le travail de production, découpant la matière première et extrayant des échantillons qu’il pouvait réintégrer dans les arrangements, DeLuca (un artiste solo vénéré) était souvent à l’arrière du studio avec le reste du groupe, élaborant des paroles autour de messages inspirants imprégnés d’esprit communautaire et de résilience. À ce propos, Lannois insiste sur son intérêt pour les hymnes spirituels : « J’adore ces morceaux. Ils sont très mélodiques et souvent très simples et ils touchent le cœur des gens. Les hymnes sont si anciens. Ils ont un véritable petit champ de bataille en eux. Ils parlent de gloire, d’espoir, de mariage, d’enterrement. Ils ont tout ce que nous rencontrons dans la vie. Ils ont tous un petit quelque chose en eux qui suggère la congrégation et, « Contre vents et marées, nous continuerons ! Nous poursuivrons ! » J’ai toujours aimé ce genre de mélodies et cantiques ».

« Notre objectif était de faire tout simplement du bien avec ces chansons », explique Lanois. « Nous voulions rappeler aux gens de ne pas laisser la situation actuelle voler leur joie. Leur rappeler que même pendant une pandémie mondiale, il est de notre responsabilité de protéger nos esprits et de trouver des moyens pour continuer à danser, de continuer à chanter, de continuer à enseigner, transmettre… et surtout de continuer à aimer. » Et pour cela, rien de tel que l’Église dans la pensée de Lanois et de ses collègues musiciens. Si Daniel a grandi dans la foi catholique, c’est la musique qui l’a ramené au sein d’une communauté chrétienne, cette fois-ci protestante. L’un de ses amis musiciens avec lequel il joue très souvent, le batteur Brian Blade, connu notamment dans le monde du jazz pour avoir joué avec Herbie Hancock, Chick Corea et Wayne Shorter, est le fils du pasteur de l’Église baptiste Zion de Shreveport (déjà évoquée avec Johnny Shepherd). C’est là que Brian a appris à jouer de la batterie, pour accompagner la chorale. Daniel s’est ainsi retrouvé invité à y jouer régulièrement. « C’est si agréable d’être en présence de ce genre de chants et en présence du pasteur lui-même. C’est aussi un chanteur rugissant, une grande et belle voix ! Et c’est de tout cela que vient une grande partie de ce que nous avons fait avec cet album » reconnait-il.

Avec Heavy Sun, Daniel Lanois et les membres du groupe, veulent, disent-ils, participer à construire une « Église sans murs ». « Le message de l’Église peut et doit vivre aussi en dehors des murs de l’Église,explique-t-il. Porter ce message de la Bonne Nouvelle pour le monde nous offrant de vivre mieux et de traverser la souffrance et les tempêtes, sans les « dorures » et l’édifice. Je pense que cela convient à notre époque et je crois, qu’en tant que musiciens, nous avons la responsabilité d’élever l’esprit » ajoute le chanteur. Ce désir que tous ceux qui écouteront l’album ou quitteront un spectacle (quand cela sera à nouveau possible) puisse se sentir élevé d’une certaine manière et peut-être avec le désir de mener une meilleure vie et être une meilleure personne.

Voilà, vous n’avez plus qu’à tenter l’expérience… car j’ai comme l’impression qu’Heavy Sun a en lui cette véritable capacité à nous donner d’expérimenter, en effet, un peu de ce que la foi peu faire naître dans le cœur de l’homme.

Chanter sa foi… malgré tout

À quelque chose malheur est bon, dit une maxime populaire, même si l’application est parfois bien difficile… Pourtant, si la COVID-19 a mis à l’arrêt un grand nombre d’entre nous, et d’artistes notamment, elle a su aussi devenir pour certains un temps pour créer autrement. C’est aussi, avec elle, l’occasion parfois de revenir à des choses essentielles de l’existence humaine, de (re)découvrir, par exemple, au cœur de sillons anciens de nos vies, des graines de foi qui ont pu y être semées. La preuve par l’exemple avec deux artistes américains, mainstream comme on dit, qui viennent de sortir un album pour exprimer leur foi en Christ dans ce temps de turbulence mondiale.

Harry Connick Jr – Alone With My Faith

Harry Connick Jr. s’est fait un nom comme l’un des plus grands crooners de sa génération, depuis ses débuts en 1987, apparaissant, qui plus est, aux quatre coins de l’industrie du divertissement tantôt comme acteur, animateur de télévision, vedette de Broadway ou compositeur-chanteur-musicien. Mais tout au long de cette carrière déjà extraordinaire, Harry a, malgré tout, considéré la famille et la foi comme les éléments fondateurs de toute sa vie. C’est ce qu’il évoque dans son nouvel album Alone With My Faith, né de la récente saison de confinement où il a passé plusieurs mois seul dans son home studio à écrire et arranger des chansons, à enregistrer et jouer toutes les parties, et à monter le projet final. Connick décrit ce processus d’enregistrement comme quelque chose qui lui a apporté paix et réconfort en particulier grâce aux textes de ces chansons.

« My life has changed / my world is uncertain / everything’s strange / everything’s new » (Ma vie a changé / mon monde est incertain / tout est étrange / tout est nouveau), chante Harry Connick Jr de manière parfaitement appropriée à la situation pour ouvrir la chanson titre d’un superbe album bouillonnant d’espérance créé pourtant au milieu du chaos de l’année dernière. Il y propose un audacieux mélange de chansons nouvelles et anciennes. On y découvre ainsi quelques hymnes traditionnels comme Because He Lives (Parce qu’il vit), Amazing Grace (Grâce infinie), The Old Rugged Cross (Sur le mont du Calvaire) et How Great Thou Art (Dieu tout-puissant), après leurs avoir fait subir quelques changements stylistiques qui donnent à l’album un aspect plus R&B par moments. L’utilisation, par exemple, de l’orgue Hammond B-3 sur The Old Rugged Cross donne à la chanson un bel élan de Black-Gospel. Mais c’est aussi un contenu plus « original » où la créativité et l’expression artistique personnelle de Connick s’expriment pleinement avec, entre autres, Look Who I Found, Be not Afraid (qui a été écrit par Richard Buford), God and My Gospel, All These Miracle, Look Who I Found et Thank You For Waiting. On connait, bien évidemment, la qualité de vocaliste et de pianiste d’Harry Connick Jr mais sur Alone With My Faith, toute l’étendue de son talent musical se révèle brillamment, en jouant de tous les instruments et en interprétant toutes les parties vocales, ce qui représente parfois plus de 25 pistes.

Alone With My Faith est un album imprégné de la créativité de Connick dans tous ses éléments, et un album vers lequel l’auditeur reviendra régulièrement tant pour le plaisir de l’écoute que pour être encouragé dans son cheminement de foi.

Carrie Underwood – My Savior

Carrie Underwood est l’une des grandes voix actuelles de la Country. Elle s’est faite connaître en 2005 en remportant la quatrième saison de l’émission de télé-crochet American Idol. Six mois après avoir sorti son premier album de Noël, My Gift, produit par Greg Wells et avec la participation de John Legend, Underwood lève le voile sur My Savior, son premier album de Country Gospel, reflet d’un temps d’introspection « made in pandémie » l’ayant amenée à se pencher sur son propre héritage et sa foi. Exprimer sa foi en chanson n’est probablement plus aussi facilement accepté en 2021 qu’à l’époque de Dolly Parton, ou d’un Johnny Cash, qui a sans doute composé plus de musique chrétienne et gospel que quiconque. Avoir l’audace de prononcer le mot Jésus dans une chanson peut déclencher du rejet pour de larges pans de la société de nos jours. Mais comme Dolly Parton ou Cash, Carrie Underwood peut se le permettre, non seulement parce qu’elle le fait bien, mais parce qu’on fleure bon la sincérité, l’authenticité qui s’exprime. Chrétienne convaincue et engagée, elle avait déjà eu l’occasion d’interpréter un hymne ici ou là dans le passé, mais la chanteuse a décidé d’aller plus loin en mettant son empreinte vocale sur quelques joyaux de l’Église. Et c’est le choix de la tradition qui l’a emporté, puisque’Underwood et le producteur David Gracia (qui avait travaillé avec elle sur son album Cry Pretty de 2018) ont décidé de garder des arrangements rustiques proches des titres et des ambiances originales tout en y mêlant  intelligemment de la texture et beaucoup d’inspiration.

On y découvrira une magnifique version de Nothing But the Blood of Jesus (Rien que le sang de Jésus), accompagnée d’une guitare acoustique et de nappes misant principalement sur les harmonies vocales et la fraîcheur de l’expression qui s’en émane.

Underwood va encore plus loin dans l’émotion sur Just as I Am (Tel que je suis), prenant son temps pour nuancer chaque mot de cet hymne d’invitation que l’évangéliste baptiste Billy Graham avait utilisé un nombre incalculable de fois pour clôturer ses croisades. Ceux qui apprécient les envolées vocales d’Underwood adoreront son interprétation de Victory in Jesus, dont l’influence bluegrass est également remarquable. Mention spéciale également à CeCe Winans qui fait une belle intervention avec un son assuré sur Great is Thy Faithfulness (Dieu ta fidélité). Plutôt que d’essayer de se surpasser mutuellement, les deux voix semblent davantage unies dans leurs louanges à notre Créateur… et c’est bien beau !

Alors, oui, on pourra me rétorquer évidemment que la faiblesse de cet album est qu’il est prévisible. Pour ceux qui ont grandi avec un recueil d’hymnes dans les mains, il n’y a certainement pas vraiment de chansons dans l’offre qui nous fasse tirer l’oreille. Tout est très propre… aucun excès. De plus, Underwood ne cherche pas ici de performances. Elle chante simplement avec son cœur et quelques intonations vocales différentes par ci par là.

Underwood conclut son album avec la reprise d’Amazing Grace (Grâce infinie), qui, bien qu’elle ait été reprise par un nombre incalculable de chanteurs depuis sa sortie il y a quelque 250 ans, touche toujours une corde sensible. Lorsqu’un chœur de soutien intervient brièvement au cours du deuxième refrain pour accompagner et rehausser la voix légère d’Underwood, on comprend pourquoi elle a choisi de terminer l’album de cette façon. Courte et apaisante, la chanson rappelle à jamais la puissance qui se dégage de la rencontre parfaite entre une mélodie et un texte, mais aussi de celle entre l’être humain et son Dieu.

The Flight Attendant… Attachez vos ceintures !

Embarquement possible, quasi immédiat, à bord d’une série purement géniale. Car le 27 avril débarque, sur Warner TV, The Flight Attendant, pour le meilleur et pour le rire… mais aussi beaucoup d’autres choses passionnantes et parfois inattendues qui surgissent au gré de ses 8 épisodes. 

Disons-le tout de suite, The Flight Attendant est une série sinueuse par son scénario, non conventionnelle, émotionnellement forte, parfois troublante et follement divertissante. Alors, si déjà avec ça vous n’êtes pas convaincu ?… Oui, c’est un vrai coup de cœur personnel qui m’a fait avaler les 8 épisodes comme si de rien n’était, pris par le rythme, l’ambiance, le suspense et sa qualité globale cinématographique. Tout commence comme un chapitre d’une nouvelle histoire de Bridget Jones qui serait devenue hôtesse de l’air… pour rapidement se transformer en un thriller décapant fait d’espionnage et de rebondissements, mais aussi nourri d’une dimension psychologique passionnante sans perdre aucunement sa pertinence souriante initiale. La série a ainsi su trouver un équilibre parfait entre tous ces angles parfois opposés avec un aplomb incroyable, mettant en valeur une distribution merveilleusement diversifiée qui apporte le meilleur jeu possible à chaque scène. Du grand art sur petit écran !

The Flight Attendant est basée sur le roman éponyme de Chris Bohjalian, auteur à succès du New York Times, avant de passer par l’imagination et le talent de Steve Yockey, qui a écrit notamment plusieurs épisodes de Supernatural ces dernières saisons. Avec ce matériel, Yockey et ses auteurs, pardonnez le jeu de mots, s’envolent véritablement en nous emmenant au cœur des personnages sans jamais perdre le rythme et le ton vif de la série.

The Flight Attendant raconte l’histoire de Cassie (Kaley Cuoco), une hôtesse de l’air de classe affaire sur une compagnie aérienne internationale qui aime boire, flirter et faire la fête pour éviter les traumatismes de son passé. Cela semble être une plutôt bonne stratégie jusqu’à ce qu’elle rencontre un beau passager nommé Alex Sokolov (Michiel Huisman) sur un vol à destination de Bangkok. Ils y partagent une nuit romantique imbibée d’alcool, mais les choses ne vont pas si bien le lendemain matin lorsque Cassie se réveille dans son lit pour trouver Alex la gorge tranchée à ses côtés. Cassie choisit la fuite et la série est lancée : Cassie doit faire face aux agents du FBI qui enquêtent sur la mort d’Alex (Merle Dandridge, Nolan Gerard Funk), chercher de l’aide auprès de sa meilleure amie avocate de la mafia (Zosia Mamet), se heurter à son autre meilleure amie et hôtesse de l’air, Megan (Rosie Perez), et éviter son frère Davey (T.R. Knight), beaucoup plus sociable qu’elle. Sans oublier Miranda Croft (Michelle Gomez) qui rôde dans les parages et, l’imperturbable Alex qui ne cesse d’apparaitre dans sa tête et sur l’écran.

Vous avez là tous les ingrédients… encore faut-il créer à partir de tout ça… réaliser l’amalgame, la composition, y ajouter la sauce, contrôler les saveurs, ajuster les épices… car je ne viens que d’effleurer la surface d’une œuvre magistrale méritant plusieurs étoiles pour tout amateur gastro en manque de toiles dans cette période où l’interdit domine et nous force à chercher des palliatifs à notre appétit cinématographique. Steve Yockey est clairement un artiste en la matière et a su tout mettre à sa bonne place autour et grâce également à la performance centrale vraiment étonnante de Kaley Cuoco. Après avoir passé douze saisons à incarner Penny, la mignonne de service, dans Big Bang Theory, elle incarne ici on ne peut mieux la complexe Cassie. Puissante, drôle, désordonnée et fascinante, elle fait en sorte que l’on s’intéresse immédiatement à elle, et même si le personnage est profondément psychologiquement brisé et qu’il semble cultiver l’art du mauvais choix, Cuoco ne devient jamais trop exagérée ou morose. Mais elle n’est pas le seul interprète ou personnage exceptionnel. Tout le monde est génial et la série trouve continuellement le temps de commenter et d’inclure des thématiques aussi diverses que la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, les liens familiaux, la culpabilité, la dépendance, la schizophrénie ou l’amitié.

J’aime aussi la façon dont cette série est montée et filmée. L’utilisation notamment d’écrans divisés façon BD et un montage extrêmement percutant développe une rythmique effrénée qui garde au spectacle intensité et ambiance joyeuse même au cœur de l’obscurité et des souffrances exprimées. Il y a des moments tout à fait sublimes de beauté cinématographique comme la scène d’interrogatoire du premier épisode, lorsque la caméra fait un panoramique sur la salle et qu’un rideau s’ouvre. Derrière ce rideau, on voit une Cassie grimaçante et l’hallucination de Sokolov, de retour dans la chambre d’hôtel thaïlandaise et observant les agents du FBI qui la regardent – une façon intelligente de capturer sa dissociation. Je pense aussi au moment où Cassie sort d’un immense bâtiment et passe à côté d’une sculpture d’un visage ouvert. La caméra élargit progressivement son champs… Cassie avance, perturbée, anxieuse, et l’oppression de la structure architecturale et l’œuvre au centre de la place parlent plus que toute parole qui pourrait être prononcée à cet instant précis. Le petit plus se trouve sans doute également, dans cette époque où nous sommes pour la plupart coincés à la maison, une occasion d’admirer des vues splendides de Bangkok, Séoul ou (et surtout) Rome. Coup de cœur également pour le générique qui, à lui seul, vaut le coup d’œil… un met délicieux à déguster à chaque épisode, et sans modération (un peu comme la vodka pour Cassie !).

Alors, merci Warner TV de nous offrir un si beau spécimen permettant de s’offrir un voyage en première classe à bord d’une série pas comme les autres et pour une destination étonnante, troublante et manifestement marquante. The Flight Attendant est une véritable aventure, alors… attachez vos ceintures !

 

Un peu de mon histoire personnelle…

J’ai eu le plaisir d’être invité par Hope Radio pour une interview d’1 heure dans le cadre de l’émission « L’invité gospel », diffusée la semaine du 8 au 14 mars 2021. Une occasion de revenir sur mon parcours, ma foi, la musique et l’écriture de mon livre Sister Soul sur Aretha Franklin.

Cette interview est à écouter ci-dessous… mais aussi à retrouver sur le site de Hope Radio.

Noire… celle qui n’était pas Rosa Parks

Depuis le 8 mars, la chaîne Culturebox propose le spectacle de Tania de Montaigne qui interprète son propre texte, Noire. Grâce à la magie de sa voix et de la mise en scène de Stéphane Foenkinos, le spectateur se voit proposer de devenir la jeune Claudette Colvin, le temps d’une représentation…

 

Pour soutenir le monde de la culture, asphyxié par les décisions gouvernementales depuis près d’un an en raison de la crise sanitaire, France Télévisions a lancé depuis le 1er février 2021 une chaîne éphémère 100% culture baptisée Culturebox. Elle est accessible gratuitement et 24 heures sur 24 depuis le canal 19 de la TNT, sur la plateforme france.tv et dans les replays de France Télévision sur les box. On peut y découvrir de nombreux concerts, événements, spectacles de théâtre et de danse, festivals captés ces dernières années, ou encore des visites de musées ou d’expositions. Culturebox devient ainsi, en quelques sortes, « la plus grande scène de France », pour reprendre les termes utilisés par la chaîne, en programmant chaque semaine un ou plusieurs spectacles inédits, dans tous les genres, et en allant à la rencontre des artistes, des créateurs et de tous ceux qui créent et portent la culture.

C’est ainsi, en parcourant les propositions du moment, que j’ai pu découvrir une petite perle, Noire, de et avec Tania de Montaigne, adapté et mis en scène par Stéphane Foenkinos. Avec un décor minimaliste et des photos d’époque qui illustrent son récit, la comédienne, journaliste et autrice engagée nous propose un docu-spectacle tout à fait remarquable, capté au Théâtre du Rond-Point. Elle donne ainsi au spectateur l’occasion de découvrir une histoire vraie, et méconnue, de façon originale et particulièrement touchante. C’est absolument passionnant !  Cette histoire c’est celle de Claudette Colvin, une jeune Noire d’Alabama âgée de 15 ans qui, en mars 1955, dit non : elle ne cède pas sa place à un Blanc dans le bus. Comme tous les jours, Claudette achète son ticket à l’avant du bus mais doit monter à l’arrière. Places réservées, sorte de bétaillère. À l’avant, ce sont les Blancs. Mais quand ils n’ont plus de place, les Noirs doivent céder les leurs, à l’arrière. C’est la loi. La gamine noire, ce 2 mars 1955, refuse de laisser sa place. On l’arrête, elle imagine le pire. Viol, prison, lynchage. Malgré tout, Claudette plaide non coupable et attaque la ville en justice, c’est une première.

Claudette Colvin, c’est donc « celle qui n’était pas Rosa Parks » comme le rappelle Tania de Montaigne. Car l’histoire a retenu le retentissant refus de la militante afro-américaine Rosa Parks neuf mois plus tard, mais qui se souvient de Miss Colvin ? C’est donc une façon de revenir aux sources de la lutte pour la fin de la ségrégation et pour les droits civiques dans le sud des États-Unis des années 50, de rétablir des bases, de s’interroger aussi sur ce qui fait que l’on se souvient ou non de faits passés, et de croiser quelques figures telle celle du pasteur Martin Luther King…

Un spectacle qui est d’abord un livre de Tania de Montaigne, Noire. La vie méconnue de Claudette Colvin, paru chez Grasset en 2015, et qui obtint le prix Simone Veil la même année. En adaptant ce texte puissant sur scène, au-moyen d’un dispositif de plusieurs rideaux transparents qui deviennent écrans permettant de visualiser diverses images d’archives (photographies, extraits de films) en étroite relation avec le récit, l’auteure devient comédienne récitante sobre et minimaliste, donnant au spectacle une tournure qui interpelle et touche le cœur. Elle nous plonge littéralement en ce printemps 55 au cœur d’un Alabama raciste et ségrégationniste jusque dans le moindre détail de la vie quotidienne.

« Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, désormais, vous êtes noir, un Noir de l’Alabama dans les années cinquante. Vous voici en Alabama, capitale : Montgomery. Regardez-vous, votre corps change, vous êtes dans la peau et l’âme de Claudette Colvin, jeune fille de quinze ans sans histoire. Depuis toujours, vous savez qu’être noir ne donne aucun droit mais beaucoup de devoirs. », voilà Tania de Montaigne nous invite, et nous la suivons. Ces mots nous prennent par la main…. « Écoutez ma voix et avancez encore. À présent… oui, désormais, vous êtes noire. Vous êtes une femme, donc moins qu’un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien. Qu’y a-t-il après la femme noire ? »

Le ton est donné et tout est dit quelque part avec cette dernière phrase qui reviendra à nouveau dans le spectacle. Aucune volonté de mettre mal à l’aise, de laisser le ressentiment l’emporter ou d’installer une forme de posture accusatoire, mais clairement l’idée que le spectateur ou télé-spectateur soit comme associé, immergé… qu’une forme de métamorphose s’opère nous permettant d’entrer dans la peau d’une afro-américaine vivant à Montgomery au milieu des années 1950. Ce sont donc naturellement les rapports noirs-blancs qui sont au cœur du récit, mais Tania aborde aussi la condition des femmes plus largement. Elle soulève aussi, avec sans doute un certain courage, la question des arrangements (politiques, judiciaires et inter-communautaires) qui se tramèrent ensuite entre les hommes par-dessus sa tête et se retournèrent contre la jeune femme.

Alors ne passez pas à côté de ce cadeau qui nous est fait de pouvoir prendre un peu plus d’une heure pour nous enrichir véritablement de la vie de Miss Colvin racontée avec justesse et beauté par Tania de Montaigne. Une œuvre qui a du sens et de la forme…

Soulmates… je t’aime, moi non plus

À découvrir sur Amazon Prime Video, Soulmates, une mini-série anthologique – c’est-à-dire que chaque épisode contient une fiction avec sa propre intrigue – dont l’action se déroule 15 ans plus tard, écrite par William Bridges (Black Mirror, Stranger Things) et Brett Goldstein (Ted Lasso). Le facteur commun aux  six histoires réparties sur autant d’épisodes : une entreprise qui utilise le balayage génétique pour trouver les personnes qui ont le plus de points communs et ainsi définir qui sera votre âme-sœur.

La technologie a pris une place prépondérante dans notre quotidien et un test permet de déterminer qui est votre âme sœur. Chaque épisode dresse le portrait d’une personne en quête de l’amour et les conséquences dans sa vie d’un tel test.

Dans chaque épisode de cette anthologie, d’une durée moyenne de 45 minutes, nous rencontrons des personnages qui s’interrogent sur leur vie face au test. Que feriez-vous si vous pouviez savoir avec certitude qui est l’amour de votre vie ? En gros, si vous en aviez la possibilité, le feriez-vous ? Y a-t-il véritablement quelqu’un de destiné pour chaque individu ? S’ils sont déjà en couple, y a-t-il alors quelqu’un d’autre qui leur conviendrait mieux ?

À ces premières questions viendront naturellement s’ajouter de nombreuses problématiques toutes différentes les unes des autres, permettant à Soulmates de diversifier sa proposition tant en terme de styles que dans le fond. Au-delà du fait que la série entière est abordée à partir du drame, chaque épisode se distingue ainsi par l’apport d’autres ingrédients tels que le thriller psychologique, la comédie ou l’action. Apparaissent toutes sortes de dilemmes existentiels de la relation sentimentale : le coût de la recherche du véritable amour, la monogamie ou le poly-amours, le manque de désir après des années, la projection du partenaire de vie absolument idéal et bien sûr l’identité sexuelle. Il y a beaucoup de rebondissements – certains sont tour à tour effrayants, tristes, drôles, étranges ou dérangeants – mais l’ensemble ressemble à une forme d’extrapolation naturelle (bien qu’assez accélérée) d’hypothèses intrigantes. C’est en fait une nouvelle façon d’explorer un vieux sujet qui nous est proposée là. Une plongée au cœur des relations amoureuses et la façon dont nous recherchons un partenaire de vie. Peu importe qu’il s’agisse d’un célibataire d’une vingtaine d’années, d’un couple sédentaire avec des enfants, d’un homme divorcé d’une cinquantaine d’années qui a perdu foi en l’amour ou, pourquoi pas, un psychopathe qui vous réserve de drôles de surprises. Le test implique pour tous un saut dans le vide : votre amour idéal peut vivre dans un autre pays, être du même sexe que vous, avoir déjà des enfants, être un partenaire stable ou, plus fort encore, ne plus être de ce monde. Et il y a donc une variété de permutations offertes.

On se rend assez vite compte que les âmes soeurs semblent surtout pencher en faveur des interactions naturelles par rapport à celles dictées par la technologie, et cela pourrait nous rassurer. Mais il est également clair que ces relations, ou du moins la promesse potentielle d’une connexion éternelle, sont l’occasion de voir certaines choses se dévoiler sur soi-même. Et il en va sans doute de même chez les téléspectateurs. 

La force de la distribution et l’intérêt des récits contribuent à atténuer le fait que nous passons très peu de temps finalement avec ces personnes. N’importe laquelle de ces histoires pourrait soutenir une série entière, mais le choix ici est fait de rester à l’essentiel et nous laisser éventuellement imaginer le reste. On retrouve très clairement les options scénaristiques de Black Mirror en la matière (et dans plusieurs autres aspects d’ailleurs). Mais grâce aux excellentes performances (d’une distribution essentiellement britannique) de Sarah Snook, Kingsley Ben-Adir, David Costabile, Sonya Cassidy, Charlie Heaton, Malin Akerman, Bill Skarsgård ou Betsy Brandt, il est facile de s’investir immédiatement dans chaque nouvelle histoire – même si parfois abandonner la précédente est frustrante.

L’intrigue du premier épisode – intitulé « Turning Point » – se démarque des autres car il explique le fonctionnement de la société Soul Connex et raconte son impact sur la vie de Nikki et Franklin qui forment à priori une famille idéale. Ils commencent à remarquer que plusieurs couples de leur entourage font l’expérience de « l’âme soeur » pour améliorer ou perfectionner leur relation actuelle. Bien qu’ils semblent avoir une relation amoureuse épanouie, la monotonie et l’usure des années de mariage, plus la tentation de chercher le partenaire parfait, ébranlent les fondements du lien. C’est là que tout commence… Il est important pour moi de rester assez silencieux sur les détails des histoires qui suivent ; le chemin parcouru par les personnages (et les rebondissements, bien sûr) valent la surprise. Comme dans toute série d’anthologie, votre accroche personnelle variera en fonction des épisodes qui toucheront une corde plus ou moins sensible, mais tous proposent finalement des considérations assez intéressantes sur la nature de l’amour – ou peut-être, s’il en est, sur sa « science ».