Little fires everywhere… une série à en brûler passionnément !

Basée sur le roman à succès de Celeste Ng de 2017 traduit en français par La saison des feux, la mini-série en 8 épisodes d’environ 60 minutes chacun, Little Fires Everywhere, a été créé par la société de production Hello Sunshine, de Reese Witherspoon, qui a également été à l’origine du triomphe de Big Little Lies. Elle est actuellement, et depuis le 20 juillet, à voir sur Prime Video.

Witherspoon joue le rôle d’Elena Richardson, mère de quatre enfants et femme d’avocat dans la banlieue de Shaker Heights, Ohio. Elle travaille également à temps partiel au journal local – ses rêves de carrière dans un grand média ont été anéantis par la maternité – et gère une propriété familiale locative. C’est ainsi qu’elle rencontre Mia Warren (Kerry Washington), artiste, photographe d’art et Pearl (Lexi Underwood), sa fille adolescente. Mia et Pearl sont constamment en mouvement, migrent de ville en ville dans leur voiture accidentée, un style de vie que Mia attribue à sa pratique artistique et que Pearl, au tempérament égal et à l’intelligence précoce, tolère amèrement. Lorsqu’ils louent l’appartement d’Elena, une étincelle se produit – quelque chose dans le bohème intransigeant de Mia et Pearl résonne avec le désir submergé d’Elena de vivre une vie différente – et la bienfaitrice Elena offre impulsivement à Mia un travail d’intendante de la maison pour sa famille, ce qui signifie en fait très concrètement, faire la cuisine et le ménage. La très fière et cosmopolite Mia résiste, mais lorsque Pearl se lie d’amitié avec les enfants Richardson – et qu’elle est séduite par leur vie confortable et stable à Shaker Heights – Mia change d’avis et accepte le poste afin de pouvoir garder un œil sur sa fille.

Bon, mais en plus, au cœur de ce qui va se nouer en terme de scénario dans le rapport entre les deux familles viendra se construire une intrigue secondaire qui deviendra quasiment l’une des actions principales de l’histoire, impliquant une serveuse chinoise sans papiers (Huang Lu) dans le restaurant où Mia travaille la nuit, qui cherche le bébé qu’elle a laissé devant une caserne de pompiers alors qu’elle souffre de dépression post-partum. Oui, je sais… dis comme ça !…

Ancrée dans les années 90 et autour de ces personnages, Little Fires empile en fait une multitude de thèmes et d’idées en suivant les destins croisés de ces deux familles que tout oppose, entre petits mystères et grands secrets enfouis. C’est sans doute d’ailleurs le défaut relevés par ses détracteurs, mais c’est aussi un aspect particulièrement intéressant qui rend la trame narrative si croustillante. La série aborde des questions qui résonnent toujours de la même façon : le poids terrible des secrets (et notamment au sein de la famille), l’identité, la maternité et ses souffrances associées possibles, mais aussi les a priori raciaux, ceux liés aux diverses alternatives de sexualités possibles, et la question des classes sociales. C’est d’ailleurs sur ces trois derniers aspects que la série s’éloigne quelque peu de son roman maternel. C’est ainsi que Mia se bat par exemple contre l’assimilation volontaire de Pearl au clan Richardson, qui implique l’appropriation inconsciente de ses expériences et de son identité pour les besoins de ses nouveaux amis – essais universitaires, procédures médicales potentiellement honteuses…

LFE est aussi un vrai film de femmes. Les hommes sont d’ailleurs les vrais absents… car même ceux qui sont présents s’effacent invariablement devant les performances et les traits forts de ces multiples héroïnes.Des mères de famille bien évidemment (et pas juste les deux principales… le panel est bien plus riche), et des jeunes filles, des adolescentes, d’origines diverses, et qui partagent le point commun de chercher à tracer leur route, que ce soit dans la vie, dans l’amitié, dans leur sexualité, et face aux nombreuses attentes de leurs parents. Toute la série est construite sur des flashbacks qui nous permettent de mieux comprendre l’origine du drame familial qui se joue devant nous. Et derrière lui se cache un mystère à double sens. Elena finit par utiliser ses entrées de journaliste pour enquêter sur le passé trouble de Mia. Et, dans le même temps, le téléspectateur sait, dès le début du premier épisode, que quelqu’un va brûler la demeure d’Elena avant la fin de la saison, avec même une sérieuse option donnée sur l’incendiaire (mais… suspense !). Un programme qui bénéficie de l’excellent travail de Kerry Washington (tellement expressive et qui trouve parfaitement son rôle après celui qu’elle incarnait magnifiquement dans la série Scandal) et Lexi Underwood – les scènes entre Mia et Pearl, tant les tendres que les colériques, sont, sans aucun doute, les points forts du programme. Mention spéciale également à la jeune Megan Stott dans le rôle de la rebelle Izzy.

Finalement, c’est une histoire extrêmement bien construite et raisonnablement intrigante pour vous accrocher et vous donner de binge-watcher sans plus tarder ! Car tous ces petits feux se consument si vite qu’il ne faudrait surtout pas les laisser s’éteindre sans avoir pu les observer et chercher à les comprendre.

 

Aux racines de la musique populaire

Jusqu’au 22 juin, Arte rediffuse American Epic – Aux racines de la musique populaire, une véritable pépite de documentaire. Mêlant archives et témoignages rares, il raconte la fabuleuse épopée de la musique populaire (country, gospel, latino, rhythm’n’blues…) aux États-Unis, portée par l’essor de l’industrie du disque.

À l’origine, American Epic est un projet phénoménal porté par le réalisateur et producteur Bernard McMahon,  avec le soutien de plusieurs personnalités telles que le mythique producteur et musicien T-Bone Burnett, mais aussi Robert Redford ou le musicien Jack White. L’objectif étant de retracer l’histoire des origines de la musique populaire américaine, de la country au folk en passant par le gospel et le blues. Un travail colossal avec des archives filmées et sonores exceptionnelles, ainsi que des témoignages inédits étalés sur cinq épisodes d’une durée totale de trois heures trente, mais aussi 5 CD thématisés et un livret de 100 pages. Tout cela est à retrouver sur www.americanepic.com.

Arte ne propose pas la version intégrale mais une sorte de best of, très efficace, d’une heure et demie qui met sacrément en appétit ! Car c’est déjà là un vrai régal pour tout amateur de musique ou pour quiconque qui s’intéresse de près ou de loin à la culture contemporaine.

Façon road-movie musical, le spectateur se retrouve à sillonner les États-Unis à la rencontre des héritiers de ces pionniers et à la découverte d’incroyables artistes et leur musique. Ces héros sont la Carter Family, Jimmie Rodgers, Charley Patton, Robert Johnson, Lydia Mendoza…, quelques-uns parmi beaucoup d’autres. Et basta les couleurs qui séparent (et ce n’est pas peu dire !)… ce sont des musiciens blancs, noirs ou latinos dont on écoute encore les chansons aujourd’hui et qui sont considérés chacun dans leur genre comme des fondateurs (du blues, du gospel, de la country), les socles sur lesquels la musique populaire américaine du XXe siècle s’est érigée.

Un son brut, immortalisé dans une magistrale bande sonore, qui est aussi un voyage dans l’Amérique rurale des années 1920 et un peu 1930. On y prêche l’Évangile avec ferveur, on lave dans le même temps les cheveux noirs des latinos à l’essence, il y a des faits divers croustillants qui inspirent le blues… c’est l’histoire aussi du chemin de fer mais surtout celle de l’industrie du disque et de la radio. C’est ainsi que Ralph Peer, producteur de Victor Talking Machine Company, devient un dénicheur de talents qui aime enregistrer la musique des travailleurs et du peuple. Il avait, paraît-il, « l’art de se trouver là où tombe la foudre ». 

Et pour prolonger ce si bon moment, comment ne pas vous recommander de passer par YouTube et de profiter d’American Epic Sessions, qui est, en quelques sortes, l’aboutissement du projet où le réalisateur invite et filme en studio vingt artistes contemporains qui rendent hommage à ces pionniers du microsillon américain. On y retrouve, entre autre : Nas, Alabama Shakes, Elton John, Willie Nelson, Merle Haggard, Jack White, Taj Mahal, Ana Gabriel, Pokey LaFarge, Beck, Ashley Monroe et Steve Martin.

Alors voilà… le 22 juin les salles de cinéma vont ré-ouvrir… mais avant un documentaire de cet acabit, please… ça ne se manque pas !

Pour les passionnés, on peut regarde l’ensemble des épisodes en VO anglaise sur plusieurs plateformes internet : Sur iTunes, Amazon ou Google Play.
Et si vous ratez la date du 22/06… dernière solution. Le film best-of dont je viens de vous parler, dans sa version française, est aussi sur YouTube ici.

Bernard MacMahon au travail dans l’Église The Triumph

Distanciation

Un texte, ça s’écrit… ça se lit… mais ça se dit, ça s’écoute et parfois même ça se regarde. Chaque manière de l’aborder permet, sans doute, de le découvrir différemment, d’être marqué, touché, bougé, autrement…

C’est dans cette perspective que je vous propose un nouveau slam dans cette période COVID-19. Après LES MAINS, un autre texte qui m’a frappé de plein fouet… celui d’un ami, pasteur et auteur, Frédéric Baudin.

DISTANCIATION… Un extrait de son prochain livre, « Variations sur le mot Sion », à paraître prochainement aux éditions CEM (automne 2020). Comme l’auteur l’explique dans son Introduction : « …mi-prose mi poésie, cette dissertation n’a d’autre ambition, sans exclure l’apologie, que jouer sur le mot Sion et ses variations, avec ou sans rimes, en prenant le vent, en suivant son rythme et ses fluctuations… »

Avec son accord et ses encouragements, j’ai pu l’adapter à ma sensibilité, mon expression, ma créativité, pour vous le partager… autrement.

 

Rocker Little & Prédicateur Richard

Little Richard, icône révolutionnaire du Rock’n’Roll, est mort à l’âge de 87 ans, ce samedi 9 mai, à Nashville (Tennessee). C’est le pasteur Bill Minson, l’un de ses plus proches amis, qui a annoncé cette triste nouvelle. Cet artiste excentrique a été l’un des pères fondateurs du rock, avec Chuck Berry, Fats Domino et Bo Diddley. Un parcours incroyable où l’équilibre a était souvent absent, une histoire marquée surtout par la radicalité de toutes sortes, tant dans ses attitudes, ses choix, que dans ses paroles… et, qui plus est, que ce soit dans une direction ou dans l’autre opposée. Retour sur la vie de celui qui se définissait lui même comme « l’architecte du Rock’n’Roll »… qui à la manière d’un Docteur Jeckyll et Mister Hyde s’est battu toute sa vie avec les deux facettes opposées de son personnage.

Little Richard, chanteur et pianiste flamboyant !

Le célèbre chanteur se disait « omnisexuel », révélant dans un entretien avec GQ il y a cinq ans de cela qu’il avait vécu une vie de « perversion », notamment des orgies avec des hommes et des femmes. Pas véritablement une révélation, à vraie dire… mais surtout des mots forts et pouvant choquer pour parler de son passé. Car dans une longue interview en 2017 sur Three Angels Broadcasting Network, une chaîne de télévision et de radio chrétienne basée dans l’Illinois, Little Richard affirmait, avec une certaine radicalité là encore, conforme à sa personnalité, qu’il ne vivait plus de la sorte. Dans cet entretien, il n’a pu contenir son zèle pour la prédication, s’introduisant spontanément dans le discours façon sermon avec la cadence des meilleurs prédicateurs afro-américains de sa génération.

Charles « Bud » Penniman, le père de Little Richard

Little Richard, né Richard Wayne Penniman le 5 décembre 1932, a grandi dans la pauvreté à Macon, en Géorgie. Il est le troisième des douze enfants de Leva Mae et Bud Penniman. « Mon père était un contrebandier. Il vendait du whisky au noir » raconte-t-il. Un homme violent qui l’a chassé de la maison alors qu’il n’avait que 15 ans, le jugeant trop efféminé. « Il a dit qu’il voulait sept garçons, et que j’avais tout gâché, parce que j’étais gay ». Le père de Little Richard est mort à 39 ans après qu’un ami de Little Richard l’ait abattu… « Mon meilleur ami a tué mon père. Il a cambriolé sa boîte de nuit. Je suis rentré à la maison et maman m’a dit qu’il était mort. Il y avait un imperméable dehors couvert de sang. Ça m’a fait peur ». En grandissant, Little Richard a connu ainsi à la fois la pauvreté et les préjugés. Sa famille n’avait, par exemple, pas de chauffage à l’intérieur de la maison. « Nous avions de grands sacs de riz. Le sac terminé, on en a fait une robe pour ma sœur », se souvient-il. Préjugés sexuels mais aussi, bien évidemment, raciaux. « Vous ne pouviez pas vous arrêter dans un restaurant blanc pour manger parce que vous n’aviez pas le droit d’y entrer. On pouvait y faire la vaisselle mais on n’avait pas le droit d’y manger ».

Little Richard fréquentait l’Église baptiste New Hope avec sa mère et l’Église AME (Église épiscopale méthodiste africaine) de sa grand-mère. Il n’avait pas vraiment le choix, à vrai dire… « Nous devions aller dans les deux congrégations, sinon nous ne pouvions pas aller au cinéma ». En 1947, la chanteuse Rosetta Tharpe a entendu Little Richard, qui n’avait que 14 ans, chanter deux de ses titres de gospel avant son concert à Macon. Impressionnée par ses capacités vocales, elle l’a invité sur scène, où son interprétation d’une de ses chansons a suscité une énorme réaction enthousiaste de la foule. Ce fut un véritable déclic pour lui, avec ce plaisir ressenti sur scène, et il a commencé à chanter dans des spectacles itinérants qui passaient par la ville, mais un incident malheureux a eu la conséquence imprévue de le catapulter bien au-delà. Little Richard a, en effet, été arrêté après qu’un pompiste de la ville eut signalé une « activité sexuelle » dans une voiture qu’il occupait. Il a passé trois jours en prison pour inconduite sexuelle puis, fut condamné par le juge à quitter la ville… « Vous avez raison, votre honneur, répondit Little Richard. Je vais partir d’ici et je n’y reviendrai plus. » Il n’est pas revenu à Macon pendant des décennies, même si, aujourd’hui, plusieurs rues de la ville portent son nom.

Sur scène en 1955

Le premier grand succès de Little Richard est arrivé en 1955 avec « Tutti Frutti », une chanson qui s’est rapidement hissée au sommet des charts et que certains critiques ont salué plus tard comme « le son de naissance du Rock’N’Roll ». Les paroles originales, sur les relations homosexuelles entre deux hommes, ont dû être « nettoyées » par un auteur-compositeur amené par son label Specialty Records. Son tube suivant, « Long Tall Sally », s’est hissé à la première place du classement R&B et l’a établi comme une étoile montante. En trois ans, il a produit 18 tubes, dont les célébrissimes « Lucille » et « Good Golly, Miss Molly », qui l’ont rendu millionnaire. Ses apparitions publiques demeurent mémorables : avec les yeux soulignés d’une épaisse couche de khôl et les cheveux dressés sur la tête à la Pompadour, debout sur un piano. Il s’abandonne totalement, ponctuant ses chansons d’un cri légendaire « Woo! ». Ironiquement, il connaît un succès encore plus grand après les reprises —édulcorées —de ses chansons par des chanteurs blancs comme Pat Boone. Au cours des années 1957 et 1958, il acquiert une popularité sans précédent. Il apparaît au générique de plusieurs films dont « Don’t Knock the Rock » en compagnie de Bill Haley (1956, Fred Sears), « La Blonde et moi » de Frank Tashlin (1956) où figurent également la plantureuse Jayne Mansfield, Fats Domino, Julie London, les Platters, Abbey Lincoln, Eddie Cochran ou Gene Vincent, et « Mr Rock’n’Roll » (1957, Charles S. Dubin) avec Chuck Berry et Lionel Hampton notamment. 

Fin 1957, lors d’une tournée en Australie, Little Richard fait une expérience mystique qui a changé sa vie. Lors d’un vol de Melbourne à Sydney, il a une vision d’anges tenant les moteurs et les ailes de l’avion. Plus tard, alors qu’il se produit à Sydney, il voit une boule de feu rouge brillante jaillir dans le ciel au-dessus du concert et il est profondément ébranlé. C’était le satellite russe Spoutnik 1, que Richard a interprété comme un signe de Dieu pour se repentir de son mode de vie pécheur. Little Richard choque le public en annonçant alors au milieu de sa tournée qu’il quittera le Rock’n’Roll pour se tourner vers Dieu. En conséquence, il rentre aux États-Unis dix jours plus tôt que prévu. Coup de théâtre… le vol Pan Am 7, initialement réservé, s’écrase dans l’océan Pacifique entre Honolulu et San Francisco, tuant les 44 passagers et membres d’équipage. C’est évidemment pour lui comme une confirmation supplémentaire pour s’en remettre à Dieu.

Le petit Richard étudiant la bible avec une femme non identifiée en 1959

Sous l’influence de son oncle, un pasteur adventiste du septième jour, Little Richard s’inscrit au Oakwood College de Huntsville, en Alabama, pour étudier la théologie. Lors d’un discours dans une convention évangélique, il rencontre Ernestine Campbell, une secrétaire de Washington, D.C. et les deux se marient l’année suivante. Mais l’attrait de la célébrité et de l’argent lui est irrésistible, et il accepte une offre de tournée en Europe, qui le mène à se produire avec les Beatles et les Rolling Stones. Mais, notez bien… les deux groupes faisaient sa première partie ! Il s’est laissé entraîner dans tous les excès et, en 1962, il est à nouveau arrêté et accusé d’inconduite sexuelle. Au début des années 1970, il a développé une forte dépendance à la cocaïne. « Ils auraient dû m’appeler Little Cocaine, je sniffais tellement de ce truc ! » a-t-il dit à son biographe. Richard a admis plus tard qu’il avait perdu sa faculté de raisonner et qu’il s’était totalement égaré. Sa dépendance à la drogue lui coûtait 1 000 dollars par jour. En 1977, son frère Tony est mort d’une crise cardiaque, son neveu a été impliqué dans une fusillade et deux amis proches ont été assassinés. Marqué par ces tragédies, il décide d’abandonner la drogue et l’alcool, ainsi que le rock, et de revenir aux fondements de sa foi chrétienne.

Little Richard sur scène lors du London Rock’n’Roll Show, au stade de Wembley, le 5 août 1972.

Il sort alors un album de gospel, « God’s Beautiful City », en 1979. Réflexion faisant, partant du principe que le rock n’était pas fondamentalement mauvais ou bon, il revient à ses racines musicales, et tout au long des années 1980 et jusqu’au début des années 2000, il continue à se produire et travaille à nouveau dans des projets cinéma et télévision, jouant notamment dans le « Clochard de Beverly Hills » de Paul Mazursky, aux côtés de Bette Midler ; un remake du long métrage de Jean Renoir « Boudu sauvé des eaux » ou apparaissant dans un épisode de « Columbo ». En 1993, il reçoit un Grammy Award récompensant l’ensemble d’une carrière qui reste décisive dans l’histoire du rock. En 2012, le magazine Rolling Stone écrira que sa performance au Howard Theater à Washington, D.C. était « toujours pleine de feu, toujours un maître du spectacle, sa voix toujours chargée de gospel profond et de puissance rauque ».

Little Richard prédicateur – Oakland, Californie, en 1981.

Mais à 80 ans, Little Richard revient à une forme de radicalisme religieux ayant le sentiment de « servir deux maîtres ». Il donne son dernier spectacle à l’hôtel Orleans de Las Vegas pendant le week-end de rockabilly « Viva Las Vegas » en mars 2013. « C’était ma dernière représentation. Quand Dieu touche votre vie, vous ne voulez plus de cela. Je ne veux plus chanter de Rock’n’Roll. Je veux être saint comme Jésus » dira-t-il peu après, en ajoutant avec sa verve évangélisatrice « J’ai tout essayé et je suis sûr que tu as tout essayé, mais tu n’as rien essayé tant que tu n’as pas essayé Jésus. Il te montrera le chemin parce qu’Il est le Chemin. Il te donnera la sérénité et la paix dans ce monde et la vie éternelle dans le monde à venir. Décides-toi à tout donner à Jésus. Nous n’avons pas beaucoup de temps avant de rentrer chez nous ».

Little Richard sur 3ABN

Little Richard, l’une de ces figures essentielles de la musique populaire moderne, s’est donc éteint ce samedi 9 mai 2020 à Nashville, succombant à un cancer des os. Il vivait à Nashville avec son frère. Il se battait depuis un long moment avec la maladie dont il n’aimait pas parler. Il rejoint ainsi quelques pointures de la musique contemporaine parties ces derniers mois et années… Ça va groover là-haut, avec Aretha, Manu et les autres ! Car, espérons-le, la radicalité du petit Richard se sera entre temps volatilisée pour laisser place à la liberté des enfants de Dieu… et aussi mettre un peu de douce folie Rock’n’Roll dans le chœur des anges !

Little Richard en 3 vidéos

 

 

 

Les mains

Un clip visible à partir de Mardi 28 avril – 19h

Slam inédit qu’il me semblait intéressant, peut-être même utile, de vous présenter dans cette période actuelle. 

Période où des gestes barrières dictent notre façon de vivre et où la fameuse distanciation « sociale » s’est mise en place, avec raison sans doute (bien que l’appellation « sociale » est très discutable)… mais aussi avec le risque qu’elle s’installe à plus long terme. Car le « Et après ? » est déjà là… Risque alors, que le contact physique ne devienne quelque chose d’alternatif, d’acte rebelle… des gestes qui font peur, et dont on s’éloigne alors, en prenant finalement certaines habitudes qui risquent de s’installer comme une sorte de comportement « normal »… référentiel. Derrière ce principe se profile alors logiquement un développement d’une indifférence aux besoins de mon prochain, de la mise en place (ou plutôt du développement) d’une société hyper individualiste où seuls les plus forts résistent.  

Ce rappel de l’importance de la main et du contact physique dans notre rapport à l’autre, s’appuyant sur celles de Dieu et du Christ est fondamental, me semble-t-il. N’oublions pas non plus que bien des héros qui ont marqué nos esprits et qui nous inspirent, ont dû souvent faire usage de leurs mains, de leurs corps pour s’engager, toucher, aider… quelqu’en soit le prix ! 

Comme vous pourrez le lire dans le générique final, le texte de ce slam est tiré d’un article que j’ai eu le bonheur de lire dans le numéro de novembre 2019 de Paroles Protestantes (presse régionale protestante), dans sa rubrique « Grain de sable – Spiritualité ». Un article écrit par Catherine Finet, qui est membre du service biblique régional de l’EPUdF et que je tiens ici encore à remercier.

La base musicale est la reprise d’un titre de 2011, « Once Again », du duo Hang Massive, composé de deux musiciens jouant du hang : le Britannique Danny Cudd et le Suédois Markus Johansson, sur lequel j’ai eu envie d’improviser très intuitivement au sax ténor, en une prise unique et directe. 

J’y ai intégré dans le final, un extrait (1er couplet et refrain) de « Quand j’ai vu tes mains », un vieux titre de Philippe Chanson, d’une grande profondeur, que l’on peut aussi retrouver dans le recueil J’aime l’Éternel 1 (n° 203), en me faisant accompagner à la guitare, à distance, par mon beau-frère de sang et de cœur, Thierry Zamord.

Vous comprendrez que j’ai réalisé ce clip dans ce contexte du confinement. Avec les moyens du bord… et sans home-studio (utilisant habituellement ceux des amis quand le besoin se faisait sentir pour divers projets). Mais, malgré tout, en optant délibérément, pour une ambiance très particulière… comme un état d’esprit du moment… avec obscurité et subtiles lumières jaillissantes, comme ces mains venant d’ailleurs… d’un ailleurs qui peut devenir mon ailleurs… et tout cela avec une certaine confusion métaphorique…

Et comme je le répète chaque jour : Que celui qui a des oreilles… mais cette fois-ci en plus on ajoutera : que ceux qui ont des yeux… et des mains !

Ce clip est fait par essence pour être partagé, utilisé comme bon vous semble et autant que cela vous parait nécessaire. Que ce soit sur les réseaux sociaux, à vos amis par messages, en diffusion dans vos rencontre zoom, youtube, ou je ne sais quoi d’autre… Pas d’intérêt financier associé, juste laisser l’expression artistique nous interpeller, nous bouger et, je l’espère, nous faire du bien.

Bon visionnage !

 

Unorthodox… libre, enfin libre !

Unorthodox, une vraie perle fraîchement débarquée sur Netflix, est librement adapté par Anna Winger, co-créatrice de Deutschland 83, à partir du récit autobiographique de Deborah Feldman de 2012, Unorthodox : Le rejet scandaleux de mes racines hassidiques. Dans cette mini-série en quatre parties, Esther « Esty » Shapiro quitte la communauté parce que, comme elle le dit à un nouveau groupe d’amis qu’elle se fait à Berlin, « Dieu attendait trop de moi ».

Unothodox est l’histoire d’une jeune femme de 19 ans qui s’échappe des confins abrutissants d’un mariage arrangé au sein de la communauté juive hassidique Satmar de Williamsburg, Brooklyn, pour se rendre à Berlin à la recherche d’une vie meilleure… Une vie avec des opportunités, une croissance personnelle et surtout, la liberté. Après avoir appris sa grossesse, son mari décide de partir lui aussi pour l’Allemagne avec son cousin dans le but de la retrouver et de la ramener.

Dis comme cela, on peut avoir le sentiment d’une proposition confinée (c’est le mot de l’année, n’est-ce pas ?) à une petite niche de spectateurs. Combien d’entre nous, dans la société moderne, peuvent vraiment s’identifier aux restrictions sociales répressives d’une culture et d’une religion si profondément orthodoxe ? Mais il ne faudrait surtout pas s’arrêter là… car l’extraordinaire réussite de Unorthodox est que l’histoire d’Esty prend vite une portée universelle. C’est un récit qui montre comment le désir de liberté personnelle peut donner la force de surmonter toutes sortes d’obstacles, même si cette liberté coûte énormément. La réalisatrice Maria Schrader et les scénaristes Anna Winger et Alexa Karolinski racontent magnifiquement l’histoire de cette jeune femme dans sa quête de liberté pleine de terreur et d’incertitude, jouant constamment sur une espèce de catharsis qui garantit un dépassement des limites. Au cours de quatre épisodes, elles tissent ensemble l’histoire du mariage d’Esty et de Yanky – révélant les attentes ou devoirs personnels et communautaires profonds auxquelles Esty est confrontée – avec son arrivée précaire à Berlin et les étapes qu’elle y franchit pour tenter de trouver un chemin différent vers la liberté.

Il faut savoir que la définition des rôles dans l’hassidisme satmarien, une forme ultra-orthodoxe de judaïsme qui a vu le jour en Hongrie en 1905, dicte notamment, en plus de l’application stricte des lois de la Torah, que la femme reste à la maison, élève les enfants et qu’elle donne à son mari le sentiment d’être un roi. Les femmes doivent également se raser la tête et porter des perruques. Alors que traditionnellement les femmes juives orthodoxes mariées se couvrent les cheveux d’un foulard ou d’une perruque lorsqu’elles sont en public, l’obligation de raser la tête d’une femme une fois mariée est une chose unique à la communauté Satmar. Le yiddish est leur langue maternelle. Quand Esty arrive en Allemagne, elle n’a ainsi aucune formation universitaire et aucune compétence professionnelle. À Brooklyn, on exige qu’Esty se conforme à la seule conception acceptable de la façon dont une femme doit vivre avec son mari. Des pressions s’exercent autour d’une nécessaire grossesse, notamment l’ingérence envahissante de sa belle-mère, et la colère qui éclate également autour de ses leçons de piano avec un professeur non juif. Elle se transforme d’une jeune mariée enthousiaste, que l’on a vu déborder d’émotion lors de son mariage, en une femme désespérée en quête d’une liberté insaisissable. À Berlin, Esty doit apprendre à utiliser un ordinateur, à gagner sa vie, à se mettre en relation avec un groupe de personnes d’origines très différentes des siennes et à reconsidérer sa compréhension de sa propre mère, qui a quitté la communauté hassidique quand Esty était bébé et qui vit maintenant aussi dans la capitale allemande. Ce qui compte vraiment dans Unorthodox, c’est la représentation de deux mondes parallèles et les chocs culturels dramatiques qui apparaissent lorsqu’ils se croisent.  Alors que l’action se déroule entre New York et Berlin, on a l’impression de faire un pas en arrière et en avant dans le temps, et non pas simplement de changer de continent. Ce monde hassidique semble intemporel, ses restrictions sont une sorte de protection de confort contre un monde qui l’a traité avec cruauté. Et la grande sagesse dans la manière dont cette histoire est racontée réside dans sa compréhension innée du fait qu’il n’y a pas ici de lignes claires délimitant le bien et le mal, pas de moyen simpliste et facile de séparer le bon et le mauvais. Unorthodox ne juge pas, elle se contente de se poser et d’observer.

Certains pourront penser qu’Unorthodox est une critique de la communauté religieuse d’Esty, de son peuple et de ses pratiques, et c’est peut-être en partie le cas. Mais pour moi, c’est vraiment avant tout l’histoire d’une jeune femme qui attend davantage de sa vie, qui cherche courageusement une nouvelle voie, qui aime toujours sa famille et qui pense que même si elle déçoit Dieu, elle doit trouver sa propre direction. Sa maladresse à se défaire du cocon de sa vie hassidique est bouleversante. C’est comme si elle s’arrachait elle-même une propre couche de sa peau. Laisser son monde derrière elle s’accompagne d’une grande douleur et d’une grande souffrance – dans l’un des moments les plus déchirants, la grand-mère bien-aimée d’Esty lui raccroche au nez lorsqu’elle appelle d’une cabine téléphonique de Berlin. Yanky, son mari est aussi un homme sensible et gentil qui ne sait pas quoi faire d’une épouse qui lui dit qu’elle est « différente » dès leur première rencontre.

L’un des aspects les plus frappants de l’histoire est également la façon dont elle s’y prend pour poursuivre cette liberté. La passion d’Esty pour la musique la pousse vérotablement. Au départ, Esty a fui en Allemagne parce qu’elle avait besoin d’un endroit où aller. Au lieu de simplement cela, une série d’événements amène Esty à réaliser à quel point la musique lui a manqué dans sa vie, et à quel point elle en a besoin maintenant, plus que jamais. C’est littéralement son ticket d’entrée pour la liberté. Esty : D’où je viens, il y a beaucoup de règles. Professeur Hafez : En musique, il faut souvent enfreindre les règles pour réaliser un chef-d’œuvre. Sans dévoiler tout ce qui se passe à Berlin, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce déchirant moment où Esty chante une chanson en hébreu. Un grand moment transcendant de télévision… Il s’agit d’une ligne, répétée quatre fois, d’une chanson traditionnelle juive de mariage qui est habituellement chantée par l’homme : « Bienheureuse celle qui est venue. Celui qui comprend le discours de la rose parmi les épines, l’amour d’une mariée qui est la joie des bien-aimés ». Le fait qu’Esty chante cette chanson religieuse romantique reflète sans doute son désir que le mariage soit bien plus qu’une simple satisfaction sexuelle pour le mari afin de faire des enfants. Esty aspire à être chérie, à ce que cette chanson lui soit chantée.

Et là, comment ne pas évoquer la véritable performance de la série et la raison pour laquelle Unorthodox a une telle puissance émotionnelle ? Cette œuvre vit et respire aussi vivement qu’elle le fait grâce à sa star, Shira Haas, une sorte de réplique autrement d’Elisabeth Moss, et à son don d’actrice le plus insaisissable : transmettre en silence ses sentiments complexes et conflictuels. Par un regard, un geste ou une vague d’émotions dans ses yeux, nous comprenons son personnage. Haas a cette rare capacité à communiquer sa réalité intérieure par de simple attitudes et expressions faciales. Elle parvient à mettre un peu d’Esty dans chacun de nous, survivants du pire que le monde puisse nous donner.

Pour moi, Unorthodox touche à une certaine perfection dans ce que peut offrir une mini-série télévisée. Une façon remarquable d’aborder les questions de liberté, de diversité, de communauté, de respect, de pardon et de bienveillance. Puissance et grâce du récit venant s’équilibrer au-travers de grandes émotions et de ces petits moments d’observation des détails de l’existence qui nous font nous sentir mieux et heureux. Et j’ose dire qu’il s’agit là de l’une des réalisations majeures dans l’histoire des productions originales de Netflix. Vous ne devez pas la manquer !