Andrae Crouch… le Gospel dans la peau et dans les tripes !

Il y a 5 ans aujourd’hui, le 08 janvier 2015, décédait Andrae Crouch. Ce pasteur était aussi un immense artiste qui a influencé l’ensemble de la musique chrétienne contemporaine et qui a aussi était connu pour son travail avec Michael Jackson ou Madonna.

Andraé Crouch, qui est décédé à l’âge de 72 ans, était sans doute le plus grand chanteur de gospel de sa génération ainsi qu’un arrangeur vocal, un auteur-compositeur, et un chef de chœur extrêmement estimé. Bien qu’il ait été mieux connu du grand public pour son travail de choriste sur le tube de Michael Jackson Man in the Mirror (1988), Like a Prayer de Madonna (1989) et la bande originale du film de Disney The Lion King (1994), sa passion allait avant tout vers la musique qui lui permettait d’exprimer sa foi et pour le travail moins glamour de pasteur et d’enseignant dans son Église natale de Pacoima, un quartier de la ville de Los Angeles, en Californie, situé dans la vallée de San Fernando.

Andrae Crouch a été inspiré autant par la pop, le rock et le R&B contemporains que par le gospel traditionnel, et sa carrière d’interprète a pris son envol paradoxalement dans les Églises « blanches ». Par conséquent, pour certains puristes de la musique gospel, il semblait moins authentique que des contemporains plus traditionnels comme James Cleveland, qui jouaient presque exclusivement au sein de leur propre communauté.

Selon sa biographie, Through It All (1974), Andrae et sa sœur jumelle Sandra sont nés à Compton, Los Angeles, de Benjamin et Catherine Crouch, qui étaient actifs dans l’Église pentecôtiste de Dieu en Christ. Leur père, un prédicateur qui dirigeait aussi une entreprise de nettoyage locale, a déménagé avec la famille dans la vallée de San Fernando en 1951 où il a établi la Christ Memorial Church, initialement dans un garage.

Alors qu’il était au lycée de San Fernando, Crouch a mis en place la chorale de l’Église qui était en pleine expansion. C’est ainsi qu’il a commencé à se produire avec Sandra avec un groupe de sept personnes, COGICS, les Church of God in Christ Singers, dans lequel on trouvait notamment l’une des grandes artistes du label Motown, Gloria Jones, et le futur organiste de légende, Billy Preston. Après avoir quitté l’université, Crouch a été employé par l’organisation évangélique Teen Challenge, qui aidait à la réhabilitation de toxicomane et de membres de gangs. Il y forme d’ailleurs, assez logiquement, une chorale d’ex toxicos et écrit des chansons pour réconforter et encourager les adolescents en difficulté qu’il conseillait.

Plus tard, avec des membres de son Église, et épaulé par Sandra ils forment le groupe Andraé Crouch and the Disciples et en 1969, signent sur le label chrétien important Light Records. Le groupe prend vite de l’importance au cœur de ce que l’on appelle communément le Jesus Movement, alors que des jeunes chrétiens, influencés par les changements culturels des années 1960, expérimentaient de nouvelles formes d’Églises et de cultes. Bien que les chansons de Crouch aient été influencées par la pop, la soul et le funk de l’époque, il n’a jamais atténué son message afin de s’intégrer. Ses chansons les plus connues, telles que The Blood Will Never Lose Its Power et Jesus Is the Answer, étaient aussi directes que n’importe quel sermon émanant de la chaire. Sa musique était caractérisée par des rythmes ponctués, des inversions d’accords, le placement dynamique des voix et des examens francs et sans concessions autours d’enseignements bibliques par rapport à ses propres luttes et échecs (un peu à la façon d’un autre artistique mythique de l’époque, Keith Green).

Il considérait que la musique lui était venue comme un don de Dieu lorsqu’il avait 11 ans – il n’a jamais eu de leçons formelles ou appris à lire la musique – et il lui était difficile de s’adapter aux visions des autres. « Il n’a jamais joué deux fois le même accord« , a déclaré Billy Maxwell, son producteur et batteur de longue date, également membre du groupe légendaire Koinonia, « En fait, il n’a même pas joué le même accord une seule fois ».

Le dernier album avec the Discipes fut Live in London (1978), après quoi il enregistra principalement en tant qu’artiste solo. Des tentatives ont été faites à la fin des années 70 et au début des années 80 pour l’établir comme un artiste « crossover » (lui faisant « traverser » la frontière entre la musique dite chrétienne et le marché séculier) mais, comme souvent dans ces cas-là, cela l’a conduit à être considéré comme trop séculier pour le marché chrétien et trop chrétien pour le marché séculier. En 1982, il a été arrêté pour possession de cocaïne… Bien que l’accusation ait rapidement été abandonnée, l’incident a terni sa réputation auprès des acheteurs de disques chrétiens.

En 1995, après la mort de ses parents, il prend la relève en tant que pasteur principal de la Christ Memorial Church et sa carrière d’enregistrement est reléguée au second plan. Entre cette date et sa mort, il n’y aura que cinq albums, dont deux seulement seront des originaux.

Il recevra au cours de sa carrière sept Grammy Awards. Sa chanson, Heaven Belongs to You, figurera sur la bande originale de La Couleur Pourpre (1985), et sera nominée aux Oscars. Son nom a été gravé sur le Hollywood Walk of Fame en 2004. Enfin, en 2009, sa chanson Soon and Very Soon a été interprétée par sa chorale lors des funérailles de Michael Jackson. Elle reste d’ailleurs, aujourd’hui encore, un hymne traduit dans de nombreuses langues et chanté dans de nombreuses Églises protestantes dans le monde entier.

Sur scène, il pouvait être profondément sérieux et ponctuer ses chansons de témoignages, de louanges et d’exhortations dans le pur style gospel. Hors scène, il était parait-il un fidèle ami sympathique et drôle et il passait beaucoup de son temps à aider des artistes moins connus.

Andraé Edward Crouch, chanteur, auteur-compositeur et arrangeur,  né le 1er juillet 1942 ; décédé le 8 janvier 2015

Messiah : Jésus revient… ou pas

Messiah a débarqué le 1er janvier sur Netflix ! Thriller à fondements spirituels, cette série à suspense en 10 épisodes, à tendance clairement addictive, nous interroge sur notre comportement possible à l’égard d’une arrivée d’un possible Messie dans le contexte géo-politique qui est le nôtre aujourd’hui.

 L’histoire se construit autour de l’avènement, dans un Damas assiégé par l’État islamique, d’un jeune homme prêcheur. Il commence à attirer l’attention internationale pour avoir accompli ce qui semble être des miracles, comme vaincre les djihadistes en invoquant une tempête de sable, ou guérir, par imposition des mains, un jeune garçon à Jérusalem sur le mont du Temple victime d’une balle perdue. C’est aussi son message qui interpelle, incitant chacun sans crainte à mettre de côté ses vieilles divisions et à écouter son message de paix, d’amour et d’unité, en incorporant le meilleur de la plupart des principales religions. Ses disciples se multiplient rapidement… Cependant, la CIA (en particulier l’agent Eva Geller – joué par Michelle Monaghan) est sceptique. Peu convaincue qu’il soit notre Sauveur revenu sur Terre, elle le soupçonne d’être un escroc ou un terroriste qui a trouvé une nouvelle façon de provoquer une guerre surtout quand on apprend qu’il conduit un groupe de réfugiés musulmans hors de Damas, jusqu’à la frontière d’Israël. Il y est d’ailleurs arrêté par la police et interrogé par Aviram (Tomer Sisley), un soldat de l’armée israélienne…

C’est le début alors d’une longue et passionnante histoire. Car Messiah est une œuvre puissante, et pleine de belles performances. Elle est le fruit du travail de Michael Petroni (La voleuse de livres) et du couple de producteurs Mark Burnett et Roma Downey (La Bible, AD : La Bible continue). « Nous avons travaillé avec des experts des trois fois monothéistes », souligne son créateur qui a aussi consulté des spécialistes géopolitiques pour rendre la complexité du conflit israélo-palestinien et de la guerre en Syrie.

Et si Jésus-Christ revenait sur Terre aujourd’hui ? Est-ce qu’il unirait les peuples, ou causerait un chaos de masse dans le monde entier ? Messiah pose précisément cette question chargée de sens en la poussant même un peu plus loin encore. Il y a bien entendu les enjeux géo-politiques qui se retrouvent au cœur du scénario (quand on pense que la série sort précisément au moment de tensions extrêmes entre les USA et l’Iran), mais plus globalement aussi avec cette conscience que notre société fonctionne notamment à travers les lentilles de smartphones (extrêmement présents dans la série), les flux Instagram de chacun, et les chaînes infos. L’humanité est-elle en train de vivre la fin des temps ? Ou se laisse-t-elle prendre au plus grand canular jamais réalisé sur Internet ? Nous pouvons probablement tous spéculer, croyants ou non, sur la façon dont un messie des temps modernes serait traité à l’ère des médias sociaux, des fake news et de la théorie du complot.

C’est aussi un questionnement qui devient personnel, quasi intime. Que ferais-je moi-même face à un tel événement ? Et c’est cette dimension individuelle qui jaillit au cœur du scénario. Messiah raconte l’histoire d’Al-Masih au-travers multiples perspectives. Dans toutes ces intrigues, chaque personnage de la série vit une sorte de voyage, et c’est là que la série brille. Les récits s’entremêlent de façon assez fluide. Nous faut-il alors choisir un camp ? La série est très convaincante par le fait qu’elle ne vous dit pas quoi croire d’une façon ou d’une autre, et laisse le spectateur se faire sa propre opinion. Il y a certainement assez de preuves pour faire valoir un argument dans un sens ou dans l’autre, selon la façon dont vous interprétez l’histoire.  Les supposés miracles d’Al-Masih sont-ils réels ? Sont-ils des illusions élaborées ? Le passé de cet homme est-il la raison de son comportement actuel, ou simplement une note de bas de page sur la voie d’un avenir différent ? Et est-ce important qu’il soit ou non celui qu’il dit être, si sa présence change la vie des gens pour de bon ? Messiah encadre son histoire à travers l’expérience de plusieurs personnages secondaires : Un agent de la CIA déterminé à prouver qu’Al-Masih est un terroriste qui cherche à perturber l’ordre politique mondial, un soldat israélien confronté à son passé, un réfugié palestinien qui est l’un de ses premiers disciples, un pasteur perdu qui trouve un nouveau but en sa présence, une adolescente désillusionnée qui devient un miracle vivant… « Ce que je trouve vraiment intéressant dans cette histoire, c’est que tous les personnages sont à la recherche de quelque chose », a déclaré l’actrice Michelle Monaghan. Ces personnages sont tous des gens à la fois normaux, imparfaits, brisés de diverses façons, qui cherchent sans doute à combler un manque béant dans leur propre vie. Tous produits de leur propre forme d’isolement ; tous, en grave besoin de connexion. Il est alors logique qu’ils soient attirés par un homme comme Al-Masih, pour le meilleur et pour le pire. On peut penser d’ailleurs que même si la question centrale de la série, à savoir qui est véritablement cet homme (une seconde venue de Jésus, un messager de Dieu plus généralement, ou un malade mental aux prises avec un pathologie mystique), la véritable histoire concerne finalement la façon dont des gens ordinaires réagissent à la possibilité du divin dans leur vie. À l’idée d’un amour qui les embrasse et leur pardonne quoi qu’ils aient fait, au rappel que la vie d’une personne n’a pas besoin d’être définie pour toujours par les pires erreurs qu’elle a commises. À la possibilité qu’un autre type de vie – une vie qui a un sens, où les miracles pourraient être réels, soit possible.

Pour certains, cela signifie déraciner leur vie et partir à la poursuite de cet étranger qui fascine. Pour d’autres, cela passe par un rejet de presque tout ce en quoi ils ont cru jusqu’à présent. Anna, femme de pasteur, ne trouve aucune paix dans l’arrivée potentielle de la fin des temps qu’elle a théoriquement passé sa vie à préparer. Sa fille, Rebecca, trouve une raison de rester au contraire dans la petite ville qu’elle a toujours voulu quitter. Même le président des États-Unis finit par se demander pourquoi il a été mis sur Terre… Sans oublier cette phrase signée Oprah qui revient plusieurs fois, « On devient ce que l’on croit », comme un mantra ou plutôt un message subliminal qui accompagne notre réflexion… Toutes ces questions et le scénario sont réfléchis et convaincants, et Mehdi Dehbi (dans le rôle d’Al-Mashi) fait tout à fait le job en livrant une prestation « magnétique », même s’il m’a fallu 3 épisodes pour arriver à cette affirmation (son personnage s’épaississant au fur et à mesure que les épisodes s’égrènent). L’acteur marche sur une ligne étroite entre l’élu et le charlatan, réussissant adroitement à provoquer de nombreuses occasions tout au long de la série, et jusqu’à la fin ultime de la saison (sans rien dévoiler de plus), qui vous feront vaciller sur le fait de savoir si vous pensez qu’il est un monstre ou un sauveur.

Messiah est pour moi une série pleine d’intelligence grâce à une profonde pertinence d’écriture. Une jolie audace de Netflix avec cette thématique si particulière et aisément controversée, qui sort des sentiers battus et offre là un programme bien interprété et réalisé, à la fois captivant et extrêmement interpellant.

 

Laissez faire !

La Première Tentation du Christ, moyen métrage de 46 minutes, mis en ligne par Netflix le 3 décembre au Brésil, et depuis ajouté sur la plateforme aussi en France en vost, a déclenché un tollé, notamment chez certains évangéliques et catholiques. Le siège du collectif d’humoristes à l’origine de cette production a même été visé par des lanceurs de cocktails Molotov.

Sur change.org, une pétition réunit plus de deux millions de signatures, qui pour l’immense majorité n’ont certainement pas regardé le film, pour s’opposer à sa diffusion. Elle demande la suppression de celui-ci sur Netflix et précise qu’il s’agit d’une « grave offense » à l’égard des chrétiens. L’évêque du Pernambouc, Henrique Soares da Costa allant jusqu’à déclarer que la plateforme était « possédée par une force démoniaque », qualifiant la vidéo de « blasphème vulgaire et irrespectueux ». Évidemment, comment ne pas l’imaginer, le nom de Bolsonaro apparait dans l’affaire puisque Eduardo, fils du président en exercice, s’est aussi attaqué virulemment au film le qualifiant pour sa part de véritable « poubelle ».

La Première Tentation du Christ raconte en fait de façon décalée l’histoire de Jésus-Christ qui revient, après 40 jours de voyage dans le désert, dans sa famille et reçoit une fête surprise pour ses 30 ans pendant laquelle il sera amenée à accepter le fait d’être fils de Dieu et, d’afficher ses préférences sexuelles. Le film incriminé est réalisé par un célèbre collectif d’humoristes brésiliens, Porta dos Fundos, qui crée des vidéos satiriques qu’ils publient sur YouTube depuis 2012. Ils abordent des sujets très divers comme par exemple la religion, l’usage de drogues, la politique, la sexualité, la corruption, ou les frustrations de la vie de tous les jours. Au bout d’un an seulement, la chaine YouTube de Porta dos Fundos comptait plus de cinq millions d’abonnés, ce qui en faisait la cinquième chaine YouTube la plus vue du monde dans la catégorie humour, et la première chaîne YouTube toute catégorie confondue au Brésil. Aujourd’hui, ce sont près de 20 millions d’abonnés qui suivent les aventures humoristiques et décalées du collectif. Il faut savoir que c’est la deuxième année consécutive que Netflix offre un « spécial Noël » à Porta dos Fundos. En 2018, l’épisode intitulé La dernière gueule de bois a d’ailleurs remporté l’Emmy de la meilleure comédie. Il montrait les apôtres avec une gueule de bois importante après une nuit d’ivresse, en essayant de retrouver Jésus qui avait disparu. Cet épisode n’avait pas fait l’objet de protestations d’égale ampleur… sans doute parce que, pour ses détracteurs, l’alcoolisme n’est pas bien méchant par rapport à l’homosexualité (!).

La Première Tentation du Christ est totalement dans l’esprit habituel du collectif, corrosif et satirique. Il s’amuse là non seulement autour du christianisme, mais aussi (ce qui n’est que rarement dit) plus largement de l’ensemble des religions et même des croyance extra-terrestres. Dans le même temps, comme toute œuvre artistique, le film ouvre malgré tout à certaines réflexions très intéressantes et pertinentes même du point de vue de la foi chrétienne comme, par exemple, la possible difficile acceptation pour Jésus de sa divinité. Alors oui, Porta dos Fundos ne fait pas dans la dentelle, et ce type d’humour n’est sans doute pas du goût de tous… mais avec ses 20 millions d’abonnés sur YouTube (le bruit autour du film de Netflix ne faisant d’ailleurs qu’augmenter leur célébrité), il correspond tout de même à celui de pas mal de monde et, je dois avouer, me fait aussi bien rigoler personnellement.

Rien de bien révolutionnaire non plus, reconnaissons-le… bien avant cette joyeuse bande de boute-en-train made in Brazil, nombreux ont été les humoristes à s’ »attaquer » artistiquement et librement aux textes bibliques. Mel Brooks et sa Folle Histoire du monde, La vie de Brian des Monty Python, La Bible ne fait pas le moine de Marty Feldman, Jean Yanne et Deux Heures moins le quart avant Jésus-Christ, ou plus récemment encore l’excellent film belge Le tout nouveau testament réalisé par Jaco van Dormael avec Benoît Poelvoorde et Yolande Moreau, n’en sont que quelques exemples – plutôt réussis – et pour n’en rester qu’uniquement à l’univers du cinéma.

Tout cela est à mon avis bien rassurant d’ailleurs et rafraîchissant. Quand précisément cette liberté tente à disparaitre, un signe bien dangereux de disfonctionnement de la société apparait avec force. Il est vrai que la période actuelle semble pourtant, dans tant de domaines, se diriger dans ce sens de l’interdit et de la censure. Et bien je refuse pour ma part d’aller dans le sens du courant et cela, notamment, au nom de ma foi en un Dieu qui a choisi depuis le commencement la liberté comme base de son fonctionnement. Comportement sans doute amplifié par l’attitude du Christ lui-même qui ne semble que se préoccuper et pointer du doigt les attitudes de jugement, et souvent d’hypocrisie, de ceux qui se réclament précisément de son Père.

Qui serions-nous d’ailleurs pour imaginer devoir défendre l’honneur du Seigneur… n’est-il pas suffisamment puissant pour s’en occuper lui-même si cela était nécessaire ? Jésus n’a t-il pas ainsi dit à ses disciples, d’après le récit de l’évangile de Luc, « Laissez faire, arrêtez ! » et guérit même l’oreille coupée par l’un d’eux qui justement cherchait à le protéger lors de l’échauffourée liée à son arrestation ? Nous pouvons ranger nos épées nous aussi, et rengainer nos fusils ! Nous avons bien mieux à faire et surtout commencer par pratiquer la vraie justice qui n’est certainement pas dans ces comportements à la fois futiles, caricaturaux mais aussi dangereux et contraires à la pensée évangélique…

N’oublions pas non plus que l’art a cette capacité à interpeller, questionner, remuer… qu’il n’est jamais figé, enfermé dans une unique interprétation… qu’il est l’expression de la vie… qu’il peut être aimé ou détesté… et que jamais rien ne nous oblige à regarder.

Dieu est bon… en tout temps !

La série produite par Oprah Winfrey, Greenleaf, diffusée sur Netflix et qui en est déjà à sa quatrième saison, lève le voile sur l’univers impitoyable de l’Église du Calvaire, une mégachurch noire américaine, basée dans le scénario à Memphis, donnant ainsi aux téléspectateurs un aperçu possible de la mécanique dévastatrice qui peut parfois faire tourner les roues de ces « béhémoths ». Du pétrole de Dallas aux bancs du Calvaire à Memphis… 40 ans les séparent mais il n’y a pourtant qu’un pas.

Tout commence dans la saison 1, en établissant clairement que tout n’est pas paisible au Calvaire et dans la famille Greenleaf. Grace, qui a coupé les liens avec sa famille et qui est maintenant journaliste, revient après le décès de sa sœur Faith (qui se serait noyée dans le lac sur le domaine familial). Jouée par la merveilleuse Merle Dandridge (The Night Shift) dans son premier rôle principal, Grace commence à fouiner autour de la mort de sa sœur. Elle et sa tante Mavis (jouée par Winfrey), la sœur de Lady Mae, propriétaire d’un bar sur Beale Street, croient que Faith s’est suicidée après des années de violence sexuelle par son oncle Mac. De plus, Mavis croit que Mac a violé d’autres filles dans l’Église. Mais ce n’est qu’un des secrets de la famille… Il y a aussi l’infidélité et la mauvaise gestion financière. Et surtout, tout cela n’est que le tout début d’une histoire qui s’avère bien plus complexe, plus l’intrigue se dévoile.

Greenleaf ne manque donc certainement pas de moments délicieux avec cette capacité à s’attaquer à tout ce qui peut quasiment s’imaginer dans le contexte si particulier d’une mégachurch noire américaine. De l’évidente thématique de cette fumeuse (et surtout dramatique) théologie appelée « évangile de la prospérité » à l’inceste, en passant par la mort, l’adultère, la cupidité, le mensonge, la mauvaise foi, la jalousie, la trahison et tout ce qu’engendre le Mal… tout y passe et il ne fait pas bon finalement envisager un instant la vie de paradis quand on pénètre dans l’univers de cette puissante et prospère Église du Calvaire et des Greenleaf, sa famille pastorale, tout particulièrement. D’ailleurs c’est sans doute l’excès qui peut déranger ou rendre le tout parfois trop caricatural. Par voie de conséquence, ce choix rend certaines situations risibles et transforme le drame en joyeuse comédie.

Bishop James et Lady Mae Greenleaf dirigent leurs ministères mondiaux de la Calvary Fellowship, comme les chefs d’une puissante famille dirigeante (parfois de façon pas éloignée de The Irishman de Scorcese pour rester dans la Netflix Family). Du moins au début car, saisons après saisons, les choses se compliquent sérieusement et le royaume se transforme en un branlant château de carte fortement malmené… On peut noter là, le duo magnifique qui est à la base structurelle de la série. Lynn Whitfield joue admirablement la matriarche Lady Mae telle une vraie Lady Macbeth. Elle est de plus parfaitement associée à Keith David qui, en tant que patriarche de la famille, est l’un des personnages marquants de la série. Son talent lui permet d’être assez convainquant et charismatique pour égaler un vrai prédicateur en chaire mais aussi assez juste pour laisser paraître l’homme sous la robe pastorale. 

Les bras de l’humanité, comme l’a écrit un jour le poète James Weldon Johnson, étant trop courts pour boxer avec Dieu, nous pouvons comprendre pourquoi les batailles humaines (elles possibles) en particulier lorsqu’il s’agit de joutes familiales entre enfants, nous ont fascinés dès le commencement de l’époque biblique, depuis Caïn et Abel. Il est donc logique que Greenleaf se concentre autant sur les relations complexes entre sœurs et frères. Craig Wright (Six Feet Under et Dirty Sexy Money), dramaturge et scénariste de télévision chevronné, est passé maître dans l’art de capturer ces situation au sein des familles, et il s’en donne donc ici à cœur joie. Mais, vous ne le saviez peut-être pas, son pédigrée en tant qu’ancien prédicateur lui permet, en plus, de montrer le meilleur et le pire du christianisme sans porter de jugement sur la foi elle-même.

On pourra bien sûr esquisser un sourire sur le fait qu’Oprah Winfrey raconte avoir appelé Bishop T.D. Jakes, pasteur principal de The Potter’s House à Dallas, Texas, pour lui assurer que sa série n’était pas basée sur lui, son Église ou toute autre mégachurch américaine… J’ai parlé à T.D. Jakes et je lui ai dit : Je veux juste que vous sachiez que je fais un spectacle sur une mégachurch mais que la seule ressemblance avec vous est que notre personnage principal s’appelle Bishop et que vous êtes un évêque. Et il lui aurait répondu : Je suis heureux d’entendre cela parce que j’ai entendu des choses à ce sujet…  La star des médias a ajouté : Je veux juste que vous sachiez, de mes lèvres à vos oreilles, que je n’ai rien d’autre qu’un profond respect pour l’Église. Moi, Oprah Winfrey, je ne ferai jamais rien qui manque de respect à l’Église. 

Et c’est peut-être pourquoi, il faut maintenant aussi préciser que, dans Greenleaf, les personnages sont le plus souvent à la fois des chrétiens sincères, engagés dans le ministère, attachés à la foi, et des êtres humains terriblement imparfaits qui pêchent effrontément, pour leur plus grand malheur finalement. Ainsi la série a cette spécificité au milieu de ce qui pourrait paraître abjecte dans le contexte d’une Église, de présenter une vraie générosité et des nuances. Même si les dirigeants de l’Église sombrent désespérément dans les méandres du mal, ces mêmes personnages croient vraiment, et l’Esprit les émeut d’ailleurs très souvent. Wright et Oprah les voient tout autant comme des chrétiens sincères, que des êtres humains à la recherche de leur propre intérêt, manipulateurs et honteux. On s’attache ainsi très vite à certains d’entre eux et il serait intéressant de sonder les spectateurs, pour connaitre ceux qu’ils préfèrent et pourquoi, pour en tirer certaines leçons vraisemblablement. 

En fin de compte, et au risque de vous surprendre, malgré tous les drames, toutes les manigances sournoises et tous les désagréments, c’est une série qui pour moi aime et respecte l’Église. Elle reconnaît toujours l’importance des individus et l’histoire derrière les gens et les traditions qui se trouvent dans cette institution. Quand on demande ainsi à la fille de la pasteur Grace pourquoi elle veut continuer à aller à l’Église et à s’associer avec des gens qui traitent sa mère si durement, elle a une réponse révélatrice : « Oui, il y a des hypocrites dit-elle, mais il ne s’agit pas que de ça, il y a plus… ». Les Églises ne sont pas des musées de la perfection ; ce sont aussi des hôpitaux pour les malades spirituels que nous sommes, et comme le disait un vieux prédicateur : « Si vous trouvez une Église parfaite, ne la rejoignez pas. Elle cessera d’être parfaite dès que vous en franchirez la porte ». Greenleaf ne cache carrément pas les imperfections d’une certaine forme de communautés protestantes évangéliques (toute heureusement ne sont pas de la sorte !…) mais, elle n’est pas non plus totalement cynique quant au bien que l’on peut trouver entre ces quatre murs.

Enfin, le succès de Greenleaf repose, sans nul doute, sur la puissance addictive du scénario. Multitude de cliffhangers (une technique qui consiste à terminer l’épisode ou la saison par une fin ouverte, au moment où le suspens est à son comble), personnages clés attachants ou repoussants et musique gospel apportant un rythme et une ambiance chaleureuse, sont là pour nous accrocher et nous donner, épisodes après épisodes, saisons après saisons, de revenir inlassablement et d’entendre proclamer à qui veut l’entendre : Dieu est bon… en tout temps !

 

Il était une FOI dans l’WEST

Tout le monde en parle… Kanye West a vécu une rencontre radicale avec Jésus et il ne s’en cache pas. Bien au contraire, il le proclame haut et fort et sans détour, dans la pure tradition de l’artiste haut en couleur, au-travers des médias, de célébrations qu’il organise et par la sortie de son nouvel album intitulé ‘sobrement’ Jesus Is King !

Considéré comme un génie par beaucoup (et d’abord par lui-même), le style de production et le lyrisme de Kanye ont influencé l’industrie du hip-hop dans son ensemble. Des albums comme College Dropout et Graduation ont fait exploser la renommée de l’artiste. Dans son titre Jesus Walks, extrait de son premier album en 2004, Kanye scandait : Ils ont dit qu’on peut rapper sur n’importe quoi sauf sur Jésus / Ça veut dire armes, sexe, mensonges, cassette vidéo / Mais si je parle de Dieu, mon disque ne sera pas joué. Près de 15 ans plus tard, Jesus Is King vient radicalement prouver le contraire !

Depuis sa sortie, Jesus Is King, neuvième album studio de Kanye West, a suscité des débats divers très nombreux. Mais, ce que l’on retient avant tout, c’est qu’il se retrouve en tête du Billboard 200 (le classement des 200 meilleures ventes d’albums sur le territoire des États-Unis, toutes catégories musicales confondues). Quelques heures seulement après sa sortie, Jesus Is King décrochait le record d’écoutes en 72h sur Spotify, récoltant pas moins de 38 millions de streams en 12h sur la plateforme.

C’est le tout premier album de pur gospel du rappeur après son expérience de conversion et le lancement de son service dominical. Depuis janvier, le rappeur donne des offices, les Sunday Service, dans la banlieue de Los Angeles où il vit avec son épouse Kim Kardashian et en se déplaçant aux quatre coins des États-Unis. Épaulé d’une grande chorale de 80 personnes, d’invités réguliers, et de son pasteur protestant-évangélique Adam Tyson, il organise ces célébrations gospel (dans la tradition des Églises baptistes en remontant notamment au révérend Franklin (père d’Aretha) qui faisait de même) en mélangeant louange gospel, prédications d’évangélisation avec appel à la conversion et même parfois baptêmes.

Le pasteur Adam Tyson prêche lors d’un Sunday Service de Kanye West

Mais ce changement radical de direction a bien évidemment amené ses fans et surtout beaucoup de journalistes à s’interroger sur son amour soudain du Christ après des décennies de rap sur le sexe, l’argent et autres sujets pas très ‘catholiques’. Une interrogation légitime, mais qui n’est pour autant pas une première tant dans le milieu du show-biz, la vie plus globalement, mais aussi le texte biblique. Quand Saul, le persécuteur en chef et meurtrier des chrétiens, a été confronté à Jésus, son cœur et son comportement ont complètement changé en un instant. Une sorte de transfiguration miraculeuse si ce n’est dans l’apparence, sans nul doute dans les actes, devenant en deux temps-trois mouvements, une sorte d’évangéliste en chef sous le nom de Paul, le rédacteur de plusieurs lettres restées pour nous encore dans le canon néo testamentaire, et finalement l’un des chrétiens les plus influents de l’histoire. On pourra observer qu’entre temps, Dieu s’était servi d’Ananias pour lui livrer une parole peu de temps après sa première expérience spirituelle. Mais comme vous pouvez l’imaginer, Ananias était prudent et a remis en question les instructions de Dieu sur la base des rapports qu’il avait entendus à propos de cet homme. Il a fallu que Dieu s’adresse directement à lui pour qu’il accepte finalement cette mission.

Bien que Kanye West n’ait pas été un persécuteur de chrétiens comme Saul, c’est quelqu’un que beaucoup pourraient considérer comme le moins susceptible de changer. Espérons donc que Jesus Is King soit une déclaration audacieuse et que le cœur des auditeurs soient attirés par Jésus, et non pas seulement par Kanye West. Si Dieu est en mesure de racheter nos talents et nos compétences pour Sa gloire, il peut tout autant racheter ceux de mister West également. Rien n’est impossible à Dieu… Ne soyons donc pas des sceptiques purs et durs mais sachons accueillir ceux qui ont faim et soif de justice. En fin de compte, ceux qui invoquent le nom de Jésus – comme Kanye West – porteront du fruit… ou non.

Mais revenons à l’album plus précisément. En vingt-cinq petites minutes, Jesus Is King illumine assurément par sa qualité artistique et par la force émotionnelle qu’il dégage. L’album n’est clairement pas un projet mystique totalement barrée comme certains pouvaient l’imaginer. Kanye combine au contraire très intelligemment un héritage musical revendiqué et assumé tout en restant lui-même et à contre-courant. Il travaille ici avec de multiples collaborations comme il aime et sait le faire, ce qui tombe bien puisque le genre Gospel est propice à cela. C’est une musique qui unit, rassemble. C’est une musique qui se vit et se partage. Kanye sample encore et toujours et se réapproprie des perles musicales. On entendra par exemple sur God Is le titre du même nom du révérend James Cleveland and The Southern California Community Choir, sorti en 79, en l’accélérant et en le pitchant pour lui donner un timbre différent. Mais cela aussi est dans l’essence même du Gospel qui se réapproprie les paroles de Psaumes ou d’histoires bibliques, sans parler des reprises régulières partielles ou totales qui finalement font parfois même oublier les versions originales.

Jesus Is King est un album sacrément audacieux de Kanye West qui ne renie pas l’avant mais ouvre une nouvelle porte sur le chemin tortueux du rappeur de 42 ans, comme une voie vers la rédemption qu’il ne veut pas vivre seul mais partager au plus grand nombre en les invitant à l’y rejoindre.

 

Sunday service du 27/10/2019

Témoignage de Kanye West (sous-titré en français)

Des règles pour mieux vivre… ou pas

La reprise du texte « les règles du savoir-vivre dans la société moderne » de Jean-Luc Lagarce au studio Hébertot à Paris 17ème par la comédienne Sophie Paul Mortimer est un délicieux moment de douce sage folie philosophique et pratique de l’existence à expérimenter, sans nul doute !

Naître, ce n’est pas compliqué. Mourir, c’est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes pour s’en accommoder, il suffit de savoir qu’en toutes circonstances, il existe une solution, un moyen de réagir et de se comporter, une explication aux problèmes, car la vie n’est qu’une longue suite d’infimes problèmes, qui, chacun, appelle et doit connaître une réponse.

Voilà le pitch du texte de Lagarce qui, d’un écrit de la fin du XIXème siècle par la baronne Staffe, délivrant des conseils enjoignant aux gens de la haute à ne pas déroger aux bons usages, en a fait un texte d’une finesse absolue, immensément malicieux et caustique. C’est la vie qui y est contée, mais façon baronne, où tout est simple sur terre, pour peu que l’on respecte les règles où, de la naissance à la mort, rien n’échappe aux canons du bon goût officiel.

Une vie ainsi réglée comme du papier à musique qui offre à la comédienne Sophie Paul Mortimer de pousser les pions de sa mélodie, pleine de drôlerie pamphlétaire et d’une vraie folie expressive. Car si cette pièce a déjà été plus d’une fois interprétée, l’actrice ici habite le personnage avec une vraie fraîcheur déroutante mais bienfaisante. Sophie Paul Mortimer se déploie ainsi sur la petite scène du cosy studio Hébertot, vidée de tout artifice si ce n’est une méridienne offrant le seul point où elle fait halte, boit et respire. Vêtue d’une robe de femme du monde et d’une étole avec laquelle elle se bat parfois, elle livre son texte comme une vraie performance. Une véritable fougue combative semble l’habiter qui permet de captiver le spectateur dans cette revisite de l’existence où la mort se cache constamment, comme une probabilité de la vie…

LES RÈGLES DU SAVOIR-VIVRE DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE
de Jean-Luc Lagarce,
Mise en scène de Roger-Daniel Bensky
Avec Sophie Paul Mortimer
Concepteur de la lumière Gérald Karlikow
Élaboration du costume Gaëlle Lépinay
Le Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris