The Batman… sombre et sauvage

Nouvelle relecture du mythe du Chevalier Noir de Gotham, The Batman de Matt Reeves, incarné par le magnétique Robert Pattinson, est sur les écrans français depuis le 2 mars dernier. Sombre et sauvage, arrive encore à surprendre. Reeves et son co-scénariste Peter Craig adoptent ici une approche simple mais ambitieuse de la narration. Ils dépouillent le personnage de tout ce qui est superflu, redondant ou gadget.

Dans sa deuxième année de lutte contre le crime, le milliardaire et justicier masqué Batman, alias Bruce Wayne (Robert Pattinson), explore la corruption qui sévit à Gotham et notamment comment elle pourrait être liée à sa propre famille à qui il doit toute sa fortune. En parallèle, il enquête sur les meurtres d’un tueur en série qui se fait connaître sous le nom de Sphinx (Paul Dano) et sème des énigmes cruelles sur son passage. Selena Kyle (Zoë Kravitz) croise le chemin du « plus grand détective du monde » à la recherche d’une femme disparue qui détient un indice vital sur l’identité et le but final du tueur, mais son véritable agenda n’est pas clair. Alors que les indices s’accumulent, mais avec moult cadavres, Bruce devra chercher des réponses au seul endroit où il craint de regarder : dans le miroir.

Batman semble être devenu une sorte de James Bond pour la Warner Bros., qui « rebondit » tous les deux ans avec un nouveau Bat-guy et tout son attirail. Entre les programmes télévisés, les projets d’animation et même le Joker qui a eu droit à son propre film, les spectateurs peuvent légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une telle profusion…  Eh bien, The Batman commence là où les autres films se terminent – « Je suis la nuit ! Je suis la vengeance ! » – poussant Bruce au bord du gouffre. En revanche, le Wayne de Pattinson y est déjà, broyant du noir au-dessus du gouffre, et seul Alfred Pennyworth (Andy Serkis) le retient. Avec une bande-son signée par le compositeur Michael Giacchino qui assure et crée une véritable ambiance, un vrai travail de détective et un rôle surprenant joué par un Pattinson très compétent à la tête d’un excellent casting, un Matt Reeves qui prouve encore une fois tout son talent à la caméra, (déjà montré dans Cloverfield et dans les deux volets de La Planète des Singes qu’il a réalisés), Batman apprend à être meilleur qu’hier dans une ville qui perd espoir.

The Batman va clairement au cœur du personnage, de ses ennemis et alliés, et du monde qu’il habite. Ce film est donc différent des autres itérations du personnage (ainsi que des autres films de super-héros en général), non seulement parce qu’il est ancré, de manière admirable et parfois dérangeante, dans la réalité, mais aussi parce qu’il intègre l’attrait, la signification et les questions plus profondes de ce justicier masqué à un niveau fondamental. Sa participation à une sorte d’expérience sociologique visant à déterminer si la lutte contre le crime présente des avantages pour Gotham City offre nul besoin de revenir sur son histoire originelle. Nous n’avons pas besoin de voir et revoir les parents de Bruce se faire assassiner dans une ruelle, par exemple, car les réalisateurs sont suffisamment intelligents pour savoir que cette histoire, bien qu’elle ne soit pas directement liée aux versions précédentes du personnage ou à l’univers plus vaste des bandes dessinées dont il fait partie, existe dans la mémoire culturelle de toutes les variations précédentes. Ici, Batman existe dans l’ombre.

La clé du succès du film, et la raison pour laquelle il se démarque de la foule de récits de super-héros qui ont submergé les médias ces derniers temps, est que Reeves aborde cette formule avec un sens de la gravité sans doute relativement effrayant mais totalement sincère. Avant tout, le cinéaste a réalisé un thriller intelligent et atmosphérique sur la conspiration, la corruption et le meurtre, et naturellement, sur le Chevalier Noir qui demeure le plus crédible des super-héros. Il est ainsi franchement agréable de voir qu’un film du genre s’intéresse davantage à l’ambiance, aux personnages et à l’intrigue qu’aux effets spéciaux, même si, tout de même, une poursuite en voiture sur un tronçon d’autoroute bondé et détrempé par la pluie est étonnante de claustrophobie et à la fois spectaculaire… Si l’histoire fait abstraction de tous les éléments potentiellement superflus, il ressort une puissance émotionnelle dans la façon dont les deux personnages principaux en particulier, mais aussi plusieurs autres apparaissent comme des personnes blessées et brisées, qui se rapprochent en essayant de faire quelque chose de ce monde qui les a brisés (ou du moins d’y faire quelque chose…). L’intérêt amoureux entre Batman et la délicate et curieuse Selina Kyle, superbement jouée par Zoë Kravitz, la future Catwoman, offre les quelques moments plus légers du film alors qu’ils se chamaillent sur la façon dont ils pourraient, ou non, travailler à éradiquer le fléau de Gotham.

L’époustouflant final de The Batman est peut-être un peu moins intéressant que ce qui le précède, mais il parvient tout de même à souligner que l’homme dans le costume est un être humain, ce qui le rend vulnérable, même avec un gilet pare-balles et sa ceinture. Plus j’y pense, plus j’apprécie ses forces et l’accent mis sur cet aspect des choses. Wayne sait mieux que quiconque que le pouvoir et l’influence ont souvent un coût pour le sens moral. C’est l’une des leçons retentissantes de tout le film, en fait, et tout ça est toujours terriblement d’actualité.

En conclusion, The Batman est un excellent premier chapitre d’une série qui, je l’espère, en appellera d’autres. Avec une durée de près de trois heures, c’est le plus long film sur ce personnage jamais réalisé. Mais grâce à la qualité du casting, à l’élégance de la cinématographie et à l’intrigue façon thriller obscure, le temps passe très vite… sans doute plus vite que ne roule la batmobile.

 

La légende du roi crabe… raconter pour transmettre

Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, deux réalisateurs italo-américains connus pour leur travail sur deux documentaires et notamment le multi-primé Il Solango (2015), s’essaient cette fois-ci avec La légende du roi crabe, sorti le 23 février, à un récit de fiction proposé comme une fable en deux parties sur l’échec et la renaissance.

De nos jours, dans la campagne italienne, de vieux chasseurs se remémorent la légende de Luciano. Ivrogne errant dans un village isolé de Tuscie, Luciano s’oppose sans relâche à la tyrannie du Prince de la province. La rivalité grandissante entre les deux hommes, alimentée par les passions et la jalousie, pousse Luciano à commettre l’irréparable. Contraint à l’exil dans la lointaine Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Argentine, l’infortuné criminel, entouré de chercheurs d’or cupides, se met en quête d’un mystérieux trésor enfoui qui pourrait bien être sa seule voie vers la rédemption. Mais sur ces terres arides, seules l’avidité et la folie prévalent.

Se déroulant au départ dans une petite commune italienne au nord de Rome, le film s’envole ensuite vers les sommets majestueux du sud de la province de la Terre de Feu en Argentine. Ce tandem de cinéastes explore le rôle des traditions orales dans la formation des mythes et des légendes, les chansons et les histoires folkloriques peuplant les paysages sonores diégétiques et extradiégétiques. Cette conception sonore très expressive est complétée par une magnifique cinématographie, parfaitement filmée pour évoquer la période de la fin du XIXe siècle. La légende du roi crabe est une œuvre d’une imagination et d’une puissance cinématographiques certaines.

Les thèmes de cette histoire vont de l’amour à l’avidité et au salut et ont ainsi une résonance universelle. « Notre film parle de l’oralité, des traditions, de la valeur de la transmission, de transmettre des histoires souvent oubliées. Dans notre film, c’est aussi comme un chemin de rédemption qui part de la mer pour aller vers la montagne et le soleil. C’est un film crépusculaire », raconte ainsi Matteo Zoppis. Il se dégage une vraie beauté faite d’un juste équilibre entre ce qui est raconté et ce qui est montré. Une beauté formelle, naturaliste et hyper-magnifiée, dans une œuvre qui honore cette tradition orale, le rassemblement des communautés autour d’une table pour la transmission des légendes, des histoires et du folklore et qui parvient à activer les sens du spectateur jusqu’à percevoir l’odeur de l’herbe humide ou de la peinture écaillée, du sang, de la sueur et de l’alcool exhalés par son protagoniste. Un récit structuré sur la base de deux histoires avec un protagoniste commun et complémentaire, où l’hybridation entre la tradition du réalisme latino-américain et l’héritage du cinéma de Pasolini et des frères Taviani donne lieu à deux tonalités différents et à une construction organique qui transforme les formes et le ton du long métrage pour culminer dans une sorte d’épiphanie mystique et religieuse.

Une œuvre profondément physique et inspirante à aller voir comme une expérience à vivre, sur grand écran.

 

Robuste… et lumineux !

Après avoir fait l’ouverture de la 60e Semaine de la Critique durant l’édition estivale du dernier Festival de Cannes, Robuste,  premier film de la réalisatrice suisse Constance Meyer arrive aujourd’hui sur les écrans français. Un excellent Gérard Depardieu face à la lumineuse Déborah Lukumuena, révélée en 2017 par le bouleversant Divines.

Lorsque son bras droit et seul compagnon doit s’absenter pendant plusieurs semaines, Georges, star de cinéma vieillissante, se voit attribuer une remplaçante, Aïssa. Entre l’acteur désabusé et la jeune agente de sécurité, un lien unique va se nouer.

Délicat, drôle, attachant, profond et plein d’humanité sont, sans doute, les qualificatifs qui conviennent le mieux pour évoquer cette jolie histoire où interprétation et mise en scène viennent la servir magnifiquement. 

Robuste raconte une amitié qui se noue malgré les différences, voire même les oppositions naturelles. Robuste est même un antidote à tous les discours haineux et nationalistes. Alors il y a tout d’abord Georges, un rôle écrit sur mesure pour Gérard Depardieu, au point où l’on de demande où commence le jeu de Georges et où se tapit Gérard. Star vieillissante, plein d’amertume, fatiguée, qui ne supporte pas d’être sans cesse sollicitée, mais qui demeure attachant, en particulier dans certains rapports individuels construits autour de l’amitié. Un homme pétri de paradoxes, qui aimerait tant qu’on lui foute la paix, mais qui a un besoin vital d’une présence pour ne pas rester seul. Depardieu est tout simplement admirable avec, en plus, quelques sorties grandiloquentes qui font inévitablement mouche dans la salle. À souligner le magnifique final où l’acteur se retrouve à jouer (enfin) la fameuse scène tant répétée et entrer dans le « costume » de son personnage avec une éclatante élégance.

Et puis il y a Aïssa, cette lutteuse gréco-romaine, qui vient remplacer son « grand frère » et chef Lalou auprès de Georges. On a tous les éléments pour entrevoir se profiler le choc des clichés sur la confrontation de ces deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, telle une farce facile et de mauvais goût. Et que nenni ! La réalisatrice Constance Meyer nous conduit autre-part, choisissant d’installer une douce complicité qui se forge tranquillement entre les deux protagonistes. Déborah Lukumuena est incroyablement belle, rayonnant par ses diverses expressions. Son regard monopolise l’objectif avec une puissance rare.

Robuste est une rencontre de deux solitudes filmées avec pudeur et délicatesse bienveillante. Un film qui fait du bien, et qui vous fait sortir de la salle obscure satisfait et intérieurement éclairé. Et alors, dans ces temps sombres Robuste devient une valeur clairement ajoutée !

 

L’amour c’est mieux que la vie… un début de jubilé

Cinquantième film de Claude Lelouch pour célébrer l’amour qui a toujours imprégné l’œuvre et la vie du réalisateur. Mais alors pourquoi faire simple… Lelouch se donne ici le droit d’ouvrir un retable, une comédie (pas si dramatique) en 3 actes dont L’amour c’est mieux que la vie n’en serait que l’ouverture, avec sa bande d’acteurs fétiches, mais aussi toute une Histoire qui précède et qui, de-ci de-là, apporte quelques images, quelques notes, et comme un lien divin à son histoire.

Les trois A : L’AMOUR, L’AMITIÉ et L’ARGENT sont les trois principales préoccupations de l’humanité. Pour en parler le plus simplement possible, Gérard, Ary et Philippe ont fait connaissance il y a 20 ans, à leur sortie de prison, et se sont tout de suite posé la vraie question : Et si l’honnêteté était la meilleure des combines ? Aujourd’hui, ils sont inséparables et scrupuleusement vertueux… Mais Gérard apprend qu’il souffre d’un mal incurable. Le sachant condamné, Ary et Philippe veulent lui offrir sa dernière histoire d’amour… car Gérard a toujours répété que l’amour c’était mieux que la vie.

Avec Lelouch tout est possible… à la fois ne pas être surpris par un style, une thématique, une ambiance, mais aussi se laisser embarquer et chavirer par la beauté et l’authenticité d’un scénario et de personnages qui transpirent le naturel. Et de là permettre aussi une certaine folie où un Jésus danse avec ‘une’ diable, ce même Jésus (ou ‘une’ autre) fait des farces à deux policiers dépassés, entre par la gauche dans un taxi et revient par la droite dans la peau d’un médecin du Samu. Une audace qui autorise des autocitations ou l’utilisation d’images de films et de héros passés qui viennent s’intégrer comme des archives d’une histoire qui s’écrit sur l’écran. Une maitrise qui joue sur les répétitions pour dire encore et encore un message universel qui pourra sembler convenu à beaucoup mais qui pourtant… reprend les codes d’anciennes paroles : Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande des trois est l’amour. Tout ça pourrait sembler fou et peu convaincant, mais avec ce Lelouch la magie opère à merveille ou plutôt le miracle de l’amour et d’un Dieu auquel il semble vouloir croire de plus en plus, comme le dit pour lui son Gérard (Darmon) dont les jours sont malheureusement comptés, car si l’amour est fort, la vie n’est pas éternelle ici-bas.

Ni trop court ni trop long, dans un véritable équilibre permanent, avec une certaine perfection continuelle, tant technique qu’artistique et narrative, avec aussi gravité et sourire, L’amour c’est mieux que la vie est un vrai joli moment de cinéma qui fait beaucoup de bien, je dois dire, et qui offre, pour ceux qui le veulent, une certaine porte ouverte à une réflexion plus poussée. Car ici, ce sont certaines des colonnes de l’existence humaine avec lesquelles Lelouch joue une fois de plus : les trois A évoqués dans le synopsis officiel, mais aussi le sens de la vie et l’approche de la mort, un rapport au destin, à la foi, au miracle possible. On y parle d’honnêteté dans les affaires comme dans les sentiments, de fidélité, de liens aux anciens, aux parents, et donc aussi d’héritage… et puis de rêve.

Et Lelouch termine justement en nous faisant nous aussi rêver. Rêver que les impondérables ne viennent pas gâcher ce fou et doux projet que deux autres actes prévus encore puissent venir nous raconter la suite avec les uns et les autres, ces mêmes acteurs et de nouveaux encore… avec un homme et une femme… car, oui, l’aventure c’est l’aventure ! Alors nous partons maintenant mais nous espérons y revenir très vite.

 

Nos âmes d’enfants… contre l’oublie

Pour ce dernier mercredi de janvier, Nos âmes d’enfants vient nous enchanter tant par la beauté visuelle que le sens et la profondeur de son propos. Un duo extrêmement attachant, composé de Joaquin Phoenix au summum de son art et du tout jeune Woody Norman, avec également l’actrice Gaby Hoffmann, mais aussi, de l’autre côté le directeur de la photographie irlandais Robbie Ryan et le scénariste-réalisateur Mike Mills, tous remarquables dans leurs apports respectifs.

Phoenix interprète le rôle de Johnny, un journaliste radio qui qui parcourt le pays pour interviewer des enfants sur leurs réflexions concernant leur monde et leur avenir. Il reçoit un appel téléphonique de sa sœur Viv (Gaby Hoffman), alors qu’il est en mission à Détroit. Il y a une urgence et Viv a besoin que Johnny vienne à Los Angeles pour s’occuper de son neveu de neuf ans, Jesse (Woody Norman), pendant qu’elle rejoint Oakland pour persuader le père du garçon, Paul (Scoot McNairy), en souffrance psychologique, de se faire soigner. Johnny prend immédiatement l’avion. Non préparé à cette responsabilité et au comportement de Jesse, Johnny connaît des débuts difficiles dans son nouveau rôle, alors qu’il tente de jongler entre son emploi du temps et les rigueurs de la vie quotidienne de ce rôle de tuteur. Lorsqu’il apprend qu’il doit partir à New York pour continuer sa série d’entretiens, Johnny demande à Viv si Jesse peut l’accompagner. C’est ainsi que commence un voyage qui va changer toutes leurs vies.

Dans Nos âmes d’enfants, les enfants précisément sont présentés comme des êtres humains à part entière, c’est-à-dire dans leurs complexités propres et avec de riches et pertinentes pensées qui peuvent nous en dire long sur le sens de l’existence. Ici aussi, les épreuves ou difficultés de l’éducation sont abordées avec une honnêteté frontale qui donne lieu, de la sorte, à l’un des films les plus honnêtes et les plus réconfortants possibles.

Sur le papier, il s’agit d’un sympathique scénario mélodramatique, mais le scénariste et réalisateur Mike Mills (Beginners, 20th Century Women), qui s’est progressivement imposé comme l’un des meilleurs chroniqueurs de la vie familiale du cinéma américain, en fait autre chose de bien plus profond par son approche particulièrement nuancée qui sent bon cette sincérité qui fait toute la différence. Oui, il se dégage, tout au long du récit, une honnêteté sans faille, de l’humour et un refus de servir des problèmes émotionnels trop facilement résolus. Le choix du monochrome pour tourner son film peut alors évoquer les nombreuses zones grises qui existent lorsqu’il s’agit de la famille : rien n’est vraiment purement noir et blanc et on ne peut jamais vraiment tout savoir sur les personnes dont on est censé être le plus proche. Mills ajoute également à la texture de la vie intérieure de ses personnages, par le fait de citer des livres et des essais et en notant ses sources à l’écran – une technique qui exploite l’idée qu’en l’absence d’un manuel parental bien défini, la plupart des familles ne font qu’improviser, assemblant à la volée un patchwork de conseils aléatoires dans le vague espoir qu’ils suffiront ainsi à maintenir les choses en place.

Mills a choisi de faire de Johnny un animateur radio qui interroge des enfants sur leurs espoirs et leurs rêves pour l’avenir du monde. Ces moments, capturés avec de vrais enfants et non avec des acteurs qui réciteraient leurs scripts, font partie des meilleurs moments de Nos âmes d’enfants. Que de séquences bouleversantes par la qualité des mots de ces jeunes gens, des choses qui vous donneront certainement une espérance pour l’avenir. Mills choisit de montrer ces interviews tout au long du film (et même au-delà), passant de l’histoire fictive de Johnny et Jesse à celle de vrais enfants dans de vraies villes, qui expliquent leurs espoirs, leurs rêves et leurs craintes. Encore une fois, la sincérité et l’honnêteté de ces enfants sont magnifiques. Pas une seule image de ce film nous donne l’impression que Mills essaie de nous berner. Johnny, Jesse et Viv nous rappellent, quant à eux, que nous sommes tous des êtres humains complexes et que rien n’est facile. Qu’il est bon aussi de s’entendre dire : « C’est normal de ne pas aller bien, tu sais ? » mais qu’il faut tout de même tenir bon, aller jusqu’au bout, et chercher à goûter à la qualité des relations humaines qui ne peuvent se construise véritablement que sur la sincérité et la bienveillance.

Enfin, si Johnny prétend que « l’on oublie tout », Nos âmes d’enfants devient paradoxalement une sorte d’hymne à la mémoire qui passe nécessairement par le goût et la capacité de l’écoute… écouter le monde, écouter l’autre et finalement s’écouter soi-même. Mills est connu pour ses films qui montrent le bon, le mauvais, le laid et le beau de l’humanité, et celui-ci est bel et bien un magnifique exemple du genre… Une grande et belle leçon de vie !

 

La vie extraordinaire de Louis Wain… Cha(t)rmant à souhait

La vie extraordinaire de Louis Wain, à voir actuellement sur Canal +, retrace, comme son nom l’indique, l’existence originale, difficile et touchante de cet artiste britannique, interprété par Benedict Cumberbatch. Wain était un individu excentrique avec un large éventail d’intérêts, de passions, qui s’est fait connaître dans l’Angleterre victorienne pour ses peintures de chats anthropomorphes, qui ont enchanté le monde entier. Principal soutien financier d’une famille comprenant sa mère et ses cinq sœurs, la vie de Louis Wain commence véritablement à prendre forme et sens lorsqu’il engage Emily Richardson (Claire Foy) comme gouvernante pour ses deux petites sœurs.

La vie extraordinaire de Louis Wain est un film qui a du caractère. À l’image de son héros et d’une sorte de refrain qui revient tout au long de son déroulement, il regorge d’électricité (le titre original est d’ailleurs The Electrical Life of Louis Wain), et dégage un charme immense. Ses personnages sont en effet extrêmement attachants, Andrea Riseborough et Toby Jones offrant des performances admirables aux côtés de Cumberbatch et Foy. Le film peut également s’avérer très drôle, sur certains points, avec toutes sortes de bizarreries sympathiques.

Benedict Cumberbatch est parfait, une fois de plus, dans le rôle de Louis Wain. Il démontre l’étendue de son talent ces derniers temps, en gardant notamment à l’esprit qu’il vient de livrer une formidable partition dans The Power Of The Dog. Wain est un homme quelque peu maladroit et farfelu. Il montre des signes d’instabilité mentale et souffrira ultérieurement de schizophrénie. Pour certains aujourd’hui, il aurait  était atteint du syndrome d’Asperger. Bien qu’il puisse sembler manquer d’empathie dans certaines situations, son éthique de travail est indéniable et son talent immense. C’est un homme marqué enfin  par l’amour pour celle qui deviendra sa femme au mépris des convenances d’usage, et c’est là sans doute que se situe l’essence même du film. Dans un monde très normalisé, il est facile de voir comment ces deux personnages vont se trouver et s’aimer.

Techniquement, la lumière et le rendu photographique sont tout simplement magnifiques et apportent un cachet particulier au long métrage. C’est un délice visuel et un voyage fascinant à ne pas manquer.