CANNES 2021

Carlos Santana « Blessings & Miracles »

Certains puristes regretteront les nombreux featuring qui diversifie la proposition, mais d’autres lunettes sont disponibles. Je préfère pour ma part me munir de celles permettant de voir chez Santana cette faculté constante d’adaptation, du talent à savoir s’enrichir de la culture de l’autre… tout en gardant un son, un feeling et un style unique.

Cannes 2021… et alors ?

La première chose à retenir c’est que l’édition 2021 du Festival de Cannes aura bien eu lieu ! Pas si évident que cela, en y repensant, et à quelques jours près les choses auraient peut-être été un peu compromises. Mais voilà, 24 films en compétitions et une multitudes d’autres projections dans les diverses sections qu’offre la Quinzaine, sans compter les séances spéciales et les hors-compétition, les courts-métrages et autres surprises de dernière minute…

Les intranquilles… quand la famille s’épuise

Les intranquilles, le drame belge du réalisateur Joachim Lafosse avec Leïla Bekhti et Damien Bonnard, concluait hier la présentation des 24 films de la compétition dans cette 74ème édition du Festival de Cannes. Un film coup de poing qui laisse des traces dans le cœur en explorant l’histoire d’une famille déchirée par la bipolarité.

Haut et fort… mais un peu frustré !

Haut et fort, pour découvrir la réalité du centre culture Les Étoiles, un espace dédié à la formation des jeunes du quartier aux métiers des arts et de la scène et ici plus précisément du hip-hop. L’ancien rappeur Anas (Anas Basbousi dans son propre rôle) prend un emploi dans un centre culturel d’un quartier populaire de la ville et tente d’enseigner le rap à un groupe mixte d’adolescents. Ses élèves répondent avec enthousiasme, en apportant leurs problèmes personnels.

Les Olympiades… romance d’aujourd’hui

Il ne serait pas surprenant de retrouver samedi soir dans le palmarès 2021, et pourquoi pas pour une deuxième Palme d’or, avec Les Olympiades le nouveau film magistral de Jacques Audiard, racontant des histoires d’amour d’aujourd’hui au cœur des Olympiades, un ensemble de tours du 13ème arrondissement de la capitale. Les Olympiades est l’adaptation d’un roman graphique américain d’Adrian Tomine Les Intrus qui est à l’origine un recueil de six histoires.

Un héros… payer sa dette

C’est toujours un plaisir certain de découvrir un nouveau film d’Asghar Farhadi en Festival. Car on sait généralement que l’on va assister à du très bon ! Le réalisateur iranien, qui avait remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2012 avec Une Séparation, est un maître du conte moral tortueux, dans lequel les questionnements éthiques façonnent le scénario. Un héros présenté dans la Compétition Cannoise cette année, est un excellent cru et il est un sérieux concurrent pour plusieurs prix.

Blue Bayou… Je t’ai choisi !

Chaque année au Festival de Cannes, la sélection Un Certain Regard nous révèle de véritables pépites où l’émotion l’emporte. Cette année, c’est manifestement le cas avec Blue Bayou du cinéaste américain Justin Chon , qui aborde le douloureux sujet de la déportation massive d’enfants adoptés devenus adultes aux États-Unis et dont on parle peu.

The French Dispatch… No crying

À l’heure où le journalisme est souvent décrié, voir insulté, Wes Anderson nous offre, avec The French Dispatch, sa lettre d’amour à la presse écrite. Un véritable tapis rouge de stars, de Bill Murray à Benicio del Toro en passant par Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Adrien Brody,

Tre piani… drames à tous les étages !

Tre piani (Trois étages), de Nanni Moretti, l’un des grands maîtres du cinéma italien de ces dernières décennies, est en compétition dans la section officielle du Festival de Cannes. Il se présente comme une œuvre chorale explorant les peines de la classe moyenne italienne au-travers de l’histoire de plusieurs familles résidant dans les trois étages d’un immeuble romain.

La Fracture… rien ne va plus !

Présenté dans la Compétition du Festival de Cannes, La Fracture de la scénariste et réalisatrice Catherine Corsini nous plonge au plus fort des manifestations des gilets jaunes, mais dans l’univers anxiogène des Urgences d’un hôpital parisien. Mélange de mélodrame, de comédie, et avec certains codes des films d’action,

Compartiment n° 6… en parabole

Voyage, Voyage de Desireless, sorti en 1986, et entendu à trois reprises dans Compartment n° 6 de Juho Kuosmanen donne le ton. C’est là que nous sommes conviés. Dans un voyage pas banal, où un train devient le lieu de confinement et de rencontre avec l’inconnu, et la porte à une transformation. Une romance ferroviaire loin des clichés glamour possibles qui devient ici parabole.

Lingui… pour refuser de subir

Huit ans après avoir participé à la compétition du Festival de Cannes avec Grisgris, le cinéaste originaire du Tchad, Mahamat-Saleh Haroun, est de retour cette année avec Lingui, les liens sacrés. Un habitué de la compétition cannoise, qui a déjà remporté le prix du Jury pour Un homme qui crie en 2010. Si son film est motivé par ce qui semble être une saine colère à l’égard du traitement des femmes dans son pays majoritairement musulman, Haroun choisit de s’intéresser plus spécifiquement à l’histoire de deux femmes

Julie (en 12 chapitres)… comment choisir ?

Julie (en 12 chapitres), cinquième film de de Joachim Trier, donne au réalisateur norvégien l’occasion de revenir pour la troisième fois sur le tapis rouge de la Croisette. Il conclut ici une sorte de trilogie commencée avec Nouvelle donne et Oslo, 31 août pour parler de personnes souffrant du vertige du temps qui les traverse

Rehana maryam noor… resister à tout prix !

Ce 74e Festival de Cannes nous a offert un détour rare par le Bangladesh, avec Rehana maryam noor d’Abdullah Mohammad Saad dans la section « Un certain regard ». .Professeur adjointe dans un hôpital universitaire, Rehana s’efforce de maintenir l’équilibre entre son travail et sa famille, jonglant entre ses responsabilités de professeur, médecin, sœur, fille et mère

Tout s’est bien passé… mais à quel prix ?

François Ozon revient cette année en compétition au Festival de Cannes avec Tout s’est bien passé, adaptant là les mémoires éponymes de l’auteure Emmanuèle Bernheim, un drame familial résolument non sentimental et profondément élégant sur une auteure parisienne qui tente d’honorer le souhait de son père malade et extrêmement diminué de mettre fin à ses jours.

Robuste… à deux c’est mieux

Lorsque son bras droit et seul compagnon doit s'absenter pendant plusieurs semaines, Georges, star de cinéma vieillissante, se voit attribuer une remplaçante, Aïssa. Entre l'acteur désabusé et la jeune agente de sécurité, un lien unique va se nouer.
Robuste, c'est une rencontre de deux solitudes filmées avec une grande pudeur et beaucoup de délicatesse bienveillante. Un film qui fait du bien, et qui vous fait sortir de la salle obscure satisfait et intérieurement éclairé

Annette… nous nous sommes tant aimés !

Pour ouvrir les festivités cannoises, Leos Carax avec Annette qui sort dans les salles de cinéma ce même jour. Un drame musical surréaliste imaginé par le groupe pop Sparks et avec Adam Driver et Marion Cotillard en tête d’affiche. Derrière ses allures totalement barrées et assumées, Annetteouvre des perspectives intéressantes pour réfléchir à la célébrité, à l’amour et au pardon.

Wendy… ô temps, suspends ton vol !

Il existe parfois des films et des réalisateurs par voie de conséquences, qui vous impactent si fort qu’une forme d’adéquation naturelle s’opère ensuite. C’est une peu mon expérience avec Les bêtes du Sud-sauvage (Beasts of the Southern Wild) de Benh Zeitlin, en 2012 lors de mon premier Festival de Cannes comme membre du Jury œcuménique. Depuis, en quelques sortes, j’attends la suite… et voilà que sort ce mercredi 23 juin, enfin, Wendy !

La nuée… l’horreur est dans le pré, cours-y vite !

Premier long métrage de Just Philippot, et porté par le label de la Semaine de la Critique 2020, La Nuée est enfin sorti en salles le 16 juin dernier, après que sa sortie n’ait été reportée maintes fois en raison de la Covid. Un film plein d’audace et d’imagination qui démontre que le cinéma français sait aussi parfois sortir des créneaux habituels qui ont fait sa marque de fabrique.

Sous les étoiles de Paris… s’aider encore et malgré tout

Claus Drexel réalise Sous les étoiles de Paris, un aperçu de celles et ceux qui vivent une existence en marge au cœur de Paris, avec Catherine Frot et l’impressionnant Mahamadou Yaffa. Délicate et sincère, cette fiction nous accroche grâce aux superbes interprétations de ce magnifique duo d’acteurs, ainsi qu’au ton calme et émotionnel que le cinéaste a su créer.

The Last Hillbilly… une autre Amérique

En un peu plus d’une heure The Last Hillbilly trace poétiquement les contours du portrait d’un homme du Kentucky et de sa communauté. Dans la culture populaire américaine d’aujourd’hui, le terme « hillbilly » (que l’on pourrait traduire par « bouseux », « péquenauds ») est souvent utilisé pour décrire une personne peu sophistiquée, pauvre et originaire de la campagne.

Nomadland… 3 raisons parmi tant d’autres

Nomadland, le road-movie de la réalisatrice Chloé Zhao qui suit le parcours de nomades vivant dans des fourgonnettes dans une Amérique frappée par la récession, a triomphé lors de la 93e cérémonie des Oscars en raflant trois statuettes, et pas les moindres : celles du meilleur long-métrage, de la meilleure réalisatrice et de la meilleure actrice pour Frances McDormand. Trois raisons éclatantes pour se précipiter dans les salles ce mercredi 9 juin pour le découvrir.

A DECOUVRIR !

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NOUVEAU ! « Je confine en paraboles »

Chaque jour à 7h45 , pendant ce temps de confinement, je vous propose ma minute-vidéo « Je confine en parabole »… histoire de bien démarrer la journée.
Que celui qui a des oreilles…

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Blue Bayou… Je t’ai choisi !

Chaque année au Festival de Cannes, la sélection Un Certain Regard nous révèle de véritables pépites où l’émotion l’emporte. Cette année, c’est manifestement le cas avec Blue Bayou du cinéaste américain Justin Chon , qui aborde le douloureux sujet de la déportation massive d’enfants adoptés devenus adultes aux États-Unis et dont on parle peu. Il réussit an plus à élargir les angles avec brio en traitant des origines et de ce qui crée les liens familiaux.

Dans la première scène du film le ton est donné lors d’un entretien d’embauche : « D’où venez-vous vraiment ? » C’est une question invasive qui est hélas terriblement familière pour les personnes de couleur (comme on dit), une question qui s’immisce insidieusement dans leur vie quotidienne. Bien qu’elle puisse avoir des intentions innocentes et parfois même sympathique voir empathique, elle est pourtant souvent hostile et ne sert qu’à stigmatiser ou exclure. Vous n’êtes pas vraiment à votre place ici, voilà la véritable signification qui se cache alors sous cette question. C’est donc cette même question qui est posée à Antonio (Justin Chon). Et cette question omniprésente sur les origines résonnera dans l’esprit de nombreux spectateurs tout au long du film qui utilise l’histoire d’Antonio pour illustrer le fait que, quelle que soit la durée de notre séjour quelque part, notre droit d’y vivre pourra toujours être remis en question. 

Depuis son premier film Gook primé à Sundance en 2017, centré sur les émeutes à Los Angeles, jusqu’au drame familial Ms. Purple, deux ans plus tard, l’acteur et cinéaste Justin Chon travaille autour d’histoires asio-américaines. Avec Blue Bayou, il élargit son sujet en découvrant la déportation massive d’enfants adoptés, à l’âge adulte. Comme l’indiquent le texte précédant le générique de fin, des dizaines de milliers d’adoptés ont été expulsés ou sont en voie de l’être aux États-Unis, en raison d’un vide juridique exploitée. La loi sur la citoyenneté des enfants, qui accorde la citoyenneté à tous les enfants adoptés à l’étranger, ne protège pas ceux qui ont eu 18 ans avant la promulgation de la loi en 2001. Ce film touchant raconte l’histoire d’un tatoueur de la Nouvelle-Orléans (Chon) qui, bien qu’il vive aux États-Unis depuis qu’il a été adopté en Corée lorsqu’il était enfant, risque d’être expulsé après une arrestation mineure sans rapport avec le sujet. Bien qu’il ait été amené aux USA à l’âge de trois ans et qu’il vive en Louisiane depuis plus de 30 ans, qu’il est marié à Kathy (Alicia Vikander) qui attend maintenant un bébé de lui et qu’il soit aussi devenu le « père » de la fille, il se retrouve menacé.

Blue Bayou fonde donc son scénario sur cette situation mais Chon parvient néanmoins à donner toute l’ampleur à son film lorsqu’il se concentre sur la délicate amitié entre Antonio et Parker (Linh Dan Pham), une réfugiée vietnamienne à la voix douce et une patiente atteinte d’un cancer dans ses derniers jours. Alors qu’Antonio tente de prouver aux autorités qu’il est authentiquement américain, Parker est celle qui l’aide à se sentir asiatique, ce qui est d’autant plus précieux qu’il a passé la majeure partie de sa vie sous la garde de parents adoptifs blancs. S’ajoute merveilleusement bien à tout cela, comme quelques perles précieuses de plus au collier, le lien filial qui se tisse entre Antonio et la fille de Kathy, non par quoi que ce soit d’imposé mais par l’expression du choix : « je t’ai choisi ! ». À partir de là, et de l’histoire passée d’Antonio avec ses parents adoptifs et celle avec sa mère biologique se dévoile toute une réflexion sur ce qui nous fait être famille, ce qui nous lie ou plutôt nous relie…

Chon filme tous ces moments avec une beauté envoûtante. La chaleur de la Louisiane irradie l’écran tandis que la caméra capte les gouttelettes de sueur qui coulent sur les visages épuisés. On sent l’influence du maître Wong Kar-wai, perceptible plus ou moins partout, dans les néons aveuglants d’un salon de tatouage, les lumières scintillantes des rues animées de la Nouvelle-Orléans et dans l’histoire même d’un amour passionné qui s’effiloche lentement. Ce n’est peut-être d’ailleurs pas une coïncidence si le véhicule de prédilection d’ Antonio est une moto…

Blue Bayou arrive donc peut-être à point nommé, à la fois pour son réalisateur en pleine ascension et pour l’urgence morale qu’il expose de façon si déchirante. Et pour conclure, je repense avec tendresse à ces doux moments de subtilité, que nous offre Blue Bayou. Comme celui où Parker explique à Antonio que la fleur de lys est courante au Vietnam comme à la Nouvelle-Orléans. C’est sa fleur préférée parce que « les nénuphars ont l’air de ne pas avoir de racines, mais ils en ont ». Les humains s’adaptent facilement, mais à un moment donné, nous nous plantons là où nous sentons et savons que nous avons notre place.

> À voir en salle à partir du 15 septembre

 

The French Dispatch… No crying

À l’heure où le journalisme est souvent décrié, voir insulté, Wes Anderson nous offre, avec The French Dispatch, sa lettre d’amour à la presse écrite. Un véritable tapis rouge de stars, de Bill Murray à Benicio del Toro en passant par Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Adrien Brody, Frances McDormand mais aussi (cocorico) Léa Seydoux et Mathieu Almaric, nous donne de progresser dans ce 10ème enchantement cinématographique signé du brillantissime réalisateur américain qui est là tout à fait fidèle à son style, et le sublime même.

Prévu pour être le film d’ouverture du Festival de Cannes l’an dernier, le dernier long métrage de Wes Anderson a su attendre et a été enfin dévoilé en compétition lors de l’édition 2021. Quelle joie ! The French Dispatch est un clin d’œil décalé à l’époque où la presse écrite régnait en maître, avec une forme d’hommage aux belles heures du New Yorker et à ses légions d’écrivains très influents, avec en prime l’amour d’Anderson pour la littérature, l’art et la musique.

Dans la ville française fictive d’Ennui-sur-Blasé (le nom à lui seul mérite notre attention), au cœur des années 1960, se trouvent les bureaux de « The French Dispatch », un supplément dominical du journal Liberty, Kansas Evening Sun. Ce magazine est consacré aux questions de culture, de politique et de société. Annoncé comme « une notice nécrologique, un bref guide de voyage et trois articles de fond », le film se déroule sous la forme de quatre courts métrages encadrés par un prologue et un épilogue traitant de la mort du premier et unique rédacteur en chef du magazine éponyme, Arthur Howitzer Jr (Bill Murray) qui avait écrit « No crying » (on ne pleure pas) au-dessus de la porte de son bureau. Puisque le magazine doit être fermé après sa mort, le film devient à la fois le dernier numéro du magazine et un hommage à Howitzer Jr lui-même, le genre de rédacteur en chef de rêve et dont le conseil le plus sage à ses rédacteurs était « essayez de donner l’impression que vous l’avez écrit comme ça exprès ». Lorsqu’il apprend que son dernier numéro contient un article de trop, dont beaucoup dépassent de plusieurs milliers de mots la longueur de l’article, Howitzer décide de ne rien couper, mais de « retirer quelques publicités et d’acheter plus de papier ». Quatre de ses auteurs vedettes nous servent alors de guides. Tout d’abord, Herbsaint Sazerac (Owen Wilson), nous propose une visite guidée à vélo des différents quartiers d’Ennui. La visite se fait grâce à une rafale de tableaux visuels poétiques et fantaisiste, à la Jacques Tati, avec des plans tout particulièrement étourdissants et inventifs. Mais ce n’est qu’un avant-goût de l’ingéniosité visuelle à venir, avec des arrêts sur image, des plans qui passent de la couleur au noir et blanc et vice-versa, en fonction de l’aspect qui sert le mieux au moment présent, ou l’usage tout à fait génial de l’animation rendant par là-même un vibrant hommage à Angoulême où fut entièrement tourné The French Dispatch. Viennent ensuite les trois articles principaux, le premier étant celui de Tilda Swinton, critique d’art, JKL Berenson, qui raconte l’histoire d’un artiste un peu fou incarcéré (Benicio Del Toro), de sa gardienne et muse (Léa Seydoux) et de son marchand sans scrupules (Adrien Brody). Vient ensuite, dans la section « Politique et poésie », la Lucinda Krementz interprétée par Frances McDormand, la correspondante en politique et en poésie, qui fait preuve de neutralité journalistique même lorsqu’elle couche avec sa proie, un leader étudiant appelé Zeffirelli (Timothée Chalamet) sur les barricades de la révolution de l’Échiquier. Enfin, le critique gastronomique Roebuck Wright, interprété par Jeffrey Wright, dont l’article sur une curieuse cuisine pratiquée par le légendaire chef de la police Nescafier se transforme en un récit policier captivant, agrémenté d’une poursuite en voiture animée, lorsque le commissaire de la police (Mathieu Amalric) découvre que son fils a été kidnappé par une bande de malfrats.

Le film est un hymne à la curiosité et aux petites histoires du quotidien – Anderson est manifestement épris de ce style de journalisme qui martèle des milliers de mots sur des sujets de niche. Mais il s’agit aussi de l’incomplétude nécessaire d’une vie curieuse. Les scribes de Howitzer sont tous loin de chez eux, « à la recherche de quelque chose qui leur manque, de quelque chose qu’ils ont laissé derrière eux », comme le dit Nescofier de façon douce-amère. Et au milieu de la fantaisie et de l’ironie luxuriante de son scénario, Anderson lance régulièrement de véritables petites grenades de perspicacité qui font mouche à tous les coups !

The French Dispatch est une œuvre tout à fait éblouissante à tout point de vue. Évidemment, c’est un bijou de maîtrise de l’histoire, avec un sens unique du découpage, du rythme, du cadrage et de la mise en scène. Mais Wes Anderson s’est une fois encore aussi entouré d’artistes redoutables, qu’il s’agisse de la merveilleuse bande orchestre de M. Alexandre Desplat, de la sublime photographie de M. Robert Yeoman, ou du travail quasi héroïque de l’éditeur, M. Andrew Weisblum. C’est un film qui se déguste tout simplement comme l’on se pose, dans un musée, devant un tableau de maître pour faire silence… regarder, observer, et se laisser toucher.

 

 

 

Tre piani… drames à tous les étages !

Tre piani (Trois étages), de Nanni Moretti, l’un des grands maîtres du cinéma italien de ces dernières décennies, est en compétition dans la section officielle du Festival de Cannes. Il se présente comme une œuvre chorale explorant les peines de la classe moyenne italienne au-travers de l’histoire de plusieurs familles résidant dans les  trois étages d’un immeuble romain.

Loin des jongleries autofictionnelles d’antan, Nanni Moretti s’est taillé, dans ses dernières œuvres, un style que l’on pourrait définir comme néoclassique. Ainsi, son nouveau film, Tre piani est présenté comme une œuvre sobre, allergique à tout artifice, qui nous ramène sur le territoire de Mia madre, Habemus papam ou du désormais plus lointain La chambre du fils. Nous parlons ici de films qui se concentrent sur l’observation discrète des afflictions quotidiennes de leurs protagonistes. Un ensemble de douleurs qui ici se multiplient grâce à la forme chorale d’un film qui a pour personnages les voisins d’un immeuble de trois étages, situé à Rome. Nous sommes au cœur de l’Italie de la classe moyenne supérieure, où se côtoient juges, architectes et techniciens du bâtiment. Mais plus que la spécificité des professions et des situations financières des personnages, Moretti s’intéresse à l’universalité des drames qui se jouent dans ce même immeuble.

Basé sur le roman éponyme de l’écrivain israélien Eshkol Nevo, Tre Piani réunit, dans ses photographies familiales, un couple d’âge moyen (Elena Lietti et Riccardo Scamarcio) préoccupé par le bien-être de leur jeune fille qui, une nuit, se perd dans un parc avec un voisin âgé qui montre des signes de démence. On y voit également une jeune femme (Alba Rohrwacher) qui, confrontée à l’expérience difficile de sa première maternité, commence à soupçonner qu’elle est peut-être en train de devenir folle, comme sa mère. Dans un autre appartement, une adolescente (petite fille du voisin âgé précédent) tente de séduire le père de famille joué par Scamarcio. Enfin, Moretti lui-même et Margherita Buy, héroïne de Mia Madre, jouent le rôle d’un couple marié âgé qui doit faire face à l’épreuve juridique et aux frasques de leur fils, qui a tué une femme dans l’accident de voiture qui ouvre assez brutalement le film. À partir de cette tapisserie de prémisses dramatiques, le réalisateur italien construit une histoire dans laquelle la tension des conflits contraste avec une mise en scène extrêmement sobre et dépourvue de tout artifice.

Déployant une admirable économie formelle et dramatique, Moretti réalise un film qui, soucieux du temps qui passe – comme le montrent les deux ellipses de cinq ans qui ponctuent le récit – aborde avec une humanité désarmante des sujets aussi variés et universels que les peurs de la parentalité, la douleur de l’absence, le désarroi de l’entrée dans l’âge adulte, ou l’éveil à l’horizon de la mort (et pas mal d’autres sujets encore d’ailleurs). Basé sur le modèle littéraire du récit choral, Tre piani peut surprendre les téléspectateurs habitués à la structure narrative des séries télévisées. Moretti, au risque de paraître superficiel, préfère, lui, la synthèse de contours bien définis. Une fois encore, Moretti nous démontre son intérêt pour l’observation subtile et attentive des joies et des peines de la condition humaine et encore plus, sans aucun doute, l’énorme respect qu’il manifeste pour ses personnages,

Vous l’aurez surement ressenti, j’aime profondément le cinéma de Moretti… et si Tre piani a divisé la critique sur la Croisette, je fais partie de ceux qui prenne un vrai plaisir à entrer dans son regard et suivre sa manière de faire.

La Fracture… rien ne va plus !

Présenté dans la Compétition du Festival de Cannes, La Fracture de la scénariste et réalisatrice Catherine Corsini nous plonge au plus fort des manifestations des gilets jaunes, mais dans l’univers anxiogène des Urgences d’un hôpital parisien. Mélange de mélodrame, de comédie, et avec certains codes des films d’action, le film offre la possibilité d’aborder des questions sociales fortes mais avec légèreté et un manichéisme retenu.

Au début du film, sur le mode de la comédie familiale, Julie (Marina Foïs) a annoncé qu’elle mettait fin à leur relation de dix ans, au grand désarroi de Raf (Valeria Bruni Tedeschi), névrosée et en manque d’affection, qui bombarde Julie de SMS alors même qu’elle dort à ses côtés dans son lit. Le lendemain matin, alors qu’Eliot, l’adolescent de Julie, se rend à une manifestation des Gilets Jaunes, Raf poursuit Julie dans la rue, glisse et se retrouve à l’hôpital avec un coude cassé. Au même moment, le chauffeur routier Yann (Pio Marmaï), qui est sur le front de la manifestation, atterrit aux mêmes urgences avec une jambe pleine d’éclats provenant d’une grenade de désencerclement après que la police ait ouvert le feu sur les manifestants. Yann et Raf sont deux des patients d’un hôpital où le personnel est en grève pour obtenir de meilleures conditions, mais continue de travailler malgré les pénuries et les pressions intolérables. Leur persévérance est incarnée par l’infirmière Kim (Aissatou Diallo Sagna), qui doit faire face à des demandes croissantes alors même qu’elle s’inquiète de la santé de son bébé. Tandis que Julie fait du surplace pour tenter de calmer son partenaire, Raf entre en conflit avec Yann, un homme instable et politiquement enragé, qui la considère comme une bourgeoise égocentrique.

Les hôpitaux sont l’un de ces rares espaces – comme les gares ou les bureaux de poste – où l’on peut rencontrer des personnes de pratiquement toutes origines, et La Fracture aborde stratégiquement les urgences comme un microcosme de la société française où des citoyens disparates sont forcés de se mélanger… ou de s’affronter, selon le cas. Moins stressantes que les interactions entre patients sont les différentes crises qui requièrent l’attention du personnel à tout moment, et aussi multitâches qu’ils puissent être, il est clair que l’hôpital est débordé – sans parler du système qu’il représente.

Le film ne traite pas seulement d’une fracture osseuse ou de celle de la société française – les tensions entre les classes sociales atteignant à nouveau leur point d’ébullition sous l’ère Macron – mais aussi d’un moment critique où l’on peut tous craquer de toute part. Cette fracture ne touche pas seulement le bras d’un personnage, mais la stabilité sociale nationale, le système de santé français symbolisé par la situation de l’hôpital public, la relation d’un couple de femmes, l’éditrice Julie et l’illustrateur Raf, sans oublier la santé et la situation professionnelle d’un routier manifestant joué par Pio Marmai. Corsini fait cohabiter tout cela, à un rythme effréné, avec une dynamique narrative haletante. La valeur divertissante, l’urgence politique et un trio d’acteurs forts sont les points saillants qui pourraient conduire à un certain succès populaire.

En utilisant sa caméra comme pour filmer un documentaire, Corsini parvient à mêler alors les tonalités avec une étonnante aisance qui fonctionne extrêmement bien. Malgré l’atmosphère particulièrement claustrophobe de ce qui ressemble aussi à un huis clos, elle ne cesse de désamorcer les situations les plus tendues en déclenchant un rire franc du spectateur au travers notamment de répliques et de situations vraiment drôles liées tout particulièrement au duo formé par l’excellente Valeria Bruni-Tedeschi en totale roue libre sous cocktail médicamenteux et le gentil-hargneux Pio Marmaï. Pour ce qui est de l’émotion, elle repose principalement sur les épaules d’Aissatou Diallo Sagna, absolument parfaite dans ce premier rôle au cinéma (elle est aide-soignante dans la vie), celui d’une infirmière en proie à une charge mentale insupportable tant familiale que professionnelle et c’est elle qui finalement éclabousse tout le monde d’une humanité bouleversante au milieu de ce véritable chaos.

On pourrait bien sûr reprocher à Corsini d’en faire plus qu’il n’en faut, au risque de tomber parfois un peu trop dans l’excès burlesque avec Bruni Tedeschi (il aurait probablement suffi que Raf tombe de son brancard une seule fois). Et avec des patients coincés dans une salle d’attente où les flammes brûlent à l’extérieur et où le gaz lacrymogène s’infiltre sous les portes, il peut sembler un peu excessif d’introduire une scène dans lequel un personnage tient une paire de ciseaux sur le cou d’un autre. Néanmoins, la caméra mobile de Jeanne Lapoirie et le montage rapide de Frédéric Baillehaiche font monter sans cesse l’intensité, et même si cette impression d’exagération demeure, l’exercice finalement paye assez bien et procure un effet provocateur.

Pour conclure, la démonstration d’une certaine réussite se trouve sans doute dans le ressenti du spectateur, une fois que le générique final s’égrène sur l’écran… et après avoir pris quelques instants pour tout absorber. Comme le sentiment d’avoir passé nous aussi une nuit bien agitée aux urgences, avec les cicatrices émotionnelles qui le prouvent.

Compartiment n° 6… en parabole

Voyage, Voyage de Desireless, sorti en 1986, et entendu à trois reprises dans Compartment n° 6 de Juho Kuosmanen donne le ton. C’est là que nous sommes conviés. Dans un voyage pas banal, où un train devient le lieu de confinement et de rencontre avec l’inconnu, et la porte à une transformation. Une romance ferroviaire loin des clichés glamour possibles qui devient ici parabole.

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Cette insistance sur la chanson Voyage, voyage n’est pas anodine. Elle permet de nous replonger indirectement dans ces années 80-90 sans besoin de le spécifier. Une sorte de mise en abyme sonore qui offre aussi d’autres ouvertures naturelles. Les paroles de la chanson soulignent en effet le thème général du film, à savoir que le voyage, aussi banal soit-il, est tout autant un processus intérieur. Compartiment n°6 utilise là les codes traditionnels du road movie, avec l’idée d’une errance géographique qui devient reflet d’un voyage intérieur, la route comme révélateur de la découverte de soi. Un voyage fait naturellement de rencontres… partir vers l’inconnu prêt à se confronter à l’autre, quel qu’il soit ! Et dans ce compartiment de train exigu, la rencontre avec l’autre prend une forme intrusive inévitable et pas forcément simple à accepter ou supporter. Enfin, Voyage, voyage fait vibrer les synapses d’une manière agréable et familière, facilitant l’entrée du spectateur dans un film qui, autrement, prend un certain temps à se mettre en place, comme d’ailleurs certaines relations peuvent nécessiter du temps pour se dégeler. 

Seidi Haarla joue le rôle de Laura, une étudiante finlandaise vivant à Moscou avec son amante, professeure de littérature plus âgé, mais si Laura a effectivement une place dans son lit, ce n’est plus vraiment le cas dans sa vie. Elle se retrouve ainsi poussée à monter dans un train de Moscou à Mourmansk, dans les hauteurs du cercle polaire, soi-disant pour explorer les célèbres pétroglyphes de la région. Mais nous comprenons rapidement que tout cela n’était qu’un stratagème pour la larguer… Partir c’est mourrir un peu, mais ce peut-être aussi l’occasion parfois d’une résurrection. Car sans le même wagon se trouve Vadim (Yuriy Borisov), un ouvrier à la vie dure qui essaye de tromper l’ennui de ce voyage grâce à quelques bouteilles de gnôle ou de vodka. Évidemment, Laura est sur ses gardes, mais cela change avec le temps. Nous savons tous où va ce train, le tout est de savoir comment il y arrive. Une sorte de mise en situation de ce qu’aurait dit Confucius : Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir. Un film qui nous rappelle aussi que les apparences sont parfois trompeuses, et qu’il vaut mieux s’en méfier.

Compartiment n°6 est sans doute une histoire simple, modeste, mais où la dimension parabolique l’emporte pour devenir extrêmement puissante et riche. Il devient un véritable beau moment de cinéma qui, je l’espère, saura émouvoir le Jury pour trouver place dans le palmarès. C’est un film qui pourrait aussi sensibiliser le Jury œcuménique présent pour remettre un prix dans la Compétition à partir de critères qui auront là possiblement des connexions possibles et intéressantes.

Juho Kuosmanen nous démontre une fois encore, après son premier long métrage Olli Mäki (qui avait reçu en 2016 le prix Un Certain Regard à Cannes), qu’il est un cinéaste tendre, humaniste, qui sait proposer ce que certains aiment appeler « des petites histoires avec un grand cœur ».

 

CANNES 2021

Blue Bayou… Je t’ai choisi !

Chaque année au Festival de Cannes, la sélection Un Certain Regard nous révèle de véritables pépites où l’émotion l’emporte. Cette année, c’est manifestement le cas avec Blue Bayou du cinéaste américain Justin Chon , qui aborde le douloureux sujet de la déportation massive d’enfants adoptés devenus adultes aux États-Unis et dont on parle peu. Il réussit an plus à élargir les angles avec brio en traitant des origines et de ce qui crée les liens familiaux.

Dans la première scène du film le ton est donné lors d’un entretien d’embauche : « D’où venez-vous vraiment ? » C’est une question invasive qui est hélas terriblement familière pour les personnes de couleur (comme on dit), une question qui s’immisce insidieusement dans leur vie quotidienne. Bien qu’elle puisse avoir des intentions innocentes et parfois même sympathique voir empathique, elle est pourtant souvent hostile et ne sert qu’à stigmatiser ou exclure. Vous n’êtes pas vraiment à votre place ici, voilà la véritable signification qui se cache alors sous cette question. C’est donc cette même question qui est posée à Antonio (Justin Chon). Et cette question omniprésente sur les origines résonnera dans l’esprit de nombreux spectateurs tout au long du film qui utilise l’histoire d’Antonio pour illustrer le fait que, quelle que soit la durée de notre séjour quelque part, notre droit d’y vivre pourra toujours être remis en question. 

Depuis son premier film Gook primé à Sundance en 2017, centré sur les émeutes à Los Angeles, jusqu’au drame familial Ms. Purple, deux ans plus tard, l’acteur et cinéaste Justin Chon travaille autour d’histoires asio-américaines. Avec Blue Bayou, il élargit son sujet en découvrant la déportation massive d’enfants adoptés, à l’âge adulte. Comme l’indiquent le texte précédant le générique de fin, des dizaines de milliers d’adoptés ont été expulsés ou sont en voie de l’être aux États-Unis, en raison d’un vide juridique exploitée. La loi sur la citoyenneté des enfants, qui accorde la citoyenneté à tous les enfants adoptés à l’étranger, ne protège pas ceux qui ont eu 18 ans avant la promulgation de la loi en 2001. Ce film touchant raconte l’histoire d’un tatoueur de la Nouvelle-Orléans (Chon) qui, bien qu’il vive aux États-Unis depuis qu’il a été adopté en Corée lorsqu’il était enfant, risque d’être expulsé après une arrestation mineure sans rapport avec le sujet. Bien qu’il ait été amené aux USA à l’âge de trois ans et qu’il vive en Louisiane depuis plus de 30 ans, qu’il est marié à Kathy (Alicia Vikander) qui attend maintenant un bébé de lui et qu’il soit aussi devenu le « père » de la fille, il se retrouve menacé.

Blue Bayou fonde donc son scénario sur cette situation mais Chon parvient néanmoins à donner toute l’ampleur à son film lorsqu’il se concentre sur la délicate amitié entre Antonio et Parker (Linh Dan Pham), une réfugiée vietnamienne à la voix douce et une patiente atteinte d’un cancer dans ses derniers jours. Alors qu’Antonio tente de prouver aux autorités qu’il est authentiquement américain, Parker est celle qui l’aide à se sentir asiatique, ce qui est d’autant plus précieux qu’il a passé la majeure partie de sa vie sous la garde de parents adoptifs blancs. S’ajoute merveilleusement bien à tout cela, comme quelques perles précieuses de plus au collier, le lien filial qui se tisse entre Antonio et la fille de Kathy, non par quoi que ce soit d’imposé mais par l’expression du choix : « je t’ai choisi ! ». À partir de là, et de l’histoire passée d’Antonio avec ses parents adoptifs et celle avec sa mère biologique se dévoile toute une réflexion sur ce qui nous fait être famille, ce qui nous lie ou plutôt nous relie…

Chon filme tous ces moments avec une beauté envoûtante. La chaleur de la Louisiane irradie l’écran tandis que la caméra capte les gouttelettes de sueur qui coulent sur les visages épuisés. On sent l’influence du maître Wong Kar-wai, perceptible plus ou moins partout, dans les néons aveuglants d’un salon de tatouage, les lumières scintillantes des rues animées de la Nouvelle-Orléans et dans l’histoire même d’un amour passionné qui s’effiloche lentement. Ce n’est peut-être d’ailleurs pas une coïncidence si le véhicule de prédilection d’ Antonio est une moto…

Blue Bayou arrive donc peut-être à point nommé, à la fois pour son réalisateur en pleine ascension et pour l’urgence morale qu’il expose de façon si déchirante. Et pour conclure, je repense avec tendresse à ces doux moments de subtilité, que nous offre Blue Bayou. Comme celui où Parker explique à Antonio que la fleur de lys est courante au Vietnam comme à la Nouvelle-Orléans. C’est sa fleur préférée parce que « les nénuphars ont l’air de ne pas avoir de racines, mais ils en ont ». Les humains s’adaptent facilement, mais à un moment donné, nous nous plantons là où nous sentons et savons que nous avons notre place.

> À voir en salle à partir du 15 septembre

 

The French Dispatch… No crying

À l’heure où le journalisme est souvent décrié, voir insulté, Wes Anderson nous offre, avec The French Dispatch, sa lettre d’amour à la presse écrite. Un véritable tapis rouge de stars, de Bill Murray à Benicio del Toro en passant par Tilda Swinton, Timothée Chalamet, Adrien Brody, Frances McDormand mais aussi (cocorico) Léa Seydoux et Mathieu Almaric, nous donne de progresser dans ce 10ème enchantement cinématographique signé du brillantissime réalisateur américain qui est là tout à fait fidèle à son style, et le sublime même.

Prévu pour être le film d’ouverture du Festival de Cannes l’an dernier, le dernier long métrage de Wes Anderson a su attendre et a été enfin dévoilé en compétition lors de l’édition 2021. Quelle joie ! The French Dispatch est un clin d’œil décalé à l’époque où la presse écrite régnait en maître, avec une forme d’hommage aux belles heures du New Yorker et à ses légions d’écrivains très influents, avec en prime l’amour d’Anderson pour la littérature, l’art et la musique.

Dans la ville française fictive d’Ennui-sur-Blasé (le nom à lui seul mérite notre attention), au cœur des années 1960, se trouvent les bureaux de « The French Dispatch », un supplément dominical du journal Liberty, Kansas Evening Sun. Ce magazine est consacré aux questions de culture, de politique et de société. Annoncé comme « une notice nécrologique, un bref guide de voyage et trois articles de fond », le film se déroule sous la forme de quatre courts métrages encadrés par un prologue et un épilogue traitant de la mort du premier et unique rédacteur en chef du magazine éponyme, Arthur Howitzer Jr (Bill Murray) qui avait écrit « No crying » (on ne pleure pas) au-dessus de la porte de son bureau. Puisque le magazine doit être fermé après sa mort, le film devient à la fois le dernier numéro du magazine et un hommage à Howitzer Jr lui-même, le genre de rédacteur en chef de rêve et dont le conseil le plus sage à ses rédacteurs était « essayez de donner l’impression que vous l’avez écrit comme ça exprès ». Lorsqu’il apprend que son dernier numéro contient un article de trop, dont beaucoup dépassent de plusieurs milliers de mots la longueur de l’article, Howitzer décide de ne rien couper, mais de « retirer quelques publicités et d’acheter plus de papier ». Quatre de ses auteurs vedettes nous servent alors de guides. Tout d’abord, Herbsaint Sazerac (Owen Wilson), nous propose une visite guidée à vélo des différents quartiers d’Ennui. La visite se fait grâce à une rafale de tableaux visuels poétiques et fantaisiste, à la Jacques Tati, avec des plans tout particulièrement étourdissants et inventifs. Mais ce n’est qu’un avant-goût de l’ingéniosité visuelle à venir, avec des arrêts sur image, des plans qui passent de la couleur au noir et blanc et vice-versa, en fonction de l’aspect qui sert le mieux au moment présent, ou l’usage tout à fait génial de l’animation rendant par là-même un vibrant hommage à Angoulême où fut entièrement tourné The French Dispatch. Viennent ensuite les trois articles principaux, le premier étant celui de Tilda Swinton, critique d’art, JKL Berenson, qui raconte l’histoire d’un artiste un peu fou incarcéré (Benicio Del Toro), de sa gardienne et muse (Léa Seydoux) et de son marchand sans scrupules (Adrien Brody). Vient ensuite, dans la section « Politique et poésie », la Lucinda Krementz interprétée par Frances McDormand, la correspondante en politique et en poésie, qui fait preuve de neutralité journalistique même lorsqu’elle couche avec sa proie, un leader étudiant appelé Zeffirelli (Timothée Chalamet) sur les barricades de la révolution de l’Échiquier. Enfin, le critique gastronomique Roebuck Wright, interprété par Jeffrey Wright, dont l’article sur une curieuse cuisine pratiquée par le légendaire chef de la police Nescafier se transforme en un récit policier captivant, agrémenté d’une poursuite en voiture animée, lorsque le commissaire de la police (Mathieu Amalric) découvre que son fils a été kidnappé par une bande de malfrats.

Le film est un hymne à la curiosité et aux petites histoires du quotidien – Anderson est manifestement épris de ce style de journalisme qui martèle des milliers de mots sur des sujets de niche. Mais il s’agit aussi de l’incomplétude nécessaire d’une vie curieuse. Les scribes de Howitzer sont tous loin de chez eux, « à la recherche de quelque chose qui leur manque, de quelque chose qu’ils ont laissé derrière eux », comme le dit Nescofier de façon douce-amère. Et au milieu de la fantaisie et de l’ironie luxuriante de son scénario, Anderson lance régulièrement de véritables petites grenades de perspicacité qui font mouche à tous les coups !

The French Dispatch est une œuvre tout à fait éblouissante à tout point de vue. Évidemment, c’est un bijou de maîtrise de l’histoire, avec un sens unique du découpage, du rythme, du cadrage et de la mise en scène. Mais Wes Anderson s’est une fois encore aussi entouré d’artistes redoutables, qu’il s’agisse de la merveilleuse bande orchestre de M. Alexandre Desplat, de la sublime photographie de M. Robert Yeoman, ou du travail quasi héroïque de l’éditeur, M. Andrew Weisblum. C’est un film qui se déguste tout simplement comme l’on se pose, dans un musée, devant un tableau de maître pour faire silence… regarder, observer, et se laisser toucher.

 

 

 

Tre piani… drames à tous les étages !

Tre piani (Trois étages), de Nanni Moretti, l’un des grands maîtres du cinéma italien de ces dernières décennies, est en compétition dans la section officielle du Festival de Cannes. Il se présente comme une œuvre chorale explorant les peines de la classe moyenne italienne au-travers de l’histoire de plusieurs familles résidant dans les  trois étages d’un immeuble romain.

Loin des jongleries autofictionnelles d’antan, Nanni Moretti s’est taillé, dans ses dernières œuvres, un style que l’on pourrait définir comme néoclassique. Ainsi, son nouveau film, Tre piani est présenté comme une œuvre sobre, allergique à tout artifice, qui nous ramène sur le territoire de Mia madre, Habemus papam ou du désormais plus lointain La chambre du fils. Nous parlons ici de films qui se concentrent sur l’observation discrète des afflictions quotidiennes de leurs protagonistes. Un ensemble de douleurs qui ici se multiplient grâce à la forme chorale d’un film qui a pour personnages les voisins d’un immeuble de trois étages, situé à Rome. Nous sommes au cœur de l’Italie de la classe moyenne supérieure, où se côtoient juges, architectes et techniciens du bâtiment. Mais plus que la spécificité des professions et des situations financières des personnages, Moretti s’intéresse à l’universalité des drames qui se jouent dans ce même immeuble.

Basé sur le roman éponyme de l’écrivain israélien Eshkol Nevo, Tre Piani réunit, dans ses photographies familiales, un couple d’âge moyen (Elena Lietti et Riccardo Scamarcio) préoccupé par le bien-être de leur jeune fille qui, une nuit, se perd dans un parc avec un voisin âgé qui montre des signes de démence. On y voit également une jeune femme (Alba Rohrwacher) qui, confrontée à l’expérience difficile de sa première maternité, commence à soupçonner qu’elle est peut-être en train de devenir folle, comme sa mère. Dans un autre appartement, une adolescente (petite fille du voisin âgé précédent) tente de séduire le père de famille joué par Scamarcio. Enfin, Moretti lui-même et Margherita Buy, héroïne de Mia Madre, jouent le rôle d’un couple marié âgé qui doit faire face à l’épreuve juridique et aux frasques de leur fils, qui a tué une femme dans l’accident de voiture qui ouvre assez brutalement le film. À partir de cette tapisserie de prémisses dramatiques, le réalisateur italien construit une histoire dans laquelle la tension des conflits contraste avec une mise en scène extrêmement sobre et dépourvue de tout artifice.

Déployant une admirable économie formelle et dramatique, Moretti réalise un film qui, soucieux du temps qui passe – comme le montrent les deux ellipses de cinq ans qui ponctuent le récit – aborde avec une humanité désarmante des sujets aussi variés et universels que les peurs de la parentalité, la douleur de l’absence, le désarroi de l’entrée dans l’âge adulte, ou l’éveil à l’horizon de la mort (et pas mal d’autres sujets encore d’ailleurs). Basé sur le modèle littéraire du récit choral, Tre piani peut surprendre les téléspectateurs habitués à la structure narrative des séries télévisées. Moretti, au risque de paraître superficiel, préfère, lui, la synthèse de contours bien définis. Une fois encore, Moretti nous démontre son intérêt pour l’observation subtile et attentive des joies et des peines de la condition humaine et encore plus, sans aucun doute, l’énorme respect qu’il manifeste pour ses personnages,

Vous l’aurez surement ressenti, j’aime profondément le cinéma de Moretti… et si Tre piani a divisé la critique sur la Croisette, je fais partie de ceux qui prenne un vrai plaisir à entrer dans son regard et suivre sa manière de faire.

La Fracture… rien ne va plus !

Présenté dans la Compétition du Festival de Cannes, La Fracture de la scénariste et réalisatrice Catherine Corsini nous plonge au plus fort des manifestations des gilets jaunes, mais dans l’univers anxiogène des Urgences d’un hôpital parisien. Mélange de mélodrame, de comédie, et avec certains codes des films d’action, le film offre la possibilité d’aborder des questions sociales fortes mais avec légèreté et un manichéisme retenu.

Au début du film, sur le mode de la comédie familiale, Julie (Marina Foïs) a annoncé qu’elle mettait fin à leur relation de dix ans, au grand désarroi de Raf (Valeria Bruni Tedeschi), névrosée et en manque d’affection, qui bombarde Julie de SMS alors même qu’elle dort à ses côtés dans son lit. Le lendemain matin, alors qu’Eliot, l’adolescent de Julie, se rend à une manifestation des Gilets Jaunes, Raf poursuit Julie dans la rue, glisse et se retrouve à l’hôpital avec un coude cassé. Au même moment, le chauffeur routier Yann (Pio Marmaï), qui est sur le front de la manifestation, atterrit aux mêmes urgences avec une jambe pleine d’éclats provenant d’une grenade de désencerclement après que la police ait ouvert le feu sur les manifestants. Yann et Raf sont deux des patients d’un hôpital où le personnel est en grève pour obtenir de meilleures conditions, mais continue de travailler malgré les pénuries et les pressions intolérables. Leur persévérance est incarnée par l’infirmière Kim (Aissatou Diallo Sagna), qui doit faire face à des demandes croissantes alors même qu’elle s’inquiète de la santé de son bébé. Tandis que Julie fait du surplace pour tenter de calmer son partenaire, Raf entre en conflit avec Yann, un homme instable et politiquement enragé, qui la considère comme une bourgeoise égocentrique.

Les hôpitaux sont l’un de ces rares espaces – comme les gares ou les bureaux de poste – où l’on peut rencontrer des personnes de pratiquement toutes origines, et La Fracture aborde stratégiquement les urgences comme un microcosme de la société française où des citoyens disparates sont forcés de se mélanger… ou de s’affronter, selon le cas. Moins stressantes que les interactions entre patients sont les différentes crises qui requièrent l’attention du personnel à tout moment, et aussi multitâches qu’ils puissent être, il est clair que l’hôpital est débordé – sans parler du système qu’il représente.

Le film ne traite pas seulement d’une fracture osseuse ou de celle de la société française – les tensions entre les classes sociales atteignant à nouveau leur point d’ébullition sous l’ère Macron – mais aussi d’un moment critique où l’on peut tous craquer de toute part. Cette fracture ne touche pas seulement le bras d’un personnage, mais la stabilité sociale nationale, le système de santé français symbolisé par la situation de l’hôpital public, la relation d’un couple de femmes, l’éditrice Julie et l’illustrateur Raf, sans oublier la santé et la situation professionnelle d’un routier manifestant joué par Pio Marmai. Corsini fait cohabiter tout cela, à un rythme effréné, avec une dynamique narrative haletante. La valeur divertissante, l’urgence politique et un trio d’acteurs forts sont les points saillants qui pourraient conduire à un certain succès populaire.

En utilisant sa caméra comme pour filmer un documentaire, Corsini parvient à mêler alors les tonalités avec une étonnante aisance qui fonctionne extrêmement bien. Malgré l’atmosphère particulièrement claustrophobe de ce qui ressemble aussi à un huis clos, elle ne cesse de désamorcer les situations les plus tendues en déclenchant un rire franc du spectateur au travers notamment de répliques et de situations vraiment drôles liées tout particulièrement au duo formé par l’excellente Valeria Bruni-Tedeschi en totale roue libre sous cocktail médicamenteux et le gentil-hargneux Pio Marmaï. Pour ce qui est de l’émotion, elle repose principalement sur les épaules d’Aissatou Diallo Sagna, absolument parfaite dans ce premier rôle au cinéma (elle est aide-soignante dans la vie), celui d’une infirmière en proie à une charge mentale insupportable tant familiale que professionnelle et c’est elle qui finalement éclabousse tout le monde d’une humanité bouleversante au milieu de ce véritable chaos.

On pourrait bien sûr reprocher à Corsini d’en faire plus qu’il n’en faut, au risque de tomber parfois un peu trop dans l’excès burlesque avec Bruni Tedeschi (il aurait probablement suffi que Raf tombe de son brancard une seule fois). Et avec des patients coincés dans une salle d’attente où les flammes brûlent à l’extérieur et où le gaz lacrymogène s’infiltre sous les portes, il peut sembler un peu excessif d’introduire une scène dans lequel un personnage tient une paire de ciseaux sur le cou d’un autre. Néanmoins, la caméra mobile de Jeanne Lapoirie et le montage rapide de Frédéric Baillehaiche font monter sans cesse l’intensité, et même si cette impression d’exagération demeure, l’exercice finalement paye assez bien et procure un effet provocateur.

Pour conclure, la démonstration d’une certaine réussite se trouve sans doute dans le ressenti du spectateur, une fois que le générique final s’égrène sur l’écran… et après avoir pris quelques instants pour tout absorber. Comme le sentiment d’avoir passé nous aussi une nuit bien agitée aux urgences, avec les cicatrices émotionnelles qui le prouvent.

Compartiment n° 6… en parabole

Voyage, Voyage de Desireless, sorti en 1986, et entendu à trois reprises dans Compartment n° 6 de Juho Kuosmanen donne le ton. C’est là que nous sommes conviés. Dans un voyage pas banal, où un train devient le lieu de confinement et de rencontre avec l’inconnu, et la porte à une transformation. Une romance ferroviaire loin des clichés glamour possibles qui devient ici parabole.

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Cette insistance sur la chanson Voyage, voyage n’est pas anodine. Elle permet de nous replonger indirectement dans ces années 80-90 sans besoin de le spécifier. Une sorte de mise en abyme sonore qui offre aussi d’autres ouvertures naturelles. Les paroles de la chanson soulignent en effet le thème général du film, à savoir que le voyage, aussi banal soit-il, est tout autant un processus intérieur. Compartiment n°6 utilise là les codes traditionnels du road movie, avec l’idée d’une errance géographique qui devient reflet d’un voyage intérieur, la route comme révélateur de la découverte de soi. Un voyage fait naturellement de rencontres… partir vers l’inconnu prêt à se confronter à l’autre, quel qu’il soit ! Et dans ce compartiment de train exigu, la rencontre avec l’autre prend une forme intrusive inévitable et pas forcément simple à accepter ou supporter. Enfin, Voyage, voyage fait vibrer les synapses d’une manière agréable et familière, facilitant l’entrée du spectateur dans un film qui, autrement, prend un certain temps à se mettre en place, comme d’ailleurs certaines relations peuvent nécessiter du temps pour se dégeler. 

Seidi Haarla joue le rôle de Laura, une étudiante finlandaise vivant à Moscou avec son amante, professeure de littérature plus âgé, mais si Laura a effectivement une place dans son lit, ce n’est plus vraiment le cas dans sa vie. Elle se retrouve ainsi poussée à monter dans un train de Moscou à Mourmansk, dans les hauteurs du cercle polaire, soi-disant pour explorer les célèbres pétroglyphes de la région. Mais nous comprenons rapidement que tout cela n’était qu’un stratagème pour la larguer… Partir c’est mourrir un peu, mais ce peut-être aussi l’occasion parfois d’une résurrection. Car sans le même wagon se trouve Vadim (Yuriy Borisov), un ouvrier à la vie dure qui essaye de tromper l’ennui de ce voyage grâce à quelques bouteilles de gnôle ou de vodka. Évidemment, Laura est sur ses gardes, mais cela change avec le temps. Nous savons tous où va ce train, le tout est de savoir comment il y arrive. Une sorte de mise en situation de ce qu’aurait dit Confucius : Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir. Un film qui nous rappelle aussi que les apparences sont parfois trompeuses, et qu’il vaut mieux s’en méfier.

Compartiment n°6 est sans doute une histoire simple, modeste, mais où la dimension parabolique l’emporte pour devenir extrêmement puissante et riche. Il devient un véritable beau moment de cinéma qui, je l’espère, saura émouvoir le Jury pour trouver place dans le palmarès. C’est un film qui pourrait aussi sensibiliser le Jury œcuménique présent pour remettre un prix dans la Compétition à partir de critères qui auront là possiblement des connexions possibles et intéressantes.

Juho Kuosmanen nous démontre une fois encore, après son premier long métrage Olli Mäki (qui avait reçu en 2016 le prix Un Certain Regard à Cannes), qu’il est un cinéaste tendre, humaniste, qui sait proposer ce que certains aiment appeler « des petites histoires avec un grand cœur ».

 

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