Mais quelle année ! 2020 restera un millésime clairement pas comme les autres… On ne refera pas ici le match comme disait l’ami Eugène. Je n’en ai pas les moyens, ni l’envie d’ailleurs. Mais puisque ce billet s’intéresse au septième art, on peut le dire, comme le titrait le quotidien « Le Monde » : 2020, l’année noire du cinéma.

Les deux confinements et les fermetures des salles à deux reprises (162 jours au total cette année) ont été catastrophiques pour le box-office français. Et, entre juin et octobre, les cinémas hexagonaux ont rouvert avec un protocole sanitaire strict et sans aucun autre blockbuster américain que Tenet de Christopher Nolan, qui sera d’ailleurs le film ayant réalisé le plus d’entrées cette année avec près de 2 350 000. Le CNC (Centre National du Cinéma et de l’imagine animée) vient tout juste, en effet, de publier ses chiffres annuels, confirmant une chute spectaculaire de la fréquentation des salles bien prévisible. Elle atteint 69,4% par rapport à 2019. 213 millions de personnes s’étaient déplacées dans les cinémas français l’an dernier, ce qui était un quasi record il faut le préciser tout de même, contre 65 millions cette année.

Alors malgré tout, je me lance, comme beaucoup d’autres critiques de cinéma ou amateurs avertis… à vous proposer mon hit-parade, comme on disait autrefois… une sélection de films et séries qui m’ont impacté d’une façon ou d’une autre et dont les images restent encore gravées en moi. C’est d’ailleurs une bonne méthode pour faire ce genre d’exercice, à postériori. Je l’évoquais justement en conclusion de ma critique de l’un de ces films sélectionnés, le superbe Drunk de Thomas Vintenberg et avec Mads Mikkelsen : C’est là tout le miracle du cinéma : suggérer les choses et si le film est bon, le laisser perdurer dans l’esprit du public, qui continuera son propre récit après la projection en remplissant les blancs avec leur propre imagination, comme lorsqu’on imagine ce qu’il se passe entre deux cases d’une bande dessinée. À chacun de voir avec sa propre histoire, ses yeux, et surtout avec son cœur.

Pas d’ordre formel cette année, mais des titres et une phrase à chaque fois :

10 films

DRUNK Ce film danois propose l’une des représentations les plus authentiques de l’alcoolisme vue à l’écran, en la construisant sur un fil narratif extrêmement tendu entre comédie et tragédie

ADIEU LES CONS – Toute la poésie, la délicatesse, l’audace et le talent qui débordent d’Adieu les cons ne pourront hélas vous faire le moindre bien si vous passez à côté et que vous ne décidez pas de prendre cette heure trente pour vous poser, regarder et… sans aucun doute, apprendre un peu plus à aimer.

SWALLOW – Courageux, stimulant et désespérément nécessaire, nous sommes là confrontés à un film parfait pour faire face à nos imperfections et à certains dommages d’une société terriblement malade de son rapport aux apparences et si douloureusement marquée par tant de violences conjugales.

INVISIBLE MAN – Un grand film aussi réfléchi que divertissant, aussi dérangeant qu’effrayant, qui reste bien présent avec vous bien après que vous ayez quitté la salle de cinéma.

1917 – L’un des meilleurs films de guerre, capturant l’ampleur et l’horreur de son cadre à travers son objectif épique tout en se concentrant sur l’impact humain et émotionnel du conflit.

DARK WATERS – Avec des performances incroyables jamais sur jouées et une histoire captivante, Dark Waters changera sans doute votre façon de voir notre monde.

LE CAS RICHARD JEWELL – Avec cette histoire, Clint Eastwood met en valeur les héros de la vie ordinaire, des gens ni particulièrement beaux, ni foncièrement intelligents, ni a priori admirables et leur redonne une vraie dignité.

LA COMMUNION – Un film unique en son genre, puissant et stimulant, qui charme et dérange, extrêmement réfléchi en tout cas, magnifiquement joué et plein de compassion et qui pose des questions vitales sur le vrai sens de la rédemption et de la foi.

DANS UN JARDIN QU’ON DIRAIT ETERNEL – Beau et tellement profond… pour se recentrer sur l’essentiel, si important à retrouver dans la période actuelle que nous vivons.

JUDY – Un hommage chaleureux et affectueux à l’actrice et chanteuse Judy Garland mais sans doute, plus encore, un récit édifiant sur les pressions et l’impact de la célébrité et les abus pouvant l’accompagner.

3 films plate-forme VOD

UNCUT GEMS – Thriller épileptique qui bouscule tout sur son passage, le film des frères Safdie est magistral dans ce qu’il décrit de l’argent-roi sans le juger.

LE DIABLE TOUT LE TEMPS – Une œuvre noueuse et expressive à la distribution spectaculaire et à la direction formelle rigoureuse d’Antonio Campos, qui s’enfonce très profondément dans l’âme obscure de l’Amérique fervente.

LE BLUES DE MA RAINEY – Pas de « musical » fédérateur ici, mais une structure chorale qui se dérègle au fur et à mesure que l’ambiguïté de l’humanité s’exprime à l’écran, pour livrer un récit qui emprunte le ton personnel de la confidence

5 séries

THE GOOD LORD BIRD – Une série qui valorise la reconnaissance de l’énormité des sacrifices que les gens ont faits pour défendre le droit que nous avons tous d’exister en paix. (sur C+ à partir du 07/01 – Ma critique, la semaine prochaine)

UNORTHODOX – Puissance et grâce du récit venant s’équilibrer au-travers de grandes émotions et de ces petits moments d’observation des détails de l’existence qui nous font nous sentir mieux et heureux.

LE JEU DE LA DAME – L’histoire de Beth nous rappelle que, même si l’on devient la reine, il ne sert à rien de se tenir seul sur un échiquier vide ; on n’est rien sans le reste du décor !

TALES FROM THE LOOP – Une série qui joue la carte de la beauté simple et du contemplatif, pour un résultat aussi atypique que bouleversant.

OUR BOYS – Une fiction coup de poing sur un crime de haine qui confirme une nouvelle fois la qualité des séries israéliennes.